‹ La Flotte De CesarChapitre 20 sur 27 · VIRGIL1CS NAUTICUS · texte numérisé non relu

VIRGIL1CS NAUTICUS

border, et surtout d’une terre inconnue, prenaient' la précaution, s’ils naviguaient sur des bâtiments à . rames et à voiles, dé supprimer la voilure et de faire leur abordage à l’aviron. Il était tout simple qu’il en fût ainsi, mais il est très-bon que des tèxtes aussi clairs constatent un usage que la seule raison aurait indiqué à la critique, et dont au reste la tradition s’est gardée tant qu’où s’est servi des galères, galiotes, fustes, brigantins, etc. Aujourd’hui encore qu’arrive-t-il la plupart du temps aux embarcations qui vont accoster la cale d’un port, quand elles sont entrées dans le port à la voile ? Elles carguent ou amènent leurs voiles, et c’pst à l’aviron qu’elles font leur abordage. Si je cite les deux passages du III e livre de Y Enéide, c’est autant pour montrer que la manœuvre indiquée par le poète marin est régulière et qu’elle est restée traditionnelle, que pour faire remarquer une fois encore combien Virgile tient à être exact dans ses indications, même les moins importantes en apparence.

Au vers 207, de quoi s’agit-il? Les Troyens se dirigent sur les Strophades, où leur intention est de faire une relâche d’une certaine durée ; alors, au lieu de carguer leurs voiles et de les laisser à la tête des mâts, ils les amènent et les rentrent en les allon-

géant sur le pont; vêla codant, les voiles sont amenées. Le père de la Rue ne l’entend pas ainsi il fait de vêla cadunt la conséquence du retour du

* . 5 . fijgldzed by

•beau temps; et il traduit ces deux mots si aisés à comprendre par vêla detumefiunt , les voiles se dégonflent, les voiles ne font plus leur office et battent

contre le mât. Delille ne s’y est pas trompé ; il a dit :* .

Et la voile baissée a fait place à la rame.

Dans le cas du vers 532, les matelots n’arnènent pas les voiles, ils les carguent seulement et les serrent; voici pourquoi . Ce n ? est pas une longue escale qu’ Anchise et les siens vont faire au port de la Japygie, où est le temple de Minerve ; ils n’y abordent que pour offrir un sacrifice à la déesse, et, lé sacrifice achevé, ils remettent à la voile : '

Cornua vclatarum obvertimus antennarum.

Delille , qui avait si bien compris vêla cadunt, n’entendit pas vêla leyunt , puisqu’il dit : « On abaisse la voile. » Annibal Caro est tômbé dans la même erreur d’interprétation* dont n’avait point su ' se garder non plus Gr. Hernandez de Velasco.

§yï. ; ■

Je pourrais m’arrêter ici dans l’examen que j’ai entrepris des passages maritimes de Y Enéide; car

VIBG1L1US NAITICIS. 38 l k

je ne crois pas avoir oublié uu seul des détails im-

portauts par lesquels Virgile prouve que tout ce qui touche à la marine lui est familier. Cependant, si j’ai montré que Virgile emploie presque toujours le mot technique pour peindre une manœuvre, pour désigner un objet, je dois dire aussi que parfois, mais bien moins souvent que ne l’ont cru ses sa- . vants annotateurs, il use de l’expression figurée, • - ^

soit que son génie l’invente pour le besoin de l'image qu’il veut produire, soit qu’elle ait cours dans la langue des poètes, ou dans celle des gens de mer. Ainsi, livre IIP, v. 191, au lieu de dire : - N ave ou navibus currimus œquor, il dit :

Vêla damus, vastumque cava trabe currimus æquor.

