‹ La fleur merveilleuseChapitre 27 sur 125 · ACTE PREMIER. 5l · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. 5l

REGINE.

Depuis quand cliasse-t-on du foyer les grillons? Depuis quand remet-on dehors les hirondelles Sans avoir bien séché les plumes de leurs ailes ?

s P E R A >" Z A , s'approchant frileusement du feu.

Oh ! merci de mêler ces baumes sur mes maux, La chaleur de la flamme et la chaleur des mots ! Mais comment m'acquitter?

Contez-moi votre histoire.

SPÉRANZA.

C'est un morceau très long déjà de purgatoire...

RÉGINE

Dites... Je vous plaindrai. Compatir au malheur C'est s'évader un peu de sa propre douleur!

SPÉRANZA.

Je suis si loin de vous!

RÉGINE

Ce n'est qu'en apparence.

Puisque nous sommes sœurs au pays de soulTrance!

SPERANZA, l)lollio contre la cheminée.

Je ne sais même pas au juste où je naquis, Et je n'emporte pas le souvenir exquis

5j la flelu merveilleuse.

De l'aspect familier d'une vieille bâtisse

Suivant mes jeux d'enfant de ses yeux de nourrice...

Je naquis, je ne sais pas où... sur un chemin!

Et sur ce chemin-là si je passais demain,

Si je foulais le lieu précis où je dus naître,

Aucun émoi ne me le ferait reconnaître...

Je n'ai pas comme tous, au fond du souvenir.

L'image d'un vieux coin où l'on peut revenir,

Mais le ruban sans fin d'interminables routes,

Sans visages, sans noms, qui se ressemblent toutes!..

Et c'est d'abord, le long des sentiers inconnus.

Le gai sautillement de la fdle aux pieds nus;

C'est l'errante tribu suivant son patriarche,

Et, changeant d'horizon, c'est la maison qui marche.

C'est, le long des buissons, les enfants grappilleurs.

Les gros chiens renfrognés, les chevreaux batailleurs.

Et puis le campement, le soir... la causerie...

Et les chants emportés comme un peu de patrie!...

C'est ma mère, une fois les nôtres endormis,

M'apprenant les secrets par les aïeux transmis

Et que toujours, au seuil de nos tentes de toiles.

Liront des yeux nouveaux dans les mêmes étoiles!

Et puis c'est le malheur... Le soir d'un affreux jour

C'est ma mère mourant au coin d'un carrefour!

C'est la tombe perdue en plein bois, et sans pierre,

Où je ne pourrai pas redire une prière!

Et le malheur qui va sur moi s'a])pesantir,

Et plus jamais, jamais! un sein où me blottir!

La révélation des horreurs de la vie,

La lutte! jusqu'au jour où, de près poursuivie

Par ce monstre, j'ai fui...

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