CERTA: RAS
néuf peut-être, mais il convient admirablement à un auditoire chrétien aussi distingué et je ne me sens nullement pressé de vous demander une attention que déjà vous me donnez avec une sympathie qui me met un peu dans la confusion, fais qui me fortifie et m'encourage puissamment.
La RAISON NE DONNE PAS LA FOI. — Je ne dois pas revenir sur cette affirmation à moins de m’exposer sciemment à d’ennuyeuses redites, mais je tiens à donner le pourquoi de cette vérité fondamentale en apologétique. Pourquoi done la raison humaine ne conduit-eile pas nécessairement à la possession de la foi ? Pourquoi des raisonnements, qui nous paraissent si clairs ne réussissent-ils pas toujours à convaincre des hommes qui, pour un bon nombre peut-être, sont de bonné foi ? Le fait existe, est-il inexplicable ? Non, messieurs ! Pour qui sait ce que c'est que la foi et ce que c’est que la raison, pour qui sait que la foi s'établit sur l’autorité de la parole de Dieu tandis que la raison s’appuie sur l'évidence des faits, pour qui sait que la foi est « une vertu infuse par laquelle « nous sommes inclinés à donner notre assentiment aux choses « révélées, à cause de la parole de Dieu qui révèle, » et, que la raison est «une faculté innée, par laquelle nous connaissons « le vrai naturel ; » pour quiconque, par conséquent, sait que la foi et la raison vivent dans des ordres différents, il est facile de comprendre que la raison, évoluant dans l'ordre naturel, ne peut conduire nécessairement à l’ordresurnaturel. La route qui suivrait une circonférence, tournant régulièrement à dix milles du point central ne peut jamais conduire au chemin qui contourne ce même point central à vingt milles de distance. En d’autres termes, et ces termes je les emprunte au grand Augustin, évêque d’Hippone, « rien n’est « plus déraisonnable que de vouloir par les seules forces dé «sa raison, s'élever au-dessus de la raison. » Voilà pourquoi l'Eglise, gardienne de la vérité, ne nous permet pas, même sous : prétexte de mieux établir notre foi, d'ériger en principe
d’aussi regrettables confusions ; mais elle enseigne que la foi tout d'abord vient de Dieu, qu’elle est un don desa libéralité, qu'elle n’est pas due à la nature bien qu’elle l’anoblisse et la perfectionne. | Est-ce à dire, mesdames et messieurs, que l'acte de foi soit un acte déraisonnable ? Parcequ'il est plus haut que laraison est-il coutraire à la raison ? Est-ce à dire plus spécialement que la raison, si elle ne conduit pas directement au delà de la nature, ne prépare pas indirectement mais réellement l'esprit humain à l'acceptation du bienfait de la foi? Non, messieurs, mille fois non, et j'espère le démontrer sans peine.
La RAISON PRÉPARE À LA Fol.— Dans toute question de doctrine, comme au reste dans tout problème scientifique, le difficile c’est d'éviter tout à la fois le défaut et l'excès, c’est de passer tout juste entre Charybe et Scylla, ne pas tomber dans celui-ci sous prétexte de se garantir de celui-là. C’est ainsi qu'au commencement de notre siècle, des hommes illustres par leur talent, et que même le génie avait touchés de son aile puissante, se sont laissés emporter trop loin. Pour humilier cette fière raison humaine, qui venait de précipiter la France dans le sang et les ruines de la grande révolution, De Bonald et Lamennais lui refusèrent jusqu’au droit d'agir librement dans sa propre sphère. Le vicomte de Bonald soutint que la raison ne pouvait connaître avec certitude sans le secours d’une parole enseignante et révélatrice. L'abbé de Lamennais enseigna que, dans toutes ses démonstrations, la raison devait s'appuyer sur le sens commun et la raison générale. Ils firent école, beaucoup les suivirent, les uns d’une façon complète, les autres en mitigeant leurs principes, accordant à la raison le pouvoir d'acquérir les vérités de l'ordre physique mais lui refusant ce pouvoir pour les choses métaphysiques et surtout pour les doctrines religieuses et morales. Sans doute nous admettons bien que l'autorité de la parole de Dieu (c'est-à-dire la foi) et que l'autorité de la
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parole de l’homme (c’est-à-dire la tradition et l’enseignement), aident puissamment l'action de la raison dans son propre domaine ; mais l'Eglise a fait justice des exagérations traditionalistes et la philosophie catholique aussi bien que la saine apologétique s'inclinent avec respect devant les décisions de l'Eglise. Ce n'est certainement pas au déclin de notre siècle que nous ayions à revenir pour proclamer les droits de la raison. La puissance de son action s'est révélée si grande dans l'avancement des sciences positives ! L'homme a arraché à la nature tant de secrets, qui font sa gloire en même temps qu'ils contribuent à son bonheur temporel ! La raison n'aurait-elle pas son motà dire aussi dans la préparation à la foi ou dans son acceptation rationnelle ? Pour que ma foi soit raisonnable, ne faut-il pas, messieurs, que je sache si Dieu a parlé, quand, à qui et comment il a parlé ? Et avant d'étudier ce point, ne dois-je pas me demander si Dieu existe ? Mais, oui! car, autrement, ma foi ne sera plus qu'une croyance vague, indécise et sans base ; je ne puis prouver en effet que Dieu existe par l'affirmation de Dieu lui-même, c’est un cercle vicieux. Mais je sais que Dieu existe, ma raison me l’affirme : si mon œil se fixe sur les merveilles de la nature, si je prête l'oreille aux harmonies qui s'élèvent de toutes les parties de la création, si j'ouvre surtout mon intelligence et mon cœur aux pensées et aux sentiments que la vue dos choses et des hommes fait naître en moi, je conclus avec l’auteur inspiré que « les cieux et la terre chantent la gloire de Dieu.» Je puis à loisir discuter et développer les cinq arguments de l'apologétique traditionnelle, par exemple, celui de l’existence de l'effet affirmant l'existence de la cause, ou encore celui du mouvement universel des êtres exigeant un premier principe moteur intelligent et libre, toujours ma raison ariive à cette conclusion qu’elle ne saurait éviter : il y a un Dieu, ce Dieu est puissant, ce Dieu est parfait.
