‹ La flore pharaonique d'apres les documents hieroglyphiques et les specimens decouverts dans les tombesChapitre 143 sur 157 · l'yiiipliH?a Lotus L · texte numérisé non relu

l'yiiipliH?a Lotus L

Dès les premières dvnasties, on trouve le Lotus blanc représenté sur les monuments. Dans l'un des tableaux copiés dans la nécropole de Memphis et exposés au Musée Guimet sont figurés des bateliers se livrant à une lutte sur les eaux d'un canal. Sous les bateaux sont peints des poissons, des anguilles, des limaces, des grenouilles, et des .Y. Lotus ; tous les détails de la plante sont très fidèlement rendus : pétales blancs, sépales au nombre de quatre, feuilles arrondies, fendues, fruits en forme de capsule de Pavot. Le N. Lotus était donc connu, en Egypte, dès le temps des pj^ramides.

D'autre part, des fleurs entières et bien conservées du Lotus blanc ont été trouvées dans les tombes. Ces fleurs formaient l'une des guirlandes dont était couverte la momie de Ramsès II. On en a même recueilli dans une nécropole de la XII' dynastie, à Kaboun.

Cette plante est souvent nommée dans les textes. On l'employait

en médecine comme réfrigérante. On en faisait d'immenses bouquets dont on décorait les salles de festin. Les femmes, en visite, en tenaient toujours des fleurs à la main et souvent en ornaien^ leur coiffure.

Il n'est pas rare de voir, surtout à l'époque des Ramessides, des femmes coiffées d'un diadème d'or autour duquel s'enroulent en spirale des pédoncules de A^. Lotus dont les fîeurs viennent gracieusement retomber sur le front, presque jusqu'aux yeux. La souche tubéreuse delà plante se mangeait grillée ou bouillie. Les graines se mangeaient également et, en les pilant, on en faisait une sorte de pâtisserie dont nous parle Hérodote, et que nous trouvons mentionnée dans les inscriptions égyptiennes.

Le nom égyptien du Lotus blanc est intéressant par ce fait qu'il s'est conservé jusqu'à nos jours. Ce nom est Sons/iiii. L'hébreu Shoshan, le copte Shoshen, l'arabe Sousan dérivent directement du mot. égyptien; mais, par un liasard singulier, ils n'en ont pas conservé la signification. Ces mots, en effet, désignent le Lis blanc; l'arabe Sousan s'applique en plus, d'après Delileet Schweinfurth, au Pancratium maritimum L.

La chose est aisée à expliquer. Les Hébreux, n'ayant pas de Lotus dans leur pays, et ne pouvant par conséquent faire de confusion, employèrent pour désigner le Lis le mot égyptien qui, sur les bords du Nil, s'appliquait au Lotus blanc. Les Arabes, désignant le Lotus par l'expression poétique Arousat el-Nilf « Fiancée du Nil, » pouvaient attribuer le mot Sousan à d'autres plantes. Enfin, le copte Shôslien ne se trouve que dans la Bible, où il rend l'hébi-eu Shoslian; dans d'autres textes, il pourrait s'appliquer au Lotus. De nos jours, le nom de Lis s'applique aux mêmes plantes : le Nénuphar blanc se numme communément Lis des étangs, et la dénomination vulgaire du P. maritimum est Lis Mathiole.

Mais là ne s'arrêtent pas les dérivés de l'égj'jilien Soushin. On sait que notre nom propre Suzanne est un nom biblique. La fameuse Suzanne aux deux vieillards porte en hébreu le nom de Soushannah, mot formé du nom du Lis. De même, chez les

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Egyptiens, Soushin était employé comme nom propre. Le catalogue des monuments découverts par Mariette à Abydos nous en fournit deux ou trois exemples. Les Egyptiennes de la XIP dynastie se sont donc, comme nos contemporaines, appelées Suzanne; des hommes même, sous les pharaons, portaient ce nom. Le mot se retrouve en grec et en latin. So-jo-ov, Susinum désignent le Lis. Les adjectifs noinvjyj, susinatuni s'appliquent à des préparations dans lesquelles entre le Lis. Le mot existe même en français. Je me rappelle avoir vu mentionné, dans un passage d'Ambroise Paré dont je n'ai malheureusement pas pris note, le Vinaigre susinal. Enfin, de nos jours, le Lis se nomme Azacena en espagnol, et il est facile de voir l'étymologie de ce mot.

