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barie profonde, où 1 homme était revenu à l’état demi-sauvage. Pour moi, ce rapprochement est tout simple. Le navire d’aujourd’hui a de telles analogies
avec celui des temps antiques, qu’il me paraît n’en différer que bien peu. Comment pourrais-je croire que, àbépoque où un nâvigatëur se hasarda, pour la première fois, à tenter de contourner une partie dé l’Afrique, le navire n’était pas vaste, bien construit, bien gréé, capable, en un mot, de lutter contre les terribles chances de l’inconnu auquel on le livrait? Comment croirais-je qup c’était une machine infirme? La navigation n’était pas, sans doute, une science aussi certaine que les connaissances mathématiques l’ont faite depuis un siècle; ses méthodèa, toutes pratiques, étaient sujettes à de grossières erreurs : aussi les courses hauturières étaient à peu près impossibles; mais l’art du marin qui manœuvre le vaisseau était le môme, parce que le navire était à peu près ce que nous le voyons; parce que le gouvernail était connu ; parce que la voile, suspendue au
mât par une drisse et des balancines , enverguée, gouvernée par dès bras, tendue par des écoutes- et. peut-être aussi par la bouline, inclinée auvent, ou brassée carrée, ne différait point de la voile mor derae. . .
La marine actuelle touche de bien près à la mar rine d’autrefois ;. c’est, pour moi, .un fait de la plus grande évidence. Voilà pourquoi je pense que tout homme qui s’occupe de la marine moderne doit s’enquérir de ce qne furent les marines anciennes ;
. voilà pourquoi je pense aussi que Virgile étant, sur
VIKGIUUS NAÜIIGL'S.
la question de la marine antique, l’écrivain qu’on peut consulter avec le plus de fruit, il était nécessaire de démontrer sa compétence et de la prouver, en rendant à ses Vers toute la valeur didactiquadont les avaient dépouillés les interprètes, fort savants d’ailleurs, mais qui ne comprenaient pas la langue spéciale que parlait le poète marin.
. cJ-
IVk*
NOTES
(a) Hérodote dit qtic tous les navires des anciens étaient enduits de [xO.roç ou vermillon; Pline, qui rappelle un vers d’Homère (liv. XXXIIf, ch. vu), dit : « Jam cnim Trojanis temporibus rubrica in honore crat, ffoméro teste, qui navis ea commendat. » (V. plus loin, note II.) Le jam par lequel conimencc cette phrase nous autorise à croire qu’encore au temps de Pline le vermillon était la couleur dont lôpluscommunément on peignait les vaisseaux. Je ne sais si, jusqu’au xv!!' siècle, l'enduit d’une cire, teinte de minium, resta constamment-traditionnel, mais j’ar remarqué que quelques nefs et le plus grand nombre des galères et galéasscs des xv e et xvi* siècles, représentées dans les tableaux et les vignettes des manuscrits de ces époques, sont rouges. (Voy. mon Arch. navale, i. H,p, 324, note 4; Y. aussi les Voyages de Magius, Ms. À-d, 41, Bibl. Jmp., cabine.t de» estampes.) Quant aux figures peintes et sculptées, quant à l'or prodigué sur les navires des riches particuliers, voici ce que dit J. Scheffer (De militla navali, liv. H, ch. vi, p. 165), d’après les plus respectables autorités : Soldant aulem non simplici tantum colore pingere hâves, aut decrum tantum effigies, sed et voriormn animaiium, florum, herbarum aliatumque rcrum expsbnere. On peut se reporter, en effet, aux gravures de la
colonne Trâjane, qui reproduisent les navires dont la spirale de cette Colonne est chargée; on peut encore recourir à la description que donne Athénée du vaisseau gigantesque (et incompréhensible, au moins quant à ses ordres de rames) de Ptolémée Philopator. La lutvla et le parasémon dos navires étaient peints ou seulptés. En général le parasémon (marque, signe, rcapà arma) était Une ligure placée Vers le rostre, au-dessus ou à côté de cet éperon; ligure d'animal ordinairement : lion,. tigre, aigle, chien, porc, loup, etc. Properce dit (livre IV) que ces représentations étaient faites pour' inspirer la terreur. L’auteur d’un lexique avance que le parasémon était l’image d’un dieu peint sur la proue. Alors le signe de l’avant se Confondait avec ,]a tutelle placée à la poupe; ou, encore, à la proue était placée une figure en rapport direct aVec l’idée exprimée sur la tutelle, comme dans le cas dont parle Lactance, livre 1 er , ch. u : Aavis in qua Ganimedes est impositus , tutelam habuit in aquila figuratam. Ajoutons que des cas pareils paraissent avoir été rares dans l’antiquité. Ce ne fut qu’à des époques rapprochées de nous que les glossaleurs ont pu dire que la lulela était le parasémon du navire. Sans doute, à prendre le mot parasémon dans la rigueur dé Sa signification, cela était vrai ; car le signe principal, celui par lequel le navire était surtout désigné, c’était la futela, figure du dieu Sous la protection duquel on mettait lebàtimenf pendant scs uavigations. Celte effigie sacrée était miseà lapoupe, comme le prouvent une foule de textes r et surtout celui-ci, emprunté à une épltre d’Ovide : Acciplt et piclos puppis adunca deos. Quelquefois, toute une flotte était mise sous la protection d’une seule divinité: alors tous les navires de cette armée portaient en tulela la même figure. C’est ainsi que, au rapport x d’Euripide , Thésée avait soixante vaisseaux placés sous le •patronage sacré de Pallas, et portant à leurs poupes une Minerve debout sur un char que traînaient des chevaux ailés; c’est ainsi que les navires béotiens avaient tous à leur tutelle la figure de Cadmus tenant un dragon d’or; que ceux-de Nestor montraient l'effigie d’Alphée transformé en taureau, et ceux d'Achille les images dorées des Néréides, etc. Dans les temps antiques, le parasémon fut une chose, la tulela une. autre; toutes deux indépendantes du nom qui s’écrivait en général, non-pas sur le
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NOTES