. Cava trabe est une synecdoque pour les commentateurs qui voient dans ce trope une intention d’élégançe dont ils savent beaucoup de gré à Virgile. Il me semble qu’il y a mieux que cela avoir sous la trabs cava du poëtc. Le tronc creusé, le monoxyle, c’est le navire primitif, le scaphe de rivière ( cavat arbore lintres ; Géorg ., I, v. 262), le navire sans force contre les autans et la grosse mer, le bois chétif dont triomphent les vents les moins forts; comparer la flotte troyenne à un frôle petit navire s’élançant au milieu de la vaste mer, c’est prépa-r rer d’une manière admirable le tableau de la tempête qui accueille à l’instant les compagnons d’An-

chise, c’est grandir le péril, c’est ménager un effet plus saisissant. Il n’y a que les grands artistes qui ont le secret de pareils contrastes. Ne voir dans cuva trabe qu’une élégante figure de rhétorique, c’est donc, selon moi, étrangement amoindrir la

pensée de Virgile, c’est ne la pas comprendre. De-

lille n’a point rendu les deux mots qu’avaient négligés Drydeu, Annibal Garo, Hernandez de Velasco et fiarreto. Voss n’a pas été plus scrupuleux. Tous ont affaibli l’expression mélancolique dont se sert Enée dans son récit à Didon.

Où la synecdoque est simple comme le veulent les interprétateurs de Virgile, c’est dans le vers 566 du IV 0 livre :

Jam mare turbarj trabibus... videbis.

Les trabes désignent en même temps les rames, les quilles de navires, les navires eux-mêmes i C’est

le bois pour l’objet iait de ce bois (1). Les marines

(I) Il n’est pas besoin de dire que, dans les vers :

. ' Sed pondère pinus

Tarda icnct. . .... •’

(Uv. V, v. 153)

Mincius infesta duccbit in æquora pinu.

* (Uv. X, v. 206f

la matière est prise pour le navire, ainsi que dans l’hémistiche; Labitur vncla vadis abies (liv. yill, v. 91) , et dans les vers cités plus haut, p. 176, 200 et 364. Il faut cependant remarquer que Virgile, s’il se sert des mots abies et pinus, le fait à

VJfe&LlgS NAtTlGt-’S. 3*3'

modernes oint des figures analogues à celle-là. Les italiens appellent le navire legno ; les Catalans lefiy; air moyen âge, tous les peuples néolatins (lisaient liyniim, et nos vieux Français lin, line, fttsle. Fusto était fort usité chez les Italiens dans les bas âges, comme fmta chez les Espagnols et les Portugais. Longtemps les charpentiers d’Italie appelèrent la quille il primo, sous-entendant legno. La quille

bon escient. Le sapin et le pin étaient les bois qui entraient en pins grande quantité dans la construction des bâtiments à* rames. Quelques pièces en chêne tonnaient les bases de la carcasse du navire; aussi le poète dit- il, liv-. V, v. 697 : semiusta madescunt robora. Quant à Y arbore cenlena (p. 364), si Virgile, se sert du mot arbor et nom de remus, c’est qu’il veut fortifier l’épithète gravis, qui se rapporte moihs à Aulète qu'à son navire, et qu’il veut faire comprendre que son bâtiment, grand et lourd, .avait des rames fortes et longues, de véritables arbres.

Les Hindous nomment bullee et c huppoo la rame ou pagaié. Ces noms sont-ils sans analogie avec bulendee et chuoput , qui signifient poutre, solive, pièce de bois? Chez les Russes, nous voyons le même trope. Outre veslo, signifiant rame, aviron, ils ont titchinka , qui signifie proprement pieu , échalas. Tonsæ, que Virgile ne donna que deux fois pour synonyme à rcmi (scrcii consurgere lonsis, liv. X, v. 299; in lento luctantur marmore tonsæ, liv. VII , v. 28 ), semble avoir etc dit par le poète par opposition à frondentes remi (v. 399, liv. IV). Ce sont les arbores tonsæ et fabricalæf car je crois que c’est à la façon donnée au bois ébranché, effeuillé ( infrondis ), tondu et dolé, qu’il faut rapporter le sens du mot tonsæ , et non à l’action de la rame qui rase la mer, comme le veut Isidore. L’aviron n’effieure pas seulement l'onde, il l'entame et la retourne. Ennius avait employé le mot tonsæ :

Poste recumbitc, vestraque pectora petlite tousis t

Pone petunt, ejhi rtferunt ad pectora tonsas. '

MARINE ANTIQUE, est, en effet, le fondement de la construction, et le. premier bois qu’on met sur le chantier.

