QUATRIÈME PARTIE
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BBRBSOHITH.
AU GOMUENCEMENT tottt était inculte et informe, tén^ bres et chaos, tohu et bohu, et le regard de Dieu planait sur les eaux , sur le déluge , le Nil et la mer Rouge. Alors Dieu dit : Que la lumière soit ! et la lumière descendit sur le Sinaï , et elle apparut dans son éclat , la loi sainte et immortelle qui est le flambeau du monde et Tastrede réternité. — Ce fut le premier jour de la création spirituelle de l'humanité.
A la deuxième période , Dieu créa le ciel , le Tabernacle dans le désert , demeure et trône de sa gloire et de sa majesté (•^xw b^^a^n), sanctuaire où les hommes et les anges chantaient les louanges du Très-Haut, et où les chérubins gardaient les tables des divins commandements.
A la troisième période , Dieu créa la terre , la Pales-
BËRESGHITH. 359
Une y les plantes , les fruits , les fleuves de lait et de miel» tous les trésors et toutes les bénédictions que cette terre promise devait offrir à Israël et lui faire oublier ses douleurs et ses fatigues. C'est là qu'il devait se fortifier dans la connaissance et la pratique de la vérité , se baigner dans l'air pur du Morïa , se sanctifier dans les rayons du temple , et se préparer enfin à la grande mission sacerdotale qu'il devait remplir parmi les hommes. Mais les hommes, aveugles à la vérité, repoussaient les bienfaits de cette mission de salut.
 la quatrième période , il surgit , après la grande lumière du judaïsme, là lumière moindre d'un autre culte ; la première était pour régner pendant le jour de la justice, de la véritable civilisation, de l'amour et de la fraternité, pendant l'avenir et la délivrance de l'humanité ; la seconde allait présider aux siècles crépusculaires où l'erreur et la vérité sont en présence et se disputent l'empire de la société , où la lumière alterne avec l'obsQurité , la douceur des mœurs avec la sauvagerie , la paix avec la guerre , et^ le progrès avec la réaction. Il naquit aussi des étoiles , d'innombrables croyances religieuses , politiques et sociales , des théories et des systèmes qui devaient luire sur la terre durant la longue nuit des esprits, de l'erreur et de l'aveuglement humain , jusqu'à l'aube de la clarté éternelle, jusqu'à l'aurore du droit, de la justice et de la vertu.
A la cinquième période (horrible époque de notre histoire !) on vit apparaître des monstres épouvantables qui buvaient le sang de nos pères , et leur arrachaient la vie par mille morts et mille tortures. Les ténèbres de ces
siècles barbares n'étafent éclairées que par Tincendie de nos temples 9 par les bûchers de nos martyrs, par les feux de joie allumés sur les cadavres de tous les généreux penseurs , de tous les brillants génies , de tous les nobles esprits.
La sixième période est enfin arrivée. Dieu s'occupe à créer rfeomm^^ aie tirer de la fange, à lui donner un souffle de sa vie, un reflet de son image, de sa bonté, de sa miséricorde et de sa charité ; à réunir en une seule et grande famille toutes les races et toutes les langues; à faire cesser Tintolérance , la haine et les préjugés des castes et des générations, pour les unir à jamais parle divin et impérissable lien de Tamour et de la fraternité: « Car il n'est pas bon que l'homme soit seul ! »
Et lorsque l'homme , cette grande et suprême œuyre du Créateur, sera achevé , alors commencera le sabbatb, le saint repos de l'humanité , le jubilé et l'accomplissement de ses destinées ; ce sera la fête éternelle de la société , la paix d'Israël , le calme et la béatitude du monde, la glorification de Dieu.
iSRAEXi ET SA MISSION.
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Et toat ceux qai inToqueront le nom de rÉternel seront tauTét.
(Joël, III, 5.)
« Et VOUS sere% à moi un royaume de pontifes et une sainte nation. » (Exode» XIX , 6.)
« Et tout le peuple au milieu duquel tu es verra les œur vres de l'Étemel très redoutable que f accomplirai en toi.» (Exode, XXXIV, 10-)
a Et toutes les nations de la terre verront que le nom de V Étemel repose sur vous. » (Deut., XXVIII, 10.)
Voilà , en peu de mots , toute la mission d'Israël et sa raison d'être dans les siècles et dans les sociétés. Il doit, 1** servir d'apôtre pour l'enseignement et la propagation de la connaissance de Dieu ; il doit , S"* appuyer cet enseignement par sa propre conduite et par le sort merveilleux dont il est tantôt le héros , tantôt la victime.
Sa mission n'est donc pas accomplie tant que cette connaissance est ignorée d'un seul homme sur la terre ; son Messie ne peut donc venir tant que son œuvre reste inachevée sur un seul point du globe.
Dieu pouvait se reposer après la création physique du monde , lorsqu'il voyait , comme dit l'Écriture , que tout était bien. Le jour où tout sera également bien dans la création spirituelle , il sera permis à Israël de se reposer
à son tour ; car c'est à lui que le Créateur de l'univers a dit depuis Abraham : Faisons un homme à notre image !
Mais l'homme n'est pas encore terminé , et l'image divine est encore loin d'être atteinte.
Un grand capitaine, voyant que le sort d'une bataille dépendait de la conservation d'un point important que l'ennemi lui disputait avec un sanglant acharnement, choisit un bataillon d'élite , faible par le nombre , mais fort par le courage et le patriotisme , et lui dit : « Vous vous laisserez tailler en pièces jusqu'au dernier soldat plutôt que de céder ce terrain , qui est la base de mes opérations et la garantie de notre triomphe. L'ennemi, beaucoup plus nombreux que vous, vous attaquera avec une fureur sans exemple, non pas une fois , mais dix fois, vingt fois , cent fois. Restez fermes et combattez sans relâche , sans peur et sans faiblesse ; que vos poitrines soient un rempart infranchissable à cette précieuse position, à laquelle sont attachés le salut et la gloire de la patrie. »
Quand le monde était tombé dans les ténèbres de l'idolâtrie , et que l'ennemi de Dieu et de l'humanité attaquait la patrie de la vérité, de la vertu et du salut étemel, le Seigneur Zébaoth dit à la faible et courageuse légion d'Israël : « Vous défendrez jusqu'à votre dernière goutte de sang le dogme du Diéu-Un , ce point essentiel et in^ dispensable pour résister à toutes les armées du mat et du péché , pour repousser toutes les invasions honteuses qui dégradent l'homme et le plongent dans la barbarie. Bataillon sacré , vous aurez , pendant des siècles , à combattre et à mourir pour le maintien de cette position ; vous aurez , pendant des siècles , à souffrir toutes les
privations et toutes les misères , à affronter tous les périls et toutes les morts. Mais la victoire sera le prix de votre héroïque fidélité, et votre glorieux drapeau flottera sur les peuples , affranchis de leurs fers , et sur l'humanité, guérie de son aveuglement. Et alors je vous conduirai avec amour, vous et les sociétés que vous aurez délivrées , dans le temple immortel de ma sainteté. » yanp tvù 1>K ^t»a rtro tin^ it w ^nona tm^.
Et Israël, fidèle à sa grande et céleste mission , est inébranlable et invincible sur la brèche depuis des milliers d'années, essuyant le feu.de tous les martyres, recevant la mitraille de toutes les persécutions , subissant toutes les tortures et toutes les ignominies , plutôt que d'abandonner le poste d'honneur que le Dieu des armées lui a confié. Si, succombant sous la fatigue ou trompé par une fausse sécurité , il s'endort parfois dans les larmes ou dans l'oubli, de nouvelles attaques viennent l'avertir que le combat n'est pas encore fini et que l'heure de la retraite n'a pas encore sonné. « Il reste donc en sentinelle vigilante sur les murailles de Jérusalem , ne se taisant ni le jour ni la nuit , ne se donnant point de repos jusqu'à ce qu'il relève le sanctuaire et rétablisse sa renommée sur la terre.» (Isaïe, LXII,6-7.)0r, comment se fait-il que , malgré tant de bravoure et d'héroïsme , malgré une lutte si longuement et si vigoureusement soutenue , l'ennemi ne soit pas encore vaincu , ni la mission d'Israël accomplie?
Abraham , le père des croyants , ouvrant à peine son œil à la lumière de la vérité , a dû prendre le bâton de pèlerin et commencer son métier d'apôtre en répandant
partout 9 souvent au péril de sa vie , les trésors de la divine révélation qui éclairait son âme , afin » comme dit la Genèse , « que toutes les générations de la terre fussent bénies en lui. » Pénétré de sa mission, il éleva des autels à la Divinité et confessa son nom dans toutes les stations de son pèlerinage à travers la plus abominable idolâtrie. Il vainquit Tennemi en dispersant sur son chemin les ténèbres de Terreur, nW tamîja? pirm , et en refusant les richesses, au moyen desquelles Satan perd l'homme depuis Adam jusqu'à ce jour. « Je lève ma main vers l'Éternel , souverain maître du ciel et de la terre , que je ne prendrai rien de tout ce qui est à toi. » » ■ji ^«« isn np«. Cependant , non content d'être lui seul entré dans la clarté de la lumière divine , et voulant y amener toute la famille humaine , il s'écrie douloureusement : Que peux-tu , ô Seigneur, me donner, tant que je suis sans postérité ! ^^r^^':^ ^Vn ^^Môti.
Cette postérité spirituelle est venue ; mais son premier représentant , ïsaac , a dû fournir la preuve de notre force et de notre vocation, en offrant sa vie sur la montagne de Morïa. Cette preuve , ses enfants l'ont répétée à chaque page de l'histoire , où mille et mille fois Israël a entendu ces paroles d'en haut : « Dieu te choisit comme holocauste, mon fils! » •»» niis^b h«n * na^r^ ta^ni». Alors Isaac s'est mis également en route , élevant des autels au Seigneur, subissant la famine et la guerre ; et si, à lafin de ses jours, sa vue intérieure s'est troublée , c'est qu'il n'était pas , comme son père , insensible aux séductions du monde , et qu'il disait à Ésaû : <c Fais-moi un mets favori comme je l'aime. » ^vùxvi^ ^vo ta^^t» ««i nwn. Hélas ! la fatale bénédiction donnée à Ésaû : a Tu vivras de ton glaive, i> semble nous poursuivre sans cesse» de-
puis les meurtres commis par Pharaon sur les enfants des Hébreux jusqu'aux tortures de l'inquisition et l'emploi moderne de la force brutale en matière de croyance*
Mais la mission d'Israël grandit dans l'espace et dans le sacrifice. Jacob , déjà au sein de sa mère^ avait à lutter contre l'ennemi du bien , et devait bientôt fuir la maison paternelle , où son propre frère mettait sa vie en danger.
Désormais sa vie ne devait être qu'un long combat , qu'un martyre infini , où le cœur du père et de l'époux est mille fois déchiré , où toutes ses joies terrestres» Rachel , Joseph 9 Benjamin , devaient lui être enlevées une à une ; qu'un apostolat permanent , promenant la foi et les vertus d'Israël dans les champs de la Mésopotamie comme dans les plaines de Gessen. Saint et subliiûe type de notre histoire , Jacob , partout où il apporte les bienfaits et les bénédictions , chez Laban comme en Egypte, est payé par l'ingratitude et la persécution. Ilfaitdes^ cendre les anges et les grâces du ciel sur la terre où il .s'arrête , tandis que lui n'a qu'une pierre pour se reposer » qu'un bâton pour se soutenir dans son long voyage. Et tandis qu'il est pour les nations une source d'inépuisables richesses , que sur tous ses pas il peut s'écrier : En vérité , Dieu est en cet endroit ! htn ûipoa 'n lo^ pK , que demande Israël par la bouche du patriarche ? a Âccorde-moi un morceau de pain et un vêtement , et ramène-moi en paix à la maison de mon père! » &il9\0a *iraoi "•an nr«ate.
Cependant» après des tribulations sans nombre et après avoir vaincu son mystérieux et éternel ennemi , qui ne pouvait l'atteindre que dans sa faiblesse physique , Jacob voulait passer tranquillement les derniers
jours de sa vie au sein de son modeste bonheur domestique, mbioa attj'^i apy^ «p'^a. Mais sa mission n'était pas accomplie , le temps de son repos n'était pas encore ar^ rivé. Il devait aller en Egypte et installer lui-même ses enfants dans un dur esclavage , afin de briser Torgneil des plus fiers idolâtres et d'arracher à un roi barbare et présomptueux qui se fit rendre des honneurs divins, cette confession de la vérité : « J'ai péché contre l'Éternel votre Dieu et contre yous. » Ce jour-là le rêve de Joseph était réalisé : le soleil , la lune et toutes les étoiles et tous les faux dieul du paganisme venaient se prosterner devant la lumière d'Israël , s'écrîant : Non», mourrons tous , fi*^n» "^^d , car chez vous seuls se trouvent la vie f le salut et l'immortalité !
Mettez-vous de nouveau en route , vaillants missionnaires de la divine parole! passez par les épreuves delà liberté après avoir essuyé celles de la servitude, retrempez-vous dans cette magnifique indépendance où le ciel pourvoit à tous vos besoins, où la terre tressaille de bonheur sous la voix du Créateur et sous l'adoration de son peuple. Recevez au pied de l'Horeb enflammé votre drapeau et les instructions du Seigneur avant d'entreprendre votre apostolat sur une plus vaste échelle. Tenez-vous toujours prêts à marcher, ayez constamment les reins ceints, le pied chaussé et le bâton à la main. ûs^'^a Mipîûi. Apprenez dans le désert à porter le sanotuaire et l'arche de l'Éternel d'un endroit à l'autre , d'un pôle à l'autre pôle , au milieu des orages du ciel et des abîmes de la terre. Apprenez à élever un temple et à dé-
ployer un rouleau de la Loi en présence de tous les périls et de toutes les morts , comme le soldat courageux construit une redoute ou un pont en présence de Tennemi et sous le feu meurtrier de son artillerie. Apprenez aussi à vivre de peu , et à endurer les privations dans Taffranchissement comme vous avez supporté les misères dans Tesclavage. Prenez beaucoup de feu de Téclair du Sinaï, beaucoup de pain de la manne céleste , beaucoup d'eau de la source sacrée du rocher : car il viendra un temps où les souterrains de la persécutionvous envelopperont de froid et de ténèbres , où la nourriture de Tâme et du cœur sera la seule qui vous restera pour vous empêcher de périr de faim et de] soif. Recueillez la rosée d^Hermon qui tombe sur les montagnes de Sion , pour calmer un jour la fièvre de vos blessures, pour éteindre les bûchers de vos martyrs , pour fertiliser le pays de vos oppresseurs , pour féconder les tombeaux de vos héros de la foi.... Préparés et armés ainsi, commencez votre longue et douloureuse campagne : car Dieu est votre soutien , le bouclier de votre salut , et Tépée de votre gloire ! ^nixii a'nn iww ^^it» la» M*a 5>ttji53d5>.
