ACTE TROISIEME. I
Elle jette un coup d'œil vers la porte par laquelle sont sorties Alida et Mielje.
Cette chanson d'amour j'aurais voulu l'apprendre Pour la redire un jour à l'ami doux et tendre :
Du (jrand bruit fjue fait le monde, 0 mon ami, j'ai si peur, Que je veux là, sur ton cœur, Appuyer ma tête blonde...
Avec désespoir.
Pour moi tous ces mots-là sont vides désormais; Cette chanson, je ne la chanterai jamais !
FLORENT , l'attirant dans ses bras.
Pourquoi, petite Griet, tant de désespérance?
II ne faut pas ainsi te désoler d'avance !
Je m'imagine, moi, que le vainqueur heureux "
Le ciel le choisira parmi tes amoureux,
Car le mauvais destin, aux remords accessible,
Laissera choir son arme en regardant la cible!...
Tant qu'on j)eut espérer doit-on pleurer ainsi .^
Le malheur sans espoir...
GRIET, songeuse.
V C'est le malheur d'ici...
Que dis-tu.^
FLORENT, vivement.
(iRIET, conlldentiellement.
Ce que dit notre vieille voisine, -Martha, (jui s'y connaît beaucoup en médecinTî !
Que ce monsieur Gilbert a le cerveau perclus, Et que, quoi que l'on fasse, il ne guérira plus.
FLORENT, à mî-voix.
Chut! plus bas, mon enfant! Tu sais que les commères En médecine font des études sommaires... Martha n'y connaît rien... Certes, chaque saison Qui passe rend moins sûre, hélas ! la guérison, Mais au-dessus de nous, docteurs, pauvres oracles, Il y a Dieu qui dans sa trousse a les miracles! On a vu des déments, très atteints cependant. Guéris par une peur, un choc, un accident. . .
Voyant s'ouvrir la porte de droite.
Chut!...
La porte de droite s'ouvre: Alida et Mietje entrent gaiement, suivies par Gilbert, mélancolique.