‹ La Flore du TemiscouataChapitre 10 sur 45 · I. Fernald M. ly., Rhodora, XII · texte numérisé non relu

I. Fernald M. ly., Rhodora, XII

Fig. 6. — Florule halophytique de la côte téraiscouafieune,

A, E, Fet H. — Ligusticum scothicinn L.

R et D, — Salicornia Europœa L,, var. prostratai^^XX.) Fernald. C. — Carex mafiliina O. F. Miiell. ,

Partout prospère le Caquilier {Cakile edenhila [Bigel] Hook.), le "Sea Rocket" des Anglais, crucifère halopliile très remarquable par l'articulation de ses fruits.

La Potentille ansérine (^Potentilla anserina L.) ne demande qu'à pousser en tous sens les stolons au moyen desquels elle se propage. Aussi cette cosmopolite se maintient-elle dans cet habitat comme dans tout autre.

Au delà de la zone arénacée dont nous venons de passer en revue les principaux occupants, s'étend, à l'extrémité de l'Anse, une prairie saumâtre qui se subdivise elle-même en deux régions distinctes : l'une, près de la mer, vaseuse, couverte de détritus ; l'autre, plus élevée, ayant un caractère plus ou moins tourbeux. Sur les côtés nord et sud de l'Anse, les zones se télescopent, la bande sablonneuse voisinant avec les rochers ou l'alluvion ancienne.

La région vaseuse nourrit quelques espèces de la formation précédente ( Plantago^ Triglochin)^ mais qui atteignent ici de plus fortes proportions et auxquelles s'ajoutent d'autres végétaux non moins caractéristiques : Salicornia Eîcropœa L-, v^ pro^çta (Pall.) Fernald (Fig. 6, B.), Li7nonium'Carohntanuf!r^N oXt.) ^x'ition^Ligîislicîcm Scothicum L. (Fig. 6 A), belle ombellifère dont les feuilles goûtent le persil et que l'on nomme le "Persil de Mer", un Chiendent {Agropyron caninum L.), la Spergulaire du Canada {Spergularia Canadensis [Pers.] Don.), l'Herbe à liens [Spartina Michauxiana Hitch.). Ajoutons trois plantes des lieux azotés, familières autour des habitations et fixées en ce lieu écarté par la richesse en azote des produits de décomposition des varechs. Ces plantes sont : le Mouron des oiseaux [Stellaria média [L.] Cyrill.), une variété halophytique de la Renouée des oiseaux [Polygonum aviadare L., var. vegetum Ledeb.), et une variété également halophytique de l'Ar roche [Airiplex pattila L., var. hastata [L.] Gray). D'après Fernald, les riverains du Nouveau-

Brunswick font de cette dernière plante une excellente salade en la mêlant aux feuilles du Plantain maritime.

En nous éloignant toujours de la mer, nous arrivons à la zone saumâtre externe, rarement atteinte par la marée et d'aspect tourbeux. Ici, Graminées et Cypéracées dominent. Ce sont tout d'abord, formant des tapis exclusifs de grande étendue : Carex maritima O. F. Muell. (Fig. 6 <:), Car ex atrata L. var. ovata (Rudge) Boott., Carex Norve- ^ica Willd., Carex glareosa Walilemb., Carex hor^nathodes Fernald, Carex Goodenowii]. G2iy. ^Jîtncus Balticus Willd., var. littoralis Engelm. Isolément, jamais en touffes, la Fétuque rouge {Festuca rubra L.) dresse son chaume grêle et ses épillets rares. Plus loin s'épanouissent, magnifiques, les inflorescences blanches d'un Pâturin géant {Poa eminens J. S.Presl.), entourées des chaumes plus humbles du Foin d'odeur [Hierochloe odorata [L.] Wahlemb.) On est surpris de trouver en ce lieu la Renouée sagittée {Polygonum sagittatum L.), qui fait partie des souvenirs piquants de tout botaniste herborisant ! Mais il faut reconnaître que l'habitat halophytique rougit ses feuilles et réduit la longueur de ses tiges. Nous remarquons qu'une étroite bande de terrain entamée par la charrue est complètement envahie par les légions serrées du Jinicus brevicaudatus (Engelm.) Fernald, une espèce longtemps mal comprise et qui, d'après nos observations répétées, semble affectionner les terres fraîchement remuées. Citons encore: Eleocharis palustris (L.) R. & S., vdit. glaîtcescens (Willd.) Gray, l'Epilobe des marais (£)î>^'^^w^;;^ palushe L.) et la Pédiculaire des marais {Pedicularis palustris L.)