Cependant, dans son immense tendresse pour son peuple , Dieu veut le fortifier davantage , rendre son]éducation encore plus complète pour aborder l'œuvre gigantesque qu'il doit accomplir. Il veut lui apprendre et lui donner tout ce que les sociétés futures pourront créer, dans l'ordre matériel comme dans les régions morales , pour corriger et améliorer la condition humaine. Il veut que son histoire de quelques années soit le miroir de l'histoire de tous les siècles , le modèle des grandeurs et des faiblesses qui apparaîtront chez lespeuples de l'avenir. Il veut que ses lois civries, baséea
sur sa loi religieuse , reçoivent la sanction solennelle de la pratique et de Texpérience , pour qu'un jour l'orguefl de la raison et des faux cultes ne puisse placer la science des hommes aur-dessus des inspirations du divin législateur, pour qu'on ne puisse jamais prétendre que la constitution d'Israël et sa vie sociale sont incompatibles avec les besoins , les progrès et le génie de la société entière.... « Les nations entendront parler de ces lois, et s'écrieront : Voilà un peuple vraiment sage et intelligent! »
Alors Israël traverse le Jourdain et entre en Palestine , où il se donne tour à tour toutes les formes de gouvernement : démocratie , théocratie , royauté élective, royauté du droit divin, liberté républicaine , absolutisme monarchique , enfin tous les essais d'organistn tion civile entre lesquels flottent encore aujourd'hui les peuples les plus avancés et les plus illustres. On y voit la simplicité des premiers é^es et puis le luxe des civilisations les plus raffinées ; les beaux-arts déploient leurs splendeurs dans des temples magnifiques , l'agricultore est poussée à un suprême degré de perfection , la justice est rendue avec une sagesse et une intelligence sans exemple , le culte divin est célébré tantôt sous de pauvres cabanes , tantôt sous les lambris dorés de sanctuaires éblouissants par leur architecture, leurs décorations et leurs légions de prêtres et de lévites. On y voit aussi la gloire militaire promenant ses drapeaux victorieux sur de vastes champs de bataille , des révolutions populaires , des conspirations de palais , des restaurations dynastiques , des intrigues de cour, des pré<tendants et des usurpateurs , de grandes vertus et de grands vices , des actions sublimes et des forfaits exé-
crables; en un mot, tout ce qui se répète exactement SOUS nos yeux à la clarté du fier soleil du dix-neuvième siècle. La Palestine, Genèse vivante de l'univers, était donc une école on ne peut plus propre à élever des hommes destinés à vivre et à agir sur tous les points du globe et au milieu de toutes les conHitions sociales. Ses disciples y voyaient tout ce qui peut surgir de bien ou de mal de la société humaine ; ils s'y habituaient à vivre de toutes les existences, à jouer tous les rôles; ils étaient spectateurs et acteurs dans les drames de la vie privée et publique du citoyen et de l'État. Ils sont enfin admirablement préparés à remplir leur mission dans
l'humanité : le temple de Jérusalem s'écroule et
Israël doit partir !
Il emporte la connaissance de Dieu et des hommes , le secret de toutes les choses que les mortels peuvent entreprendre pour leur salut ou leur perdition. Il emporte dans son âme l'écho céleste des cantiques de Sion , la brise vivifiante du Liban , le souffle mystérieux des palmiers , les rayons dorés du soleil de l'Orient ; il emporte dans son cœur des souvenirs impérissables de son histoire nationale , de son culte , de son tabernacle , de ses patriarches et de ses pontifes, souvenirs qui le soutiendront dans les luttes implacables que l'idolâtrie et la haine lui préparent. Il emporte une étincelle du buisson enflammé pour illuminer la longue nuit de ses malheurs des étoiles de l'immortalité. Il part
Il va porter aux païens les grâces du Ciel et les trésors
de la terre ; il peut leur enseigner toutes les formes et
toutes les images de la vie sociale ; il peut leur montrer
la compatibilité de sa croyance avec les progrès les plus
370 IV* PARTIE. — PASSÉ ET AVENIR b'iSRAEL.
merveilleux de l'éducation humaine. Il peut leur montrer tout... sauf une divinité visible et demeurant matériellement parmi eux , sauf l'attirail plastique et le culte sensuel du paganisme, sauf un homme devenu Dieu, sauf un Dieu devenu homme... Il peut leur montrer le Créateur dans la création y mais non dans la créature ; dans l'humanité , mais non dans l'homme ; dans la naissance du monde y mais non dans la naissance d'un enfant ; dans le temple de la nature , mais non dans l'atelier du sculpteur... Cependant il rencontre sur son chemin un événement inouï, prévu par Moïse, un feil étrange qui peut devenir le plus grand obstacle comme aussi le plus grand auxiliaire pour l'accomplissement de son œuvre. Ce fait va arracher à Israël des torrents de sang et effacer par dix-huit siècles de cruautés le souvenir de son esclavage d'Egypte et de ses fers de Babylone.... Mais Israël doit délivrer le monde des ténèbres du paganisme , il ne faillira point ! Â défaut de temple et de Jérusalem, sa poitrine sera l'invulnérable arche sacrée d'où toutes les puissances humaines conjurées ne pourront jamais arracher les Tables de la Loi. « Les lèvres du pontife gardent la science , et la connaissance divine est à l'abri dans sa bouche , car il est l'envoyé de l'Éternel Zébaoth ! » kim mxau 'm ybxi ^^a.
Que ne pouvons-nous raconter les combats de Titan que la vérité a soutenus contre l'erreur, le droit contre la force , l'esprit contre la matière et la pensée contre l'argile !
Nous avons dit :
« Mais Israël doit délivrer le monde des ténèbres du
paganisme , il ne faillira point ! Â défaut de temple et de Jérusalem , sa poitrine sera Tinvulnérable arche sacrée d'où toutes les puissances humaines conjurées ne pourront jamais arracher les Tables de la Loi. »
Nous pouvons ajouter que les quatre cent quinze millions de chrétiens et de musulmans dont la terre est peuplée sont une conquête du judaïsme sur l'idolâtrie. Car avant d'enseigner aux races de l'Orient que Mahomet est le prophète de Dieu et qu'il y a pour les croyants un paradis rempli d'ineffables jouissances; avant d'enseigner aux générations de l'Occident qu'un autre prophète fait partie de la divinité , et qu'il a dû mourir pour effacer le péché d'Adam , il fallait apprendre aux uns et aux autres le dogme judaïquefvie l'existence de ce Dieu , de la punition attachée au mal , de la récompense réservée au bien , de la destinée immortelle à laquelle est appelée l'humanité. Il fallait construire, dans leur intelligence et dans leur foi, le sanctuaire Israélite, que les uns ont décoré de tous les riants tableaux de l'imagination et des rêveries orientales , que les autres ont embelli de toutes les austères figures de la léthargie civile et politique où était plongée la vieille Europe , de toutes les sombres créations de la vie féodale et des contemplations mystiques du moyen âge. Il fallait transfuser dans leur sang l'âme et la vie Israélites pour éteindre au Levant les hideuses clartés d'une civilisation abominable, et pour éclairer au Couchant les noires forêts de la sauvagerie géographique et intellectuelle des barbares. Il fallait en un mot les faire naître, l'Orient et l'Occident, dans le berceau Israélite pour leur ouvrir, là le ciel du Koran , et les faire jouir ici des béatitudes évangéliques.
Cependant une ingratitude aveugle et injuste attribue
exclusivement le progrès religieux et moral de la société à cette parole d'un docteur juif: « Allez et instruisez tous les peuples , » bien que le même docteur ait dit ailleurs : a N'allez point vers les gentils , n'entrez point dans les villes des Samaritains , mais allez plutôt aux brebis perdues de la maison d'Israël, » (S. Mat., X, 5-6.) On veut, à partir du jour de l'institution pastorale donnée à onze hommes de la nouvelle loi y contester et enlever à Israël sa mission sinaïque d'instituteur et de pontife de l'univers. On veut nier l'action infaillible et impérissable du judaïsme sur l'éducation humaine, — action qui sans doute ne se fait point sentir par la force brutale du nombre ou par le despotisme grossier de la loi temporelle,— pour mettre à sa place le croissant fataliste de Médine oa le signe trinitaire de Golgotha. Voyons donc si le cimeterre des Turcs , si la hache et la massue des chevaliers chrétiens , ou si la faible verge de Moïse entre les mains de quelques pauvres exilés de TEuphrate, opère le plus de miracles dans l'esprit et le cœur de l'humanité.
Dans la dissolution de l'État spirituel des Hébreux, le temps s'annonça où la vraie croyance de Dieu devait cesser d'être la propriété exclusive d'un peuple, pour devenir le patrimoine et le bien commun de tous les hommes. Cette grande et messianique tâche, la Synagogue l'aurait remplie par « la voix de Jfacob » ; l'Église et la Mosquée ont eu recours au « glaive d'Ésaû » . L'apôtre , armé d'engins meurtriers, va à la chasse et se &it pêcheur d'hommes 9 et c'est Agar qui, cette fois, repousse du sein de la famille et envoie au désert et à l'exil Sara
et ses fils... Aussi y a-t-il encore plus de six cent sept millions d'idolâtres dans le monde !
Si nous interrogeons l'auteur du christianisme, sa vie et sa doctrine , nous y trouvons une parfaite entente de cette mission : propager dans toute l'humanité la vraie connaissance de Dieu enseignée parle judaïsme. 11 prêcha le Dieu-Un et incorporel de la religion de Moïse , et la sublime morale de l'Ancien Testament fut aussi sa morale. En effet, dans les trois premiers évangiles, il nous apparaît, sinon comme un Israélite d'une rigide orthodoxie, comme un fidèle observateur de la lettre du commandement, mais au moins comme un coreligionnaire qui cherche à concilier l'esprit de la loi avec des idées nouvelles et des erreurs généreuses. Il déclare positivement n'être pas venu pour abolir la révélation mosaïque , mais bien pour l'accomplir. Il n'est point désigné comme Messie dans les écrits de ces trois apôtres ; ils le nomment fils de Dieu dans le sens que l'Ancien Testament et l'usage de ce temps attachaient à cette qualification, donnée à tous ceux qui remplissaient la volonté de Dieu comme celle d'un père. Le peuple Israélite en particulier se considéra comme le fils atné de Dieu , parce que c'est lui qui reçut le premier la loi divine dont le respect et l'observation lui conquirent l'amour et la tendresse paternelle du Très-Haut. wnî>K 'ni ûnx û^^aa.
Mais il n'en est pas ainsi de l'apôtre Jean et des autres disciples du maître. Ceux-ci, en pénétrant dans la société païenne , reconnurent bientôt que l'édifice grécoromain qui se présentait à leurs yeux était beaucoup trop puissant pour être renversé par la force d'une parole , f&t-ellela vérité. Il est vrai que cet édifice merveilleux, fondé pendant plus de dix siècles par le génie créateur
des Grecs , continué , achevé et perfectionné par Tesprit gigantesque de Rome , n'était plus soutenu par ses premières colonnes et se trouvait ébranlé de fond en comble ; mais il était encore loin d'un anéantissement complet. L'État romain et la science grecque , créés par les dieux du paganisme » étaient des produits trop grandioses de l'esprit humain pour tomber soudainement en poussière à l'approche de la parole de vérité.
C'est ainsi que nous voyons , à l'entrée du judaïsme dans la société païenne , deux mondes en présence, dont l'un, en descendant, rapporte à l'œuvre de l'homme tous ses éléments de force et de durée,jusqu'à ses dieux; dont l'autre , en remontant , reconnaît à l'action divine toutes les apparitions dans la nature et tous les progrès dans l'humanité.
Si , d'un côté , la connaissance de Dieu enseignée par le judaïsme était infiniment au-dessus de la mythologie païenne , d'un autre côté , les créations purement humaines du génie gréco-romain étaient bien supérieures aux travaux des israélites. Là brillaient dans tout leur éclat les beaux-arts et les sciences ; la constitution et l'organisation politiques de l'État y avaient atteint une grande perfection ; le commerce et l'industrie y avaient développé toute leur puissance.
Ces peuples, dont toute la vie se mouvait dans les créations de leur propre esprit , et dont les dieux faisaient partie essentielle de cette vie œuvre de leurs mains* ces peuples comment auraient-ils pu repousser tout d'iHi coup ces dieux pour les remplacer par une divinité invisible, incorporelle, dont l'essence n'a rien de commun avec la nature humaine ? Comment auraient-ils pu con^prendre que non-seulement tout l'univers , qu'ils avaient
rempli des images idolâtres de leur fantaisie , était l'œuvre de cette divinité, mais aussi que l'homme, avec toutes ses actions , ne faisait que remplir sa volonté et se mouvoir dans le cercle tracé par elle?
L'art grec ne pouvait renoncer si vite à sa tendance irrésistible de donner une forme matérielle et palpable à toute grande et sublime idée, et de la représenter sous la belle figure de l'image humaine. La science grecque ne pouvait faire à la religion cette concession, que la nature de l'Être-Supréme était au-dessus du domaine de ses recherches. L'État romano-grec, dont, malgré le despotisme impérial , le premier principe était la volonté du peuple , ne pouvait reconnaître comme loi suprême une volonté qui n'était pas celle d'un homme. Pour vaincre ces obstacles, il fallait frapper les sens, comme Moïse l'a fait en Egypte ,. comme des religions modernes le font encore aujourd'hui.