tableau de la poHpe, mais à la proue, sur Une sorte de tablette clouée à Y acrostolion , dans l'endroit que, selon Pollux, on appelait ht yyî;. Aujourd’hui il n’en est plus guère ainsi - : la ligure est ordinairement en rapport avec le nom quelquefois, cependant, la ligure de V avant, le parasémon ancien, est ûnè représentation d’animal, ou un emblème tout à fait etranger nu nom du navire. Longtemps, au moyen âge. la figured’uue bête féroce, d’un animal fabuleux, surmonta l'étrave du vaisseau, où elle se montrait évidemment dans l’intentiou d’inspirer l'effroi. G’est de la présence à l’avant de cette figure formidable que le taiileiner sur lequel elle était appuyée prit le nom de bestion et celui de gu'ibve (de wivre, nom héraldiquedu serpent). Qnant à. la tutcla, elle prit en France le nom de Dieu-conduit tant que les navires portèrent à leurs poupes l'image du Christ, celle de Marie ou d'un saint, protecteurs des mariniers. Le Dieu-conduit était un cadre appliqué à la face extérieure de l’arrière, sous le couronnement; il a maintenant le nom de tableau. Le nom du navire est écrit sur le tableau, qui reçoit quelquefois des ornements sculptés et peints, analogues» ce nom, mais le plus ordinairement sans analogie avec lui. Je me rappelle que le navire sicilien sur lequel je passai à Alger, en 1830, {tour assister an commencement de la campagne qui assura la conquête de Cette ville, portait sur son tableau les trois jambes, réunies en un centre commun, qu’on voit sur une médaille d'Auguste donnée par Goltzius; autour de cet emblème, qui figurait les trois pitds ou les trois grands caps de la Sicile ( Trmacria ), était une couronne, au-dessous de laquelle on avait inscrit le nom du brig Federico. Quant à l’image placée sur l’éperon, c’était le buste doré d’une femme qui n’était ni la Sicile, ni une sainte, mais celm d’une personne qui avait servi de marraine au bâtiment quand il fut lancé à Païenne. J.’ai vu en Italie, «ni Baléares et en Grèce, des navires qui, ayant des noms profanes,-" portaient , sculptées ou peintes, des images saintes sur leurs poupes, tradition de la tutela antique. Aujourd’hui on supprime quelquefois, par économie, les figures des bâtiments de guerre français, comme on a supprime les sculptureè qûi, aux xvi*, xvu*.et xviii' siècles, surchargeaient les œuvres mortes; à la place des figures ou met un écusson armorié. Le luxe des déco-
MAÎHNR ASTIQUE. 34
rations extérieures était fort coûteux ; on y reviendra certaine* ment, l'architecture civile admettant de nouveau les embellissements dont l’artiste chargeait les édifices du moyen âge : l’architecture navale suit toujours l’architecture civile. — Cç lieu où devait être écrit, sur les bâtiments du Roi, le nom du navire n’était pas encore fixé en 1678 ; voici ce que je lis à cet égard dans la correspondance de Colbert :
« Le Roy voulant que le nom que sa Maj. îv donné à chacun de ses vaisseaux soit marqué en quelque endroit de la poupe de chacun des vaisseaux qui sont k. ... . , qui seroit le
plus propre pour y mettre. le nom en gros caractères, j’estime qu’il pourrait estre bien placé au dessus de la chambre de poupe; mais, comme les façons qui sont aux derrières desd. vaiss. sont differentes et qu’elles ne permettront peut-estre.pas de mettre le nom partout au mesme endroit, enuoycz-raoy un mémoire du lieu où vous croirez que le nom sera le mieux placé, et faitesmoy sçauoir en mesme temps l’estendue et la hauteur de cet endroit affin que je puisse faire faire des lettres de fonte dorées proportionnées à la grandeur du lieu où ledit nom sera placé, .et j’auray soin de vous les envoyer ensuite pour les faire attacher.,» (JLettre circulaire de Colbert aux intendants des ports; 13 septembre 1078. Collcct. des ordres du Roy, vol. 44, p. 407. Ms. Arch. de la marine.) ,
(b) 11 n’est pas possible de dire précisément aujourd’hui ce
qu’étaient le lembus, la scapfui, la cymba, Yacatus, le celox , et lés autres petits, navires que nous rangeons maintenant sous la dénomination générale d’ embarcations '. / ■
(c) Les extrémités du navire recevaient chacune un ornement. Celui de la poupe s'appelait aplacrvov, Pollux, liv. I, ch. î.x, dit: Les sommets de la poupe (âxpa rij; •apép.vr;;) étaient appel s SpXaffTa. *» Athénée, décrivant le vaisseau de Ptolémêe Philopator : dit âplaara npvgvïiTixà. Homère place Yaplilaston il la poupe, liv. V, de Y Iliade. Les vieux glossateurs,-pas plus que les scoliastes d'Homère, ne disent de quel radical avait été formé le mot âç/,acrTov. L’ornement de la proue était quelquefois nommé corymbe, quelquefois àxpo-îTÔitov. Acrosfolion (s'/.p.oc .
NOTES'
5 to>.o;) était un terme générique qui avait désigné d'abord 1rs parties élevées des deux extrémités. L’aphlaste était un acrostole, aussi bien que la couronne ou corymbe. La proue se recourbait en arrière ou en avant, et, se repliant sur elle-même, se terminait ou en une spirale, ou en forme de bouclier. Est-ce de celle façon que cette partie de l’oeuvre morte prit le nom decouronne? Les critiques le pensent Les acrostoles pouvaient se démonter. On les énlèvait parfois au moment du combat, parfois aussi on les gardait et on les défendait comme on défendait une enseigne (voy. p. 1G9). Quand un navire était pris après un engagement, le vaisseau vainqueur sc parait de -acrostoles du vaincu. (V. Diodore de Sicile, lie. XVIIÏ et XX; Xénoplion, liv. VI; les marbres antiques, les peintures de Pompéi, les médailles.) Les Latins appelaient du nom 'à'apïuslre ce que les Grecs avaient désigné sous le nom d 'acrostolon. Feslus veut que ce nom soit venu d’amplius, ces ornements étant superflus; c’est-à-dire le navire existant très-bien comme navire sans les ornements qui s’élevaient aux extrémités. Un commentateur de Juvénal dit que l’aprlustrè était non-seulement l’ornement delà proue et de la poupe, mais encore tabiilatum ad decorandam super /idem navis ad position; alors c’était une espèce de pavois on planches, place au-dessus du plat-bord comme un garde-fou ou un rempart, ce qui ne parait point justilié par ces vers du III e liv. de Lucain, cité par J. Schefïer, p. Iâ7, et ici, p. 169.