Virgile emploie quelquefois le mot spurriâ pour désigner la vague écumeuse (liv. III e , v. 208), et, liv. IV e , v. fî83 : Adnixi torquent spumas ; liv. III 0 , v. 5G7 : Ter spumam clisatn et rotantia vidimus outra. Cette figure est aussi énergique que vraie.

Les navigateurs madékasses en font usage. Ils nomment la vague, la lame, riok, c’est-à-dire écume.

A l’imitation des Grecs qui nommaient la mer aÀ; (sel), Virgile l’appelle soi (1). Ce trope est aussi dans le génie delà langue arabe, qui nomme la mer molihè, c’est-à-dire salée; le marin mollah , et la navigation rmllahè.

J’ai montré plus haut que Virgile, dans quelques • . occasions, se servit du mot yurges pour désigner la mer, parce qu’il avait à peindre la mer béante et tournoyante comme un gouffre; quelquefois, sans que’ ce mot ajoutât rien à sa pensée, il l’employa connue un équivalent tout naturel de mare, et même comme synonyme de /lumen. Les Malais ont aussi pour synonyme du mot laotit, qui nomme la mer, un mot signifiant abîme; c’est loudji. Touhir, autre figure par laquelle ils désignent l’Océan, le large (l 'alttim de Virgile), signifie sans fond. Les marins

(1) En ni us avait dit, liv. I er des Annales :

Vcrrjint cxlcmplo placide marc marinore flavo. v Cariilemn spinnat sale, conforta navc piVsiün. . •’ "

VIRfilLlUS NADT1CUS.

anglais disent decp, le profond, et main , le grand.

-Je rapproche ces termes analogues, empruntés à des langues qui n’ont pas des origines communes, pour faire voir que les gens de mer font partout des tropes, et que ces tropes, fort poétiques, sont souvent identiquement les mêmes.

Trois fois Virgule prend le lin ou la toile de lin pour la voile : inflatur carbasus anstro (liv. III, v. 357); vocat jam carbasus auras (liv. IY, v. 417); cérium est (lare lintea rétro (liv. III, v. 486). Il semble, tant il en use avec discrétion, que ce soit à regret qu’il substitue au mot vélum , — généralement adopté, et qu’il emploie trente-deux fois, — des mots dont les marins se servaient rarement. Les Grecs modernes appellent la voile wLt (qu’ils prononcent pagni ), et ™*vt veut dire : étoffe, toile, tissu; c’est le grec ancien . Nous disons en France : « avoir beaucoup de toile dehors, » pour avoir une voilure vaste, porter beaucoup de voiles; « faire de la toile, » pour forcer de voiles. Au reste, vélum n’e'st-il pas lui-mème un trope de la famille de celui qui a fait, de linteume t de carbasus, des synonymes poétiques? N’est-ce pas le voile ouvert au vent, le pan du manteau du premier qui remarqua que le vent pouvait aider la rame, et même la remplacer. Les Russes appellent la voile parouss , et parouss n’est point slave, il est sans analogue dans la langue russe; ilvieut probable-

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ment du grec ancien qui signifie: étoffe, toile, et, par extension, voile de femme et voile de navire. (C’est l’avis de M. Ch. -Pli. Reiff, I)ict. russe-français.) Le celto-breton nomme la voile : lien, du nom. de la toile, qui me parait aussi latin que le linen anglais et le Leinen allemand — Les Bretons disent aussi : gwel (gouel), et ce mot me semble une transcription du français vouële, ancienne prononciation de notre voile. — L’un des noms que les Hindous donnent à la voile est bad-ban , composé de deux mots dont le dernier désigne aussi le voile de la femme : bana , l’étoffe de laine ou drap : banat, et le premier, un tissu ( bab , baf, badin). (Voir Gilchrist, Hindoostanec Dictionary, articles : Cloth, Linen, Saü, Stuff, Tissue, Weaver, etc.)