Maintenant, que les apôtres aient reconnu toutes ces difficultés , ou que les grandes apparitions de ce nouveau monde aient fait sur leur esprit aussi une impression puissante , ou qu'ils aient reculé devant le danger de l'entreprise, toujours est-il qu'ils n'ont pas cherché à renverser le paganisme grec par la proclamation du Dieu-Un , incorporel et impénétrable. Ils ont préféré présenter aux païens le docteur de Nazareth comme l'homme devenu un dieu visible , comme le souverain de la terre. À la place des dieux humains du paganisme , vint l'homme divin de l'Évangile. L'art avait ainsi une forme pour son œuvre de contemplation sensuelle , la science avait un phéno-
mène qu'elle pouvait chercher à pénétrer et à comprendre j et le roi du monde régnait à la place de la volonté absolue de l'individu, qui s'était personnifiée jusqu'alors dans le peuple et dans l'empereur.
C'est ainsi que le judaïsme devint christianisme en s'enveloppant dans les formes du paganisme. C'est ainsi encore que toute la puissance du paganisme pénétra petit à petit dans le christianisme , à travers la porte ou-r verte par un fatal compromis. Les apôtres savaient bien que le Grec ne pouvait tomber aux pieds d'un homme qui ne représenterait dans sa vie et dans sa doctrine que la pure idée judaïque , que de simples vertus humaines; car le judaïsme était inconnu et indifférent à la société païenne , et quant aux vertus dont la nature humaine peut être capable , les Grecs n'avaient-ils pas leur Socrate mort aussi dans son innocence et dans son élévation aux plus sublimes vérités? N'avaient-ils pas une Iphigénie sans tache immolée pour le salut de tous , pour la gloire de son pays, qui devait envoyer à la conquête de Troie les flottes retenues par des vents hostiles dans le port d'Aulide ? Quelle nouveauté , quel miracle et quel enseignement pouvait être la mort d'un docteur juif à côté de ces illustres exemples ?
Il fallait donc frapper les imaginations et représenter ce docteur, non comme l'idéal des hommes, mais comme le fils réel de Dieu , pour faire accepter sa parole et honorer sa foi. Mais avec cette déplorable concession, la vérité divine était troublée , et l'éducation spirituelle de l'homme compromise à jamais. L'unité et la grandeur de Dieu étaient brisées par l'apparition du fils ; l'homme ne cherchait plus son exemple et sa lumière dans le ciel , mais bien dans un autre homme dont l'histoire , malgré
toutes les précautions , pouvait se prêter à toute Télasticité des passions. N'avons-nous pas vu de nos jours les plus détestables doctrines s'appuyer sur l'Évangile et rendre en quelque sorte son héros complice des plus funestes égarements?... Les apôtres ont allumé dans le paganisme les lueurs incertaines et vacillantes du crépuscule, ce n'était pas la grande clarté de la vérité. La vérité , plus que jamais , avait besoin d'Israël pour vivre et triompher dans le monde.
La solution d'un problème considérable est donc réservée à l'histoire. La somme de vérités Israélites introduites par les apôtres dans le paganisme est-elle plus grande ou plus petite que la somme d'erreurs païennes inoculées par celui-ci au monde chrétien? Quelle est la proportion de ces éléments contradictoires? Comment peuvent-ils exister ensemble, alliés et confondus dans une paix profonde , comme s'ils étaient l'œuvre harmonieuse du ciel et non l'informe désordre du chaos ! Quand viendra le jour où le Créateur, recommençant son œuvre , séparera de nouveau la lumière d'avec les ténèbres?
Quand le christianisme, devenu puissant, s'est fait persécuteur du faible et des minorités en versant le sang de milliers d'innocents Israélites dont plus que jamais un nouveau Pilate pouvait dire : « Quel mal ont-ils donc fait? )> a-t-il suivi alors la douce et fraternelle loi du judaïsme ou bien les sauvages et sanglantes traditions du fanatisme païen?
Quand le christianisme a décrété l'infaillibilité d'un homme et divinisé sa voix comme la voix de Dieu , n'a-t-il
pas reconstitué sous une autre forme l'antique oracle païen? Car contre cette infaillibilité et ce vicariat divin d'un mortel , le judaïsme, par la bouche du prophète Ëzéchiel , s'écrie : « Ils disent : — Voilà la parole du Seigneur l'Éternel, — et cependant l'Éternel n'a point parlé ! » ^rxi »i 'ni 'n "lann "i»» ro d'^^ia».
Quand le christianisme a proclamé le dogme du péché originel , c'est-à-dire de la misère morale attachée implacablement à la vie de tous les hommes , aux plus sublimes venjus comme aux plus grands vices, n'a-t-il pas fait revivre le d»5TIN païen , cette déesse fatale et aveugle qui condamnait l'enfant à son berceau , et contre laquelle les efforts et les luttes de l'homme le plus pur et le plus juste devaient se briser sans trêve ni miséricorde ?
Quand les peuples chrétiens se sont courbés sous l'odieux despotisme de leurs maîtres et ont rendu un culte presque divin à des chefs barbares, n'ont-ils pas fait acte de paganisme? En effet, César n'était-il pas honoré comme fils de Jupiter, déifié comme un dieu ou un demi-dieu ?
Quand le moyen âge chrétien a toléré la plus dégrar dante licence des mœurs , ces rapines , ces brigandages, ces meurtres , ces nobles châtelains et ces chevaliers et damoiseaux descendant de leurs montagnes pour attaquer et piller le voyageur; quand le moyen âge a souffert les infâmes bacchanales , les hideuses orgies et toute la révoltante dépravation morale dont quatre siècles étaient les témoins impassibles , n'est-il pas là aussi resté fidèle à l'exemple donné par l'effroyable corruption de Rome et d'Athènes? Ce roi catholique qui s'amuse ne vaut-il pas l'odieux Héliogabale, dont le règne, disent les historiens, fut l'âge d'or de k corruption? La cour de Louis XV ne
vaut-elle pas la maison de cet empereur romain devenue par ses ordres un lieu public de débauches ? Où est le prophète Nathan à Versailles ?
Quand la féodalité chrétienne a laissé subsister toutes les injustices des inégalités civiles et politiques dans la grande famille sociale ; quand elle a chargé de mépris , d'opprobre et de servitude , les vilains , les serfs , les roturiers 9 les vassaux , les manants , et toute la gent taillable et corvéable à merci (*), elle a renouvelé l'ESCLA- VAGE des Grecs , rétabli la misère et l'abjection des ilotes , des roturiers , des plébéiens et des prolétaires de Rome. Caligula conférant à son cheval la dignité de consul n'est-il pas le prototype de tant de monarques chrétiens comblant d'honneurs , de titres et de grandes fonctions dans l'État les plus viles créatures , aux dépens du talent qui germe dans l'esprit d'un pauvre ou de la vertu qui réchauffe le cœur d'un modeste citoyen !
E t quand le moyen âge chrétien a permis sinon encouragé les pratiques les plus pernicieuses , le culte efiréné des médailles, le trafic des indulgences, l'idolâtrie des reliques, et toute cette naïve profanation de la vraie religion mille fois plus dangereuse que l'incrédulité et la négation la plus absolue , — la superstition enfin , cet outrage, ce déshonneur de Dieu, — n'était-ce pas là encore une réminiscence déplorable du paganisme avec ses présages , ses augures , ses consultations des entrailles des victimes, ses mystères ignobles^ et toutes ses hontes, et toutes ses abominations ?
(*) II y avait encore des serfs sous Louis XVI, notamment dans les fiefs êcciésiasUqueê. Le serrage ii*a cessé entièrement ea France q« à la réTolution de 1789.
Mais, nous le disons avec bonheur, quand des peuples chrétiens ont proclamé la grande loi de Témancipation universelle et fait retentir sous la voûte des deux la trompette messianique du jubilé social, oh! alors ils ont fait trembler jusque dans ses fondements l'édifice païen; alors ils sont rentrés dans le sanctuaire Israélite , sur le frontispice duquel la main de Dieu a écrit : « Aime ton prochain comme toi-même ! »
Quand des peuples chrétiens ont rendu à la morale et aux bonnes mœurs leur place et leur empire dans le respect et l'éducation de l'humanité, alors ils ont arraché de leurs veines le sang impur et empoisonné du paganisme pour y faire entrer à grands flots la vie israélite dont l'Éternel a dit : « Soyez saints, car je suis saint, moi le Seigneur votre Dieu ! »
Quand la France , notre magnanime patrie , a déployé sur le monde le drapeau libérateur de l'égalité et de la fraternité, elle a obéi à cette céleste voix du judaïsme qui se fait entendre depuis trente siècles : « N'avons-nous pas tous ufi même père ; un seul Dieu ne nous a-t-il pas créés? » Et puis : « Vous aurez tous une même loi; l'étranger comme l'habitant seront traités de la même manière. »
Quand notre pays a marché d'un pas gigantesque dans la voie de la civilisation et atteint les plus merveilleux progrès du génie humain , il s'est rapppelé que la civilisation la plus avancée et la plus brillante ne pouvait encore suffire à la dignité et à la grandeur du chef-d'œuvre de la création, formé à l'image divine, et dont le judaï»-
me a dit : « Vous êtes les fils de l'Étemel votre Dieu ! » to'^rTi» 'ni ûnn d-^aa. Il s'est rappelé encore ces paroles adressées à l'humanité : « Tu mangeras de tous les fruits du paradis ! »
Et quand les nations de la terre, oubliant toute rivalité et vainquant toute haine, se réunissent au grand banquet de l'Industrie (*) , pour échanger leurs idées et réchauffer de leurs cœurs le foyer de la famille et He la fraternité humaines , ne hâtent-elles pas l'approche et la réalisation du magnifique avenir de la société Israélite où H tous les Sabbaths et les Néoménies, toutes les races viendront se prosterner devant l'Éternel?» Cette immense réunion d'idiomes et de croyances, impossible aux jours des Saint-Barthélémy païennes <( où la patrie consume ses propres enfants, » tv^y^y^ nta» p», cette assemblée de toutes les richesses et de toutes les espérances de l'humanité ne semble-t-elle pas annoncer l'heureuse époque promise à la foi juive :
i( Les nations marcheront à ta lumière, et les rois à la clarté de ta splendeur. Ouvre les yeux et vois ! Des multitudes arriveront de tous les côtés, tes fils accourront de loin et tes filles les accompagneront. Alors tu verras et . ton cœur battra et s'élargira ; car tu seras comblé des biens de la mer, et des peuples généreux feront alliance avec toi. Les plaines de Madian et d'Epha se couvriront de chariots ; tous viendront de Saba portant l'or et l'encens et publiant les louanges du Seigneur, a inm*^ 'n nibnni.
Mais pour que la vérité Israélite obtienne un triomphe
(') Ceci a été écrit en 1851 , à Tépoque de l'exposition universelle de llndustrie.
définitif sur le mensonge païen , pour que les élus dans le monde deviennent, selon le langage sacré, innombrables comme les étoiles du ciel et les grains de sable de l'océan , il faut qu'Israël accomplisse sa mission et achève sa tâche. Il faut que la société entière reconnaisse enfin que Dieu et le salut temporel et éternel demeurent an milieu de nous, mn wm n-npn 'n rtr» -o iw©, nous les plus anciens dépositaires de sa parole, nous le tabernacle de Sinaï fait homme , portant , mieux que les chérubins da sanctuaire, Tauréole du martyre au firônt.
Dieu, en laissant briser deux fois les Tables de sa loi, a voulu qu'Israël fût, dans le temple de l'humanité, ^a^ che vivante et indestructible gardant purs et intacts le dogme de la vérité et la lumière de l'esprit divin. Cette Lumière, il l'alluma dans l'intelligence de nos pères, en y ajoutant la Table de la science, le Pain de Proposition des pratiques religieuses, et il demanda souvent le Sacrifice de leur vie pour fertiliser le monde de la plus précieuse rosée du ciel, pour offrir au ciel les plus purs holocaustes de la terre.
Il ne suffit donc pas qu'Israël, semblable au bois delà sainte arche, renferme passivement en lui le commandement de Dieu comme une relique morte, sans expansion au dehors et sans travail en dedans. Israël ne doit pas être la momie du passé , mais bien la figure vivante de l'avenir. Il doit entretenir dans la société le feu sacré de la parole sinaïque , et perpétuer dans la famille humaine les souvenirs et les preuves de sa grande origine. inton «il liirtti «i i«i«^ "lia iW'Tp nxi. Or, par quel signe peut-il prouver qu'il est réellement l'envoyé du Très- Haut?
Personne n'osera dire que c'est par la simple et pour
ainsi dire passive croyance au dogme de Tunité de Dieu, par la conquête des quelques droits civils et politiques dont jouissent même les sauvages, par des efforts incessants faits pour jouir comme tout le monde , pour s'enrichir comme tout le monde, pour parler le langage et porter le vêtement de tout le monde, enfin partout ce qu'on est convenu d'appeler progrès et esprit du siècle. Moïse, pour démontrer la légitimité de sa mission, jeta à terre le bâton qu'il tenait à la main. Nos pères, pour prouver la vérité de leur foi, ont renoncé à tous les avantages de la vie , à la fortune , aux honneurs , aux dignités ; ils ont brisé tous ces moyens, toutes ces conditions du bonheur matériel qui sont les bâtons protecteurs de l'existence. Mais , que nos frères le sachent , ce qui réussit à d'autres hommes ne prospère pas toujours entre les mains d'Israël, à qui Dieu a dit : « Toi , tes fils et toute la maison de ton père, vous êtes responsables de la profanation du sanctuaire. » «'ipxin iw tw i«tt5n ^'ina< tr^ii 'y^^^ nr«. Montez aussi haut que vous voulez la montagne des grandeurs sociales, vous y trouverez les Amalécites et les Cananée;is de la ruine, vous échouerez infailliblement tant que l'arche de Dieu et la loi de Moïse ne seront pas avec vous, rwnsh i"npn it»» «i nttsni 'n h'^^ia y\'^^'\. Le dernier but d'Israël ne doit pas être un peu de liberté , un peu d'or, une place dans l'État ou un ministre du culte salarié par le gouvernement; son dernier mot ne doit pas être une croyance sans action, un culte sans vie, la destitution de l'esprit au profit du corps, l'abolition de souvenirs riches de gloire et d'immortalité, au profit des choses contestables du présent et des choses inconnues de l'avenir. Les enfants de la lumière doivent marcher dans la lumière, et les fils des patriarches et des prophètes doivent être
les pères de toutes les grandes idées et de toutes les nobles entreprises. Israël est et il sera. Mais il doit remplir sa mission, aujourd'hui, dans le calme de la civilisation, comme jadis dans les tourmentes de la barbarie , comme au temps futur dans la paix du Seigneur et la transfiguration de l'humanité.
