‹ La flore pharaonique d'apres les documents hieroglyphiques et les specimens decouverts dans les tombesChapitre 100 sur 157 · Piiiiica Ciraiiatiiin L · texte numérisé non relu

Piiiiica Ciraiiatiiin L

Un égyptologue américain, C. Moldenke, est arrivé presque en même temps que moi, et par des moyens différents, ce qui donne une entière certitude à notre découverte commune, à la détermination du nom ég3'ptien de la Grenade. Ce nom se présente sous un certain nombre d'orthographes diverses, ce qui, étant donné la fixité ordinaire des radicaux égyptiens, nous prouve d'une façon absolue que le Grenadier n'était pas d'origine égyptienne, mais fut importé de l'étranger en Egypte et y conserva son nom vernaculaire. Ce nom, en ramenant à une seule forme les différentes orthographes que nous en connaissons, est Arhmani. Le nom copte de la Grenade, dérivé de l'égyptien, est Erman ou Herman. Nous avons ainsi le thème primitif de l'hébreu Rimmoun, de l'arabe Roumman, et du berbère Armoun.

On sait que l'origine du Grenadier a souvent été discutée. Les uns, d'après son nom latin Maluni punicum, le considèrent comme originaire du nord-ouest de l'Afrique. A. de Gandolle, dans son Origine des plantes cultivées^ arrive à la conclusion que le Grenadier vient de Perse. Voici quelques données nouvelles, fournies par l'archéologie égyptienne, qui pourront jeter de la lumière dans la question. Je les livre, sans les discuter, h la sagacité des botanistes.

Jusqu'ici, le texte le plus ancien qui nous donne le nom égj'ptien du Grenadier remonte à la XYlll" dynastie, époque des grandes guerres des Ahmessides en A^^ie. Ce texte se trouve à Thèbes, dans la tombe du scribe Anna, qui mourut sous Touthmès L Toutlimès lest le premier pharaon qui ait parcouru la Syrie. Jusque-là les Egyptiens n'avaient jamais combattu, en fait d'Asiatiques, que quelques nomades arabes et sinaïtiques

GRANATEES 77

qui attaquaient leurs frontières de l'est. Il serait peut-être téméraire de conclure du document fourni par la tombe d'Anna que le Grenadier fut importé d'Asie par Touthmès I. Anna range le Grenadier au nombre des arbres plantés dans son parc funéraire; ce fait semble indiquer que le Grenadier n'était pas un arbre tout à fait nouveau pour les Egyptiens. Ensuite, de ce que la première mention connue de cet arbre ne remonte qu'à la XVIII" dynastie, il ne résulte pas nécessairement qu'il n'était pas connu auparavant. Qui sait si de nouveaux textes, contemporains des pyramides, ne nous donneront pas un jour le nom du Grenadier? En attendant, il me paraît certain que ce ne furent pas les armées égyptiennes qui l'emportèrent d'Asie. Si l'on veut lui donner une origine asiatique, il ne reste qu'à supposer qu'il fut introduit par les Pasteurs qui, on le sait, furent les introducteurs du cheval en Egypte, et de bien d'autres choses encore, à la XVII" dynastie.

La plus ancienne représentation murale du Grenadier date du règne d'Aménophis IV, à la fin delà XVIir dynastie, et se trouve dans une tombe de Tell-el-Amarna. Les plus anciennes Grenades trouvées dans les tombes faisaient partie des offrandes funéraires d'un hypogée de la XX*" dynastie. Des tombes delà y et delà XIP dynastie, contenant quelques corbeilles de fruits, n'ont pas fourni de Grenades. En résumé, la Grenade n'est connue jusqu'ici, d'après les documents égyptiens, qu'à partir de l'invasion des Pasteurs ; mais, encore une fois, on ne peut en conclure formellement qu'elle était inconnue auparavant en Egypte.

L'espèce trouvée dans les tombes est plus petite que la Grenade ordinaire ; Schweinfurth la compare aux Grenades du Sinaï. En médecine, les Egyptiens employaient l'écorce de Grenade comme vermifuge. Aujourd'hui encore, dans le monde entier, on lui attribue les mêmes propriétés. Les Coptes l'employèrent plus tard contre la gale.

Les textes égyptiens mentionnent fort souvent, à partir de l'époque des Ramessides, une liqueur Shedeh-it. Or, un texte

relatif aux productions d'un jardin fruitier de Ramsès II, (Anast. IV, 6-7) nous apprend que ce jardin produisait deux espèces de fruits et trois espèces de liqueurs. Les deux fruits sont le Raisin et la Grenade. Les trois liqueurs sont le Vin, le Moût de vin, et la Shedeh~it. Il me paraît certain que cette liqueur ne peut être qu'une liqueur tirée de la Grenade, soit de la Grenadine ou sirop de Grenade, soit quelque fermentation alcoolique. Si cette supposition est juste, il en faudrait conclure que les Egyptiens transportèrent le Grenadier dans l'oasis de Dakhléh, car, dans les textes ptolèmaïques, la liqueur Shedeh-it est toujours nommée en premier parmi les produits de. cette petite colonie égyptienne.

MYRTACEES

Page 1