InVenit arma furor, remuin contorsit in liostem - * Alter : al hi totum vatidis aplustre lacertis
Avulsasque rotant cxcusso rcinige sedes.
(u) Xr,vîoxoç, de xv, oie. Quelquefois l’un ou l’autre acrostole affectait la forme de la partie antérieure d’une oie, sur laquelle se recourbait le col du palmipède que les premiers charpentiers prirent certainement pour modèle quand ils voulurent faire le navire rond bien assis sur l’eau, bien épaulé, comme, pour faire }e navire léger et rapide, ils étudièrent la forme de certains poissons. Lucain dit : « Sa poupe se red/esse, doucement recourbée, et porte à son sommet un chéiiisque d’or. » (IlXoTov.) Ailleurs.: « Le chénisque qui était à la poupe éleva ses ailes.'»
Plusieurs monuments montrent le chénisque ou petite oie à la poupe,' d'autres le font voir à la proue.
(k) Athénée, livre XIl% parle du navire d’Alcibiade, qui avait des voiles de couleur écarlate. Le vaisseau de Cléopâtre, au rapport de Plutarque, était emporté par des voiles de la même couleur. Suétone dit que Caligula tit construire des liburnes vcrsicoloribus velis. Apulée dit (livre XII®) que, sur les voiles de l'Isis, on avait écrit des formules votives, prières pour obtenir une heureuse, navigation. Suidas rapporte que, sur les voiles du navire de Trajan, on avait inscrit en lettres d’or le. nom de l’empereur et la série de ses titres. Les voiles du navire des Panathénées portaient des inscriptions et des peintures représentant les combats des dieifx et les images dés grands hommes :
Ergo Palladiæ lexuntur in online pugnæ, .
Magna Ciganteis ornantur popla tiopftis, ' .
- Horrida sanguineo pinguntur prœlia cocco, etc.
Virgile, Ciris. ( yergilius cum commet! tards, Ycneliis, 1,522, t° 17.)
(f) XTr,Xt; , de orr^n , colonne. Pollux dit « Un bois droit,
qu’on appelle stclide, s’élève au-dessus de l’aphlaste, et porte vers la moitié de 6a hauteur une étoffe quj le ceint en partie, et qu'on appelle tainia (bandelette)', (’Ex péoou xpîpâgEvov péxoc, xama ôvouâïexai). » Le stélide a , comme on voit , un grand rapport avec le mât de pavillon, et avec la verge au sommet de laquelle, on attache la série de petits lièges empennés, et enfilés à une ficelle , que l’on consulte pour connaître la direction du vent. Cette bandelette et ces lièges garnis de plumes s’appellent pchnons , du latin, penna, et non de Vital . pennone, corruptiQn de panno, toile. .
(g) Lazare Baïf, page 10. r > de son traité De Re navali, dit, apres Suidas, que le xe'Xr,? fut appelé ainsi par métaphore, du cheval de selle, et voici la raison qu’il en donne : Quodvnico tantum per transtra remo agatur : xïkr\ienim equits dicitvr qui ab vno sessore agitatur et regllUr. A l’appui de, cetle opinion, il cite un passage grec d’où il résulte que des jeunes gens, ayant à aller, du pied d’une montagne à un bourg nommé Nébuk, imaginé-
,'NMTES.
âO-l •
reut de mettre des selles sur des chevaux et de s’y asseoir; que ce fut le premier essai de chevaux sellés, car, jusqu’à ce jourlà, on ne savait pas s’asseoir sur un cheval, et l'on ne se servait que de chars. Des paroles qu'il a rapportées , Baïf tire cette induction : Quilnts verbis planant fit qaod sit xs).r,; eqans, ex quo y.î/.TK dictas quod ano remo, et non binis aut ternis , per scdilia ageretur : cam (amen plui es remiges haberçt. Je crois que la conséquence est loin d'être aussi rigoureuse que le pensait Baïf. Si le nom du cheval de selle, fut donué à un navire, c'cst assurément parce que ce navire était vite comme l’animal auquel on le comparait, et qu'il était aussi facile à diriger que le coursier sur le dos duquel monte un cavalier ; mais la rapidité de l’embarcation et la facilité qu’on pouvait avoir à la manœuvrer devait-elle tenir à ce que chaque banc ne portait qu’un rameur au lieu de deux ou de troié? Assurément non ; et à la rigueur, pour que Ut conclusion tirée par Lazare Baïf fût acceptable, il aurait fallu qu’il dit que le celes fut nommé ainsi, parce qu’il était monté par un seul rameur, comme le cheval de selle par un cavalier unique. Or les textes qu’il cite, apres celui dont il tire la conséquence forcée contre laquelle je ra’c-; lève, montrent qu'il y avait ordinairement dans les céloces plus d’un rameur. Quant à la phrase: Vnoremo, non binis aut ternis, sedilia ageretur , c’est une allusion à une disposition des rames, ordinaire surtout à Venise, au quinziéme siècle et au commencement du seizième, disposition sur laquelle je me suis longuement expliqué clans le Mémoire u° 4 de mon Arch. navale. Elle admettait, sur chaque banc, de deux à six rameurs, nageant chacun avèc une rame légère, appelée senzile (voy. ci-dess., p. 208 et 2 1 1). Or cet arrangement avait été adopté parce qu’on le regardait comme plus favorable à la marche du navire que l'ordre à une raine par banc, ce que Lazare Baïf aurait pu apprendre à Venise, où il avait remarqué l’ordre à senziles. Sa conclusion, dans le cas du celes, était donc contraire à un faitauqucl il faisait allusion sans l’avoir suffisamment compris. J. Scheffer sc rangea à l’opinion de Suidas et de Baïf. Si respectables que soient de pareilles autorités, je ne saurais, quant à moi, adopter une explication qui u’est appuyée sur rien de positif. Je pense qu’il' est plus raisonnable de croire que le celes fut comparé au cheval de selle, parce qu’il était ra-
pide comme ce quadrupède, à peine chargé par le cavalier qui le monte. Quant à la place que ce navire occupait dans la famille navale, je pense que le ùelôs owcéloce était rangé parmi les petits bâtiments à plusieurs bancs, montés chacun par deux rameurs (l’un à tribord, l’autre à bâbord), faisant mouvoir chacun sa rame. La place que les xj).r ( Ts; tiennent dans la nomen. clahire donnée par Appien, livre V1I« delà Guerre punique, me déciderait à cet égard, si d’autres textes non moins clairs ne m’avaient fixé déjà. Le petit celes s’appelait xeXrittov . On attribuait aux Rhodiens l'invention du céloce.