Parlons donc de ce temps futur ; nous y trouverons peut-être une lumière pour nous guider dans le présent, une issue pour sortir de nos doutes.
L'Écriture sainte , chez tous les peuples civilisés, est vénérée comme la parole dé la vérité. Les hommes les plus avancés ou les plus égarés dans le chemin de la négation professent un grand respect pour les livres sacrés des Hébreux , à l'exception des lois locales et cérémonielles y renfermées , qui leur paraissent n'avoir plus aucune valeur et aucune obligation. Mais nul esprit droit n'ose encore nier les principes généraux de morale , de justice et de sociabilité enseignés par l'Ancien Testament , ni les larges et lumineuses pensées d'avenir et de perfection qu'il ouvre , comme une splendide aurore de renaissance et de rénovation sociales , devant le genre humain tout entier. On abolit un commandement, mais on ne supprime pas une espérance.
Or, les Écritures contiennent des passages innombrables annonçant le jour où Dieu fera cesser les maux d'Israël et sa dispersion sur la surface du globe. C'est une promesse formelle , positive , incontestable, qui attend encore sa réalisation , qui est une foi et une vérité dans le cœur de tous les hommes croyant encore en Dieu
et en sa parole. Nous avons donc un avenir et un lendemain ; nous sommes donc destinés à quelque chose d'utile et de nécessaire au milieu des sociétés futures. Voilà notre légitimité et notre ni^ùh d'être duns tous les âgés : nous sommes parce que nousBèrons.
Mais cet avenir, Israël ne Tattend paà pour lui &etû^ èômme tih bien personnel et un privilège égoïste ; il Fàttettd pou^ toute l'humanité , il l'espère comme un salut ûliiversel dont il est lui-^même , de la part de là Providence, un gage et un signe vivant, une arche indestrtttvtible surnageant sur le déluge des temps , un arc-en-^îel placé à l'horizott des siècles pour rappeler aux mortels l'alliance du Créateur avec la créature. Souvenir du passé, Israël est le fondement de l'avenir, la poignée de terre et le souffle de vie avec lesquels Dieu opérera une nouvelle création.
La société est bien pénétrée de cette vérité. Les prédicateurs et les écrivains de toutes les confessions religieuses ne cessent de parler de la délivrance , du rétablissement et de la restauration d^hraël , comme d'une chose indispensable au salut commun. Et s'ils donnent à ces mots rétahlmemeni et resiaurntvon un sens que Mms devons repousser, il n^en est pas moins vrai que la étôyance intime et inébranlable des nations considère FèÉV^nir de la race Israélite comme intimement lié à Tavenîr, à la régénération et au boftheur de la femîlle huâititie tout entière. « Le salut vient des juifs n est \mé {Parole gravée dans la conscience du m'onde. Le peuple Ae Dieu sur la terre, c'est la présence réelle de la vérité pktïài tes hommes.
Israël est donc nécessaire aux futures destinées du genre humain. Sans lui, Tordre social n'a d'autre base que les fragiles institutions nées des besoins ou des vices de la société ; idoles de bois qu'on adore aujourd'hui et qu'on jette demain à la fournaise des révolutions. Sans lui, la Bible même, cette charte de l'humanité, n'est qu'un monument mythologique des temps passés , qu'une légende et une fable privées de toute preuve de-vérité et de tout témoignage d'authenticité. Sans lui, Dieu ne s'est jamais manifesté aux hommes, il ne leur a jamais &it connaître ce qu'il y a en eux de grand, de parfait, de saint et de divin ; il ne leur a jamais révélé ces principes de justice et d'égalité, ces lois de famille et de propriété, ces sentiments de charité et de fraternité, ces vertus du cœur et cette sainteté de l'action descendus du Sinaï sur la terre, comme les matériaux du temple dont la Divinité a dit aux hommes : « Faites-moi un sanctuaire , afin que je demeure au milieu de vous ! » Sans Israël, Dieu n'a jamais existé ; sans lui, les deux formidables religions du Levant et du Couchant tombent en poussière et ne sont plus qu'un cadavre duquel la chaleur, la lumière et la vie se sont à jamais retirées. Il ne suffit donc pas que la Bible israélite, que la doctrine Israélite, que la croyance Israélite, existent dans le monde et deviennent de plus en plus la propriété et la foi des peuples ; il faut qu'Israël lui-même existe pour imprimer à cette Bible, à cette doctrine et à cette croyance le cachet historique de leur pure et divine origine, la marque indélébile d'un témoignage vivant, irrécusable, éternel. « Israël a entendu réellement la voix
du Très-Haut lui parlant du milieu des flammes , et il vît ! » '»n'»'j rm» rû>a» ^éo wï^îi 'y^n'o' ia*To dihi« iip d» 5>»©n « Et VOUS qui êtes attachés au Seigneur votre Dieu, vous êtes vivants tous aujourd'hui.» t^'^n ^'^rhà n"a d'^pann dmi DT»n date.
Choisi par Téternelle vérité pour être son missionnaire et son témoin auprès des hommes , Israël doit donc rester lui-même, conserver son caractère particulier, porter à travers les temps et les générations les signes authentiques de sa mission , les attributs distinctifs de sa dignitéy et se présenter devant le tribunal de l'avenir avec toutes les preuves et toute la pureté de son individualité spirituelle. Ses usages religieux, son idiome sacré, ses traditions , ses mœurs intérieures et les formes de son culte sont les titres qui doivent l'accréditer, dans la société messianique, comme envoyé de Dieu et comme messager du salut. La conservation de ces titres est pour lui non-seulement un acte de piété filiale et un devoir imposé par l'honneur, c'est aussi la garde d'un dépôt inviolable que la Providence lui a confié dans l'intérêt de l'avenir social , la garde du drapeau qui doit conduire l'humanité à la conquête de glorieuses destinées. Nous devons rester israélites, non-seulement pour nous, mais pour la société entière ; nous devons rester nous-mêmes si nous voulons réellement aimer notre prochain et rendre des services véritables à nos concitoyens et à notre pays. En tuant l'israélite en nous, nous éteignons la lumière qui doit un jour éclairer le monde. Or, qui oserait commettre, non ce suicide , mais cet homicide sur la vie morale de l'univers ? « Caïn, qu'as-tu fait de ton firère ? w s'adresse plus menaçant et plus terrible à ceux qui ont TèçvL d'en haut la tâche de servir à leurs semblables de
388 W PARTIE. — PASSÉ ET AVE?ÎIR D*ISRA£L.
guides et de lumières, a Maudit sôit celui qui égaré IV veugle dans sa route ! » est une malédiction qui tombé de tout son poids sur les instituteurs des peuples et tes Apôtres infidèles à la pensée de Dieu.
Cette pensée de Dieu , avec quelle force et quel éclM ne se manifeste-t-elle pas dans notre longue et miraculeuse conservation ! Si la postérité de Juda n'était pas destinée à Taccomplissement de grandes choses, si nooé devions rester dans l'abaissement d'autrefois ou dims Ut médiocrité d'aujourd'hui , pour quel motif Ift PrdtidéfliM montrerait-elle une si étrange opiniâtreté à prol6A^6r et à garder l'existence difôraël , cette gdûUe d'6aâ ^lill l'océan des races humaines? Serait-ce pour cdnduifé nos pères sur les bûchers du passé , pour charger leà empires de crimes séculaires , ou pour nous aécorder aujourd'hui un sort plus ou moins tolérâble , tttais partout incertain et mobile , en réalisation des magniâquèi promesses faites à Abraham ? Serait-ce pour nous tiquer à travers les temps comme une pâle orhbre du «pïèftdide soleil de Sion et de Jérusalem , comme un faàtdîtte en peine sortant de son tombeau à l'heure de Ainàit) comme des ossements méconnaissables des géante de là maison de Jacob et des princes du palais deDâti^t QW ferions-nous dans le dix-neuVièMè isièdlê ?
La société n'a pas besoin de nt)^\). Jadis fiéa IBiOtMft rendirent d'importants servicèîs à léuri^ eontétt^^iftfltt' Ils leur enseignèrent la méde0ltte> râârtrottdtaie^ M \èê^ gués et littératures orientales , te ôomm^ce, la tefm de change , te maniement des financés ]t>ttbUqiies > Pàtt de
pi>Uf k toïWfiftt et (le travailler les métaux précieux , et une feluif de connaissances et de métiers qui constituent le progrès et la civilisation. Aujourd'hui, toutes ces choses sont devenues le patrimoine , le bien commun des piiys les plus arriérés , et nous pouvons plutôt apprendra qu^engeigner. W y ^ plus : le dogme de l'unité de Wen même peut se passer de notre appui; il est la croyance intiipe de «aillions d'hommes nés dans d'autres feligions et repoussant cependant tout système qui donne ^ la Divinité des associés et des collaborateurs , toute doctrine qui crée des êtres au-dessus des hommes sur la terre et à côté de Dieu dans le ciel. Alors ne serions- BOtts pas le plus inutile membre du genre humain, si nous perdions de vue la grande œuvre dont nos pères furent 0|^i^rgés, et la grave responsabilité qui pèse sur nous visè-vis des sociétés futures ?
- « Les peuples marcheront à ta lumière et les princes à la clarté de ton rayonnement , yni nas. » Voilà une des mille promesses faites à Israël par l'oracle divin , un des coins de son avenir soulevés devant notre regard. Or, cette « lumière » et ce « rayonnement » qui doivent entraîner, éblouir le monde , où sont-ils ? Les voyezvous dans nos pauvres réformes du culte , dans le progrès de nos transgressions, dans nos temples déserts les trois quarts de l'année , dans l'annihilation de la vie religieuse au prûfijt de la vie matérielle, dans la conquête de quelques titres et quelques dignités , et dans cette démolition progressive du sanctuaire des siècles , dont les ruines, semblables aux Tables de la loi brisées par Mi^ise , jonchent un sol idolâtre où la société en délire dande autonr du veau d'or ! . . . Mais cette lumière et ce rayonnemen^t qui doivent éclairer et réchauffer les gêné-
rations de Tavenir » ne sont-ils pas dans la pore et saint» vie israélite, dont chaque travail est un hommage rendu à la loi éternelle , chaque plaisir une aspiration à la suprême félicité résidant en Dieu , chaque bonheur une prière et chaque douleur un sacrifice ! Cette lumière et ce rayonnement ne rejaillissent-ils pas de ces vertus domestiques y de ces mœurs d'une ineffable candeur, de ce culte du foyer, de cette paix de famille, de cet amour filial, de ce respect de la vieillesse , de cette fraternité sans exemple, et de toutes ces abnégations, ces dévouements, cette charité et cette sanctification de Texistence religieuse du judaïsme, qui feront dire un jour aux nations : <( Allons , montons sur la montagne de TEternel , à la maison du Dieu de Jacob , afin que nous apprenions ses voies et que nous marchions dans ses sentiers! » t^n^ra xrm l'^nnixa rdb:^. N'est-ce pas là le véritable flambeau, le feu céleste qui , brûlant sur notre autel , doit se répandre sur le genre humain au jour de la délivrance et de la résurrection spirituelle de l'humanité ?
Israël est le peuple de l'élection , le peuple de renseignement. Quelles lumières et quelles instructions les sociétés , moins égarées par l'erreur et moins aveuglées par les ténèbres, ne trouveraient-elles pas en lui ! Voyez! la force brutale , la foule des armées , la multitude des instruments de destruction , -^ fondement et sécurité des empires , — ne lui ont jamais servi de moyens pour défendre son existence, ses lois, sa morale, son Dieu, pour repousser les violentes attaques de toutes les barbaries. Les conquêtes, les batailles gagnées, les pays
ISRAËL Et SA MISSION. 391
eavahis, les villes incendiées et détruites , le genou mis sur la poitrine de ses voisins , — orgueil et gloire des nations , — n*ont jamais dû lui conquérir une triste célébrité ; et si les Hébreux ont parfois vaincu leurs ennemis, ils ont dû attribuer le succès, non à leur valeur personnelle, au talent de répandre le sang de leurs semblables , mais à la protection du Seigneur « qui marcha devant eux aux jours du combat ». Les travaux plastiques qu'on appelle les beaux-arts et qui reçoivent encore aujourd'hui tant d'hommages, de sacrifices et d'encens , ont peu occupé Israël, car ces travaux, dans l'antiquité , créaient des temples et des idoles abominables, et, dans les temps modernes, s'attachent plutôt à élever des lieux de perdition et à reproduire des objets faits pour corrompre les sens et perdre les mœurs , qu'à bâtir des autels à la religion, des asiles àla misère, et à placer sous les yeux du peuple l'image d'une vie sainte, chaste, modeste , exemplaire. Et cette idolâtrie industrielle , ces orgueilleuses expositions des œuvres de l'homme qui, sous le nom d'inventions et de progrès, font oublier, sinon mépriser l'œuvre de Dieu , les merveilles de la sagesse et de la puissance divine , pour nos machines et nos appareils dont les produits les plus vantés sont encore infiniment au-dessous de la goutte de rosée brillant sur le calice ouvert d'une fleur des champs ; cette idolâtrie , cette apothéose humaine, n'auraient jamais pu attrister la société juive, qui se rappelle cet avertissement de sa loi : « Tu diras : Ma force et mon bras ont produit ces richesses, mais souviens-toi que c'est l'Eternel qui t*a donné le pouvoir de faire toutes ces choses , » car « l'intelligence de l'homme est une lumière de Dieu. » trtit raoa irnbK'na. La sécurité véritable de l'État, la gloire,
392 IV*^ PARTIf:. — PASSÉ ET AVENIR D'ISRAEL.
U civilisation et le progrès soat donc ailleurs que 14 ô^ les hommes le$ wt placés ; ils sont donc dana la foijtdqj^ les iostitutions, dans la conduite, dans les vertus» dfta^ la pensée et dans le génie d'Israël. Combien est-^ gr^^ et sacré alors, le devoir de conserver en nous et par nou^ toutes ces choses, pour sauver réellement le monde ^ hiter la naissance du jour messianique !