En août, on voit surgir dans cette prairie saumâtre trois Composées remarquables, dont il sera fait une étude détaillée plus loin : Pre^ianthes racemosa Michx, Pre^tanthes trifoliata (Cass.) Fernald, et Prena^ithes Mainensis Gray, très probablement produit hybride des deux espèces précédentes.

Nous montons d'nn deg^ré et nons sommes snr un plateau bas, sans doute formé d'alluvion déposée par la mer avant son retrait. Les dernières espèces de la formation précédente nous offraient une transition entre la flore halophytique et le groupe bien connu des plantes hydrophiles ou plantes des marais. Ici, l'attention est de suite attirée par deux espèces d'Iris: Iris versicolor L., familier et commun par toute la Province, Iris setosa Pall. var. Canaden sis V' osier ^ particulier au bas Saint-Laurent. A l'extrémité de l'Anse, les deux espèces sont entremêlées et couvrent le plateau bas dont nous avons parlé. Seul Iris setosa se retrouve au même niveau du côté sud, associé à la Smilacine étoilée (Smilacina stellata [L.] Desf.) Un ruisseau traverse cette alluvion ancienne pour se jeter dans l'Anse; au dessus de la prairie saumâtre, les bords conservent un caractère légèrement tourbeux. Une mousse, Camptothecium nitens Schimp., forme un feutre épais au travers duquel croissent le Trèfle d'eau {Menyatilhes trifoliata L.), le Comaret {Potentilla palustris fL.I Scop.) et la Linaigrette à feuilles étroites {Eriophoritm angustifolium Roth.).

Du côté sud, l'ancienne plage est occupée par un prolongement de la forêt climatique (sapin-épinette-bouleau) qui descend la falaise et vient buter, à la limite de la zone sablonneuse, sur une ligne continue à^Almis mollis Fernald. Cet Aulne, que nous ne retrouvons pas dans l'intérieur du pays, semble fixé au rivage marin par quelque condition écologique.

La flore du sous-bois ne semble pas influencée par le voisinage de la mer, et ses particularités s'expliquent sufîisamment par la nature alluvionnaire du sol. Pour le botaniste de l'ouest du Québec, l'objet le plus frappant au mois de juillet est certainement la Pyrole à feuilles d'Asaret (Pyrola asarifolia Michx), aux étranges fleurs

rouge pâle. Mentionnons encore la Pyrole à une fleur {Moneses uniiîora [L.] Gray), une naine à fleur très grande toujours retournée vers la terre. On dirait un Lilliputien à grosse tête cherchant quelque chose. La Mitrelle nue {Mi te lia 7iuda L.) remplace ici complètement la Mitrelle à deux feuilles (Mitella diphylla L.) à distribution plus méridionale. Enfin, nous trouvons relativement abondantes : Corallorhiza irifida Châtelain, Streptopus amplexifolius (L.) D. C, Clintonm borealis (Ait.) Raf., Cornus Canadensisl^.

Il nous i^ste à parler de la flore des rochers qui, en l'espèce, nous sera fournie par les deux côtés de la Pointe à Persi et les massifs schisteux qui percent çà et là la bande sablonneuse du côté sud. Cette flore, on le conçoit, se compose surtout de xérophytes ou plantes aimant la sécheresse. Du côté de la Pointe à Persi qui regarde la terre ferme, les rochers nous fournissent, outre les lichens que nous avons classés parmi les halophytes, deux Phanérogames notables : Œnothera muricaia L- et Euphrasia Canadensis Townsend. Le versant de la Pointe exposé au grand vent du large offre une flore beaucoup plus riche, remarquable par son caractère alpin et subarctique.

Les plantes à feuilles en rosettes sont ici d'occurrence % fréquente, cette forme étant d'ailleurs commune dans les lieux de pleine lumière. Comme^xemples^ mentionnons; • la Primevère farineuse {Prhmila ^q^Jrin\q\^^^^ ^zi^méX^ pada Frrn^ld)-, la Sagine noueuse (SagtJia nodosa [L.] Fendl.), et la multiforme Campanule à feuilles rondes {Campanula rotundifolia L.). La Camarine noire (Evipetrum nigrum L.), caractéristique des sols potassiques froids du plateau Laurentien, réussit à maintenir sur la rive sud de petites colonies. C'est une xérophyte notoire, à feuilles du type éricoïde, dont les stomates sont cachés dans des replis intérieurs, sans doute encore pour réduire l'évapo-

ration. A mentionner aussi : l'Halénie pendante {Halenia deâexa [Sm.] Griseb.), l'Orchis hyperboréal {Habenaria hyper bore a [L.] R. Br.), Myrica Gale L., Scirpiis rti/us (Huds.) Schrad., Potentilla i)ectinata Raf., et enfin l'inévitable PotentUlçLjridentata Ait., que l'on trouve partout dans l'Anse à Persi en dehors de la région des lialophytes.