(n) On lit dans Hérodote ( Thalie ) : tè npd.aièv auaètxt vfjs; n<jâv giXTYiXiçée;, « tous les navires des anciens étaient peints au miqium. » Homçre dit (livre II, . v. C37) : « N^e; SvôStxa giXvoirépooi " (douze . vaisseaux aux joues peintes de minium). Dams un très-grand nombre de passages de Vlliade il donne l’épithète r geXatvr, (noirs) aux vaisseaux dont il parle; ainsi livre l* r , V. 300, 329 et 433; livre II, V. 524, 534, 545, 568, 630, 644, 652, 7 fO, 737, 747, 7; 9; livre V, v. 550, 700 ; livre VIII, v. 222 , 528 ; livre IX, v. 235, 654; livre X, v. 74;livre XI, v. 824, 828; livre Xll, v. 107, 126 ; livre Xllt, v. 267 ; livre XV, V. 423 ; livre XVI, v. 304 ; livre XVII, v. 383 et 639. Ainsi quelques-uns dès vaisseaux ipoyens étaient peints eu rouge , quand d’autres avaient une robe noire. ,
(i) Lorsque le temps le permettait, les matelots étaient àdemi nus, ou, s’ils portaient un vêtement, ils s’en dépouillaient avant de faire quelque manœuvre de force. C’est ainsi que Virgile montre les rameurs des navires qui vont se disputer le prix de la vitesse répanda'nt l’huilc-siir leurs épaules nues: Nudatosqnc hunicros oleo perfusa nltcscit. ( Énéidc , livre V, v. 135.) Lorsqu’il plçuvait, lorsque le froid se faisait sentir, une robe ou un manteau d’étoffe garantissait le marin contre les injures du temps. Cette étoffe était ordinairement grossière et faite de poil de boucs de Cilicie. Cinypfùi tondent hirci... Mine ris tetamina nantis. (Virg., Gdorg., livre 111, v. 312.) Probus dit, à propos de la ville de Cinyps et des vers de Virgilep dont je viens de rapprocher deux hémisticlies : Apud eos. hirci villosissimi
NOTES
riascuntur, qnod tondent ad Cillcia, qitibus naittæ utnnùîr. Probablement les rameurs des particuliers riches, au lieu de ciliées ou robes de Citieie, portaient des vêtements d’étoffes plus Unes, au moins quand leurs maîtres étaient dans les navires où ils servaient. '
(h) Le père de la Rue traduit æreapuppis par navls ærala, malgré l'observation de Servius, qui fait ærea synonyme de partis, par cette raison que c'était la prouo qui était garnie d’airain et non la poupe: Nam ærea non est puppis ml prora. Servius ne doute pas, comme on voit, que Virgile n’ait voulu désigner spécialement ici la poupe du navire. C est qu’il a un grand respect pour le génie de son poète, dont il connaît le vaste savoir, dont il admire Imprécision toujours spéc’ale, à quelque sujet qu’il s'adresse, quelque objet qu’il veuille peindre, quelque effet qu’il veuille rendre-. Ascensius hésite sur le sens d’areu ; Puppis ærea, id est partis aut ærtita, dit-il (fol. lxxxxi, ligne 22). Pat rct o se trompe comme de la Rue : Trente a wo perrada c'os grandes golpes (1. P r , p. 237). Annibnl Caro traduit de même : Tretnava ai cotpi il ben perr'ato legno (p. 294). Velasco dit aussi : Tiembla con tvs furiosos empellones la nao herrada (t. l rr , p. 197). — Ærea pourrait tiroir le sens de retentissante comme l’airain; et Virgile aurait bien pu vouloir comparer le bruit produit dans la poupe creuse, par les coups des rames et de •l’eau, au son des tirai cornua, dont il parle v. G 15, li\rc YH'de VÉnékle.
(i.)La scala était une planche garnie, dans toute sa longueur, do traverses placées comme les échelons d'une .échelle. Ces traversés, contre lesquelles le pied trouvait un point d’appui, empêchaient les hommes de glisser sur le plan incliné de la planche poussée au rivage. La scala, qui servait à monter ( scanderc ) dans le navire, offrant un passage entre la terre et le vaisseau, fut tout naturellement appelé pons. Comme il y avait plusieurs planches' rapprochées pour le débarquement ou l’embarquement, dans tout navire un peu considérable, Virgile a très-bien pu dire : pontes travsilit altos.
Le mot scala, fut conservé par les Italiens. Les Ordini de
Mocauigo (1420), que j’ai fait connaître (t. II de mon Archéologie navale) disent, art. 4 : « Quando messer lo capetano fara metfer scala in terra, tutte le gallie dieba metter scala... et quando fara tirar scala in galia, similmente tutte le galie dieba fare. » Far scala devint synonyme de metter scala, comme /ar vêla de metter vêla (fuori) ; quand on abordait dans un port où l’on poussait la planche, on faisait scala. Nos Provençaux ‘dirent comme les Italiens, seulement ils substituèrent, suivant les habitudes catalanes de leur prononciation, cscala à scala; de là cette locution française faire, escale, pour-dire : s’arrêter dans un port, relâcher. {To touch at a port (angl.) ; to put inlo port (id .) ; eintaufcn (ail.) ; descansar en algpn pucrto (esp.) fazer escala (port.).
On lit dans les Navigationi di Messer Alvice DaCaDa Mosto,. t. P r , p. 97, de Ramusio : « Navigaramo per nostre giornate faccendo le nostre scale ne luoghi consueti. « Les ports où les commerçants firent des relâches fréquentes dans l'intérêt de ldur trafic prirent tout naturellement le nom de scales ou escales, que les Français, qui disaient cependant faire des escales, appelèrent échelles. De là : échelles du Levant, échelles de Barbarie, etc. Dans tous les ports, et le long des quais, on fit, de distance en distance, des rampes longues, doucement inclinées et se prolongeant assez loin dans l’eau, contre lesquelles les embarcations peuvent aisément s’accoster ; ces rampes en maçonnerie, ou taillées dans lpirocher, reçurent le nom des plâuehes ou escales, qu’elles remplaçaient pour l’embarquement ou le débarquement des chaloupes et canots. DY scale, on lit, dans les ports du Nord, cale, et l’on dit à Brest : la cale de la rose, la cale de la boulangerie, etc. Dans les ports du Midi, nos marins militaires disent aussi cale , quand les matelots provençaux du commerce continuent à dire escala. Les embarcadères ou débarcadères des ports du Levant furent appelés par les Turcs iskèlé, transcription du mot franc escale -, ainsi, à Constantinople, balouk-bazar iskèlé, top-khana iskèlé, etc.