C'est par amour de nos semblables , par patriotis^^ pour notre pays, par affection pour nos concitoyens, que nous devons rester inébranlablement attachés à tout e^ quî nous vient de Dieu au ciel et de nos pères dans h tombe. Cet attachement ne doit pas faiblir dans notre communauté , dans notre culte , dans nos mœurs , dan^ nos croyances et dans iios inspirations. Aux jours de nos malheurs nous étions les dignes fils de nos ancêtres^ (( Quand le nuage plane longtemps sur le temple , alofs Israël garde les commandements du Très-Haut, et u déserte pas.)? ivcyvsn «i» nvm d^a*i ta'^îa'^ "pwn h9 "p^n ^nurofi 'WO'' «il n nnxJttjîQ r». Mais quand ce nuage passe, qua»à le soleil disperse la tempête , alors on quitte parfois U tabernacle et on abandonne le sanctuaire ; alors le s\Qr rieux drapeau israélite est descendu de la sainte mont%r gne, plié et caché dans les grossiers bagages de la vie matérielle ! Cependant l'avenir et les destinées de tout« Thumanité sont attachés à notre persévérance religieuse et spirituelle , à Tunion et h la fraternité de notre raea $ k Qette divine harmonie qui résonne à travers les sièclai et chante un cantique immortel à la vérité , à la vertft, ai^ Créateur du ciel çt de la terre !
V!»fi%Tli; f^T OROmî; SQOàL DU JUDAÏSME. 39S
JbA. I»XBBRT]fa BT Ii'ORDRB 80CIAI. DANS
XaB JUDAÏSME.
. -j^^ l^n itPi niab» itP •ûa»
Lij^E^TÉ ! voili^ le mot magique , le mot messianique > If révç et rétoile de Thumanité. Si le monde était lilffQ» s'il pouvait Têtre , il serait sauvé.
L*homme sent en- lui une force invincible , une âme t^lerpuL^s^autç qui nç connaît ni limite ni fin à son ac- U^l^, }^^s voil^ que des entraves matérielles miserah)f»s y w grain de sable dans la roue de sa fortune , 1^ ipl^qHe du levier dont il aurait besoin pour soulever le 44004^41 arrêtent 9a toute-puissance, annulent sa liberté.
Jom dfui$ la création aspire à la liberté. Déjà Tenfant 4^3 les entrailles de sa mère travaille à son affraQchi&j^em^at. {^'émancipation est l'ambition et l'espérance du jçunç )iommQ et de la j^une fille. L'homme entreprend i$9 QE^\ivre& les plus hardies , s'élève à toutes les vertus » §9< précipita dans tous les crimes, se donne souvent 1^ WOPt, rien que pour être libre! La pauvreté et la #çu£^9jaLçe n^ sont pauvreté et souffrance que parce qu'^Uei^ fiiOQt dea obstacles à la liberté.
ii$ di^pQtisoiç » la tyrannie , la violation de toutes les l9l^ df) jmitic^ Çt d'équité dont tant de souverains et i^Ui d^ pmple^ anoîeas et modernes ont donné l'exem-
pie , n'étaient que l'œuvre de leur conviction de ne pouvoir assurer leur propre liberté et en jouir tranquillement que par l'oppression de tout ce qui les entourait. On voyait que 9 dans la société humaine , tous ne pouvaient être riches» heureux; on pensait que tous ne pouvaient non plus posséder la liberté , cette plus belle richesse , ce plus grand bonheur. Souvent , pour sauver la liberté , on a décrété des lois d'oppression , construit des prisons y forgé des chaînes.
L'humanité, dans ses angoisses et dans son désespoir, se demande depuis de longs et douloureux siècles : où est la loi de liberté , où est le prince qui la proclame , la religion qui la consacre , quand sera donc annoncé le jubilé du genre humain?
On a parfois dit que la religion Israélite sUnaugurait bien en quelque sorte par une proclamation de la liberté, par l'affranchissement d'un peuple de la servitude ; aucun esclave ne pouvait participer à sa première fête (Exode , XII , 45), parce que c'était la fête , la promulgation de la liberté. Cependant les commandements si nombreux de cette religion , les abstinences , les renoD* céments et les sacrifices multiples qu'elle impose i l'homme, à ses désirs, à ses jouissances de la vie, ne sont-ils pas des entraves sérieuses à la liberlé , des fossés creusés pour en défendre l'approche? La liberté n'a-t-elle pas trouvé un secours puissant^ une alliée sincère et précieuse , dans la religion qui a aboli ees commandements, ces sacrifices, écarté ces entraves, comblé ces fossés? Qu'arriverait-il si, selon les e^érances messianiques de ses adhérents ^ le judaïsme devenait la loi du monde ? La vérité peut tépondre ceei :
En ouvrant la vieille histoire juive , on trouve qu'après chaque délivrance d*une oppression quelconque, nos pères se sont jetés dans les bras de leur religion, qui était pour eux le complément , la suprême réalisation , le palladium de toute liberté. Déjà Jacob, s'étant sou^ strait par la fuite aux persécutions de son frère , élève sur la terre de Texil une pierre , la consacre à Tadoration divine , et rappelle « maison de Dieu » . Sortis de Tesclavage égyptien , les Hébreux reçoivent la loi , organisent leur culte , recueillent pieusement les croyancei? et les traditions des patriarches, et trouvent dans les pratiques sacrées Taccomplissement et la garantie de leur émancipation. Aussi, frappés d'épouvante au jour fîinèste de ladisparition de Moïse, qui était monté au ciel chercher les Tables du Décalogue, se laissent-ils entraîner au crime de Tidolâtrie : car, disaient-ils , <( ce Moïse qui nous a fait sortir du pays d'Ëgygte , nous ne savons ce qu'il est devenu ». C'est-à-dire que, ne voyant plus le représentant de cette religion qui proclamait et résumait leur afiranchissement moral et matériel , ils firent l'insurrection du veau d'or pour maintenir les libertés qu'ils croyaient en péril. C'était plutôt une révolte qu'une abjuration.
De retour de la captivité de Babylone , leur premier soin fiit de reconstruire le temple , et de rétablir toutes les institutions du culte mosaïque. Des faits analogues se reproduisent après le triomphe des Machabées et la reprise de Jérusalem. Nous ne voulons pas descendre plus avant dans cette longue et horrible nuit de notre
martyre, où nous voyons la lumière de la foi juive allumée chaque fois que les peuples, fatigués de nous persécuter, nous laissaient un moment de trêve et de repos. AujQurd'bui encore , aussitôt que quelques pauvres juifs (}e pays intolérants , fuyant devant le honteux fanatisme du dix-neuvième siècle , se réfugient dans quelque loin<taine et sauvage contrée de l'Amérique , ils se réunis-^ sent en communauté religieuse , construisent une maii^cm du Seigneur, et portent avec bonheur et orgueil cette divUke cocarde du judaïsme qui est le symbole de la li- Iberté et la terreur des despotes. Les quelques exemples qm aotts venons de citer prouvent une chose importante ^m mérite la plus sérieuse attention , à savoir : que lei i&r&éUtes, loin de puiser dans les souvenirs, les traditions , les commandements , en un mot dans la domina-r tiôd de leur religion , des craintes pour leur liberté civile dt^tîlique , n'y ont jamais trouvé autre chose que la Fé^lisation de tous les bienfaits que les plus libérales chartes et constitutions humaines puissent assurer à la société, Leurs dogmes, leurs cérémonies, les pasteurs qui les enseignaient , leur ont toujours apparu commç les messagers de Taffranchissement , et leur drapeau politique et social porte cette inscription : « Voilà la loi que Moïse a présentée aux enfants d'Israël ; » mots qui expriment mille fois mieux pour l'Israélite la pensée ^'^ mancipation, que toutes les devises libérales des temps modernes. Leur loi, voilà leur armée libératrice, leur liberté!
Mm apparition diamétralement opposée et trist^n^t signifi^tive se produit ailleurs.
Là, lorsqu'un peuple recouvre ses droits et sa ftntre^ que Mt-il? Il renverse les autels, destitue leà prétreà, nMi leur enlève au moins la plus grande partie possible de leur pouvoir. Sans remonter bien haut, on sait ce qui s*eât passé en 1793, en 1830, en 1848, où chaqufe crî de liberté était pour ainsi dire accompagné d'une impiré^ cation contre le culte et les pontifes, d'un coup de hûfcbé porté à l'édifice religieux. On est donc parfaitemèfrit àtt"tofisé à soutenir ceci : que l'instihct des peupleià Mû Israélites leur rtiontre, en dépit de lôutffb les prédièStiofes contraires, l'alliance intime entre l'îftJSèîtitismè él leùi^ religion, et les dangers pour lès libertél^; publiques qiië les doctrines et la domination de cette religion sus|)é!ïdent éternellement sur la tête de l'humanité. Autrement, comment expliquer ces manifestations hostiles contre les chefs religieux , ces répugnances tlraduites 6n tiSt^ toutes les fois que le peuple se sent libre et ose |)(>ftssè)r le cri de son âme? Les peuples ne semblent-ils p^'s ôug- M6nter leur liberté et leur bien-être de tout de qfft'îî* petnrent ôter de force et d'inflûenèe aut imstîtUtîùîïi dô leur culte? Et ne voient-ils pas tous le retour tttcà les iééés et les lois illibérale» coïncider fetalènoieitit *veè lé retour de l'omnipotence spirituelle <iUi J>èsè sttf êfiïX?
Nous avons constaté les ^ts ; ^[tt'ori iio«^ p8f meite aos^i de jeter un regard sur tes ta^a^^s.
IH
On connaît la vieille parëûté ^« l¥i^ A Ûè Vmiéi. L'un a mis dans l'association son droit divin , et l'autre don péché otigmel. Nous n'avons paâ à )iotiê ow^&ptt&n
premier, qui soulève des questions politiques placées en dehors de nos études et de notre compétence ; occupons* nous du second.
Le péché originel est la pierre fondamentale de Tédi-^ fice chrétien ; sans lui point de nécessité de réhabilitation, de rédemption, de mort à Golgotha. Or, qu*est-ce que c'est que le péché originel ? C'est la destitution de rhumanité et sa déchéance. Par cette doctrine, Thomine, au sortir des entrailles de sa mère, est déjà misérable, corrompu physiquement et moralement, voué à Tinfamie dans cette vie et à la damnation éternelle dans la vie à venir. Il est au-dessous de tous les animaux ; lui , créé à Timage de Dieu , n'est que le paria de la création , au lieu d'en être le chef-d'œuvre et la gloire ! Sa raison et son esprit sont plus dangereux que le venin dans la bouche empoisonnée des reptiles, plus mortels que les griffes homicides aux pieds des bétes sauvages. Son seul salut consiste dans le sentiment de sa dégradation, dans la conscience de son ignominie, dans l'abdication volontaire de sa dignité morale , dans le violent étouffement de toutes ses aspirations vers la lumière, en un mot, dans son suicide spirituel. — Un tel homme, les despotes le savent, est facile à opprimer. Ne doit-il pas tendre docilement les mains aux chaînes de la compression, le misérable ! qui est convaincu de son indélébile abjection et de la terrible nécessité de subir en ce monde les travaux forcés à perpétuité , encourus par le crime irrémissible de sa seule naissance , pour pouvoir rentrer après sa moH dans le sein du Créateur !
Voilà , nous le croyons fermement , sinon Tunique, da
moins une des principales causes de cette longue et affreuse patience avec laquelle l'Europe entière a supporté pendant tant de siècles la tyrannie et la servitude. Une religion y fidèle alliée du château, a dit aux nations : Vous êtes déchues et flétries depuis Adam; vous devez souffrir et vous crucifier sur la terre pour vous réhabiliter au ciel; vous devez donner à César ce qui appartient à César, et vous savez que tout appartient à César, et votre corps , et votre travail , et votre champ , et votre troupeau, et votre fils, et votre fille.... Supposons main* tenant l'humanité professant cette foi israélite qui dit : •G icttn hK^i inpittjn 7»l>«i « Le péché t'entoure de séductions, mais tu peux le maîtriser f » qui dit encore : mff» m» 5>»n «Le pécheur meurt pour ses propres fautes ; » qui proclame la dignité et la majesté humaines par des paroles comme celles-ci : « Vous êtes les enfants de rÉternel, votre Dieu ; » «Vous serez pour moi un royaume de pontifes et une sainte nation ; » «Vous aurez pour tous une même loi et une même doctrine ; » « Et si vous voulez vous donner un chef, prenez-le parmi vos frères, f os égaux (^ba 7»l>5> û'^ttjn T^n» nipo), mais refusez-lui un grand nombre de chevaux, de femmes, de richesses, afin qu'il n'oublie pas Dieu , et quil ne s'élève point au-dessus de ses frères; » — supposons, disons-nous, la propagation de tels principes dans le cœur des hommes, souffriront-ils jamais le honteux esclavage qu'ils ont enduré durant la domination du moyen âge ? Poser cette question, c'est la résoudre. Quand une religion élève l'homme si haut dans sa propre estime , et lui inspire si vivement le sentiment de la grandeur presque divine de sa vie et de sa nature; quand, au lieu de lui parler d'expiation et de correction, en bas, sur le pilori de sa chute et de la
400 IV* PARTIE. — PASSÉ Et AVENIR B*IS%Atia..
s'onillure du chimérique péché otigbie} ^ Ulte M pari« de vertu et de devoirs, en haut, au del, de ^a red&igi&lMaiiee avec Dieu et de sa glorieuse ist itfmortelle destinée; quand elle lui dit : a Sois sainte car fe suis iaint^ «loi ton Père et ta Providence, >» et noh t Sois tftélkeWMt sti^ la terre pour les crimes que tu as ctrminis tiam te y^ de ta mère , — cette religion permetlv^^t^lle jàMais scttt tyrans de forger des fers contre ses enfants? Cette i^ligion a donné aux Israélites, dans la plus barhfffe 'pef»6^ eution exercée contre eux , la force de confeerrw cette liberté morale , cette indépendan;^ du titmr et âe V^^ prit, cette noblesse et cette élévation qui les a préservés du malheureux sort de tant de peuples fameut , et qu'on n'a jamais rencontrées chez les manants et les smfs de la féodalité.