Puisque j’ai été amené à eiter quelques tropes appartenant aux langues parlées par les marins de l’Indç, du grand archipel asiatique et des îles de l’Océanie, que l’on me permette d’ajouter à eeux que. j’ai donnés déjà quelques autres exemples qui ne sont pas, je crois, sans intérêt. J’ai dit que les Arabes nomment la mer malihè , le matelot, nuiüah, le voyage par mer, mallahè; je ferai remarquer que les Hindous disent bien mullahee (moullahi?) pour navigation, et mullah pour marin, mais iis n’appellent point la mer : sel ou salée/ milh. (Voir Cilchrist, p. 5Ô2-570,) Les Malais nomment le Bec de l’ancre koukon , cç qui veut proprement dire

VIKGIÜL'S NAUTfCbSt

l’ongle. Les Madékasses ont nommé l’ancre fantsik . d'c fatsîk) clou. Par extension, ils nomment va toufantsik (pierre-clou) la pierre dont quelques barques se servent au lieu d’ancro de fer. Lungur est le nom de l’ancre chez les Hindous, et lunrjur vient de /anfj, signifiant halte, qui a fait lungana, fixer, attacher. Les Nouveaux-Zélandais appliquent à la rame, ou pagaie, lé nom de la nageoire du poisson, ils disent : oc. Cette figure est tout h fait analogue à celle qu’affectionnaient les anciens, qui appliquaient à l’aviron et à la voile le nom de l’aile de 1 oiseau : imo'pv, a/a. Les Madékasses appellent le vent : isout (bruyant), (isoii, bruit); les habitants de la Nouvelle-Zélande le nomment : rnatangùi (beaucoup de bruit), [tantjui, bruit; tnota, beaucoup). D’une personne qui a le mal de mer, les Malais disent mabouk-laout, et mahovk signifie ivre. L’idée du roulis est exprimée chez ces marins par deux tropes, lambong et Ivmpar. Dans la langue ordinaire, lanibong désigne le côté, le flanc. Rouler [lambong) c’est aller d’un côté Sur l’autre. Limpar signifie lancer, enlever : par CGtte figure, le navire qui roule est comparé à là balle, au volant poussé alternativement par deux mains. Les naturels de Tonga désignent l’équipage de la pirogue, du navire, par le mot composé koauvaka, et cela veut . ( ^ re > «plusieurs pour la pirogue. » Koau est le signe du pluriel pour lés choses animées; vaka, c’est

la pirogue. Koauvaka est dit probablement pour koau tanguta vak'a ( tanguta , hommes). Je pourrais multiplier les citations et ajouter que les Malais appellent le soleil mata an,’ l’œil du jour, comme les Madékasses qui disent massou andfou; que ces derniers , qui désignent la vague par le mot riok , écume, l’appellent aussi houtza, c’est-à-dire blanche ; mais il faut savoir se borner.

Je m’arrête ici; car, après tant et de si longues démonstrations, ■*— trop longues peut-être , mais que je ne pouvais abréger, tant il importait de ne laisser aucun doute sur les sens que je devais restituer; — après m’être 'attaché à toutes les parties importantes de Y Ènéicle , que je voulais examiner au point de vue spécial de la marine, il est inutile que je m’occupo de quelques expressions sur la valeur desquelles il est difficile de se tromper si l’on veut y apporter, une certaine attention, maintenant que l’on est averti.

Je crois avoir prouvé jusqu’à l’évidence que Virgile, savant comme tous les grands écrivains de

l’antiquité, s’était sérieusement appliqué à l’étude , * de la marine, et que, dans les tableaux, même les

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moins développés, qu’il a faits sur des sujets nautiques, s’il se montre peintre admirable par la variété , la largeur et la finesse de la touche, par la puissante harmonie de la couleur, par la grandeur du style,. ou doit reconnaître qu’il ne l’est pas . moins par la fidélité scrupuleuse , l’exquise vérité et la précision des détails, par la régularité des manœuvres, enfin par tout ce qui tient particulièrement au métier de la mer. . . - ...

