‹ La flore pharaonique d'apres les documents hieroglyphiques et les specimens decouverts dans les tombesChapitre 142 sur 157 · UTelumbium spcciosunt Willd · texte numérisé non relu

UTelumbium spcciosunt Willd

Cette Nymphéacée nous est soigneusement décrite par tous les auteurs classiques qui se sont occupés de l'Egypte. Ses fruits, comparés par Tliéophraste à des pommes d'arrosoir percées de trous nombreux, ses fleurs aux pétales rosés, qu'Hérodote nomme Lis roses du Nil, ses feuilles peltées, arrondies et creuses, en forme de pétase ou chapeau rond, d'après la description de Strabon, sont autant de caractères bien tranchés qui ne peuvent se rapporter qu'au N. speciosum. 11 est donc bien certain que cette plante était connue des anciens Égyptiens.

Cela dit, je dois avouer que jamais la plante n'a été retrouvée que dans les tombes gréco-romaines de la nécropole de Hawara et que jamais, pour ma part, je ne l'ai vue figurée sur les monuments. Il y a à cela une double raison. Le Lotus rose était considéré comme une plante sacrée, de même qu'il l'est encore en Extrême-Orient, où les piédestaux de presque toutes les statues divines ont la forme d'un NelumUum. Les Fèves qu'il était interdit de manger, de l'avis unanime de tous les auteurs classiques, ne pouvaient être nos Fèves ; la preuve en est que l'on a retrouvé des Fèves dans les tombes égyptiennes, que les Fèves sont citées fort souventdans les textes médicaux, et qu'en fin Ramsès III en offrait des quantités considérables aux prêtres de ïhèbes. Les Fèves interdites ne pouvaient guère être que les fruits sacrés du N. speciosum, plante que la plupart des auteurs grecs, du reste, nomment précisément /.v'aao,- xly^r.-io;. On comprend que c'est là l'unique motif qui a empêché de retrouver des restes desséchés du Lotus rose dans les tombes d'époque pharaonique. Hérodote, pourtant (Hist., II, 92), nous dit qu'il a vu manger en Egypte les graines, sèches ou fraîches, du Lis rose du Nil. Peut-être étaient-ce des gens peu dévots qui lui donnaient ce spectacle.

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Quant à l'absence de la tigure du Lotus rose sur les monuments égyptiens, elle tient à une cause toute spéciale. Le seul Lotus sacré était le rose ; le blanc (Nj/m^jhœa Lotus L.) et le bleu (N. cœrulea Sav.) pouvaient servir aux usages ordinaires de la vie. Le Lotus sacré est souvent figuré sur les monuments et, en réalité, ce ne peut être que le rose, mais un botaniste sceptique ne l'v reconnaîtrait pas. Les pétales y sont peints de toutes les couleurs, unis ou ornés de bandes multicolores ; les feuilles n'y ont aucun caractère précis. 11 est évident que les artistes égyptiens, ayant à représenter une fleur sacrée, se sont cru permis (le l'enjoliver à leur fantaisie, aussi bien pour la forme que pour la couleur. De là vient que nous ne possédons pas une seule représentation dans laquelle on puisse voir, au point de vue botanique, un Lotus rose réel. Quant aux Lotus roses de convention, ils abondent en peinture et en sculpture; les chapiteaux de presque toutes les colonnes égyptiennes en ont la forme. Pourtant, Unger affirme, d'après le témoignage d'un de ses amis, qu'il existe au Bristish Muséum un monument sur lequel est figuré le N. speciosuni avec des caractères bien définis, fruits en forme de cône renversé et feuilles peltées. Mais ce monument, ajoute -t-il, est d'époque gréco-romaine.

Si le Lotus rose, réel ou figuré, n'a presque jamais été retrouvé en Egypte, son nom hiéroglyphique, au contraire, se rencontre dans la plupart des textes religieux. Ce nom est Nelœb à l'origine, et s'adoucit plus tard en Nekheb éiNesheb. L'exemple le plus ancien que j'en connaisse date de l'Ancien Empire. Il se trouve dans les textes funéraires de la pyramide de Pépi I ^col. 440).

Le Nelwnbium surmontait la coifî'ure du dieu Nefer-Toum. Mais son emploi religieux le plus répandu était de servir de berceau au jeune Horus, dieu symbolisant le soleil levant. On sait que la plupart des fleurs de Nymphéacée se ferment le soir et rentrent parfois sous l'eau pendant toute la nuit. C'est cette propriété qui a valu au N. speciosum le rôle important qu'il joua dans la religion égyptienne, surtout dans le mythe solaire.

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Cette fleur était considérée comme le symbole du soleil levant et, pour cette raison, était consacrée à Horus.

Le N. speciosuiK a, de nos jours, complètement disparu de l'Egypte ; on ne le trouve plus que dans l'Asie orientale. Mais Schweinfurth nous met en garde contre la conclusion qu'on pourrait tirer de cette disparition, au sujet d'une modification du climat égyptien depuis les temps piiaraoniques : si le Neluïnhiuhi. ne se rencontre plus en Egypte, c'est qu'on ne l'y cultive plus ; dans quelques jardins du Caire, d'Alexandrie et d'ismaïliah, où on a eu l'idée de le planter, il vient parfaitement, de même que le Papyrus, sans qu'on ail besoin d'en prendre le moindre soin.

D'après Ibn-Baithar, le N. speciosum porte en arabe le nom de Ghâlàloûthâ et de Fàlis qohUn ou Bâqilâ qohtfû, « Fève copte ». Les Egyptiens, d'après le même auteur, lui donnent le nom arabe de Gàmisah.

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