Mais Dieu a-t-il parlé aux hommes ? Appuyée sur les témoignages de l’histoire ma raison répond avec certitude :
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oui, Dieu a parlé. « Il a parlé dans les solitudes embaumées « de l’Eden ; il a parlé dans les champs de la Chaldée et sous « les tentes voyageuses des patriarches ; il a parlé au désert, « sur les cîmes foudroyées et famantes du Sinaï ; il a parlé « dans la patrie de Judas triomphant ; il a parlé sur la terre « de l'exil, où Israël pleurait ses malheurs. Mais surtout il a « perlé dans son Fils, écrit l’Apôtre, son Fils qu'il a constitué « l'héritier de toutes choses et par qui il a fait les siècles... Dieu «a parlé, mais quand ? toujours ! A l’origine des temps, aux « époques solennelles de la vie nationale du peuple choisi et « surtout à ce moment de l’histoire qui en est resté le point: « culminant au moment de la venue de Jésus sur les bords du « Jourdain... Dieu a parlé, mais à qui ? pas à nous peut- « être, et pourtant quel chrétien n’a pas quelque fois enteadu « sa voix dans l’intime de son âme ? Quoiqu'il en soit de cette « parole intérieure, Dieu a parlé, messieurs, l’histoire l’affirme, «aux patriarches, aux prophètes, aux rois et aux lévites « de son peuple... puis il a parlé à ses douze pauvres « pêcheurs qu'il a transformés en apôtres et qui ont été les « témoins de sa mission, les propagateurs de sa doctrine et les « dispensateurs de ses dons. Et comment enfin Dieu a-t-il « parlé ? Par des prophéties, par des miracles (2). » C'est-à-dire qu’il a confirmé sa parole en donnant des signes évidents qu’elle émanait de Celui qui seul connaît l'avenir, qui seul est plus puissant que la nature. Oh! je sais bien que les incrédules m'arrêteraient ici par une fin de non recevoirtrès énergique. L'histoire se trompe diraientile, car le miracle est impossible, les simples d'esprit sont seuls à y croire. Eh bien, soit ! mais je leur ferai remarquer que je suis en illustre compagnie, car à la suite des Jérôme, des Augustin, des Thomas d'Aquin, des Bossuet, des Lacordaire et des Pasteur, j'ai le droit d’être exigent et de demander à mes contradicteurs autre chose qu’un sourire sceptique.
(2) Montsabré. Introd. au dogme, I, Passim.
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D'autant plus que l'histoire est là qui affirme avec éclat par la voix des martyrs les plus constants aussi bien que par celle des docteurs les plus illustres, que Dieu a parlé aux hommes par l’accomplissement de ses prophéties et par le fait de ses miracles. Je puis encore sans doute rejeter le témoignage de l’histoire ou l’interpréter à ma façon, c'est hélas ce qui arrive à ceux dont la grâce de Dieu ne touche pas les cœurs, mais qu'on ne me dise plus que l'acte de foi n’est pas acceptable à la raison. Si la raison humaine ne démontre pas les vérités de foi, elle démontre assez la vérité de la foi.
La RAISON FAIT PLUS QUE PRÉPARER À LA FOI, ELLE LA MAINTIENT E* LA DÉFEND. — Comme ces serviteurs dévoués de l’ancien régime, dont nous parlent les légendes chevaleresques, qui, après avoir bien préparé leurs jeunes maîtres aux choses de la guerre, leur avoir fourbi des armes et harnaché des montures, les accompagnaient partout aux champs d’honneur, luttaient près d'eux et se faisaient souvent leurs boucliers vivants, ainsi, la droite raison, quand elle s’est mise au service de la foi, reste pleine d'initiative et de force et se signale encore par d'importants services. La différence, messieurs, c'est que le chevalier du moyen-âge et son écuyer pouvaient mourir, tandis que la raison et la foi sont immortelles, parceque toutes deux elles viennent de Dieu et toutes deux elles conduisent à Dieu.