Aujourd’hui, les planches de débarquement de la plupart de nos embarcations sont encore garnies de traverses sur l'une de leurs faces, l^es planches servant de ponts aux navires, qui s'ac- ' costent au quai pour charger et,' décharger leurs marchandises,
notes. •
iflâ
sont unies : les traverses nuiraient au mouvement des tonneaux
et des balles. — A propos du mot pons, je relèverai une erreur du Dict. latin de Noël (1824). A la tin de l’art. Pons, ônlit:
Virg. Haubans. >< il n’y a pas un passage de Virgile qui justifie cette étrange interprétation.
(m) Changement subit dans la dircotion du vent établi. L’auteur du Kothan de Tristan , dont j’ai fait connaître lès passages relatifs à la marine, dans le mémoire n°3 de mon Archéologie navale, peint ainsi la contrariété qui repousse Yseult dé la cote de Bretagne, où, d’Angleterre, elle venait voir Tristan :
E issi te la terre uni \ uc . , Balt sunt et ciglent léemcnt. •
Del séust lui sait un vent E fert devan en ini cel lr.-f - '.
— Réfréner fait toute la nef.
On dirait que ces vers sont une imitation du passage de. Virgile qui nous occupe. Voyez, én effet, si tous les traits du latin n,y . sont pas conservés ! « l$si ke la. terre unt vue, — e consjKKln iellütis-}.- balt sunt et siglent (cinglent) léement, — in altum vela-dabant te/»; « del séust leur sait un vent, — slrtdeiïs aquilajie jfrocetla; » e fert (frappe) devan en mi cel tref (voile), — vélum adversa ferit ; « réfréner (culer, aller en arrière) fait toute-la nef, — prora avertit. » Si le poète du xm e siècle ne s’appliqua pas à reproduire Virgile, il faut reconnaître qu’il était un peintre de marine excellent. Comparez ces cinq ligues si vraies à la traduction que Delille donne des dix vers latins, et dites si le trouyère normand n'a pas l'avantage sur le versificateur moderne : • . .
Déjà leurs nefs perdant l’aspect de ta Sicile
Voguaient à pleine voile. .. .
L’orage affieux qu’anime encore Boiée ‘ * • ‘
Siffle et frappe la voile à grand bruit déchirée.
Les rames en éclat échappent au rameur,
Le vaisseau tourne au gré des vagues en furetfr, ",
Et présente le flanc au flot qui le tourmente.
Je ne dis rien de -la locution « perdant l’aspect, ?> mais où
406 ' MARÏNÈ ANTIQUE.
est le læli de Virgile? Pourquoi « à grand bruit déchirée? »• Le poète latin ne déchire point la voilé, parce qu’elle doit forcer la proue dose détourner, et que, remplie tout à coup, avant qu’on ait le temps de l’amener, elle doit faire tomber le navire sur le côté. Pourquoi » présente le flanc au flot? » Bat latus in undis veut dire bien clairement que le vaisseau immerge le côté sur lequel il tombé, qu’il donne ntic forte bande ( dar alla banda (ital), banda, côté) ; qu’il s 'engagé, eu pliant sous l’effort de sa voile; qu’il s’incline jusqu'il courir le risque de chavirer.
(n) In altum mare , sur la mer haute, profonde; au large. Virgile dit (livre 111, v. 1 9 1) : Yela.damus, vastumque tara trabc currimus acquor. La mer vaste, c’est encore la haute mer, le large. 11 ajoute : Postquam altum lenucre rates, ncc jam amplius ullx Apparent lcrræ. Altum est synonyme de vaçlwn aquor. Au VIP livre, ou lit, v. o : Postquam alla qtiicrunt Æqitora, qui a le même son S que currcre vashtm aquor et vêla tiare in altum. Le medium aquor, medium mare, est souvent synonyme de altum mare. Dans la P c Géorgique, Virgile parle des plougeurs qui reviennent à terre cjr aquorc medio, du milieu de la mer, du large. Quand, à la fin du livre V)I e de Y Enéide, v. 810, il peint la légèreté de Camille, le poète dit qu’elle pouvait courir suspendue sur le sommet dos lames: inare per medium, Jluctususpcnsa tremenli, Ferret lier. C’est bien de la' pleine mer qu’il s’agit, de la mer qu’elle traverserait saqs mouiller la plante de ses pieds. Au XII e livre, v. 452, c’est la nuée qui vient de la haute jner à terre : Ad terras nimbus il mare per medium. Quelquefois medium xquor, medium mare désignent seulement la mer Voisine du rivage. Ainsi, quand Pplyphème se plonge dans la mer pour laver sa blessure (liv. 111, v. GG4), si grand qu’il soit, si hardie que puisse être l’hyperbole , il faut que Yæquor medium dans lequel il marche, et qui. ne lui va pas jusqu'à la ceinture, ne soit pas l 'altum marc, le large. Le P. De la Rue veut que Polyphénie se baigne dans la pleine mer. Delille adopte sa version : « Au plus profond des mers il plonge.» Mais Virgile dément l'annotateur et le traducteur. En effet, les Troyensse hâtent d 'appareiller : tacitijnçidere fttnem :Yenûmits
NOTES, -io:
et prçni certantibus orquora remis. Que leur servirai! de, fuir, si le cyclope pouvait les poursuivre ayant pied partout? Il essaye de les atteindre, mais c’est en vain ; la mer est plus profonde qu’il n’est grand ( neepotis lonios fluctus æquare seqitendo), et il retourne au rivage ( vestigia lorsit). — Quant au medium ilcr des deux premiers vers du V e livre, c’est bien la route faite au large de la rive africaine que Virgile veut caractériser.
