‹ La fleur merveilleuseChapitre 2 sur 125 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, plus LE CHEVALIER DE BLANCOURÏ

LE CHEVALIER, une fois entré.

Les chemins sont mauvais, dis donc, dans ta province, Quand il fait vilain temps... Je vais passer la nuit... Une chambre pour moi, pour mon homme un réduit, Et tu vas me servir ici quelque mangeaille... Avec les deux chevaux dis à l'homme qu'il aille A l'écurie où, bien entendu, je ne veux Ni d'étalon rossard, ni de carcan morveux !

M É D A R D , obséquieux .

Pour VOUS plaire, seigneur...

LE CHEVALIER, lui donnant son manteau.

Mets à sécher ma cape.

M É D A K D , achevant sa phrase.

...je jetterais dehors une mule du pape!

ZISKA, s'adressant à mi-voix à ses camarades.

Ah ! ah ! le vieux renard ! A-t-il le dos pliant, Quand il croit renifler l'odeur du bon client !

LE CHEVALIER, ayant examiné les quatre handits, et s'adressant à mi-voix à Médard.

Quelle est cette société vraiment... râpée .^

MÉDARD

Des gens très bien, seigneur...

LE CHEVALIER

Ah.^... rends-moi mon épée.

BLAISE, à mi-voix ù ses camarades.

Dire que si le temps eût été moins mouillé C'est nous et non Médard qui l'aurions dépouillé Au coin du bois...

11 jette une carte.

THOMAS, jouant.

Le trois !

PIERRE , même jeu.

Le quatre !

ZISKA , même jeu.

La femelle!

THOMAS

Dis donc, papa Médard, mouche-nous la chandelle, Elle empeste !

MÉDARD

Voilà.

LE CHEVALIER, d'un ton bourru.

La chandelle attendra...

Tu moucheras ce suif quand il me gênera ;

ACTEPREMIER. 9

Mets d'abord à l'abri mon bomme et mes deux bêtes.

Sur son geste autoritaire, Médard, intimidé, sort au fond ; les quatre hommes se sont levés.

ZISKA, menaçant, au chevalier.

Pour commander si haut, qui donc ça que vous êtes;^

B LAI SE, même jeu.

Dites-le !

LE C H E VA LIER, les toisant avec mépris.

Qui je suis?

PIERRE

Oui.

LE CHEVALIER, avec hauteur.

Quelqu'un qui ne prend Des gants, que pour parler aux hommes de son rang ! Ln vieux loup qu'il ne faut pas se flatter d'abattre Si l'on n'est pas au moins contre lui...

Les dénombrant avec dédain.

Deux fois quatre !

ZISKA

Tout beau! mon grand seigneur! Vous êtes très instruit. Mais vous êtes tout seul...

THOMAS

Très loin...

Et il fait nuit...

ZISRA.

Voyons... pour racheter un peu votre insolence, Vous nous payerez bien à souper, Excellence?

Un coup de vent ouvre brusquement la porte du fond, qu'un des hommes va refermer.

Bon Dieu 1 quelle tempête I... Avec ce vent de chien On pourrait s'égorger sans qu'on entende rien !

Au chevalier.

Alors, pour effacer un propos regrettable,

Vous nous priez, monsieur, tous quatre, à votre table:*

Grand merci... Nous allons boire à votre santé...

LE CHEVALIER

J'en serais ravi, mais... j'attends un invité,

Difficile à ce point sur le choix des convives,

Que, lui servirait-on des ortolans, des grives,

Des œufs frais de vanneau, du saumon, du homard.

Arrosé de Moulin à vent ou de Pomard,

Il jetterait aux porcs les vins et la \icluaille

Plutôt que s'attabler avec de la canaille !

Les quatre hommes ont un sursaut de colère. B L A I s E .

Empochc-t-on l'insulte..^

ZISKA

Assommons le bavard Et nous déguerpirons 1

Le chevalier a mis la main sur la garde de son épée ; au moment où les bandits vont s'élancer, Médard apparaît à la porte de droite.

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