La raison a démontré les fondements de la foi, c'est bien ! voici donc qu’appuyés sur la parole de Dieu, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper, nous croyons au Christ, Fils du
‘ Dieu vivant, et nous croyons à sa doctrine. Nous croyons que
pour racheter le monde le Verbe divin s’est fait chair. Nous croyons que ce Verbe divin est la seconde personne de la sainte Trinité, qu'il est Dieu comme le Saint-Esprit et comme le Père, et que pourtant les trois Personnes sont unies en nature. C'est un premier mystère. Nous croyons que le Verbe fait Homme n'a subi aucun change ment en lui-même, et que la
nature humaine, qu’il s'est associée, subsiste dans sa Personne Divine qui est une : deuxième mystère. Nous croyons à la Rédemption, nous croyons à la vie éternelle, nous croyons à la vision béatifique.…. mystère, mystère... toujours mystère ! Mais la raison ne comprend pas, donc elle est l'esclave de la foi ! La conclusion va trop loin, messieurs, pour qu’elle soit légitime il faudrait que je ne comprenne pas pourquoi je ne comprends pas. Mais, c’est tout le contraire. Quoi de plus raisonnable pour celui qui vit dans les bornes du monde visible que de ne pas voir clairement les choses du monde invisible ? Pour plusieurs, il est vrai, ce principe ne suffit pas. La raison envieuse et orgueilleuse ne peut pas le comprendre, elle s'attaque à la foi et à ls droite raison. Ce sont, dit-elle, des absurdités que vous m'’enseignez là, je ne les accepte pas. Voici le moment, messieurs,où la raison humaine qui s’est faite, par la grâce de Dieu, l'homme d'armes de la foi, son chevavalier, déploie son activité et ses ressources propres. Pied à pied « elle défend les dogmes, les vérités révélées contre les « objections du doute, les attaques de l’hérésie et de l’incré- « dulité ; elle démontre que ces dogmes, quelque étranges « qu'ils paraissent, n’impliquent en eux-mêmes aucune contra- « diction, aucune répugnance réelle (3). » Vous en voulez un exemple ? Ecoutez comment on procède contre les spiritualistes qui nient la possibilité de l’Incarnation. « Vous soutenez que « ce dogme est absurde, leur dit la théologie catholique, parce «qu'il y a un abîme immense entre le fini et l'infini, mais « vous admettez la création et la Providence ? Or si Dieu, « unique nécessaire, se suffisant parfaitement à lui-même, a « été assez puissant et assez bon pour féconder le néant et « donner l'être et la vie à qui n’y avait aucun droit ; si sa « main paternelle s'étend sur toute créature, pour soutenir « incessamment son existence et la conduire à ses fins ; je ne « vois pas pourquoi il lui serait interdit de se mettre en rela-
(3) L'abbé L.-A, Paquet. La foi et la raison.
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« tion plus intime avec une uature créée, jusqu'à la terminer « dans sa propre personnalité. Ou vous dites trop ou vous « dites trop peu. Si l’abtme est infranchissable, Dieu doit « rester solitaire sans relation avec l'univers, et vous ditestrop ; « si Dieu se communique en appelant au bienfait et à l’hon- « neur de l'existence ce qui n’était pas, il ne doit pas épuiser « par cet acte toute sa force communicative, et vous dites trop « peu. Bref je vois au premier coup d'œil l’incompréhensible « dans l’Incarnation aussi bien que dans la création, mais du « fait que la création s'impose tandis que l'Incarnation ne «s'impose pas à ma raison il ne s’en suit pas que je sois « absurde en croyant à l’Incarnation aussi bien qu'à la créa- « tion, si par ailleurs ma croyance s'appuie sur un témoignage « certain. Et quel témoignage peut être plus certain que celui « de Dieu (4). »
Comme conclusion de =::56 solide argumentation, n'est-il pas permis d'affirmer, mesdames et messieurs, que la raison au service de la foi ne manque pas d'initiative et qu'elle est loin d’être esclave ? Mais la réponse aux objections n'est pas son seul moyen de combattre. « Elle fait voir de plus toute Ja « beauté de nos dogmes et toute leur convenance, en les appro- « fondissant, en exposant les rapports intimes et merveilleux « qu’ils ont avec les vérités purement naturelles (5).» Que d’admirables proportions en effet entre l’ordre de la nature et celui de la grâce ? Vous souvient-il par exemple de cette harmonie si belle qui existe entre la vie spirituelle, produite et entretenue dans nos âmes par la vertue sacramentelle et la vie humaine, considérée dans son développement normal ? C'est d’abord pour l'ordre individuel le Baptême, qui donne la vie à l'âme, la Confirmation, qui la fortifie, l’Eucharistie, qui la nourrit, la Pénitence, qui la répare, et l’Extrême-Orccion, qui complète la réparation au moment suprême ; c’est cnsuite,
(4) Montsabré. Possibilité de l’Incarnation, 1878. (5) L'abbé L.-A, Paquet, idem.
