PRÉFETS ET SOUS-PRÉFETS DE LA FLOTTE
En vertu même du titre de praetoriae dont les flottes d'Italie étaient revètues, le commandement suprème appartenait sur elles à l'Empereur dont elles formaient comme la propriété; d’ailleurs nous savons que les Césars avaient dans leurs mains toutes les forces de terre et de mer ; donc il en était ainsi, pour une double raison, de la flotte de Misène. Mais l'Empereur, n’en gardant que la haute direction, déléguait le commandement effectif à des représentants spéciaux : ce ne furent plus des préteurs, comme au temps de la République, ce furent les praefecti classis. Dans qu’elle classe de la société les Empereurs les prirent-ils? Le doute n’était pas possible : relevant du prince d’une façon siimmédiate, le praefectus classis ne pouvait appartenir qu'à l’ordre équestre. Cela rentrait dans l’esprit des institutions impériales : ces nouveaux maîtres de Rome voulaient créer, vis-à-vis du patriciat, encore puissant par ses privilèges et par les souvenirs qu'il évoquait, une classe moyenne rendue influente par la richesse et par l'exercice des affaires ; ils relevèrent autant que possible celle des chevaliers, en conférant exclusivement à ses membres les nouvelles fonctions, d’une importance prépondérante,qu'ils avaient créées.C'est ainsi que,déjà sous
Auguste, les préfets des cohortes, des ailes de cavalerie, de l'Egypte, du prétoire, des vigiles, furent des chevaliers, en même temps qu'une véritable armée de procurateurs préposés à des emplois divers contribuait ärenforcer cette formidable equestris nobilitas ‘. Un Cornelius Fuscus, né d’ordre sénatorial, ne put devenir préfet de la flotte de Ravenne que parce qu'il était sorti de cet ordre dans sa jeunesse. Pline l'Ancien, préfet de l’escadre de Misène, avait commandé une aile de cavalerie *. Tilulius Bassianus avait été tribun dans la légion [ Halica ; or le tribunat militaire constituait ane des plus importantes mihtiae equestres.
Mais à quel degré de la hiérarchie équestre appartenaient ces officiers ? À un degré peu élevé, sans doute,au commencement de l'Empire ; en effet Sextus Aulienus, sous Tibère ?, fut préfet de la flotte avant de parvenir au rang de praefectus castrorum ; Castricius Myrio devint dans la suite praefectus equitum, et l'inscription qui le concerne est sûrement antérieure à l’an 734 de Rome, puisqu'il y est fait mention du vigintisexvirat, que le vigintivirat devait remplacer à cette date *. Or ces deux fonctions étaient bien loin de figurer au sommet du cursus équestre.
Un certain relèvement de la condition des praefecti classis s’opéra dans la deuxième moitié du premier siècle, comme nous le montrent les circonstances connues de la
1. Cf Tac., Hist., II, 100 ; V. C. de la Berge, Bull. épigr., 1886, p.
2. PlinI., Epist., III, 5 : cum praefectus alae militaret ; CF Léon Renier, Mélanges d’épigraphie, p. 238. =