Bonner Jahrbücher, vol. 68, p
2. Dig., De administratione et periculo tutorum, XXVI, T, 1. 44. 3. CIL, VII, supp., 14854.
liquatio dès l'instant où cette part du donatiuum est entrée dans la caisse de réserve. Pour ce qui est du cumul des fonctions financières, nous savons déjà que fréquemment les officiers de marine avaient exercé ou pouvaient être appelés à exercer encore des charges civiles, celles d’ordre financier comme les autres. Quoi d'étonnant dès lors à ce que, au moment où il était fait praepositus reliquationi, situation probablement temporaire, avons-nous dit, Caecilianus fût déjà praepositus thesauris dominicis ? Cette coïncidence n’a rien que de très naturel et l’on n’y doit voir que l’œuvre du hasard. Il est à remarquer, d’abord que M. Mommsen va chercher bien loin son explication, et puis que nous ne connaissons aucun praepositus reliquationi, au sens où le prend cet auteur, dans l’armée de terre ; rien même ne nous atteste qu'il y en ait eu, et pourtant, que représente le chiffre total des classiarü auprès de l’ensemble des légions? L'opinion de Henzen et de la Berge a en outre l’avantage d'établir un parallélisme très rationnel entre le praepositus reliquationiet le praepositus uexillationi classis *, lequel ne commandait pas de navires détachés, puisque nous reconnaîtrons cet office comme étant celui du navarque, mais des classiarii groupés séparément pour un service à terre.
Quant au rang du praepositus reliquationi, l'inscription de Caecilianus, déjà plusieurs fois citée, quelque interprétation qu’on lui donne, nous le fait apparaître comme supérieur au nauarchus et inférieur au primipile.
Mais, quelque obscurité qui règne au sujet des officiers dont nous venons de parler, elle n’est pas plus complète que celle qu'il faut tâcher maintenant de dissiper tant
1. Ilest vrai que sur l'inscription à laquelle nous devons la connaissance de ce titre, on lirait tout aussi bien praes (es) que praepositus.
bien que mal. On trouve fréquemment sur les monuments les deux titres de frierarchus et de nauarchus. Sont-ils équivalents ? Ou bien en quoi diffèrent-ils ? Prenons bien garde que ce sont deux mots grecs latinisés et formés d'une manière identique ; nous n'avons donc pas la même ressource d'interprétation que pour le stolarchus et le praefectus classis. Robiou, constatant seulement l’absence de textesexplicatifs, dit que triérarque semble avoir prédominé, sans chercher à le distinguer nettement de navarque. M. Ferrero a bien vu que les deuxtermes ne devaient pas être synonymes, mais il se borne à peuprès à douter du sens exact de l’un et de l’autre. Il est difficile de partir de l’usage grec, car il était flottant ; vaixoyoc désignait, chez les Grecs, soit un amiral, soit un capitaine de vaisseau. On ne peut rien construire sur une telle base.
Tâchons d’abord de nous assurer que nous avons affaire à deux sortes d'officiers. Il nous a été conservé un monument élevé en 196 en l'honneur de Caracalla par les navarques ef par les triérarques de la flotte de Misène. Voilà qui paraît net. De plus, nous avons un texte juridique non moins affirmatif: Jtem nauarchos et (toujours et) trierarchos classium iure militari posse testari, nulla dubitatio est *. Si c'était là une disposition du Bas-Empire, on pourrait croire peut-être à une allitération, à une de ces redondances dont les juriconsultes dece temps font un tel abus; mais le passage en question est emprunté au Commentaire sur l’Edit d'Ulpien, qui n’emploie les mots qu’à bon escient. Il semble impossible de nier qu’il s’agit bien là de deux classes d'individus à ne pas confondre.
4, Dig., De bonorum possessione ex testamento, XXXVIT, 13, 1. un., $ 4.
Chez les Grecs, la trière était le navire type ; son nom était le nom générique propre à désigner toute embarcation à destination militaire ; son chef devait s’appeler revnoapyos. Sans doute, il n’en va pas de même chez les Romains qui emploient avec une généralité pareille le mot liburne. Malgré tout, on peut penser tout d’abord et vouloir soutenir qu'empruntant ce mot trierarchus aux Grecs et le transportant tel quel dans leur idiome, ils lui ont gardé son sens ; le frierarchus sera donc proprement le chef d’un navire de dimensions et d'espèce quelconques. Nous verrons plus loin que c’est probablement la solution juste. Il ÿ a seulementun texte embarrassant, mais qui le serait davantage s'il ne se trouvait pas dans Tacite, dont on ne saurait trop se méfier au point de vue des expressions techniques : Claudium Pyrrhicum, trierarchum liburnicarum 1bi nauium ‘. Nauium ! dira-t-on. Pyrrhicus en commandait donc plusieurs. Alors il nereste plus pour conduire un navire unique que le nauarchus, pendant que le triérarque serait à la tête d’une portion d’escadre. Un autre monument d’ailleurs semble d’acord avec ce texte. Sur une inscription *, C. Pullius Marinus de la flotte de Misène, est dit sec(utor) tri(erarchi). Le secutor, dans l’armée de terre, est le subordonné d’un tribunus ; l’analogie donne à croire que le frierarchus, auquel est adjoint pareïllement un secutor, commandait plusieurs navires, de même que le tribun commandait plusieurs centuries *. Et comme il faut bien un chef pour tout vaisseau, qui à, individuellement, une personnalité à part
A. Tac., Hist., IT, 16.
3. Et l’analogie paraîtrait complétée par ce fait qu'il y avait un centurion par navire. V. infra.
et bien tranchée, on pourrait dire que ce chef est le nauarchus, et qu'il commande un navire, grand ou petit.