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pour l'ordre social, le sacrement dit de l'Ordre, qui constitue dans l'Eglise l'autorité du Pontificat et du Sacerdoce, c'est enfin le Mariage, qui apporte une bénédiction au renouvellement de chaque génération. Ne sont-ce pas là des aperçus intéressants autant qu'ingénieux ? Et sur combien de sujets la raison théologique ne s'est-elle pas ainsi exercée à faire mieux ressortir lies beautés et les splendeurs de notre foi ?
Il ya plus, messieurs, dans la doctrine catholique tout n’est pas articie de foi, tout n’est pas défini ; car les définitions dogmatiques ne viennent qu’au fur et à mesure qu'elles sont nécessaires au maintien de l'intégrité de la foi. Ces articles de foi sont comme autant de principes d'où dérivent certaines conséquences et certaines conclusions. Ce sera le rôle de la droite raison de déduire et d'expliquer ces conséquences et ces conclusions. Elle les prouvera, les développera et les défendra. C’est à ce labeur honorable que se dépenseront les forces et les vies des grands théologiens, et il est remarquable de constater, messieurs, que de même que l'Eglise a toujours eu ses pontifes et ses saints pour commander et pour édifier, de même, elle à toujours eu ses savants et ses docteurs pour enseigner et pour instruire. Ouvrez l’histoire, à n'importe quelle année de n'importe quel siècle, aux heures sanglantes des persécutions aussi bien qu'aux heures sombres des schismes, toujours s'affirme la même vérité. L'un des savants professeurs de cette Université (6) faisait naguère se dérouler sous vos yeux, en de trop courtes heures, l’admirable tableau des agissements du christianisme dans les différents milieux sociaux qu’il a rencontrés au cours des siècles. Par qui donc s'est manifestée la puissance d'action de l'Eglise ? Par la prudence de ses Pasteurs, sans doute ; par la vertu de ses plus nobles enfants, oui certes ; mais aussi et beaucoup par la science de ses docteurs. Sous la tutelle de la foi, la raison humaine garde donc son autonomie et le libre jeu de ses
(6) M. l'abbé Lecoq, P.S.S., doyen de la faculté de théologie.
facultés. Souvenez-vous des Justin, des Irénée, des Augustin, des Clément d'Alexandrie; souvenez-vous des Thomas d'Aquin, des Bonaventure, des Bellarmin, des Suarez, des Bossuet ; souvenez-vous des Lacordaire et des Newman, des Ravignan ‘et des Manning et dites-moi si la foi catholique n'a pas été beureusement fortifiée en leur raison et par leur raison, et si, pour me servir de l'expression de Montsabré, « la théologie « n’a pas fait monter avec elle la raison sur le trône qu'elle -« occupe au sommet du monde scientifique. »
20 La foi dans la raison
Voilà ce que la raison peut faire pour la foi. Ne croyez-vous -pas avec moi, monseigneur, mesdames et messieurs qu’il est instructif autant qu'intéressant de se rendre compte de ce beau ‘rôle ? Et, revenant à la comparaison dont nous faisions tout à l'heure usage,ne pensez-vous pas que la raison, se faisant l'hom- ‘me d'armes, l’écuyer de la foi est loin de renoncer à sa propre initiative ? Maïs si le rôle de la raison dans les choses de la foi est important, celui de la foi dans les choses de la raison ne l’est pas moins. Si l’écuyer rend service à son seigneur et maître, le chevalier à son tour instruit son écuyer, l’ano- ‘blit et le perfectionne. Et comment la foi aide-t-elle ainsi la raison ? De deux façons, messieurs, en élargissant le champ es connaissances humaines et en rendant accessible aux plus ‘humbles la possession des plus grandes vérités.