(o)Sclon Servius, Virgile a dit, liv.V, v. 829 : Attolli malos pour attolù vêla, et la raison qu’il donne de cette interprétation, c’est que, cumnavitjarent, non est dubium quod olli erexerant arbores. Ascensius s’est rangé à l’opinion de Servius, oubliant ou ignorant qu’à la mer, dans de certaines occasions, on démâtait les navires et ou les remàlait. Pour les combats, généralement on désartorail, comme on a dit aux xvr, xvii* et xvm* siècles; on combattait à l’aviron. Quand l’état de la mer et du vent était tel que la mâture pouvait être exposée à quelque rupture, ou. être Un poids, dangereux pendant les forts mouvements du roulis et du tangage,- on abaissait les mâts en les enlevant du puits ou leur pied était inséré, — puits appelé par les Grecs peerôîjjo*, modius par les Latins — , et on les couchait en arrière sur une traverse ou un chevalet qu’Homèrc nomme tuToSoxri ot Piaule casleria. La tradition se conserva pendant le moyen âge, et se perpétua tant que les galères- et les galiotes furent en usage dans les différentes marines européennes. -
, (p) Vna omnes Jccerc pedem, dit Virgile : « Tous ensemble firent l’écoute, ou halèrent (tirèrent) l’écoule. » L’angle inférieur de la voile qui, lorsque la toile faisait son office, était rapproché, plus on moins du bord du navire, ce qu’en France on nomme . le point , avait reçu des Grecs le nom no ûç ; c’est en effet le pied de la voile. Les Lalins, à l imitation dts Grecs, nommèrent pes cet angle, qu’il faut fixer quand on veut que la voile fonctionne. Une corde fut attachée au noue. ou pes , qui lui donna son nom.
La corde, pes, ou août, est ce que nous nommons Y écoute. Facere pedem, c’était hâter l’écoule ou border la voile (appre-' cher la voile du bord); relaxare pedem , c’était donner du mou à 1’dcovtr, filer l’écoute, comme dimittere pedem, c’était filer
MARINE ANTIflCE.
en grand, en bande, larguer l’écoute. Je n’ai trouvé jiylli» part, chez les anciens, de nom particulier pour l’écoute du côte du vent, que dans les basses voiles que nous appelons amure. H est probable que peu nommait chacune des deux écoutes et qu'un adjectif distinguait l’une de l’autre, suivaut sa position. Aucun ouvrage didactique sur la marine ne nous étant venu de l’antiqqilé, nous manquons d’une foule de renseignement touchant la mâture, la voilure, le gréement et la manœuvre, et nous ne sommes pas en mesure, par la connaissance des auteurs, de remplir toujours cette lacune très-fâcheuse.
(q) Le cap d’un navire, c’est sa tête, son extrémité, papuf, eabeça, cabo [port.]; cabo, cavo, capo [esp.J ; cac, cliao [vénilij). Par extension, l’extrémité postérieure a pris ce nom comme l’avant. Les Provençaux nommèrent captons la proue et la poupe du, pour parler plus précisément, les sommets de la rode de proue (l'étrave) et de la rode de poupe,(l’étamhot). Avoir le cap à un tel air dé vent, c’est faire route à cet air de vent désigné. Si, dans une saute, le vent qui venait de là proue passe tout d’un coup à la poupe, on dit qu’il change cap pdur cap. C’est une Saute de 16 quarts ou 180 degrés.
(a) Les marins français appellent bras d’une vergue, la corde simple on double fixée à l’extrémité de cette vergue, et servant à la mouvoir horizontalement autour du mât qui la supporte. Srasser une vergue, c’est agir sur le liras de l’un des deux cotés; conlre-brasser, c’est la brasser dans le sens oppose à celui ou elle a été appelée d’abord ( torquere et detorquere corntia):. Le dictionnaire français-latin de Noël donne au mot ceruchus la signification de bras d’une vergue. L’auteur se fonde sur un vers dé Lucain qu’il ne cite pas. C’est sans doute celui-ci :
- Transtraque nauiarum suinmique arscrecernclii. ‘
L’épithète summtts conviendrait peu au bras, dont une des extrémités venait sur le pont. Elle convient au contraire au bâtard de racage, cordage qui tient la vergue rapprochée du mât comme par un collier. Schtffer l’entendit ainsi, et il eut raison. 11 dit, p. 1 45 Militla navuli : <« Funis qqo antenna ex
' NOTES."' ‘ roÔ
utroque cornu (il aurait dû dire interna brachia ) religatur ad malum, ceruchus dicitur et anchonis. » Anciionis est une faute: c’est anguina qui est le vrai mot. Aftguina, qui a donné anchis àla marine du moyen Age, vient de serrer. Quant à ceruchus, il vient peut-être de xép«; retenir la vergue. —
Isidore dit, liv. NIX', que les Latins appelaient opifera ce que nous appelons bras : ■ Opiferæ funes quæ cornil us antenna* dextra sinistraque lenduntur retroverso. >. Le bras était probablement appelé secourable, parce qu’il aidait à manœuvrer la vergue qui obéissait au pes (l’écoute), quand on orientait la voilé. L'opifera fi mis antenn.r dût être appliqué à la vergue aussitôt que l’antenne devint un peu grosse et longue, et qu’elle eut besoin d’être gouvernée et retenue dans ses mouvements horizontaux. Il en dut être ainsi de la balancine qui supporte egalement les extrémités de la vergue. Le nom de la balancine était, selon Suidas, (mÉpot, venant de ime'p, par-dessus, et afpco, lever. Les Grecs modernes, en refaisant une nomenclature hellénique pour leur marine, viennent de reprendre turipa (hypera); ce mot remplacera pav-nyï, le mantichio que les Vénitiens avaient porté en Grèce. Je ne sais comment les Latins dénommaient la balancine, qui n’est pas plus nommée dans l 'Énéide que Y opifera et le ceruchus. J’ai montré , dans le mémoire n° 1 de mon Archéologie navale, que les Égyptiens connaissaient les balancines et les bras. (V. t. I' r fc p. 78, 82.) Un petit navire sculpté sur un bain de marbre blanc, qui fait partie de la collection Rorghcse, it Rome, où je l’ai dessiné, a des balancines et des bras (V. le mémet. 1", p. 21.) Une des peintures de I’ompéi, recueillies au musée Bourbon, à Naples, — elle a été gravée au trait—, représente deux navires à rames, l’un desquels a une voile déployée et prenant le vent de l’arrière. La vergue en est supportée par des balancines. Elle a des bras qui vont à l’arrière, èt des faux-bras qui vont à l’avant.
