LA CÔTE
Celle-ci s'étend depuis Notre-Dame du Portage jusqu'à Trois-Pistoles inclusivement. — Cette zone comprend d'abord une ligne de falaises de médiocre hauteur supportant une flore dont le caractère subarctique a frappé tous les botanistes qui l'ont visitée. Au pied de ces falaises s'étendent des grèves sablonneuses, ou des prairies saumâtres à végétation halophytique.
Nous avons étudié ailleurs (i) la flore de l'Anse à Persi, à la Rivière-du-Loup, portion caractéristique de cette zone ; nous reproduirons ici les parties essentielles de cette étude, que nous compléterons par l'addition de notes relatives aux autres points du littoral. (Fig. 5)
Le voisinage de la mer, qui influe si profondément sur les races humaines, réagit encore davantage sur le monde des végétaux. La plupart des espèces que l'on rencontre ici peuvent être rangées, au point de vue de leurs relations avec leur habitat, dans l'une des trois catégories suivantes : les halophytes ou plantes du sel, les xkrophytes ou plantes de la sécheresse, et les hydrophytes ou plantes de l'humidité.
En première ligne des halophytes se trouvent les Algues. Sans parler des Diatomées dont les frustules microscopiques sont partout par millions, les espèces les plus importantes sont les Fuctcs {F. vesicolosus^ F. nodosus)^ que l'on désigne sous le nom collectif de varechs, la Ptilota coccinea au joli thalle écarlate découpé comme une broderie, et diverses espèces de Laminaires.
Absence presque totale de Mousses, sauf Calliergon siramineum (Dickson) Kindb., que nous trouvons exposée à la marée dans les crevasses du rivage à Trois-Pistoles. Peu nombreux sont les lichens qui ne redoutent pas les embruns salés. Tout de même, on ne peut trouver un rocher, un feuillet schisteux qui ne soit estampillé d'un ou plusieurs thalles du Caloplaca elegans (Link.) Th. Fr. Ce lichen est d'un beau jaune orangé et il prête de loin, aux rochers qu'il revêt, une apparence rouillèe caractéristique.
Pour ce qui est des halophytes supérieures, leur distribution est répartie par zones: le fond de l'anse découvert à marée basse, la grève sablonneuse que vient battre la vague, et la prairie saumâtre hors d'atteinte de celle-ci.
I. Fr. Marie-Victorin, L'Anse à Persi. Bulletin de la Société de Géographie de Québec, VIII, 146 et seq., mai-juin 1914.
La végétation de l'espace découvert à marée basse est remarquablement pauvre, plus pauvre qu'à l'ordinaire en pareille situation. En outre des varechs eUe ne se compose que d'une graminée, Spartina ^aiwéhimmu . Nous ne voyons pas pour quelle raison la " Mousse de mer " (Zosiera marina L.) et la Zannichelle {Zannichella paliistris L.), si abondantes sur les rivages de Cacouna, de St-J.- B. de risle- Verte, etc., manquent totalement ici.
Si nous abordons maintenant la deuxième zone, la bande sablonneuse que la marée ne recouvre qu'accidentellement, nous nous trouvons encore en face d'une flore pauvre en espèces et en individus. Ceux-ci sont isolés, de-ci, de-là, quelquefois séparés d'espaces considérables.
C'est que, règle générale, le sable constitue un habitat très pauvre en principes nutritifs et de composition chimique très uniforme, facteurs qui déterminent la similarité des flores que l'on y observe.
Si l'on ajoute, à cette insuffisance nutritive, l'action éventuelle des eaux et des vents tendant à remanier le terrain, et l'influence nocive du sel amené par la vague ou les embruns, la pauvreté de la flore de cette zone paraîtra toute naturelle. Les plantes qui s'y établissent, ayant à vaincre toutes sortes de conditions adverses, peuvent être regardées comme les représentants les moins exigeants de la flore supérieure. Ces espèces sont, dans l'Anse à Persi :
Cakile edentula (Bigel.) Hook.
Elymus arenarms L.
Plantago decipiens Barneoud Lathyrus maritimus (L.) Bigel.
Arenaria peploides L.
Glaux inaritima L.
Mertensia maritima (L.) S. F. Gray.
Pucctmella angustata (R. Br.) Nash.
Potentilla anserina L.
Le végétal le plus abondant sur la zone sablonneuse est certainement l'Elyme des sables {Elynnis arenarms L.), la véritable "herbe des rivages marins". La Puccinielle étroite {Ptccciniella angustata [R. Br.] Nash.) semble préférer les schistes argileux parfois engagés dans le sable. Elle allonge alors ses abondantes racines fibreuses entre les feuillets de ces argilites et les désagrège rapidement. La Mertensie maritime {Mertensia mariiima [L.] S. F. Gray) est très remarquable par son feuillage bleuâtre et glauque ; ce caractère, joint à son port rampant, en fait une dissidente dans la famille des Borraginacées. Le Plantain maritime [Plantago decipiens Barneoud) paraît extrêmement polymorphe : sur le rivage humide et vaseux il atteint une forte taille ; plus loin, il grimpe sur les schistes et, par suite du manque d'eau probablement, ses dimensions sont plus réduites. Il s'éloigne rarement de la mer, et, quand il s'élève sur les rochers abrupts de la côte, comme à Tadoussac, il passe à une forme naine, à feuilles aciculaires, tellement éloignée du type moyen que l'on a proposé d'en faire une espèce distincte sous le nom de Plantain boréal {Plantago borealis Lange). Le Troscart maritime [Triglochin maritima L.) montre une aussi grande variabilité et mime quelquefois le Plantain. Il s'avance sur la zone sablonneuse, mais, au moins dans l'Anse à Persi, il prospère surtout sur la vase saumâtre. Fernald (i) a trouvé cette plante sur la Rivière Saint- Jean à plus de cent milles de son embouchure.
Le Glaux maritime, qui borde tous les océans de l'hémisphère boréal, n'est pas ici fort abondant. Sans la fleur on le confondrait facilement avec Arenaria peploides L., une autre halophyte qui végète Sur la zone arénacée. Chez ces deux plantes les caractères halophytiques sont très évidents : carnosité, réduction des feuilles, glaucescence. etc.