J'ai entendu souvent médire de certains prédicateurs, qui avaient le tort, disait-on, de remonter souvent à l’origine des temps et de rappeler à tout propos cette lamentable histoire de la chûte d'Adam et d’Eve au paradis terrestre, dont le récit, c'est vrai, n’est plus à faire. De grâce, ajoutait-on, répétant le mot plaisant de Racine, pourquoi le bon père ne commence-t-il pas au déluge ? Je crois, mesdames et messieurs;
-quant à moi, qu'il vaut mieux commencer à la chute originelle
qu’au déluge, parceque c’est de cette chûte en effet que datent
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toutes les causes de nos misères physiques et morales. Mais, pour peu que vous n’y teniez pas, nous n'irons pas si loin, ce soir, dans l'histoire du passé. Notre raison, au reste, a-t-elle besoin de s'appuyer sur les données de la tradition pour comprendre que, si elle est faite pour la vérité, il lui est très diffcile d'entrer en possession de cette vérité ? Voyez ce savant jurisconsulte, dont l'opinion a tant de crédit dans le monde légal ; voyez ce médecin instruit, qui réussit tous ses diagnostics, et, (c'est une hypothèse) guérit tous ses malades ; voyez ce marchand expérimenté, qui s'entend si bien à la science du Doit et de l’Avoir ; s'ils y consentent, interrogez-les, faitesvous reporters et allez les interviewer, c'est la mode aujourd'hui ! comment sont-ils parvenus à posséder les connaissances variées qui les distinguent ? Certes, je l’admets, la nature les avait brillamment doués : Mais n'est-ce pas surtout lo travail, l'application et l’étude qui les ont faits ce qu'ils sont ? Ah ! l'étude ! ce labeur acharné qui pendant des années, des mois, des jours et souvent des nuits vous a tenus penchés sur une table, la tête entre les mains, les yeux fixés sur les in-folios et les manuscrits ; l'étude, cette occupation si noble qui vous a astreints à passer des heures et des heures dans la compagnie silencieuse mais pourtant bien éloquente des illustrations des âges anciens et modernes ; l'étude ! qui dira, 6 savants de tous les temps et de toutes les sciences, cequ’elle vous a coûté de veilles, de travaux et de souffrances, mais qui dira jamais aussi ce qu’elle vous a donné de jouissances et de consolations ? Même au déclin de ce dix-neuvième siècle, si fier de ses conquêtes, qui pourrait nier, messieurs, qu’il faut dépenser beaucoup d'énergie pour arriver à posséder quelques connaissances ? Et, cependant, les livres ne manquent pas; les écoles se bâtissent partout ; plus que jamais, grâce au progrès de la presse, l'instruction est mise à la portée de tous. Oh ! non, il n’est pas besoin de remonter jusqu’au paradis terrestre pour comprendre que même dans son propre domaine la raison humaine est très bornée. Il suffit d’avoir vécu pour le
savoir. C'est assez d’avoir étudié quelque peu pour pouvoir l’affirmer sans crainte. N'est-ce pes à la fin d'une vie d'étude qu'un illustre auteur a cru pouvoir dire : « Ce que je sais le « mieux c’est que je ne sais rien,» et n'est-ce pas à la fin d’un siècle, où l'on s’est passionné pour les sciences, que celui qu’on a appelé le Lacordaire de la critique contemporaine (M. Brunetière) n’a pas craint de proclamer en un sens, au moins, que la science avait fait banqueroute.
Or, messieurs, cette raison si faible et si bornée, la foi l'aide puissamment dans l’ordre de son évolution naturelle. Ces connaissances en effet, auxquelles nous arrivons difficilement, pour une bonne partie, la foi nous les donne comme certaines, en les appuyant sur la garantie infaillible de la parole de Dieu. Après bien des tâtonnements et des doutes, la raison nous enseigne en effet avec certitude que le mouvement des êtres créés suppose un moteur incréé, un être simple, un Dieu ; Platon et Aristote l'ont compris. Mais combien plus facile est-il à la même raison d'accepter cette vérité, écrite à la première page de la Bible : « Au commencement Dieu créa le « ciel et la terre. » La raison finit par comprendre qu'il y a dans l’homme quelque chose, qui est indépendant de la matière, quelque chose qui fait qu'il sait vouloir, qu'il est libre ; la raison peut bien admettre qu'aucune théorie d'évolution ne supprimera jamais « le formidable hiatus », qui existe entre l'instinct animal le plus parfait et l'intelligence humaine ; mais combien plus simple et plus facile à cette même raison de s'ineliner devant la parole inspirée qui lui apprend que Dieu, ayant formé l’homme du limon de la terre, répandit sur son visage un souffle de vie. La raison, par ses seules lumières, comprendra encore que souvent ici-bas la force prime le droit, et que par conséquent il faut en justice qu’il vienne un jour, où il sera rendu à chacun selon son dû, mais combien plus facilement n’admettra-t-elle pas le dogme de la Providence en cette vie et celui de la récompense au ciel, dogmes, que l'Evangile prêche à toutes ses pages ? Nos origines et nos
destinées ! Les réponses à ces difficiles problèmes, que de tout temps l'esprit humain s’est posés, d'où venous-nous ? et où allons-nous ? n'est-il pas vrai, messieurs, que la foi nous aide admirablement à les donne ? « La foi, c'est vrai, manque « de cette évidence, de ces clartés vives qui, dans l'ordre des « connaissances naturelles, illuminent les conclusions scienti- « fiques ; mais par la foi, l’homme adhère pleinement, ferme- « ment, an toute sûreté d'esprit à ce que Dieu propose : il « jouit dans cette adhésion de la plus haute et de la plus « entière certitude. Qui pourrait dire tout ce que le Verbe « divin descendu en ce monde, a semé de cette façon, autour « de lui, sur les lèvres des apôtres et sous la plume des évan- « gélistes, de doctrines et de vérités nouvelles (7). »
Abandonnée à elle-même, malgré ses travaux et ses recherches, la raison tâtonne et se heurte à mille obstacles, il lui faut un guide pour marcher au but, un flambeau qui éclaire sa marche ; la foi est tout ensemble le guide qui dirige sûrement et le flambeau qui illumine puissamment.