Le N. Lotus, si connu des anciens Egyptiens, n'a pas disparu de l'Egypte. On l'y retrouve encore dans les eaux peu mouvementées des canaux et au milieu de mares laissées par l'inondation du Nil. Mais les Egyptiennes n'en ornent plus leur coiffure, et je suppose qu'il ne sert plus à l'alimentation.

Un fait curieux, qu'il importe de faire remarquer, est l'emploi du mot copte Shôshen dans les Scahe. Ce nom répond bien, philologiquement, à l'hébreu Shôshan et à l'arabe Sousan. Il est d'ailleurs partout employé, dans les traductions bibliques, comme équivalent de l'hébreu Shoshan et du grec x.o/vov. Mais il en est autrement dans les Scalx. Toutes portent (Kir., 179) :

Ou-KHRiNON = Sousan, Shoshen = Khazâm,

Ou-TROKONTÊs = Noûfar.

D'où il résulterait que le Shoshen n'est ni le Lis, qui porte en copte le nom grec de Khrinon (/.ct'vsv), ni le Nénuphar, qui porte dans la même langue le nom de Trokontês, d'apparence grecque. Le Shoshen serait le Khazàm des Arabes. Or, c'est là, comme on va le voir, une plante assez difficile à déterminer.

Tous les dictionnaires arabes traduisent Khazàm par « La-

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vande ». Forskal, également, attribue au Lavandula Spica L. le nom arabe de Khazàmah (Descr. animal., \^. 147). Mais Schweinfurth (^F/or^, n- 119) donne Khouzùmeh comme nom populaire, en Egjpte, du Reseda pruinosa Del., et Forskal (Flora œgi/pt. -arable, p. CXVl) cite Khazàin comme nom du Cleonie ornithopodioides L. Ibn-el-Awam (XXVII, 15), d'après Ibn-el-Fasel, considère la plante Khazâm, Khazâmi, Khazàmah comme un Sousân bleu, autrement dit comme un Lis bleu; le Sousân bleu, dans Aboulqasim-el-wizir, est un Iris à fleurs bleues. El-Temîmy, cité par Ibn-Baitbar, fait un rapprochement analogue, entre le Sousân et le Khazâmi, au sujet de la plante Rihân-el-kâfoûr qui, dit-il, se nomme Sousân en Perse et porte des fleurs absolument semblables à celles du Khazâri/i. Enfin, Ibn-Baithar voit dans le Khazâmi (t. I, p. 365), d'après Abou-Hanifah, « une Giroflée (Kheiri) sauvage, à longues tiges, à petites feuilles, à fleurs rouges, d'une odeur incomparable, disposées comme celles du Henné (Làw~ sonia inermis L.), et croissant dans les endroits sablonneux ainsi que dans les jardins ». On se demande, après cela, ce que peut bien être le Shoshen-Khazâm . En y voyant le Lis bleu ou Iris, on se rapprocherait du sens ordinaire du mot Sousân, qui s'applique à des Lis de plusieurs couleurs.

Ce qui nous rapproche davantage dUiSo?(5i^/;ihiéroglypliique, c'est que Forskal (Descr. animal., p. 148) donne Shnîn comme nom égyptien moderne du Noùfar ou Nymphsea. Seulement, je me demande s'il n'y a pas en cet endroit une faute d'impression et si l'on ne doit pas lire Bashnîn, nom qui, d'après tous les auteurs arabes, s'applique au rhizome du N. cserulea.

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