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Dès les premières dynasties, on trouve le Lotus blanc représenté sur les monuments. Dans l'un des tableaux copiés dans la nécropole de Memphis et exposés au Musée Guimet sont figurés des bateliers se livrant à une lutte sur les eaux d'un canal. Sous les bateaux sont peints des poissons, des anguilles, des limaces, des grenouilles, et des iV. Lotus ; tous les détails de la plante sont très fidèlement rendus : pétales blancs, sépales au nombre de quatre, feuilles arrondies, fendues, fruits en forme de capsule de Pavot. Le N, Lotus était donc connu, en Egypte, dès le temps des pyramides.
D'autre part, des fleurs entières et bien conservées du Lotus blanc ont été trouvées dans les tombes. Ces fleurs formaient Tune des guirlandes dont était couverte la momie de Ramsès IL On en a même recueilli dans une nécropole de la XIP dynastie, à Kahoun.
Cette plante est souvent nommée dans les textes. On l'employait
lu LA FLORE PHARAONIQUE
en médecine comme réfrigérante. On en faisait d'immenses bouquets dont on décorait les salles de festin. Les femmes, en visite, en tenaient toujours des fleurs à la main et souvent en ornaien^ leur coiffure.
11 n'est pas rare de voir, surtout à l'époque des Ramessides, des femmes coiffées d'un diadème d'or autour duquel s'enroulent en spirale des pédoncules de N. Lotus dont les fleurs viennent gracieusement retomber sur le front, presque jusqu'aux yeux. La souche tubéreuse de la plante se mangeait grillée ou bouillie. Les graines se mangeaient également et, en les pilant, on en faisait une sorte de pâtisserie dont nous parle Hérodote, et que nous trouvons mentionnée dans les inscriptions égyptiennes.
Le nom égyptien du Lotus blanc est intéressant par ce fait qu'il s'est conservé jusqu'à nos jours. Ce nom est Soushin. L'hébreu Shôshan^ le copte Shâshen, l'arabe Soicsan dérivent directement du mot égyptien; mais, par un hasard singulier, ils n'en ont pas conservé la signification. Ces mots, en effet, désignent le Lis blanc ; l'arabe Sousan s'applique en plus, d'après Delileet Schweinfurth, au Pancratium maritimum L.
La chose est aisée a expliquer. Les Hébreux, n'ayant pas de Lotus dans leur pays, et ne pouvant par conséquent faire de confusion, employèrent pour désigner le Lis le mot égyptien qui, sur les bords du Nil, s'appliquait au Lotus blanc. Les Arabes, désignant le Lotus par l'expression poétique Arousat el'Nily « Fiancée du Nil, » pouvaient attribuer le mot Sousan à d'autres plantes. Enfin, le copte Shôshen ne se trouve que dans la Bible, où il rend l'hébreu Shôshan; dans d'autres textes, il pourrait s'appliquer au Lotus. De nos jours, le nom de Lis s'applique aux mêmes plantes : le Nénuphar blanc se nomme communément Lis des étangs, et la dénomination vulgaire du P. maritimum est Lis Mathiole,
Mais là ne s'arrêtent pas les dérivés de l'égyptien Soicshin, On sait que notre nom propre Suzanne est un nom biblique. La fameuse Suzanne aux deux vieillards porte en hébreu le nom de Soushannahj mot formé du nom du Lis. De même, chez les
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Egyptiens, Soushin était employé comme nom propre. Le catalogue des monuments découverts par Mariette à Abydos nous en fournit deux ou trois exemples. Les Egyptiennes de la XIP dynastie se sont donc, comme nos contemporaines, appelées Suzanne; des hommes même, sous les pharaons, portaient ce nom. Le mot se retrouve en grec et en latin. SoOjov, Siisinum désignent le Lis. Les adjectifs jovjivov, sicsinatum s'appliquent à des préparations dans lesquelles entre le Lis. Le mot existe même en français. Je me rappelle avoir vu mentionné, dans un passage d'Ambroise Paré dont je n'ai malheureusement pas pris note, le Vinaigre sicsinat. Enfin, de nos jours, le Lis se nomme Azucena en espagnol, et il est facile de voir rétymologie de ce mot.
Le N. Lotus, si connu des anciens Égyptiens, n'a pas disparu de l'Egypte. On l'y retrouve encore dans les eaux peu mouvementées des canaux et au milieu de mares laissées par l'inondation du Nil. Mais les Egyptiennes n'en ornent plus leur coiffure, et je suppose qu'il ne sert plus à l'alimentation.
Un fait curieux, qu'il importe de faire remarquer, est l'emploi du mot copte Shoshen dans les Scalœ, Ce nom répond bien, philologiquement, à l'hébreu Shéshan et à l'arabe Sousan. 11 est d'ailleurs partout employé, dans les traductions bibliques, comme équivalent de l'hébreu Shôshan et du grec xp/vov. Mais il en est autrement dans les Scalee. Toutes portent (Kir., 179) :
Ou-KHRiNON = Sottsârif Shoshen = Khazâm,
Ou-TROKONTÊs = Noûfar.
D'où il résulterait que le Shâshen n'est ni le Lis, qui porte en copte le nom grec de Khvinon (xpivov), ni le Nénuphar, qui porte dans la même langue le nom de TrokontêSj d'apparence grecque. Le Shoshen serait le Khazâm des Arabes. Or, c'est là, comme on va le voir, une plante assez difficile à déterminer.
Tous les dictionnaires arabes traduisent Khazâm par « La-
vande ». Forskal, également, attribue au Lavandula Spica L. le nom arabe de Khazâmah (Descr, animaL, p. 147). Mais Schweinfurth (Flore, n^ 119) donne Khouzâmeh comme nom populaire, en Egypte, du Reseda pruinosa Del., et Forskal (Flora œgypt.-arahiCi p. CXVI) cite Khazâm comme nom du Cleome ornithopodioides L. Ibn-el-Awam (XXVII, 15), d'après Ibn-el-Fasel, considère la plante Khazâm, Khazâmi, Khazâmah comme un Soicsân bleu, autrement dit comme un Lis bleu; le Sousân bleu, dans Aboulqasim-el-wizir, est un Iris à fleurs bleues. El-Temîmy, cité par Ibn-Baithar, fait un rapprochement analogue, entre le Sousân et le Khazâmi, au sujet de la plante Rthân-el-kâfoûr qui, dit-il, se nomme Sousân en Perse et porte des fleurs absolument semblables à celles du Khazâ^ni. Enfin, Ibn-Baithar voit dans le Khazâmi (t. I, p. 365), d'après Abou-Hanifah, « une Giroflée (Kheiri) sauvage, à longues tiges, à petites feuilles, à fleurs rouges, d*une odeur incomparable, disposées comme celles du Henné (Laivsonia inermis L.), et croissant dans les endroits sablonneux ainsi que dans les jardins ». On se demande, après cela, ce que peut bien être le Shôshen-Khazâm. En y voyant le Lis bleu ou Iris, on se rapprocherait du sens ordinaire du mot Sousân, qui s'applique à des Lis de plusieurs couleurs.
Ce qui nous rapproche davantage du 5oM5Am hiéroglyphique, c'est que Forskal (Descr. animaL, p. 148) donne Shnîn comme nom égyptien moderne du Noûfar ou Nymphœa, Seulement, je me demande s'il n'y a pas en cet endroit une faute d'impression et si Ton ne doit pas lire Ba^hnîn, nom qui, d'après tous les auteurs arabes, s'applique au rhizome du N. cœrulea.