Ces considérations s'adressent à tous les hommes, messieurs, même à ceux qui se disent incrédules. £En voici d’autres qui conviennent surtout à des chrétiens couvaincus. Vous avez droit d'exiger que je les rappelle. Si la foi en effet enseigne à la raison, pour sa gouverne et pour son bonheur, des vérités de l'ordre naturel, elle lui apprend aussi, elle lui apprend surtout des vérités de l’ordre surnaturel et c'est par là avant tout qu’elle la perfectionne et l’anoblit. Il est raconté, dans les légendes des peuples, que les rois soldats avaient accoutumé d’anoblir leurs plus vaillants généraux. Or, nous l'avons dit, la raison combat avec force et vaillance, pour la défense et le soutien de la foi. C’est pourquoi la foi lui donne en retour des titres de noblesse, et voicicomment : Dieu a voulu élever l’homme jusqu'à lui et lui assigner comme fin suprême
(7) L'abbé L.-A. Paquet. La foi et la raison dans leurs rapports,
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de le posséder, par l'intelligence. et l'amour, dans la vision béatifique. De là découle tout un ensemble de vérités, que la foi seule peut nous dévoiler, « La foi, a dit Auguste Nicolas, « a été comme le télescope de l'intelligence : elle a grandi son « horizon, elle lui a fait découvrir de nouveaux astres dans le « ciel de la pengée et de la vérité (8). »
« Quel ciel immense et sans rivages la lumière de l'Evan- « gile ne révèle-t-elle pas à nos yeux ? Quels profonds mystères « Dieu ne nous a-t-il pas manifestés par la parole de son Fils «Jésus ? C'est son essence et sa vie, c'est sa charité pour « l'homme, c’est son empire sur la nature qui nous apparais- «sent, soûs un jour jusque-là inconnu, dans les dogmes de la « Trinité, de l’Incarnation et des Sacrements (9).» « Chacun « sait, a dit ave: raison un théologien de mérite, chacun sait « quelle gloire, «ans l'opinion publique, s'attache au nom de « celui qui, par l'effort du travail, l'intuition du génie, réussit «à doter la science de quelques précieuses découvertes, « signale l'apparition d'une étoile, urrache à l’histoire des « peuples ou aux entrailles de la terre un secret ignoré. Là « se trouve le progrès des connaissances humaines. Or, ce que « la foi découvre, ce n’est ni une étoile, ni une date, ni un « fossile, mais, mieux que cela, toute une sphère inexplorée, « un monde plein de grandeurs, de beautés ravissantes et « d’incomparables richesses (10). » « N’avez-vous pus vu, « s’écriait un célèbre contemporain, dans un jour de fête « publique, quelque bonne ei forte fille du peuple prendre sa « petite sœur dans ses bras et l’élever au-dessus d’une foule « de têtes curieuses, afin que l'enfant pût contempler à l’aise « une majesté qui passait ? Voilà la foi ; elle aussi prend, « dans ses bras robustes sa petite sœur la raison, et l'élève
(8) Etud. sur le christianisme, I, IV.
(9) L’abbé L.-A. Paquet, idem.
(10) L'abbé L.-A. Paquet, idem.
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« au-dessus du monde obscur de la nature, afin que l'enfant « puisse contempler le monde lumineux de la nature (11). »
C'est par cette révélation de vérités supérieures que la foi, mesdames et messieurs, anoblit et perfectionne la raison.