Nous avons démontré comment le prihcipal dogme d'une religion a pu favoriser les eritrepfîses du despotisme sur les libertés sociales ; comment la doctrine da péché originel a pu affaiblir dans l'homme toute vdont^ toute énergie, tout sentiment d'îndépfetidanee, toute T«tson du droit et du devoir, et lui inst>îre!r la ^^tmmiséien de Tesclave au maître , la résignation du condamné M châtiment. Le trône, de son côté, a payé Tappui d^ xneM religion en lui prêtant son bras et'son épée. Pet fièèteA l'exemple de son fondateur, qmi défendit àifeâ ^âe^[jlee de le protéger par les armes, elle a souvent %ii f ecR>uf>ft il la puissance temporelle pour imposa hk \imfÊd[itfè tA hommes, et les conduire au salut d^ fâr )è ttii^ lu loi et justice. Pour avoir canonisé ies^oUf^fteft^ Wb ifrit atiner la tlaf e !
La religion îsraéiite n*a jamais conclu de pacte avec la puissance temporelle , à laquelle elle n'a rien donné, dont elle n*a rien accepté. Elle ne reconnaît sur la terre aucune espèce d'infaillibilité, pas plus celle du prince que celle du prêtre, et condamne toutes ces idolâtries humaines qui sont le paganisme et Tadoration des fétiches du monde civilisé. Concentrant le suprême pouvoir et la suprême majesté en un Dieu unique et indivisible, elle place tous les hommes dans une égalité parfaite, non dans cette égalité de misère et de déchéance à laquelle conduiraient droit certaines doctrines religieuses et sociales, et dont la réalisation accomplirait trop à la lettre la prophétie de : lan te»'' ipM rr^'^xi. « Le lion mangera de la paille comme le bœuf; » mais dans une égalité de bien-être, d'élévation morale et matérielle^ de lumière et de perfectibilité, de droits et de devoirs, de lutte et de récompense.
La religion Israélite repousse cette existence factice due à la pile de Volta de la contrainte légale , exercée par la pression du nombre dans un Sonderbund d'intolérance, ou par la brutalité du sabre dans un état de siège spirituel. Elle veut devoir sa force et son immortalité à la liberté , à la raison librement inspirée , à la foi librement révélée, au sacrifice librement consenti : en un mot, à l'amour de Dieu, et non à la crainte du roi, à la conviction du croyant, et non à la terreur de l'esclave. Elle donne à l'homme déjà ici-bas des fleuves de lait et de miel; elle ne fait point du cilice du corps et de l'âme le vêtement obligé du salut ; elle dit à ses enfants : « Je ne suis pas un désert et je ne suis pas une solitude. » (Jérémie II, 31 .) Elle ne redoute pas de voir au festin de la
vie apparaître y comme les trois sinistres mots sur le mur de Balthazar, la triple abjuration de l'apôtre reniant son maître parce qu'il avait peur. La religion israélite n'a pas peur ; elle se jette encore aujourd'hui dans les bûchers allumés par les barbares; elle inspire le courage, l'indépendance 9 l'héroïsme , l'enthousiasme et le martyre , et elle dit aux humains : Que celui qui tremble et manque de cœur, retourne chez lui et ne marche pas au combat du Seigneur !
« Le judaïsme n'a jamais rien donné à la puissance temporelle. »
D'après nos croyances, l'homme est né innocent, pur et sans tache, portant en lui une lumière divine qu'Une doit point laisser éteindre par l'orage des passions, et qu'il doit s'efforcer de rendre un jour à Dieu agrandie de l'éclat de toutes les vertus , brillante des rayons de tous les triomphes , et devenue une flamme invincible par le frottement des obstacles et des luttes de la vie. Ces luttes , ce sont les seules qu'il ait à soutenir sur le vaste champ de bataille placé exactement entre le berceau et la tombe , jnais ne s'étendant ni plus en arrière ni plus en avant, ni plus haut ni plus loin. L'homme peut prendre au passé toutes ses gloires, tous ses mérites, et lui laisser ses fautes et ses hontes. En lui donnant le jour, 1^ Créateur n'a pas rivé à ses pieds le bout de chaîne de quelque ignominie antédiluvienne, de quelque crime caché dans d'inconcevables mystères. Il vient au inonde avec une liberté entière, il peut fixer à volonté la mesure
de ses jouissances sur la terre, et de ses félicités dans le ciel. Dieu lui dit : Je mets devant toi la vie et la mort, le bien et le mal, la bénédiction et la malédiction ; fais ton cboix ! Il ne permettra donc pas à un despote pétri de sang et d'argile de lui dire : Je place devant toi Toppression et Tesclavage, le mal et la destruction, et je te refuse le bien et la vie, Tair et le soleil! Non, Fisraélîte n'aura jamais la résignation et n'acceptera jamais la position de celui qui se croit flétri , poursuivi et justement puni par le forfait du péché originel. L'Israélite est l'homme qui peut et doit lutter contre des forces supérieures , et les vaincre, teim d'Unix û» h-^*!» ^^.
Le judaïsme ne reconnaît pas le droit divin de la royauté. Il recommande souvent de respecter le roi comme souverain magistrat et représentant de la justice parmi les hommes, mais non comme un vice-dieu, comme une croyance ou un article de foi. II a institué parmi les Hébreux deux autorités : Moïse et Aaron, le premier comme juge et législateur, le second comme pontife ; il n*a pas nommé un potentat inviolable et sacré , qui eât pu firapper le rocher au lieu de lui parler, qui eût pu vain cre la société au lieu de la convaincre , qui eût pu apostropher rudement les hommes par ta-^^icn ks *i5>»w obéissez ! au lieu de les persuader fraternellement par ivc^^'^ 5>bo écoute^ Israël ! Aussi les Pères de la Synagogue , en ordonnant de prier pour le chef de l'État, ajoutent-ils comme motif, a car si on ne le craignait pas , chacun dévorerait son prochain ; » c'est-à-dire , celui qui est placé à la tête du gouvernement est respectable, non par la naissance et une prétendue légitimité dont la source se trouverait au-dessus de l'humanité , mais par les ser-
vices qu'il est appelé à rendre à son pays, et par les actions méritoires qu'il aura su accomplir pour le bonheur de ses concitoyens et la gloire de son siècle. C'est dans le même sens que nous comprenons ces paroles du Talmud : aj'^p'n*! «niaba y^^ vo'^tici «niaba ce Le règne des rois sur la terre est un reflet du règne de Dieu au ciel. » En effet , si Dieu nous demande de l'aimer et de l'adorer, c'est pour les nombreux bienfaits que nous lui devons , c'est pour la glorieuse et bienheureuse place qu'il nous a assignée dans la grande œuvre de la création , c'est parce qu'il est notre père et remplit envers nous les devoirs de la paternité avec une tendresse et une sollicitude immenses, inexprimables, infinies. Nous aimerons donc aussi le souverain pour ses œuvres, pour le bien qu'il procurera à la société , et non parce qu'il est né dans un tel berceau et qu'il appartient à une telle famille. La naissance seule n'est rien , le mérite est tout ; la naissance seule donne droit à une place sous le soleil, et non à une place sur un trône, narûn yn ^«n rvy^ ï*na niaîïarT|iai. C'est pourquoi l'Écriture, pour l'institution des magistrats et des administrateurs, ne désigne pas une caste ou une position sociale particulière ; mais elle dit à Moïse ; « Tu choisiras parmi tout le peuple des hommes d'honneur qui craignent Dieu , des hommes de vérité qui détestent la corruption. » wn ba^a mnn nr«i.
Il est vrai que Salomon, intéressé à augmenter autant que possible la considération de la royauté , dit bien : ^bai "^ïa 'n n» «"ni « Mon fils, crains Dieu et le roi; » mais il explique immédiatement cette recommandation par: a'n^m i« û-^aiw w « Ne te mêle point aux agitateurs ; » il faut donc craindre le monarque parce qu'il a le pouvoir
légal , comme autorité et comme gardien de la loi y de punir ceux qui troublent le pays et tendent au renversement de la chose publique. Il parle ailleurs dans le même sens : û^mî^x Tsyyc: n'nan toi 'nnu) ^xi "^b ^5x « Je te demande d'observer les ordres du roi , car il remplit les serments faits à r Étemel y » donc, ses ordres sont justes, équitables , nécessaires au salut de tous comme au bien-être de chacun ; condition de gouvernement qui est la condamnation formelle de l'arbitraire et du bon plaisir. Aussi , voyez la difïërence de langage de deux princes illustres : le très chrétien Louis XIV dit : « L'État , c'est moi ! » tandis que le roi David s'écrie : « Je suis le dernier des hommes , le dernier du peuple ! )> nfi-nn uj'^k ià^ tt?î)*in *o5 k
Le judaïsme ne reconnaît aucune dynastie, pas même celle de David, comme devant forcément et par une cause primordiale régner sur les hommes. Le patriarche dit bien : « Le sceptre ne disparaîtra pas de la tribu de Juda ; » mais ces paroles sont plutôt la prédiction d'un fait qui devait s'accomplir dans la suite des temps , que la promulgation d'un droit que Dieu lui-même eût violé en désignant Saûl , appartenant à la race de Benjamin, pour être le premier roi d'Israël. Aussi Moïse, avant de mourir, n'a-t-il pas répété la prophétie de Jacob. La désignation faite par le ciel en faveur de Saûl , ainsi que celle faite plus tard au profit de David , n'est que l'élection d'un homme, qu'une grâce individuelle, qu'un fait objectif, et non l'application d'un principe ou la consécration d'une institution; car Dieu a dit à Samuel : tib'^D
406 lY* PARTIE. — PilSSË ET AVENIR D*ISRAEL.
ttriy ^Vûa "ibsw "^rw •'a , "ïd»» y» « Ce n'est pas toi qu*iU ont méprisé 9 mais bien moi qu'ils ont rejeté comme souverain. » Qu'on se rappelle enfin la reine Michol, qui, trouvant mauvais que le roi dansât devant rarche de l'alliance et dérogeât ainsi à l'étiquette de la cour et de la majesté royale , fut frappée de stérilité , de cette affreuse calamité pour les femmes dans les siècles primitifs , et apprit ainsi que les dynasties et les naissances princières ne constituaient aucun priviléjge aux yeux de la religion, qu'elles n'avaient rien de prédestiné, et ne pouvaient prétendre à aucun droit divin.
Non , le judaïsme ne s'est jamais fait l'auxiliaire de l'injustice couronnée; il ne livre pas au despotisme les hommes affaiblis, découragés, moralement énervés par le sentiment d'une indignité perpétuelle imprimée comme un stigmate ineffaçable sur le front de l'humanité , des êtres frappés de mort qui ont dû laisser au seuil de la vie toute espérance , et qui sont devenus une proie facile à l'oppression. Aux Pharaons, qui se font rendre des honneurs divins et mettent le pied de l'intolérance religieuse sur la poitrine où bat un cœur croyant et rempli de Dieu , le judaïsme dit : « Affranchis mes enfants ! laisse-les me servir librement , «^ï^inyin «^n r« nbw ; car, si tu refuses, j'anéantirai ta race, et je t'accablerai de tous les fléaux, afin que tu apprennes que moi seul je suis le maître de l'univers, » Aux tyrans qui , impitoyables pour les faibles et les malheureux, prodiguent à des fourbes titrés des faveurs scandaleuses et abominables, le judaïsme dit : « Pourquoi n'as-tu pas obéi à la voix de Dieu, qui t'avait ordonné de frapper les méchants, les Amalécites, et de les combattre sans relâche ? Aussi je me
repens de t'avoîr choisi pour souverain , et je te retire le pouvoir ! n •]'ib»a ivcvo'^ roba» r« 'h s'ip. Au prince vivant dans le désordre, avide de jouissances grossières, et forcé dp dépouiller la veuve et Torphelin , d'arracher au travailleur le fruit de ses fatigues pour satisfaire à de détestables penchants , le judaïsme dit : « Il y avait un riche et un pauvre. Le riche possédait beaucoup de troupeaux et un nombreux bétail; mais le pauvre n'avait qu'une seule brebis, acquise par sa sueur et ses privations, et faisant toute sa joie, tout son bonheur, toute sa vie; et le riche, ne voulant rien sacrifier de ses propres troupeaux pour faire un grand festin et se plonger avec ses amis dans l'ivresse de l'orgie , va et arrache au pauvre la seule brebis , l'unique bien , la dernière ressource que l'infortuné possède. Que mérite cet homme ? » A tous les gouvernements enfin , assis sur un trône ou sur un saint siège, qui s'appuient , soit sur les baïonnettes indigènes, soit sur l'invasion étrangère, et qui préfèrent régner par la violence qu'administrer par la justice, le judaïsme dit : (( Le roi ne sera pas sauvé par le nombre de ses armées, ni le conquérant par l'emploi de la force. Le secours des escadrons et des bataillons est vain et sans efficacité; car Dieu veille de son regard sur ceux qui l'adorent et qui espèrent en lui. » •n'ina ,i^n n^ia 5»i3 ^bcn y^^ 'î^ y^:^ nan ^ aboi vk ib^n y^yy rtsiniirb bibn "np» / na ^ra bjtti vA
« Le judaïsme rCa jamais rien accepté de la puissance^ temporelle. » *
Quelle est la partie de la famille humaine choisie par
le Créateur pour être sur la terre l'organe de sa parole et la messagère de ses commandements? Est-ce une race de géants ou de héros , capable d'imposer aux hommes par la force et par la crainte , qui ait reçu la mission de travailler à la réalisation de la volonté divine ? Est-ce une génération de princes et de rois, apte p^r sa propre ^autorité à faire respecter celle du maître de l'univers, qui ait été chargée de promulguer la loi éternelle? Est-ce un peuple célèbre par ses richesses, son génie et sa civilisation , propre à exercer une puissante influence sur le monde , qui ait été appelé à faire pénétrer dans tous les coins du globe lalumière de la connaissance de Dieu, comme il y porte ses progrès et ses découvertes dans les choses matérielles ? Est-ce enfin le trône qui ait dû soutenir l'autel , l'État qui ait dû proclamer et décréter une religion officielle et dominatrice?
