CfF. Corazzini, op. cit., p
préoccupations des politiques ; à Rome, depuis des siècles, elle était méprisée ou sacrifiée aux légions. Après Constantin, elle tomba, en Occident, dans le plus complet désarroi ; pour y remédier, quelques-uns proposaient des moyens bien naïfs ou voués forcément à l'impuissance. Une loi de 406 * met de plein droit, et sur simple réquisition, au service de l'Etat en temps de guerre, les embarcations des nauiculari ; ces hommes formaient une corporation qui avait pris jadis un grand essor; mais, depuis des années, elle n’était plus florissante : les armateurs, pour la plupart, étaient attirés à Constantinople, mieux à l'abri des invasions incessantes qui épuisaient l'Italie et resserraient leur commerce toujours plus dans cette péninsule. Le nombre de leurs navires avait dû beaucoup diminuer, et, sauf en ce qui concerne le transport des troupes, recruter une flotte de guerre avec des vaisseaux de commerce ne sera jamais qu'un expédient. En 419, nouvelle loi ? qui défend, sous peine de mort, d'enseigner aux Barbares les règles de la construction navale. Mais il avait fallu enrôler ces mêmes Barbares pour composer les équipages. Etait-ce là une mesure bien efficace ?
La Notitia dignitatum porte encore cette mention : In Campania praefectus classis Misenalium Miseno. Mais ce personnage, au rebours de ses collègues des autresflottes, n’est pas indiqué comme ayant en même temps la charge des finances de la ville ; au contraire, une inscription du IE siècle nous montre que ie préfet de la flotte de Misène, qui s'appelait alors Flauius Marianus, était revêtu de ces deux fonctions à la fois. Cette diminution de son
4. Cod., De nauibus non excusandis, XI, 3, 1. 1. 2. Cod., De poenis, IX, 47,1. 25.
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pouvoir n’atteste-t-elle pas qu’à la date où nous sommes parvenus Misène était en complète décadence et que la marine n'y comptait désormais pour rien ? La ruine du port principal devait entraîner celle de la flotte tout enlière. Nous voyons en effet que Majorien, voulant aller combattre Genséric en Afriqueet lui ravir cette province, qu'il avait arrachée à l’Empire d'Occident, s'adressa à l'Empereur d'Orient, Léon, et que celui-ci, étant alors en paix avec les Vandales, lui refusa les navires demandés. Majorien dut en faire construire et équiper lui-même dans les ports d'Italie, car il ne s’y trouvait alors aucune réserve immédiatement disponible. Ce fait démontre clairement ce qu'était devenue l’organisation des troupes de mer : Misène, aussi bien que Ravenne, était donc dépourvue de toute garnison navale utilisable. L'entreprise, d’ailleurs, ne pouvait réussir, bien que Majorien eût su réunir trois cents vaisseaux, car les Romains du temps n'étaient plus, surtout en mer, que de bien médiocres stratégistes ; mais en outre les généraux de Majorien le trahirent, et ses immenses préparatifs restèrent sans objet ‘.
Sous l'Empereur d'Occident Sévère MT, ce furent ces mêmes Vandales qui prirent l'offensive, encouragés par l’insuccès de la tentative de Majorien. Sous la menace de leur approche, les Italiens durent s’abaisser encore une fois à demander des secours maritimes à Constantinople. Mais toutes les sollicitations furent vaines ; en effet les Barbares avaient pris leurs précautions: le traité qui les lait à la cour de Byzance interdisait à celle-ci de fournir à l'Italie, dépourvue de marine, une flotte qui l'eût mise
4, Priscus, Hist, Byz., 42. — Cf Corazzini, op. cit. ,'p. 808.
à l’abri des coups de main et des surprises du roi des Vandales, Genséric ‘.
Quand Théodoric, avec ses Ostrogoths, se fut emparé de l'Italie sur lès Hérules, ce Barbare, civilisé, romanisé au moins par sa conquête, s’émut de l'isolement où le réduisaient de pareilles conventions. Il voulut avoir sa flotte prète à toute éventuahité, mais il l’établit à Ravenne et abandonna Misène *.
En résumé, nous sommes amenés à distinguer, dans l'histoire de notre flotte, deux périodes qui ont à peu près même origine et même fin quece qu’on est convenu d’appeler le Haut et le Bas-Empire. Au IVe et au V° siècle, nous avons assisté à sa décadence, à sa ruine, à sa disparition. Mais, pendant tout le temps qu'a duré le Haut-Empire, on ne voit point qu'elle ait failli à sa tâche, qui s’annonçait dès le début comme une tâche assez lourde. Les auteurs ne disent presque rien de la flotte de Misène, mais ce qui parle pour elle, c’est la tranquilité assez grande dont a joui pendant cette période le bassin occidental de la Méditerranée. Les luttes de l'Empire romain ont alors pour théâtres plutôt les régions du Nord, la Germanie surtout, ou bien l’Orient, l'Asie ; 1l y a eu à Rome bien des révolutions de palais ; mais la mer qui baigne à la fois le rivage occcidental de l'Italie, la Numidie, l’Espagne et la Gaule n’en a guère été troublée. Nous pouvons dire que la flotte de Misène a eu trois siècles de grandeur silencieuse.
4. Priscus (Müller, Fr. Hist. Gr., IV, p. 104). 2. Cassiod., Var., V, 16 et 17. — Cf C. de la Berge, Bull. épigr.,