Et n'allez pas imaginer, je vous prie, que les théologiens catholiques sont seuls à voir cet élèvement, cet anoblissement et ce perfectionnement. C’est Aristote qui a écrit quelque part que « quelque faibles et grossières que soient nos connaissances « sur les êtres supérieurs, le peu que nous en savons nous « cause plus de plaisir que toute autre connaissance des choses « d’ici-bas (12). » Aussi bien, est-ce dans le même sens que saint Thomas d'Aquin (13) a dit : « plus un objet est noble, « plus il y a de joie, de bonheur pour l'esprit à le voir et à le « connaître même imparfaitement. »
Jusqu'ici, messieurs, nous n'avons rien dit de l’universalité de la foi. Nous avons supposé un homme doué de facultés heureuses, livré avec ardeur aux études, et nous avons vu comment l’action de la foi élève et perfectionne sa raison dans l’ordre naturel d’abord, mais surtout dans l’ordre surnaturel. Or, s’il est vrai que la foi élargit le champ des connaissances humaines aux yeux de ce savant, à combien plus juste titre n'élèvera-t-elle pas le niveau des connaissances de tous ceux qui n’ont ni l’âge, ni le loisir, ni les aptitudes, ni le courage de se mettre à la recherche des vérités, dont la possession importe au bonheur de cette vie, à la félicité éternelle de l’autre ? Cherchez, messieurs, parmi les sages de l’antiquité et parmi les pontifes de la libre pensée moderne, vous trouverez des intelligences superbes, qui ont imaginé des systèmes de philosophie très ingénieux ; mais je vous demande de me nommer un sage qui ait exposé une doctrine susceptible d'être à la portée des plus humbles. Oh ! je ne dis
(11) Montsabré. 2e Conf, Introd.
(12) S. Contre les G., T, 5.
(13) Idem.
: rn
‘pas que la raison humaine n'a pas été parfois glorifiée dans la personne de quelques-uns de ces princes de la science ; mais, je me demande où est le corps d'enseignement qui, en dehors de toute action de la civilisation chrétienne, a pu être ‘mis à la disposition des pauvres aussi bien que des riches, des ignorants aussi bien que des savants, des petits aussi bien que des grands. Certains rhéteurs à la parole retentissante oublient trop souvent, de nos jours, dans leurs chimériques appels à une liberté sans contrôle, à une égalité sans garantie et à une fraternité sans amour, que le premier philosophe qui en vérité a aimé le peuple des pauvres et des impuissants, c’est celui qui sur les bords du Jourdain a poussé ce cri sublime, dont l'histoire est encore pleine : misereor super turbam, j'ai pitié de la foule. Oui ! Jésus de Nazareth a aimé la foule et le peuple, et sa doctrine que la foi nous apporte, sa doctrine s'adresse à tous : aux jeunes comme aux vieux, aux occupés comme à ceux qui ne le sont pas, à ceux qui manquent d’aptitudes comme à ceux qui sont heureusement doués, aux pusillanimes -enfin et aux lâches comme aux courageux et aux vaillants. Elle s'adresse aux jeunes aussi bien qu'aux vieux, et certes ce n’est pas sans motif, car c'est à l’âge où l’on oriente sa vie qu’on à besoin surtout de savoir quel est le chemin qu'il faut suivre, c’est à l'âge où l'expérience n'a pas encore prémuni contre les illusions et les rêves qu'il faut surtout s'appuyer sur une doctrine solide. C’est pourquoi il arrive souvent que -ceux à qui, sous prétexte de liberté mal entendue, on refuse cette nourriture substantielle d’une doctrine enseignée par la foi restent toute leur vie balancés au-dessus des désespérants abîmes du doute. Pourquoi ne pas leur donner la doctrine de la foi ? Leur âge n’est pas capable d’une longue attention peutêtre ? Rassurez-vous. Si la foi catholique a pu se développer, pour la jouissance intellectuelle des hommes d'étude et de science, sous la plume d’un Thomas d'Aquin et d’un Suarez, ans d'immenses et intéressants ouvrages, qui remplissent d'’interminables in-folios, elle se peut résumer aussi dans les
modestes pages d'un catéchisme pour éclairer sans l’éblouirl'esprit d’un enfant de dix ans. Et remarquez-le, en définitivele petit catéchisme ne dira rien moins que ce que disent les in-folios de l’Ange de l’école. C’est la même doctrine mise à. la portée d’esprits différemment préparés.
La foi s'adresse aux jeunes, elle s'adresse aussi à ceux qui: n’ont pas de loisir. Et qu’ils sont nombreux, messieurs, ces hommes du peuple, qu'ils s'occupent aux travaux manuels ou qu’ils soient absorbés dans le tourbillon des affaires, à qui il est impossible de s'arrêter longtemps à méditer les. grands problèmes intellectuels ! Il faut lutter pour gagner son pain à la sueur de son front, il faut peiner pour mener à bien de vastes entreprises financières. Au milieu de ces lutteset de ces peines incessantes comment trouver le loisir de se livrer aux arides spéculations dont l'esprit humain a besoin pour s'élever, comme parle saint Thomas, « jusqu’au faîte- « sublime des recherches humaines, jusqu’à la connaissance des choses divines (14).» L'activité de tout homme a des. limites qu'on ne peut franchir. Le souci des affaires et le labeur ou se dépensent les forces du corps suffisent simplement à remplir une vie honorable. Mais voici venir la foi : elle présente à ces esprits, faits pour la vérité, un ensemble de doctrines qui satisfont la raison en même temps qu'elles l’élèvent. Ce financier, cet agriculteur, cet ingénieur et cet. ouvrier comprennent que l'honnêteté est voulue de Dieu, que les soucis de la terre ne doivent pas détourner de ce chemin de la vertu qui mène au vrai bonheur. Et déjà ces vérités dela foi leur apportent ici-bas une part de félicité qui leur rend. le travail moins pénible et la vie moins amère.
