‹ La fleur merveilleuseChapitre 28 sur 125 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

REGINE, tristement.

Donnez-moi votre main, Nous marchons toutes deux sur le même chemin !

SPÉRA>ZA.

Mais qui donc étes-vous, vous qui semblez si lasse?

RÉGINE

Moi, je suis comme vous une douleur... qui passe!...

Là-bas, dans la Provence au beau ciel d'Orient,

Un départ dans la vie. aimable et souriant ;

Lui, notre enfant et moi; un tout indivisible;

Le bonheur installé dans un château paisible...

Et puis un jour, jaloux d'un si parfait bonheur,

Le destin m'arrachant la moitié de mon cœur !

Veuve! implorant la mort!... puis les douleurs distraites

Par un berceau vainqueur à force de risettes...

Et l'instinct de la vie à la fin triomphant,

Et l'amour — quel amour! — reporté sur l'enfant!

Et puis le temps qui passe... et puis tous les calvaires

Depuis toujours gravis à genoux par les mères,

Jusqu'à l'idylle qui finit en drame affreux :

Mon enfant, mon Gilbert, follement amoureux

D'une fillette, une mignonne fiancée,

Qui tout entier le prend, àme, corps et pensée!

Ils seront l'un à l'autre, o joie! et j'aurai pu

Voir revivre par eux mon rêve interrompu...

Un jour, subitement, on parlo d'un voyage.

Pour annoncer à des parents le mariage,

Un projet, nous dit-on, longuement convenu... Et l'oiseau vers le nid n'est jamais revenu!

SPÉRANZ V.

Jamais.^

RÉGINE

Jamais... Comment raconter cette attente.^ Comment dire la marche impitoyable et lente Du mal de mon enfant P Et son pauvre cerveau Muré dans sa douleur comme dans un caveau? Sa fraîche intelligence à la fm terrassée Par cette obsession de l'unique pensée : La retrouver!... Hélas! on nous a vaguement Fait savoir qu'elle est mariée, et richement, Dans un pays lointain... Mais lui qui rien n'écoute S'agrippe à l'incertain et se cramponne au doute! Il veut partir... Il part, m'entraînant sur ses pas. Implorer un écho qui ne irpondra pas!

Et depuis, l'œil au guet et l'oreille aux écoutes. Le pauvre enfant s'en va devant lui sur les routes, Et moi, sa mère, moi, je m'en vais avec lui. Moi qui sais que demain, demain comme aujourd'hui, Demain comme toujours, l'insaisissable baume S'enfuira devant nous, volé par un fantôme!...

Gllberl apparaît dans l'embrasure de la porte de droite.

Taisons-nous! le voici... Que fais-tu là, Gilbert?

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