Non; ce sont trois modestes pâtres, — Abraham, Isaac et Jacob , — trois pauvres pèlerins, nomades et errants d'un endroit à l'autre, cherchant en vain un peu de repos et de paix ; ce sont leurs fils infortunés soumis à un long et avilissant esclavage ; c'est le plus faible , le plus triste , le plus malheureux des hommes , le Bénoni de la société , l'Israélite enfin, qui a été élu dès le commencement pour être le missionnaire de la divine sagesse et l'instituteur des nations. Cet enfant abandonné, voué à la mort, flottant sur le Nil dans le cercueil homicide, est devenu le législateur et l'apôtre de l'humanité ! Voilà les puissances que lafoi juive a appelées à son aide pour vivre et se jierpétuer parmi les humains. Voilà par quels formidables auxiliaires elle a cherché à se faire reconnaître dans l'État et dans la famille. Comme le monde
est sorti du chaos et sans autre secours que le souffle de Dieu, la foi juive est née dans la pauvreté, dans la servitude, ces ténèbres du néant moral ; et au lieu de flatter, de déifier le pouvoir pour obtenir de lui un appui profane et sacrilège, elle dit : « Les cieux se réjouissent, la terre tressaille de bonheur, lorsque les peuples proclament : L'Étemel seul règne! » pxn b:ini û-^a^n inia©'» ^ 'n h'^'2 'noK'ii. Car la religion qui a le malheur d'emprunter le bras de César pour se soutenir violemment et s'imposer de force , reçoit du ciel ce terrible accueil : «Ta voix est la voix de Jacob , mais tes mains sont les mains d'Ésau!» itt» -if ^ysm apy^ bip iipn.
YIII
Les dignitaires du judaïsme ne se sont pas revêtus de ces splendeurs et de cette autorité mondaine qu'on voit ailleurs, pour commander l'obéissance et la soumission. Moïse a pu se rendre ce noble témoignage : « Je ne leur u ai pas demandé un âne seulement. » Voilà la liste civile du souverain pontife, des Hébreux ! Un autre prince de la Synagogue , Samuel , après avoir déposé son mandat , dit : « J'ai marché devant vous depuis ma jeunesse jusqu'à ce jour ; me voici en votre présence , prêt à répondre. Déclarez devant le Seigneur et devant son élu si j'ai pris à personne son bœuf ou son âne, si j'ai opprimé qui que ce fût, si j'ai reçu des présents, et je vous restituerai ce qui serait à vous. » Voilà les charges et les contributions imposées au peuple par le clergé juif pour entretenir le luxe et solder les baïonnettes ! Enfin la tribu des prêtres et des lévites était la seule qui n'eût aucune part dans la distribution de la terre sainte ; ses privilé-
ges étaient la pauvreté , et ses revenus , Taumône des fidèles. C'est ainsi que la richesse et la puissance ne de* vaient entrer pour rien dans le triomphe du judaïsme et dans l'autorité de ses ministres. L'idée religieuse seule devait conserver et vivifier Tédifice sacré , qui, ailleurs, était un corps usé que l'inflexibilité de l'armure temporelle dont il était couvert tenait artificiellement debout. Le David de la croyance libre du cœur et de l'esprit devait renverser le culte menteur et idolâtre imposé par le Goliath de la force.
Lorsque le prophète s'est présenté devant Pharaon pour remplir la mission qu'il venait de recevoir à l'Horeb, il ne lui a pas fait une longue tirade sur là liberté et sur la tyrannie, sur les droits de l'homme et l'égalité des citoyens ; mais il lui a dit : « Voici les . paroles du Dieu d'Israël : renvoie mon peuple pour qu'il me serve dans le désert. » C'est-à-dire que Moïse, pour mettre fin à tous les maux de ses frères, a réclamé la liberté religieuse , résumé , complément et perfectionnement de toutes les autres libertés. Il n'a pas demandé le concours et le bras de l'État pour l'exercice du culte ou pour l'établissement d'une église officielle et dominatrice, mais il a dit : Nous voulons adorer le Seigneur dans l'éloignement de toute influence temporelle ; séparation complète entre la religion et la force brutale ! point d'intervention du roi dans les choses de Dieu ! point de pacte entre le prêtre et le souverain, dont l'un prend l'âme et dont l'autre ravit le corps de l'humanité ! Mais liberté et affranchissement de la conscience , liberté du sentiment spirituel dans le désert, au milieu des bétes sauvages et des ouragans de la noire solitude , plutôt qiie la religion profanée par le
LIBERTÉ ET ORDRE SOCIAL DU JUDAÏSME. 4il
manteau de pourpre, souvent taché de sang, de la prptec-. tion de la force ! un pauvre autel de planches et de grès, plutôt que la fière basilique d'or et de marbre portant la livrée du despotisme social , et s'élevant , sombre et menaçante , sur Tâme humaine comprimée , comme la bastille , comme le mausolée, comme la catacombe de la foi , au lieu d'en être le paradis , le céleste berceau , la porte de l'immortalité !
Quand Siméon et Lévi , blessés par l'outrage fait à leur sceur, répandirent le sang du coupable qui ne pouvait leur donner une satisfaction suffisante en présence d'un attentat qui était une violation de leur croyance , iK'iw'ia m53> nisa-^s, Jacob leur reprocha vivement leur violence , leur recours à la force temporelle pour maintenir la dignité de leur religion, et il leur dit : « Vous m'avez rempli de douleur. » Encore sur le lit de sa mort, le patriarche ne put oublier l'acte des deux frères, et, réunissant ses dernières facultés,, il protesta hautement : « Que mon âme n'entre pas dans leur conseil , ni mon cœur dans leurs réunions. » Et lorsque le disciple de Moïse, voyant deux hommes usurper les droits et l'autorité de son maître , pour s'ériger en pontifes et en prophètes , s'écrie dans sa colère : a Mon seigneur, anéantis-les ! » c'est-à-dire : employez la force pour les faire taire, appelez vos gens armés et même l'invasion étrangère pour repousser toute atteinte à vos privilèges et à votre domination, — Moïse répond : « Pourquoi es-tu jaloux pour moi? Plût à Dieu que tout le peuple fût composé de prophètes, et que le Seigneur lui donnât son esprit ! » Et lorsque plus tard, une révolte éclata contre le serviteur du Très-Haut , et que Coré avec sa bande attaqua la réunion de la double
puissance de Moïse , son pouvoir spirituel b3> *msytr\ ama 'n inp , et son pouvoir temporel 'iinch m lî^te 'Tnnon -o , que fit le Pasteur Israélite ? Il se jette dans la poussière et fait entendre ces paroles devant le trône de l'Éternel: « Dieu des esprits et de la chair! si un seul a péché , ta colère sévira-t-elle contre tous ? » Voilà Texcommunication qu^il a lancée aux révoltés , aux rebellés de son temps ! Mais il fait plus : il se soumet à une espèce de nouvelle élection par l'épreuve de la verge fleurie; admirable symbole de la véritable autorité spirituelle , qui attire par les fruits et les fleurs qu'elle offre à la vie immortelle de l'humanité , et non par les coups qu'elle frappe pour rendre toute résistance impossible.
Cette répugnance de s'imposer par la force, le judaïsme la trahit à chaque pas de son histoire, et ses pontifes, loin de faire parade de leur droit divin ou de leur infaillibilité , disent avec le prophète Élie : w Je ne suis pas meilleur que mes pères. » '^t^vco "^asK aia vA •'s. Ah! qu'elle est grande et divine cette religion qui ne s'adresse aux mortels que par la parole et par la prière , par la tendresse et par l'amour, qui se fait esclave sous les premiers Hébreux , qui se fait martyre pendant dix-huit siècles de souffrances et d'indicibles tortures , qui s'exile sur toute la surface de la terre , laissant partout son sang et sa vie, semant partout son salut et ses bénédictions , qui choisit pour temple de pauvres demeures, des cabanes et des chaumières , les forêts en Russie et les souterrains en Espagne , pour mieux s'approcher des pauvres et des malheureux , des affligés et des persécutés , et qui re-
pousse l'alliance de lapuîssance temporelle, pour dire aux humains : « J'invoque le nom de l'Éternel , rendez hommage à notre Dieu ! » Point d'autre stimulant ni d'autres moyens pour arriver au but sacré ; point d'invocation ni d'appel à des lois d'oppression et de violence ; car « Dieu seul veut guider et inspirer la pensée religieuse, sans l'appui d'aucun secours étranger.» "nsa is< i^aa? t^ki lïnaiTra'n. Dieu veut descendre dans l'homme par la porte de la foi et de la conviction , et non par la violation du domicile moral ou par la brèche faite à la conscience à l'aide de récompenses ou de punitions matérielles, na-naio "i 'r^nw'nxi
Maintenant , pour voir ce que le judaïsme a donné à l'humanité, élevons-nous au sommet des temps primitifs où nous voyons le Dieu d'Israël occupé du grand travail de la création , et disant en contemplant son œuvre : C^est bien !
Quand le Dieu de la foi juive créa l'homme <( à son image et à sa ressemblance » , il donna au monde la Liberté. Car cette image nous représente, à côté de toutes les vertus , la volonté de les acquérir, le pouvoir de les posséder, et la liberté de les pratiquer. L'esclave , celui qui s'est laissé enchaîner moralement , a perdu cette ressemblance divine ; il est réduit à l'état d'animal plus ou moins intelligent, à la condition d'un être plus ou moins doué de sensations et d'instincts ; il n'est plus l'homme créé le sixième jour, le maître visible de l'univers. L'israélite n'a jamais perdu cette liberté , type , reflet et manifestation delà Divinité. Il a toujours répondu aux despotes de l'épée comme aux tyrans de la soutane : « Je
suis de la race d'Abraham, et ne serai jamais resclave de personne. » L'israélite, au moment d'être déchiré par les bétes du Cirque romain ou par les tenailles de l'inquisition espagnole , disait encore , dans une suprême action de grâces : « Sois béni , ô Éternel , de ne m'avoir pas fait esclave ! » naa? •'iw vbm n'a*» •^'^ »"!.
Quand Dieu forma l'homme <( du limon de la terre » et répandit sur lui « un souffle de vie » û'^n rtauji , il promulgua I'Égalité parmi les humains : égalité de faiblesse , d'obscurité et de fragilité par l'origine , par la poussière dont l'homme est né ; égalité de force , de lumière et d'immortalité parla divine étincelle qui pénètre dans sa tombe , qui éclaire sa route vers des destinées impérissables, qui l'a cherché dans les entrailles de sa mère pour le conduire au soleil et à la vie, et qui le cherchera dans la nuit de la mort pour le conduire à Dieu et à l'existence éternelle. — Grands et puissants de ce monde, vous voulez vous élever au-dessus de vos frères , parce que vous avez beaucoup d'or ou la fortune accidentelle d'un nom superbe ; vous n'êtes que du limon de la terre , soyez humbles et modestes ! aiion 'it» i^i nr» nw -^a. Et vous , pauvres et infortunés mortels , qui vous laissez aller au découragement, au désespoir, parce que vous souffrez mille misères et éprouvez les humiliations de la pauvreté, relevez-vous! Vous avez « un souffle de Dieu » et « une âme vivante >» tr^n ©ta. Cette égalité du ciel ne vaut-elle pas mieux que l'égalité de la poussière !