Qui sait ? même parmi ceux qui ont du loisir, combien s’en. trouve-t-il qui n'ont ni les aptitudes ni le courage de s'adonner à de longues et patientes études ? A ceux-là encore la foi
(14) S. contre les G., {V.
DE MERE PP RE AR EUR PNR TL DESSUS IR à
blouir- apportesecours. Beaucoup d'individus en effet sont incapables nitive- de se livrer aux spéculations de la raison raisonnante, la preuve at les existe dans ce fait que beaucoup s'y adonnent sans succès. mise à. Leur complexion manque d'équilibre, quelque défaut originel
ou quelque faiblesse native empêche le libre essort des facultés. Parfois, souvent peut-être, ce n’est pas le manque
: ra C d'aptitudes, c'est le manque de courage qui empêche de réussir nuétà dans les travaux intellectuels. Ah! c’est que, n’allons pas res, À nous y tromper, il faut de la bonne volonté et du courage sl: pour se vouer aux travaux de l'esprit. Je le disais tout à agner l'heure, au début de cette deuxième partie de ma conférence, her à si l'étude est susceptible d'apporter à l’homme de très douces luttes. consolations, elle lui demande une forte dépense d’énergie et de se d'activité.
esoin Mais, c’est un fait d'expérience, messieurs, dans notre fatte- état de nature déchue les courageux sont rares. Il y a Sance toujours plus ou moins deux hommes en nous, le premier a des. | voudrait travailler, l’autre veut se reposer ! Le premier vouet le drait se donner de la peine, l’autre veut jouir. On a beau mple- dire, avec de Maistre, que l’un c’est l’esprit et l’autre la bête, à foi :: il reste vrai que chez beaucoup, fort souvent, la bête tient imble } l'esprit au repos. Et notez, que, pour regrettable qu’elle soit, elles cette paresse n’est pas toujours coupable, ce manque d’apti- & cet. tude et de courage n’est pas complètement imputable. Seule- , que ment il prive l’homme de connaissances dont il a besoin. La emin foi va les lui donner. Honneur donc à cette foi du chrétien a de: qui fortifie les plus faibles et illumine leur raison de vivifiantes rend, clartés. « Elle est le bien, le patrimoine de tous, la lumière « éclairant ou pouvant éclairer tout homme venant en ce monde. ET « Par elle les faibles comme les puissants, les pauvres comme nude « les riches, les ignorants comme les savants sont conviés à la a foi «même table et appelés à l'honneur de professer la même
« doctrine. Issues, non d'abstraites et difficiles démonstrations, « mais de la bouche même de Dieu, les vérités chrétiennes « s’adaptent sans effort aux esprits les plus humhies : elles
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s’insinuent dans l'âme des individus et des peuples et parlent « à la conscience de tout le genre humain (15). »
Ls ont donc tort, mesdames et messieurs, quelles que soient d’ailleurs leurs bonnes intentions, ils ont donc absolument tort ceux qui soutiennent que la raison et la foi ne sont pas faites pour s'entendre ! Ils sont donc mal avisés ceux qui, sacrifiant trop aux préjugés modernes, croient qu'il faut abandonner la vieille méthode traditionnelle d’apologétique et se borner, en quelque sorte, à plaider les circonstances atténuan-
‘tes pour la défense de notre foi, en ne parlant que de sa bonté
morale et de sa vertu intrinsèque.
Le grand rôle de la raison c’est de préparer à la foi, c’est de défendre et de soutenir Ja foi, le rôle de la foi c’est de fortifier la raison, de l’élever à la surnature et cela non d’une façon particulière et pour un seul mais d’une manière générale et pour tous. La raison et la foi se soutiennent et s’harmonisent, ce sont deux rayons partis du même centre de lumière, toutes deux sont filles du ciel.
Aussi bien, pourrions-uous, en parcourant l’histoire des âges passés, nous adressant aux amateurs de faits positifs, leur montrer souvent les deux célestes sœurs se donnant le baiser de paix dans la personne des plus beaux génies qui aient honoré l'humanité et cela, depuis le siècle d'Origène et de Tertullien jusqu’à celui de Pasteur et de Léon XIII.
Léon XIII! ce grand et saint Pontife, qui étonne notre fin de siècle, par la puissance de son esprit et la vivacité de sa foi, plus encore peut-être que par son heureuse longévité, u’est-ce pas un témoin vivant de la vérité de la thèse que nous avons développée ? N'’affirme-t-il pas, le grand Pape, par les œuvres d’une vie exceptionnellement admirable, que la foi et la raison sont faites pour s'entendre, se soutenir et se perfectionner ?
« Quel accord donc et quelle harmonie dans les relations
(15) L’abbé L.-A. Paquet, idem.