(s) Les vergues sont brassées carrées, ou en croix, lorsque ‘leur direction est perpendiculaire à celle de la quille. Cest leur position naturelle quand le navire n’est pas sous voile. Le père de la Rue ne parait pas avoir compris le procedere relis xqualh ; dans son interprétation il dit ; vl‘li\ parilms , attribuant anx , • - 35
MARINE ANtiQUE.
vaisseaux troyens qui- fuient Carthagedes voilures égales, c'està-dire le même nombre de voiles. Cètte explication n’est pas admissible. Delille a traduit : « Vidit et æquatis classem procédé! e velis, » par ec vers : ' .
Les voit voguer au gré du vent qui les secandç.
Dans la pensée du poète fiançais, certainement cela veut dire: » Les voit fuir vent eu poupe; » mais l’expression est vague. Au reste, IcsventsquoMcrcuresnnonce à Énée, etdont il lui recommande de profiter, sont douxet favorables. ( Zephyros andis spirdresecttndos, liv.IV^v. 5G2.)Que font les Troyens? Ils déferlent les voiles, au premier ordre d’Énée ( sblvitc vêla ciü)\ ils coupent tous les liens qui les retiennent au rivage , cribles des ancres et amarres de poupe ( torlosqac incidere fanes); leur chef a donné l’exemple : * - •-
Vagiftaquc eripit ensem
Fulminemii, stiictoqne ferit relinacula fcrïo,
Ils s'assoient sur leurs bancs, forit tournoyer les flots écumeux Sous leurs rames qui y trouvent un appui solide, et marquent 1a mer par leur sillage. •
Adnixi tofqueut spuraas, et cxrula verront,
est un des vers que Virgile répéta. 11 se trouve déjà dans le HI C liv., où il est le 208 '. Me sera-t-il permis de faire une observation sur la propriété des termes dont ce. vers est -si heureusement composé? Les commentateurs n’ont vu, .dans adnixi, que l'expression de l’effort fait par les rameurs pour nager vigoureusement ; j’y crois voir un double sens, quant -à moi. H me semble que Virgile voulut indiquer deux faits par un seul mot; l’action que font les matelots en ramant à grands coups, et l’appui que prend à la mer la rame, levier pour lequel la puissance est à la poignée, la résistance au bord élu navire, et le point d’appui à l’eau. Virgile tétait mathématicien en mènic teipps que poète, et il savait à la fois cire vrai comme peinliç.'vt
KOTfcS.
comme géomètre; je crois donc que ce n’est pas sans intention qu’il écrivait adnixè au lieu de conali. Je n’ai pas besoin de faire remarquer combien lorquent spumn.% rend avec une précision remarquable l'effet de l’aviron qui, en coupant l'eau dans laquelle il entre, donne un mouvement de rotation à la partie tranchée qui est en avant de la rame, et fait bouillonner toute la masse coupée. Quant à c,rnila vernmt, ces mots caractérisent le tournoiement, le remou (de removere) que le navire laisse dans le sillon qu’il trace ( le sillage) en fuyant. C’est donc à l’aide de l’aviron quo les Troyens quittent en toute h;\tc le port, bien qu’il leur faille nager contre le vent ; mais à peine ils se sont élevés un peu au large, qu’ils dévoient leurs voiles et font vent arrière, pour faire plus de route et notre pas atteints, si Didon envoie à leur poursuite.
(t) Virgile se sert cinquante-huit foisdu mot classis. Toujours il désigne par cette expression, ou la flotte d'Knéc, ou un certain nombre des vaisseaux, ou des groupes de navûrcs, et, comme nous disions, des divisions ou des escadrès : I.ycix duclorem claséis Orontem , par exemple (liv. VI e , v. 334). Jamais classis n’est, chez notre poêle, un synonyme ou un équivalent de vavis. Les commentateurs n’oirt pas voulu comprendre cela. Ainsi, à propos du vers :
Piima citæ Teucris poüani ccrtamina classis
(Ur. Ve, v. 66)
le père De la Rue dit : <• l’uguam vcluchtm naviam. » Si Virgile emploie un terme collectif, c’est que. la joute aura lieu entre plusieurs navires appartenant à la partie légère de la flotte. La cita classis est comprise dans tonmi classe, ce que fait assez comprendre le poêle, quand il rapproche pi ima dix, etc-, de quatuor ex omni deleclx classe carinx. Le vers 255 du P r liv. des Géorgiques)
Conicniat, qeando ar matas deüucerc classes est interprété en ces termes par Asrensius : classes armatas, id
412 MAHIN'E ANTIQUE. gf
oV rntvcs à liyno ait/ sonilu dictas , a«f ordines arviatornm in navibus existentes. Virgile dit clairement que le temps est facile à prédire où l’on pourra descendre à la mer, remettre à l'eau les nombreux navires, les Hottes que chaque population maritime a tirées au sec quand la mauvaise saison a commencé. Classis est le mol exact, et Virgile l’a préféré à navis, parce qu’il tenait à la propriété des termes. Classis, qui ne parait pas venir de xà>.<o;, cordage, ainsi que le veulent quelques lexicographes, mais plutôt de xÀf 4 (Ti;, appel, convocation, chez les Latins signifia aussi bien réunion de fantassins et de cavaliers, que réunion de vaisseaux, comme, du xm« au xvi* siècle, flotte eut ce double sens en France.
On ne voit pas pourquoi Ascensius veut que les navires aient été appelés classes, du bois dont Us étaient formés, ou du son de la trompette (classis). Quel rapport la trompette avait-elle avec Je vaisseau? Et le bois dont le navire est formé, ou tisSu, comme le dit si heureusement Virgile ( texamus robore riaresjliv. Xl% v. 3?.f>)> quel rapport a-t-il avec l’idée que fait naitre le mot classis? Quant ji l’hypothèse que les classes de Virgile peuvent être les rangs ou compagnies d'hommes arqiés, embarqués sur les vaisseaux , comment fut-elle sérieusement émise par un critique qui avait à expliquer un vers où le poète emploie le verbe dedneere, si rigoureusement technique? Au lieu de dire tout naturellement : armatas dcduccrc naves, Virgile aurait dit : deduccre classes, pour faire entendre qn’on mettait à la mer les vaisseaux chargés de soldats! Mais supposer cela, c’est méconnaître le génie de Virgile qui est toujours pour ce qui est simple et précis ; c’est oublier que, dans les Ciorgiques, le poète fait allu-. sion aux navires de commerce, et non aux vaisseaux de guerre : c’est oublier encore que les arma des navires étaient tdus les objets, mâture, voilures, gréement, vivres, etc., qui concouraient à mettre le bâtiment en état de naviguer. Je le répète , classis , c’est nombre, troupe, réunion, flotte, -Chez Virgile, e’est eela, et jamais navire. «...
