NAVIRES D'ESPÈCES INCERTAINES
Lustitia — Ephem. epigr., VIT, 427.
Minerua —- VI, 3140.
Ops — VI, 3119.
Tigris — X, 3210°.
Venus — X, 3509.
Vesta — X, 3464a".
Victoria — X, 3673.
L'art de la navigation proprement dit, l’art de poursuivre sa marche en mer et de se dérober à la tempête, a-t-il été poussé loin chez les Romains ? Nous n'avons des contemporains aucun renseignement positif et vraiment technique sur ce sujet ; il s’est trouvé possible pourtant de l’éclaircir quelque peu par la lecture d’un poème, et ce poème, c’est l'Enéide. Les passages de Virgile relatifs à la marine sont intéressants pour la flotte de Misène, car - il n’emploie certainement pas le vocabulaire nautique à
4. Vérification faite au Louvre où se trouve cette inscriplion, la pierre ne porte pas III (quadriremis), mais IT (liburna) ; il est arbitraire d'ajouter deux unités pour remplir le blanc qui est laissé à la fin de la ligne.
la légère. Après être resté sept ans à Naples, occupé de la composition des Géorgiques, nous dit un biographe anonyme,— qu'on à cru à tort être Donat, le précepteur de Saint Jérome, — ilpassa onze ans, tant en Sicile que dans la Campanie, à écrire l'Enéide ’. Or, pendant ces dix-huit années, il eut presque toujours sous les yeux la flotte militaire stationnée au port de Misène. Il a même été probablement amené à placer au temps légendaire d'Enée et de la fondation de Rome des procédés de navigation qui datent de son temps, et dont il devait la connaissance à des récits entendus et à son observation personnelle.
Il est naturel qu’'ilne nous apprenne rien de l’organisation de la flotte, et à peu près rien de la construction des vaisseaux,de leur forme,de leur nature. En revanche, il nous dépeint dansl'Enéide des traversées,des tempêtes, et la façon dont les anciens se dérobaient aux assauts d’un gros temps ou poussaient leurs embarcations vers un rivage et y venaient atterrir *.
Au commencement du sixième livre, racontant l’arri-
1. Georgica septennio Napoli : Aeneida partim in Sicilia, partim in Campania, undecim annis confecit.
2. Auguste Jal s'efforce de démontrer que, dans toutes ces descriptions, Virgile ne sacrifie pas le mot propre au mot figuré, et que ses traducteurs en diverses langues ont tort d'entendre navire là où le poëte a mis puppis ou prora. S'il dit :
Tamque fere sicco subductae littore puppes, c'est que la poupe sortait la première de l'eau pour monter sur le rivage, au moment où on aborbait vers le sable. Il nous montre Anchise Stans celsa in puppi,
parce que la poupe est la place d'honneur. Il écrit ailleurs :
Anchora de prora iacitur, et en effet, l'ancre étant suspendue à la proue, c’est de là qu'elle doit être jetée au moment du mouillage. Une telle précision dans les détails qu’il nous est possible de contrôler par nous-mêmes nous garantit l'exactitude du poëte pour ceux où il est notre source unique.
vée d'Enée à Cumes, Virgile nous décritle mouillage des navires et décompose en ses différents temps l’ensemble de la manœuvre. On faisait virer d’abord les vaisseaux qui tournaient dès lors leurs proues vers la mer: obuertunt pelago proras ; venait ensuite le mouillage proprement dit : um dente tenaci anchora fundebat naues ; enfin on rapprochait peu à peu l'arrière du rivage, et littora curuae praelexunt puppes. Dans le récit de la tempête, au premier livre, les mots employés par le poète nous montrent clairement que les anciens savaient, tout comme les modernes, naviguer près du vent, c'est-à-dire les vergues obliques : obliquat sinus in uentum, ou bien avec les vergues brassées, de telle sorte que leurs plans fussent perpendiculaires au plan de la quille: aequatis procedere uelis.
Au livre cinquième, vers 114-285, nous trouvons une peinture grandiose d’une course de quatre navires qui se disputent le prix aux jeux funèbres. Jal a fait de cesdifférents morceaux un examen critique détaillé.
