‹ La Flotte de MisèneChapitre 68 sur 162 · LA NAVIGATION EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LA NAVIGATION EN GÉNÉRAL

Madvig, dans le petit nombre de pages qu’il consacre à la marine romaine, écrit que la construction des navires, leur organisation, leur armement et leur façon de combattre ont été, d’une façon générale, empruntés aux Grecs par les Romains ‘. M. Mispoulet n’est pas moins affirmatif : « Il paraît démontré, dit-il *, que les navires romains reproduisaient fidèlement le type grec ».— {lest certain que, lorsqu'ils commencèrent à construire des vaisseaux, les Romains, se trouvant en présence d’une organisation navale, celle des Grecs, qui avait déjà fait ses preuves et fait sentir sur plus d’une mer sa merveilleuse supériorité, ne purent mieux faire que de suivre un si parfait modèle. Les premières populations du Sud de l'Italie étaient de sang grec ; elles montraient pour le commerce une grande activité, et Rome dut subir leur influence. Et cependant il est certain qu’au début de ses expéditions maritimes cette dernière s’inspira plutôt de l’art nautique, également très développé, de sa plus redoutable rivale dans la Méditer-

4. Rôümischer Staat, I, p.574: Die Einrichtung, Bewaffnung und Kampfweise war im ganzen genommen von den Griechen entlehnt. 2. Instit. des Romains, II, p. 271.

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ranée, Carthage. Grecs et Carthaginois, il est vrai, étaient pareïllement élèves des Phéniciens, mais l'esprit d'invention et d'industrie de ces deux peuples, séparément mis en œuvre, avait dû aboutir à des applications différentes. Et pourquoi supposer que les Romains, ayant reçu une technique déjà formée et complète, n’ont pas su néanmoins y apporter, eux aussi, des perfectionnements ? Nous tenons du moins de source positive que ce peuple, terrien de goûts et d'idées, 3 eu le mérite d'inventer, dès ses premiers engagements sur mer, des instruments de combat, des raffinements de tactique, dont les événements ont montrél’importance. C’est bien un Romain qui a imaginé le corbeau ; les faux de César ont précipité la défaite des Vénètes. Il est avéré d’ailleurs que la marine romaine n’est pas restée à la fin de l’Empire ce qu’elle avait été sous la République ; mais quelles furent les transformations opérées au cours des temps ? c’est malheureusement un point bien obscur. Nous n'avons sur la marine impériale que quelque chapitres de Végèce, où les questions essentielles restent souvent dans l’ombre pour céder la place à un exposé minutieux de pratiques superstitieuses, à des détails insignifiants ou visiblement erronés. De loin en loin, une phrase d’un historien, un vers d’un poëte fournissent l’occasion d’une induction, d’une hypothèse des plus arbitraires. Assurément la question des constructions navales formerait la matière d’un travail particulier, aussi intéressant que délicat d'exécution ; 1l n’y a lieu de fournir ici que quelques notions très simples et sans caractère purement scientifique, les seules qui soient nécessaires pour une intelligence vraiment complète de notre sujet.

Et d’abord les navires romains ne présentaient pas

tous le même aspect extérieur, niles mêmes dimensions. Il ÿ en avait de ronds qu’on appelait naues onerariae où frumentariae ou rotundae, destinés à porter les approvisionnements de guerre, les machineset les soldats. D’autres, d’ordre intermédiaire, ou actuariae, étaient affectés seulement au transport rapide des hommes ou des chevaux, et dans ce dernier cas on les nommait hippagogae ; ils employaient à la fois voiles et rames ‘. Les naues longae étaient, d’une façon générale, les vaisseaux de guerre.

La grave controverse sur la superposition des rames est encore sans solution définitive et universellement admise. Jal « insiste sur cette observation que les monuments font voir des unirèmes, des birèmes, des trirèmes, bien clairement dessinées, bien évidentes, mais qu’aucun ne montre de navire à quatre ou cinq étages de rames l’un au-dessus de l’autre ». Les unirèmes ou monères * sont en effet fréquentes sur les médailles et les bas-reliefs ; on trouve des trirèmes au musée du Vatican, sur les bas-reliefs du monumentélevé par Auguste après Actium, le temple de la Fortune, de Préneste *, sur un bas-relief de la villa Albani; probablement aussi sur la

4. Actuariae naues sunt quae uelis simul aguntur el remis. (Isid., Orig., XIX).

2. Une peinture murale du temple d'Isis de Pompéi (Cf Baumeister, Denkmaäler, pl. 1697) représente une naumachie, une sorte de combat de gladiateurs sur l’eau. Dans un bassin entouré de maisons et de colonnades, quatre vaisseaux,apparemment des monères, longues et étroites, luttent deux à deux, et un des navires, dont on voit les rames brisées, est déjà près de s’enfoncer.

3. Cf Baumeister, Denkmäler, pl. 1695. — Sur toutes ces questions, on peut consulter les figures de Baumeister et des Ancient Ships de Cecil Torr, et surtout les planches 45, 46, #7 et 48 du Kulturhistorischer Bilder- Atlas de M. Theodor Schreiber, de Leipzig, 1888.

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colonne Trajane, mais quelques-uns voient dans cette représentation des trirèmes. Ces derniers bâtiments semblentavoirétérépartis en deux catégories : onen construisit d'abord de dimensions moyennes, puis de grands, non pas évidemment pour augmenter la vitesse, mais surtout dans le but d'élever le pont supérieuret les remparts qui le dominaient. Quant aux quadrirèmes, il est un vers de Lucain ainsi conçu :

quater surgens exstructi remigis ordo .

Jal explique ce vers ainsi:Il y avait bien quatre ordres de rames, mais non superposés.Au rang supérieur, il pouvait être placé des bancs, non pas perpendiculaires, mais obliques par rapport au plan vertical passant par la quille. Imaginons, sur chacun de ces bancs, deux rameurs au lieu d’un, chacun maniant une rame. En raison del’obliquité du banc, la chose est possible, sans que les rameurs soient gênés dans leurs mouvements ni que les rames s'entrechoquent. — Tout ce qu'on peut dire de cette hypothèse, c’est qu'elle n’est pas invraisemblable.

Après les quadrirèmes, les quinquérèmes, les hexères, etc. sur lesquelles s'accumulent les controverses.

Telle est la grande division des vaisseaux de guerre romains ; il existait d’autres dénominations plus particulières, utiles à connaître pourles mentions qui en sont faites chez les auteurs, mais nous ne rappellerons ici que celles qui s'appliquent à des bâtiments de l’époque impériale,

Les lembi et les celoces * servaient comme avisos, pour observer les positions de l’ennemi, les speculatoriae *

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