lei, M. von Domaszewski a un système tout particulier ! : Les trierarchi seraient, selon lui, les capitaines des petits bâtiments, jusques et y compris la trirème, les nauarchi étant réservés pour les grands navires, tétrères, pentères, etc... Après une semblable explication, il y aurait lieu de s'étonner qu'il n’existe pas une bien plus grande disproportion entre les nombres de nauarchi et de trierarchi de nous connus, alors que les monuments nous font connaître si peu de navires de grandes dimensions dansla flotte de Misène. Aussi M. Mommsen repousse cette opinion *, et de fait nous avons une inscription * où on lit, sans aucune restitution arbitraire : adiutor trierarchi IL Venere. M. Ferrero montre, en cet endroit, beaucoup de condescendance : peut-être, dit-il *, les trierarchi commandaient-ils aussi les quadrirèmes, qui n'auraient pas été considérées comme des bâtiments de réelle importance ; — mais alors notre première objection devient infiniment plus grave ; nous n'avons qu’un nom d’hexère et un de quinquérème ; et du reste que devient la distinction basée sur la première partie du mot, trier ? Ou bien adiutor trierarchi serait un titre large et compréhensif, adopté même pour les lieutenants des navarques. Mais si la distinction n'est pas vraie à l’égard du subordonné, il est fort à croire qu'elle ne l’est pas non plus à l’égard de son chef, et ainsi le système
Annotations à Marquardt (trad. franç.).
(CHSX, 3391:
. Iscrixioni e ricerche nuove, p. 26.
que nous venons d'exposer paraît en réalité absolument dénué de fondement.
Pourtant, il y a un point qu'il n’est peut-être pas mauvais d'en abstraire et de maintenir : c’est que le navarque est supérieur en quelque façon au triérarque ; en effet, nous savons des officiers qui ontété successivement l’un et l'autre, et, dans leurs cursus honorum, lorsque l'ordre direct n’est, pour de solides raisons, pas douteux, le titre de trierarchus figure en premier lieu. On est autorisé à dire que les règles touchant l’énumération d’un cursus Sont assez rigoureuses pour que cet argument demeure le plus inébranlable de tous.
Partant de cette donnée certaine, C. de la Berge à émis une opinion qui semble bien présenter les meilleures garanties. M. Ferrero n’a pu la connaître et la discuter dans ses deux livres, en raison de la publicité tardive donnée au mémoire de cet auteur ; mais le plus sérieux des historiens postérieurs de la flotte romaine, M. Fiebiger, arepris sa doctrine el l’a même appuyée d'arguments nouveaux. Le triérarque est bien véritablement le capitaine de vaisseau qui n'a qu'un bâtiment sous ses ordres. Nous avons vu qu'il y avait deux objections : d’abord l’argument tiré de secutor trierarchi; mais cette comparaison entre le tribun légionnaire et le triérarque n'est-elle pas un peu spécieuse et bien risquée ? Il suffira, à notre avis, pour la détruire, de renvoyer au paragraphe où il sera traité de la situation honorifique du triérarque ; disons tout de suite qu’elle était inférieure à celle du tribun, puisqu'elle n’atteignait même pas à celle du centurion. Quant à Tacite, ici comme partout il n’est rien de mieux que de lui opposer Tacite lui-même. Lorsqu'il raconte l’histoire du faux Néron tué par Calpurnius Aspre-
nas ”, il parle de deux trirèmes et de deux triérarques : done, autant de chefs que d’embarcations. Et M. Ferrero avait lui-même déjà noté le caractère très extraordinaire qui lui paraissait appartenir au texte cité plus haut, Tacite a visiblement employé une locution vicieuse ; il ne faut pas s’y arrêter.
Reste à définir le nauarchus. Végèce dit quelque part” : sub quibus (classium praefectis) erant deni tribuni per cohortes singulas constituti. Ce passage, encore que bien obscur, nous donne à entendre que ces tribuni étaient des chefs de petites escadres — qui auraient été au nombre de dix dans chaque grande flotte. Nous allions en dire autant du xauarchus. Que faire de ce dernier ? La difficulté paraît devoir se résoudre en une question de temps : ces tribuni classis, que ne mentionne aucune inscription, pouvaient bien exister au temps de Végèce, et même à partir de Dioclétien, car Ammien Marcellin, chroniqueur non méprisable, nous parle, ce qui est mieux encore, d’un tribun commandant à une flotte entière * ; seulement il faut entendre sans doute un détachement un peu important. Mais avant Dioclétien, le silence absolu de nos sources nous force à dire qu’il n'existait pas de ces fribuni. Au moment de leur création, étaient-ils les organes d’une combinaison administrative nouvelle ? C’est peutêtre possible, mais contraire à toute vraisemblance, vu la décadence des escadres au IV* siècle. Qui donc auraientils alors remplacé ? Henzen répond : les stolarchi; mais il a été déjà fait table rase de cette opinion. Eux écartés, il n’y à plus de choix : ce sont les nauarchi. Divers écri-