Je le répète, je ne me flatte pas d’avoir rendu un grand service au plus illustre des poètes latins, en soutenant cette thèse nouvelle, appuyée d’arguments, j’espère,, inattaquables et convaincants; mais pourquoi, quand il m’était facile de mettre en saillie tout un ordre de beautés jusqu’alors méconnues par la critique, qui s’est tant exercée cependant sur r Enéide, pourquoi ne l’aurais-je pas fait? Mon respect.pour les savants commentateurs, pour lès traducteurs renommés qui ont travaillé à faire bien comprendre, à populariser une œuvre restée sans égale, et qui sera, l’éternel olvjet de. l’admiration des siècles littéraires, ce respect devait-il m’empêcher . de signalpr les erreurs dans lesquelles ces interprètes sont presque toujours tombés, et de dire qu’ils n’ont pas deviné le marin sous le poëte , parce qu’ eux-mêmes n’avaient aucune notion de marine ?

De l’étude consciencieuse que j’ai faite des passages de Y Enéide qui touchent à la marine , il jne

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semble qu’il ressort. quelques cnseignementsqui ne sont pas , sans intérêt pour l’histoire de l’art naval ;* et, -par exemple, que le navire antique, — bien que l’opinion généralement reçue soit contraire à cette conclusion, — pour n’avoir pas été si '-parfait de

• . forme que le vaisseau moderne, était . pourtant déjà •

assez avancé, puisque les marins qui le montaient pouvaient serrer le vent, louvoyer, ciller près du vent, et, je crois, aussi virer de bord vent devant: Il était tout naturel qu’il laissât arriver et qu’il virât de bord vent arrière, car tout bois flottant pourvu dune voile peut effectuer eette évolution. ■ ' ■ " * v - * Pour dire toute ma pensée sur les vaisseaux longs ou navires à rames pourvus d’une ou de deux rangées d’avirons, — je ne comprends que ceux-là (f)v — je- suis très-convaincu que, moins fins sans doute , de la proue et de la poupe, ils différaient peu dés galères du moyen âge, de celles surtout qui, encore au commencement du seizième siècle, portaient

* des voiles carrées (Mémoires n os 1 .et 4 de l’ Archéologie navale). Or lès galères, négligées seulementvers la fin du siècle dernier, étaient de fort bons' navires; je l’ai établi ailleurs. Elles rendirent d’inr--

»’ menses services aux peuples navigants, soit pouf lé

(1) On voudra bieryse rappeler que j’écrivais ceci en 1843,' Je suis plus avancé aujourd’hui, comme le prouve l’hypothèsô .que j’ai développée dans la seconde pârfie de mon Étude sur la flotte de César. (Y. p. ri3 215.) ' V *3"-

tigitizab b

VlKGILIL'S ISAUTFCUS.

sot

commerce, soit pour la guerre. Elles avaient une valeur si réelle que, lorsqu’on eut trouve un moteur par lequel devait être remplacée la force des anciens équipages rameurs, ce ne fut pas au vaisseau rond qu’on pensa tout d’abord à l’appliquer, mais à un navire allongé, étroit, ayant une largeur égale à la sixième partie environ de sa longueur totale; et le navire que l’on inventa, qu’on l’ait ou non voulu , ne fut autre que la galère du treizième siècle. On se .

convaincra de cette vérité, si l’on veut examiner les plans que j’ai publiés, d’après les documents authentiques , dans mon travail sur les bâtiments à rames du moyen âge [Arch. nav ., Mém. n° 4). <

Ce rapprochement est assez curieux. Il n’étonnera . • pas les marins instruits, qui comprendront que, dans tous les temps et dans tous les pays d’une civilisation avancée, pour les besoins d’un môme service, on dut faire des navires analogues; il n’étonnera pas davantage les érudits, qui ont l’habitude de suivre à travers les âges le fil de la tradition; ' •

qui savent que, dans l’antiquité, tous les arts s’élevèrent à une telle hauteur, que ce que l’on appelle si fastueusement le progrès pourrait bien n’ètre qu’une renaissance; enfin, qui ne pensent pas, avec le vulgaire, que le moyen âge fût une époque de bar- {La

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