Plus loin, vers Cacouna et Trois - Pistoles, d'autres espèces ca]ci(X)les ou subarctiques viennent s'ajouter : Zygademis ^ailûrammf^R.\chavds^ Ge^ttiana acuta Michx, Coiiioseliiîum Chineiise (L.) BSP., Hedysarum boreace Nutt., Draba arabisans Michx var. orthocarpa Fernald & Knowlton.

§e7ieci(Lfseîido-fil^7tica Less., Scirpiis campe stris Britton, \2iX. paludosus (Nelson) Fernald, Scirpus nanus Spreng., Stellaria humifitsa Rottb., Sper^ularia salina J. C. Presl., sont des halophytes absentes de l'Anse à Persi, mais qui se retrouvent de loin en loin sur la côte témiscouatit nue.

Et je termine cette rapide énumération par un proche parent de notre Cornouiller du Canada. Le Cornouiller de Suède {Cornus Suecica L.)) logé ici sur les corniches schisteuses, habite normalement le granit labradorien, et sa présence dans l'Anse à Persi (et à Cacouna, d'après Fernald) est un fait de géographie botanique important. La plante paraît avoir ici sa limite extrême au sud, et encore ne se maintient-elle que sur une largeur de quelques pieds, car il lui faut le plein vent du large.

COLUNES DE QUARTZITE

Celles de ces élévations que nous avons visitées sont, à la Rivière-du-Loup : le mont Pilote, le rocher de l'Hôpital, et d'autres de moindre importance, situées à l'est de la ville; à Cacouna et à Saint-Arsène, plusieurs éminences qui ne portent pas de nom sur les cartes.

La flore en est essentiellement xérophytique et silicicole ; nos observations ne nous permettent pas de dire si les nodules dolomitiqnes enclavés dans le quartzite influencent la distribution des espèces.

L'abondance et la diversité des grands lichens foliacés sont frappantes. En fait, presque tous les Gyrophora de la flore américaine s'y trouvent associés avec Umbilicara J>uslu/a^a (h.) Hofim.: Gyrophora ^r<?j-<2 (Web.) Ach., Gyrophora hyper borea Ach., Gyrophora Muhlembergii Ach., Gyrophora vellea (L) Ach.

Les Cladonia sont aussi bien représentées par Cladonia foliacé a (Huds.) Schrad., Cladonia gracilis (L.) Willd., Cladonia rangiferina L., Cladonia uncialis (L.) Web. & Hoffm., et Cladonia alpesiris (Link.)Th. Fr.

Parmi les mousses, les Anomodon sont légion à la base voûtée des lits siliceux, et dans les anfractuosités se loge une variété distinctement alpine du Polytric commun: Polytrichu77i commune L. var. uligtnosum Huëben. Mentionnons encore Bartramia pomi/ormis (L.) Hedw., liedwigia albicans (Web.) Link. La siccité presque absolue de l'habitat, éliminant la plupart des espèces, laisse le champ libre à cette dernière qui est la note dominante de la flore bryologique.

L'arbre caractéristique de cette formation est sans doute le Pin gris [Pintes banksiana Lamb.), qui y voisine avec d'autres Conifères rabougris: Abies balsa^nea (L.) Mill. et Picea Mariana (Mill.) BSP., et la forme alpine du bouleau blanc [Betula alba L., var. cordifolia [Regel] Ftrnald.)

Les types éricoïdes sont ici multiples et significatifs: Vacchiium Vitis Idœa L. var. minus Lodd., accuse des conditions suban tiqnt s, et Kalmia anguslifolia L., Ledum Groenlaudicu7n CEdei sont pins Inxurianis que dans les t<)U'bièies~ On trouve enco'e sur les pentes arides: Empctitini 7îigrum L., Mflampyruyji lineare Lam.,

Phot. F. M.-V

Ftg. 7. — Ile du Gros Pèlerin, vue de Notre-Dame du Portage. Les

taches blanches indiquent les étendues dénudées ou le quarlzite

blanc réfléchit les rayons du soleil. Cette île, la plus

orientale du groupe est .«ituée environ à trois milles

de la côte.

Phot. F. M. V

Fig. 8. — Extrémité est du (îTOS-Pèlerin. Vue prise en regardant vers le sud. Les rochers sont les quartzites et les conglomérats «le la formation de Kamouraska ; au centre on voit l'affleuremenl du Sillery sous-jacent.

Danthonia spicata (L.) Beauv., Vibicrnum cassinoides L. et, dans les coins où l'eau de pluie s'accnniulant entretient une certaine fraîcheur : Nemopanihes miicronata (L) Trcl.j Comandra livida Richards, Salix humilis Marsh., Cypri, pediiim acaiile Ait.

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