Il nous fait aussi passer rapidement sur la tactique suivie par les Romains dans les batailles navales; sans doute les flottes de l’Empire n’eurent plus à se mesurer avec aucune nation sur mer, mais léurs fonctions policières les forcèrent souvent à des combats en règle contre les pirates : quelques SRE sur Ce point ne sont donc pas superflus*.
Les chefs de flotte, autant que possible, allégeaient
4. Sur la tactique navale, cf Scritlo sulla taclicanavale di anonimo greco, per la prima volta tradotto e publicato del cav. prof. Francesco Corazzini, Livorno, 4883. C’est un manuscrit de Milan découvert par Karl Müller ; il est malheureusement du quatrième ou du cinquième siècle de notre ère, c’est-à-dire de la fin de la période qui nous intéresse.
leurs navires avant d'engager l’action ; ils déposaient leurs approvisionnements à terre, s'ils se trouvaient à proximité d’un rivage, ou sur des bâtiments de charge, quand ils en traînaient quelques-uns après eux. Ils amenaient et serraient les voiles, démâtaient même leurs navires. On attaquait l’ennemi avec l’éperon, en droite ligne, ou l’on cherchait à briser ses rames en se dirigeant obliquement sur lui. Quant aux ordres de bataille, aux places assignées aux diverses unités de l’escadre pour le commencement de la rencontre, Végèce nous indique les dispositionsles plusfréquemment adoptées. Il yavait Pordo lunatus, présentant l'aspect d’un croissant de lune : au milieu, le vaisseau prétorien, d'où partaient les ordres, entouré des bâtiments de peu de solidité ; aux extrémités des cornes, ou, si l’on veut, aux ailes, les navires les plus forts. La tactique était ainsi de laisser déprimer le centre; les ailes entraient alors vigoureusement dans l’action et enserraient l’adversaire entre elles deux. Le système opposé était l'incuruus ordo,offrant l'apparence d’un ceroissant renversé, avec, en première ligne, et surtout vers le milieu, les unités de combat les plus formidables, destinées à rompre les lignes de l’escadre ennemie et au besoin à la couper en deux; en arrière,au centre du demicercle, les bâtiments de charge, qu’il fallait protéger, et les vaisseaux de secours, mis en réserve. Ces deux ordres de bataille se montraient encore plus accusés dans le forceps, ayant la forme de la lettre U, et dans le cuneus, semblable à un V renversé : A ; le premier présentait à l'adversaire ses deux bras écartés et allongés, le second son angle aigu.
Les anciens employaient pour les guerres maritimes la plupart des engins meurtriers qui leur servaient dans les
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guerres sur terre; ils avaienten outre quelques machines utilisées uniquement sur mer ".
La sambuca était une sorte d'échelle, placée près de la tour qui s'élevait sur la poupe, et dont on avait rattaché l'extrémité supérieure à des cordes qui passaient par des poulies disposées au sommet de cette même tour, de telle façon qu’on pûtrapidement et sans bruit l’abaisser sur le rebord du navire ennemi et arriver ainsi à l’abordage, où la ténacité des Romains, habitués dès longtemps aux combats corps à corps sur terre, leur assurait presque toujours l'avantage *. Ce nom de sambuca provient de ce que les cordes qui supportaient l'appareil lui donnaient vaguement l’aspect d’une harpe; les cordes supérieuresen effet formaient avec la tour une sorte de triangle.
L’harpagon — de 4ord£w, saisir — avait un nom qui indique suffisamment par lui-même l’origine grecque de linstrument et sa destination. [l était constitué par une solive munie d’un crochet, avec laquelle on attirait à soi le vaisseat ennemi ‘. La main de fer consistait en un crochet attaché à une chaîne; on jetait le tout du côté du navire qui se trouvait à proximité ; mais, au lieu de saisir fortement le pont et son parapet, on s’attaquait plutôt aux haubans, ce qui donnait souvent au bâtiment une inclinaison peu favorable à ses évolutions *. Frontin fait de Duilius le créateur de la main de fer, à tort sans doute, puisque Pline l’Ancien en attribue l’invention à Périclès *.
. CE, sur toute cette question, l’appendice de Corrazzini, op. cit., p.
: Lie XX "10,
. Liu., XXX VI, 44.
. Plin., H. N., VII, 56, $ 209 : Addidit harpagones et manus Pericles . Atheniensis.