(v) Fixons le sens de ces mots, dans le cas particulier dontvil s'agit. Une tempête commence. Le vent sautant tout à coupa l’ouest (i vesperoab atro), Palinure pçend des précautions com-
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mandées par la prudence. 11 ordonne de rentrer dans le navire tout ce qui peut donner prise au vent , comme les apluslres, les boucliers, les étoffes qui recouvraient le berceau fait à la poupe, — la colonne Trajane montre plusieurs navires garnis* à l’arrière, de cette espèce de carrosse, comme on disait dans la marine des galères de France , — les tentes qui abritaient les matelots (V. la colonne Trajane, et plus haut, p. 02, 171), les acrostoles,etc. Servius pensa que, par arma, Virgile avait voulu désigner les voiles, et il dit: Colligere: contrahere, non penitvs deponere, nam dixït : ObÏH/natque sinus in ventum. L’interprétation est ingénieuse, mais je ne la crois pas fondée. Raccourcir la voile, c’està-dire prendre des ris, eût été une bonne manœuvre; mais, si Virgile avait eu l’intention de fairecomprendre que Palinureagit ainsi, il se serait arrangé pour dire que, les ris pris , le- pilote lit présenter obliquement au vent les voiles diminuées de grandeur . Asccnsius, empruntant à Servius l’idée de contrahere, l'applique non-seulement aux voiles, mais aux antennes, ce qui change complètement le sens du mot, car on ne diminue pas la longueur des vergues, on les amène. Contrahere ne peut signifier abaisser, descendre ; il aurait fallu dire dimittere. Asceusius ne comprit bien ni Virgile ni Servius, cela me parait évident. AnnibalCaro, rend : Colligere arma jubet, par ce commandement du pilote : Via, compagni , armiameï. •< Allons, compagnons, armons-nous.» Tout au plus aurait-il pu dire: «Désarmons-nous. » Delille, bien loin de se ranger à l’opinion de Servius , dit de Palinurc, que
Déployant les’ voiles
D'un souffle plus oblique il fait ender leurs toiles.
Dryden avait pris au vieux commentateur son contrahere, et il avait dit :
Contract vour swelliug sails, and ltiff to witul. ‘ •
r> Prenons des ris dans nos voiles enflées, » me parait eqniraire au texte de Virgile; mais luffto teind (venons au vent) me semble très-heureux. C’est eu effet ce que l’alinurc exécute. Il brasse ses vergues en pointes, et tient-) autant qu'il le peut, le nez dans
le. vent, avec l'aide de son gouvernail. Il se met à peu prés à ta cape et tangue à la lame , jusqu’à ce qu’enfin, ne pouvant plus lutter contre le vent [ncc nos obnili contra sufficimus), et ne faisant plus de. route (nec tendere tantum), il prie Énéo de permettre que l’on cède à la fortune, et qu’on mette le cap où elle l’ordonne : Superat quoniam fortuna ,sequamur ; quoque vocal , vertamus iter. C'est sur la Sicile que le vent d’ouest pousse les Troyens : Palinurc propose donc à son maître d’aller chercher un port dans les États d’Eryx. Énée adopte cette proposition, et ditau pilote: • Je vois en effet que la tourmente nous commande cette relâche, et qu’en vain tu veux tenir le vent ( frustra cerno le tendere contra) ; laisse donc arriver! l'tcclc viam velis est une de ces expressions dont Virgile a toujours eu seul le secret Flectc a ici le double sens de : Cede, fléchis devant la fortune, plie, et de : Arrondis, courbe ta route. Le mouvement à' arrivée est, en effet, une flexion, une courbure de la direcliou que tenait d’abord le navire, vers un point sous lèvent. La flotte d’Énée, au T moment de la tempête, serre le vent (obliquai sinus in ventum), tient le plus près, bâbord amure, puis laisse arriver en dépendant, c’est-à-dire peu à peu et arrondissant ; elle brasse successivement ses voiles jusqu’à les avoir carrément ; elle fait vent arrière, et les vents lui deviennent doux et favorables. On fait bonne et prompte route sur la mer encore grosse (fertur cita gurgité classis ), et bientôt les Troyens joyeux atterrissent à des rivages connus (l.rtis noix advertuntur arenx). On voit combien ce passage est intéressant , et l’on me saura peut-être gré d’en avoir fait ressortir tous les précieux détails.
(x) Les dictionnaires traduisent naves deducere par mettre en mer. Ils traduisent mal. Mettre à la mer ou en mer, c'est S’éloigner de la côte, c’est faire route et prendre le large. Mettre à l'eau, c’est faire descendre, de la terre où il est , le navire neuf ou celui qu’on a tiré au sec. Deducere est l’opposé de subducere.
Au livre IV e , v. 397-400, Virgile, peignant les appfèts du départ des Troyeng, montre d’abord les compagnons d’Énée couvrant le rivage (Teycri iqàutnbunt ;. c’est le littora comptent du vers auquel j’attaêhé-.'eette note). Bientôt, ils font descendre à l’eau des navires qu’ils en ont tirés à leur arrivée ( littore deducunt toto
NOTES
naves)-, mais avant de faire celle manœuvre ils ont enduit de poix et de suif chaque carène, ils l’ont espalmee, comme on dit encore en Provence, en Italie, en Espagne ( spalmare, es patina r; de palma, la paume de la main avec laquelle on frottait la carène pour la suiver et l’oindre de poiH); ainsi préparé, le navire est misa l’eau et natal une ta carlna. Ceux qui n’ont point été occupés à l’espalmage et à la deducüo navium, sont allés dans les forêts couper du bois pour faire des avirons de rechange, et du merrain pour les réparations qu’on pourra exécuter à la mer; ils n’ont pas pris le temps de travailler les matériaux, tant ils sont empressés de partir (fugæ studio), et ils rapportent des brandies toutes feuillées que l’on convertira en rames (frondentesque ferunt remos ), etdu chêne à peine dégrossi, qui deviendra bordage ou membrure. Tout cela est excellent sous le double rapport de la |>einture et de l’observation.