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La flore alpine

tre me faites l'honneur de me demander quelques lignes d'introduction pour la Flore alpine illustrée par M. Philippe Robert. Votre démarche m honore et... me he. Jene puis, en effet, négliger l'occasion qui m'est offerte de rendre hommage à l'œuvre si exceptionnellement belle, sérieuse et émue à laquelle le jeune artiste a consacré tant d'amour et de persévérant labeur.

Un nom m'est venu à l'esprit, tandis que je contemplais la série complète des aquarelles de M. Ph. Robert, éparses sur ma table. C’est celui de « Beato Angelico ». Même sens de l'intimité, méme fidélité scrupuleuse dans le rendu, méme absence d' «effet », même vision recueillie et tendre chez le modeste peintre du « Ried d'en haut », que chez le moine artiste de Fiesole.

Cette flore exquise ne pouvait éclore que dans la retraite. 11 fallait pour la mener à bien, avec la ressource constante du document direct, le recueillement silencieux et la méditation fervente. Tout cela, le « Ried » l'offre en abondance ; le Ried et le Valais où Ph. Robert a passé des mois de travaux intenses. |

Le résultat a été celui que l’on peut toujours attendre d'un artiste consciencieux, qui regarde la nature avec des yeux à

lui et n'exprime que ce qui lui a été directement révélé. C'est ainsi que naissent les œuvres originales. Car originale elle l'est absolument, la Flore alpine de Ph. Robert.

Nous ne voyons là ni fleurs stylisées, torturées, déchiquetées, modernisées, ni fleurs jetées (Oh! les fleurs jetées, lavées à grands coups de martre chargée d'eau et de couleur ! Oh! les roses prétentieuses lestement enlevées, les chrysanthèmes opulents sur des fonds dégradés !).

Tci nous avons la fleur tout simplement, présentée avec art assurément, avec un art sensible, conscient et méthodique ; mais naturelle, scientifiquement exacte, ramenée à l'unité essentielle et débarrassée de tout ce que les effets de lumière et d'ombre, les rapports accidentels de valeurs opposées à des fonds réels, variables, peuvent lui donner de fugitives apparences.

Et sa signification artistique grandit d'autant. Cette synthèse qui ne déforme ni n'exagère, qui ramène au type permanent et idéal sans sacrifier l'apparence vraie de la vie, revét un sens grave et comme définitif. Elle s'inscrit dans la mémoire mille fois mieux que ne le ferait la plus fidèle des photographies en couleurs, et elle acquiert ainsi une vraie portée didactique.

Mais M. Robert va plus loin encore dans son ambition. TI cherche à justifier par le fait cette théorie certainement féconde qui établit un lien étroit entre la vérité scientifique et la beauté esthétique. Car c'est à une impression de beauté qu'aboutit finalement l'effort de l'artiste.

« J'ai pensé », écrit-il lui-même, « que ce n'est pas en déformant la plante que l'on arrive à lui faire dire tout ce qu'elle doit dire au point de vue décoratif. Plus j avançais dans cette étude approfondie de la plante de l'Alpe, plus j'étais saisi par cette conviction qu'il n’est possible d'arriver à faire quelque chose de beau, de nouveau, en prenant la plante comme modèle artistique, qu'en se rapprochant de la nature le plus possible pour saïsir la silhouette de la plante dans ce qu’elle a de plus caractéristique » et plus loin : « Je voudrais que ce livre puisse être une mine de documents précis pour bien des artistes s'occupant de paysages, peinture murale, céramique, broderie et autres arts industriels. »

M. Robert fait mieux encore : il donne un bel exemple de conscience. Il démontre de quelle importance est, en art, le sentiment individuel de celui qui crée.

Je termine, Messieurs, en vous félicitant du soin rare avec lequel vous avez reproduit les admirables originaux de

M. Ph. Robert.

Eugène BURN AND.

PORCRICRCRE

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