Quand Dieu dit : <( Il n'est pas bon que l'homme soit seul », il créa la Fraternité. Car au commencement l'humanité était sauvage , informe , inculte , livrée aux féro-
ces instincts de la brute , plongée dans les ténèbres du chaos et de Tablme , et Tesprit du Très-Haut , l'esprit de concorde , d'alliance et de charité , ne reposait pas sur elle. Le premier contact entre parents était un fratricide, et la première réunion entre citoyens produisait l'œuvre * abominable de la tour de Babel. Alors l'Éternel dit : « Que la société soit », et la société fut. Alors le Judaïsme proclama , du haut du Sinaï, cette parole de paix et d'immortelle harmonie : « Aime ton semblable comme toi-même ! » Alors le Judaïsme jeta au monde ce cri d'un ineffable amour du prochain : « Ah ! qu'il est beau et parfait lorsque les frères vivent ensemble en paix et en union ! »
Et quand le Dieu des Hébreux dit : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère , et s'attachera à sa femme , et ils formeront un squI corps » , il institua la Famille. Cette institution, où a-t-elle pris tant de racines, conservé tant de pureté et de sainteté, engendré tant de vertus et de bonnes mœurs , fait naître tant de force , de fidélité et de dévouement que dans la race juive? Voyez ce que dit un écrivain chrétien en parlant de la famille Israélite : « Il existe une nation qui , depuis dix-huit siècles, erre dispersée, sans patrie, sans gouvernement, sans loi politique, étrangère en tous lieux, partout haïe, méprisée, persécutée. Cette nation est pourtant devenue si nombreuse que la terre qu'elle occupa jadis serait aujourd'hui trop étroite pour la contenir. Savez-vous quelle puissance défend la nation juive contre les agents de dissolution dont elle est assaillie, maintient et fortifie, de siècle en siècle , le lien de son unité , perpétue , de génération en génération , ce type héréditaire que rien
416 IV PARTIE. — PASSÉ ET AVEMIR D*1SRAEL.
ne peut altérer ou diversifier chez les individus , ni les temps, ni les éléments , ni les.mo&urs , ni les lois , ni les , idiomes dont elle affronte les influences ? Savez-vous où ' est le foyer de la vie nationale chez les jui&? // est damla famille , famille vénérable et sainte , qui a conservé la vertu de l'institution patriarcale et en a rejeté les vices^^), »
Quand Dieu dit au premier homme et à la première femme : <c Remplissez la terre et vainquez-la ; je vous ai donné toutes les plantes répandues sur la surface de la terre et tous les arbres portant des fruits pour servir à votre nourriture » , il constitua la Propriété ; non cette propriété du sauvage et du brigand, arrachée parla violence ou par le droit du plus fort, obtenue par le vol organisé du partage des biens , et dont l'Écriture dit : (( Malheur à celui qui bâtit sa maison avec injustice , qui remplit ses greniers avec du bien mal acquis, qui fait travailler pour rien son prochain , et ne lui donne point son salaire! » mais cette propriété sainte et légitime, basée sur la justice et sur l'honneur, acquise par le travail et les fatigues de la culture , m» npb 'nw» rna'TKh r« ^lasi, et par cette éternelle loi de l'humanité : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. )> Aussi, dans le judaïsme, quel est le bonheur suprême promis par le prophète? Le voici : « Chacun reposera en paix à l'ombre de sa vigne et de son olivier. »
Quand le Très-Haut fit garder l'entrée du Paradis par des chérubins au glaive flamboyant , il créa la Vertu, la
(*] Bert., Lettre à MM, les membres de' VAcadémie des Sciences morales et politiques sur la condition des femmes,-
LIBSRTÈ ET OWRE SOCIAL W JUDAÏSME. 417
conscience, la senânelie veillant dans le cœur de rhomme , Tange gardien qui protège sa vie , sa j^ospërite , son honneur, son salut éternel — tr-rm y^ -p m. Ne penses: pas , 6 mortels ! que des croyances sans œuvres, des cérémonies dans le temple sans actions méritoires dans le monde , la prodigalité envers le ciel à côté de Tégoïsme envers notre prochain , des indulgences et des absolutions prononcées au nom d'un Dieu de justice et de sainteté, puissent vous donner cette vie, vous assurer ce salut éternel — tAwi ^^m , si vous ne cherchez à les conquérir par vos actes et votre perfectionnement. La vertu, la vertu Israélite avec sa divine pureté, ses renoncements, ses austérités et ses rigueurs pour soi , ses dévouements , ses sacrifices et son amour pour les autres , ses combats , ses résignations , ses persévérances, ses douleurs et ses triomphes, la vertu Israélite avec son auréole de la lumière du ciel, voilà le souffle créateur qui transforme la poussière en Séraphin, voilà la clef puissante et infaillible qui vous ouvrira les portes du séjour de Dieu !
Et quand Dieu plaça dans le jardin de TÉden Tarbre de la vie et l'arbre de la science du bien et du mal, l'arbre qui donne l'immortalité et l'arbre qui cause la perdition, il fit descendre dans l'humanité la Religion. « Croîs-moi, dit le Créateur au premier homme, ne mange pas de ce fruit , car tu en mourras ; mais cet autre fruit procure la vie éternelle. >» Cependant le mal triomphe ; mais après les enivrements du péché , après avoir goûté les fausses et amères jouissances de la chose défendue, Adam et Eve ouvrent les yeux, ûït^ïi» •^î'^» nînpfini, voient « leur nudité,» et entendent dans leur conscience , dans leur réveil à la
lumière de la vérité , û-m tvfb , la voix du Très-Haut devant laquelle le remords tremble et se cache. Le repentir, armé du glaive vengeur» chasse du cœur humain le démon de la séduction , la malédiction frappe le mal , qui se vautrera éternellement dans la fange et dans la boue , y»n "^n^ Va îo«n 'i!Dy\ ; la Religion retrouve son empire , rharmonie de la Genèse est rétablie , l'œuvre de la création est achevée, Dieu peut se reposer!
Voilà ce que le judaïsme, le jour où il régnera dans le monde , donnera à Thumanité.
IiE judaïsme de l'A venir (').
<«^ Et je VOUS dis : Voici mon alliance avec eux» dit TÉternel ! mon esprit qui est en toi et mes paroles que j'ai mises en ta bouche ne quitteront point ta bouche , ni la bouche de tes enfants et des enfants de tes enfants jusque dans l'éternité. » (Isaïe LIX, 21 .)
En présence de la promesse contenue dans ces paroles du divin prophète, que V esprit (-im^) et la doctrine (^'^n'i) du judaïsme ne périront point , que leur action durera jusqu'aux générations les plus reculées, qui voudrait nier que ce ne fût principalement la ferme conviction de l'accomplissement de cette promesse qui, aux plus tristes époques de l'oppression morale et matérielle, soutint les cœurs chancelants , rendit l'espérance à ceux qui étaient livrés au désespoir, et fortifia tellement leur sentiment intérieur qu'ils défièrent le dédain et le mépris , supportèrent tranquillement le joug le plus odieux, et marchèrent avec le calme de l'âme au martyre lorsque le fanatisme eut atteint son dernier degré.
Ainsi que Galilée, qui, pénétré de la vérité que la terre tourne autour du soleil , criait courageusement à ses juges :
(*] Ce travail, traduit de rallemand, e^t dû à M. le docteur B. Béer, de Dresde. {Univers israéliief juillet-septembre 1852.) Nous avons cru devoir reproduire ici ce travail pour donner au lecteur une idée des luttes qui se produisaient dans les temps modernes au sein du judaïsme, mais dont le résultat a encore été sa consolidation et son triomphe.
420 îV PARTIE. — PASSÉ ET AVENIR D'ISRAEL.
E pur si muave! de même il y eut, dans le sentiment et le cœur des israélites opprimés et torturés pour leur croyance, ces paroles : Et pourtant la religion que vous abaissez tant dans ses fidèles , ost U vraie relira , renfermant le sel du monde ! Le seul mot, — substance de sa doctrine , — il est un Dieu , ce Dieu est unique , ce seul mot est et restera le fondement et la clef de voûte de toutes les religions et de toute organisation sociale. Si ce fondement est dérangé, votre édifice menace de s'écrouler ; si vous ne placez pas cette clef de voûte sur les créneaux du bâtiment, il ne résistera point aux orages du temps. Vous reconnattrez un jour, fôt-ce dans un avenir éloigné , que la pure connaissance de Dieu , telle qu^elle se manifeste dans notre doctrine , est la seule ancre de salut contre les vagues déchaînées de Tincrédulité et do scepticisme.
C'est par ce sentiment profond et intuitif que le juif du moyen âge put supporter toutes les misères. S'il dut en quelque sorte payer des impôts pour Tair qu'il Irespirait, il en souriait avec un fier dédain et avait plus de pitié que de haine pour ses oppresseurs. Tout ce qu'il souffrait, n'était-ce pas pour l'honneur et la gloire du Dieu éternel et invisible qu'il gardait fermement dans le cœur, d'après la volonté révélée duquel il vivait , et dont la sanctification et la glorification étaient l'objet de tous ses actes !
Mais tirons le rideau sur ce sombre tableau des temps passés , et arrêtons-nous un instant à une génération postérieure. L'oppression et l'intolérance disparurent peu à peu, sinon entièrement. Là où le présent était encore plongé dans l'ombre, on vit apparaître déjà les images plu» riantes de l'avenir; le jour commença à poindre
LE JtrDÀÏSMfi BE l'avenir. 421
elTanrore sembla proche. Des idées plus justes sur la " religion , Téducation humaine et la dignité 4e Tbommè ataient gagné du terrain en Europe ; on voyait Thomme, le frère, même dans le partisan d'une autre croyance, ati m prétendait au moins le voir. De même qu'autrefois le paganisme, après avoir atteint son apogée dans sa forme extérieure , et que le seul lieu consacré au culte du Dieu invisible, le temple de Jérusalem , était détruit, perdit le nerf de sa vie et commença à décliner peu à peu (ce que les talmudistes expriment ingénieusement par lesparo*- . les : »•» i« «n^fr» nton tt*rt»a a^flwtt^ ; de même le dard de la haine religieuse était enfin émoussé par dix-huit siècles. Là où il semblait blesser encore, c'étaient des instruments d'un autre genre que les passions humaines mettaient à sa place, et qui sans doute faisaient souvent des plaies plus profondes et plus douloureuses.
L'îsraélite ne se trouvait plus seul et isolé, contemplant seulement les hauts bastions de sa foi , ne voyant de secours et de salut que dans des horizons éloignés; mais le ciel lui semblait descendre jusqu'à la terre , et transformer un avenir douteux en un présent certain et prochain. En un mot, il se voyait de nouveau parmi les hommes, respectait en conséquence tout ce qui est humain, et son cœur se remplissait d'amour pour l'humanité. Il se rappela que les livres sacrés du judaïsme avaient les premiers fait connaître la haute destinée de l'homme, en disant : H L'homme est créé à l'image de Dieu >» (Genèse I, 27); que les anciens docteurs du judaïsme avaient enseigné : « Voici le iivre de la généalogie de l'homme (/d.V, 1 .), ceci est le principe fondamental de la divine doctrine , car il est dit à la fin de ce verset : « Il le créa à l'image de Dieu. » {Ber. Rabba, Ch. 24, voy. lefe Marehy Ch. IX.)
422 IV*" PARTIE. — PASSÉ ET AVENIR d!iSRAEL.
H L'homme est aimé d'en haut , il a été créé à la ressemblance divine 9 et Dieu Taime d'une manière toute particulière puisqu'il lui a fait connaître sa ressemblance avec lui.» {Aboth Illy I89 et beaucoup de passages analogues.)
Si des siècles malheureux avaient souvent fait presque oublier l'éternelle vérité de ces maximes , on l'accueillit de nouveau avec d'autant plus de bonheur et d'enthousiasme, et son contenu si humain et si profondément civilisateur fut déployé, à côté de la traditionnelle et sainte doctrine de Dieu, comme une bannière victorieuse pour l'avenir du judaïsme. L'ardent amour de la religion, qui méprise même pour elle la mort, ne trouva plus occasion de se produire. L'amour était resté, mais ce n'était plus l'amour naïf et enthousiaste qui, sans hésitation et sans réflexion, et dans le très profond sentiment de là vérité, s'offre en sacrifice pour l'objet aimé. C'était un amour raisonné ; on reconnaissait la supériorité de la religion paternelle, et on s'était convaincu qu'elle suffisait aussi aux exigences, bien que nouvelles, d'un temps avancé. Mais plus la lumière de la raison commença à éclairer les champs fleuris de la religion, plus y devinrent aussi visibles les ombres projetées par des broussailles et des haies. On chercha un moyen de faire disparaître ces parties sombres, de niveler les inégalités, mais dans aucune autre intention que dans celle dé faire rayonner la religion elle-même d'un éclat plus vif.
Mais ici se séparèrent peu à peu les routes sur lesquelles on avait marché d'accord jusqu'alors. Les uns considéraient le vieux grand chemin que nous avions suivi depuis tant de siècles, comme la seule et vraie route qui conduise toujours au « roi de tous les rois » (']izai -p^); ils pensaient « que dans le fidèle accomplissement de
tout ce que nos pères avaient observé était la conservation de la religion, » et ils maintinrent ce principe avec un zèle plus ou moins grand , mais avec conséquence et des sacrifices. Les autres méditèrent sur l'origine et le développement de maints usages religieux ; Ils cherchèrent à connaître ce qu'on pouvait, dans l'intérêt de la religion , y changer ou modifier. D'autres encore allèrent plus loin et ébranlèrent même des choses essentielles : mais les plus hardis des novateurs n'avaient d'autre but, au moins d'après ce qu'ils disaient, que la conservation de la foi juive. Si le résultat ne répondait pas toujours à cette affirmation , et s'ils se trouvaient en partie sur une pente qui menaçait, eux ou leurs successeurs, de les précipiter à l'improviste dans l'abîme de l'incrédulité ou de Papostasie, la déclaration de ne point vouloir déserter la croyance montre cependant qu'ils reconnaissaient au moins , dans la religion positive Israélite , dés éléments de vie.
En effet, si nous jetons aujourd'hui un regard sur les luttes qui existaient au sein du judaïsme jusqu'en ces dernières années, il se trouve dans ces discordes religieuses, — qui pouvaient être classées, comme les partis politiques, en plusieurs nuances, depuis l'extrême droite, en passant par les deux centres , jusqu'à l'extrême gauche, — il se trouve encore, disons-nous, dans ces discordes une certaine vie religieuse , un intérêt actif pour la religion, pour son maintien et son développement, qui mérite déjà en lui-même de la considération. Car, comme dans la nature, le combat dans la vie humaine natt du frottement de forces diverses ; des forces vitales devaient donc exister pour produire et soutenir la lutte, et cela seul pouvait déjà servir de preuve que la croyance
4t4 IV^ PARTB« ~- PAStf n àVlMR B'ISRAEL.
ptteraelle avait encore ée fortes racines dans les esprits, qu'elle n'arait pas cnoore (pitié « la bomche et le coeur ».
Mais quelle est la situation actuelle? à quelle période sommes-nous arrivés?
La mer agitée des événements politiques^ brisant dV bord toutes les digues pour se retirer ensuite bien derrière ses anciennes limites^ avait sans doute» comme dans tous les partis religieux, dirigé plutôt vers d'autres points les actes et l'intérêt de nos coreligionnaires, que vers la discussion des questions religieuses. Il s'agissait da triomphe d'une idée en général. Les ims se disaient: Si le vieux monde s'écroule et si un nouvel édifice politique s'élève à sa place, on construira bientôt à la religion aussi de nouveaux autels. Les autres prétendaient : Si le vieil ordre de choses est rétabli, la religion de nos pères reconquerra à son tour son aitctenn^ vénération. Ajoutons un autre fait qu'il ne faut pas perdre de vue. L'égalité civile et politique des israélites proclamée presque en même temps dans la plus grande partie de l'Allemagne, — égalité pour laquelle de généreux esprits, dans le sentin^nt de leur droit, avaient si longtemps lutté et combattu, — réconciliait même des hommes autrefois stricts partisans de ce qui est ancien, avec certaines améliorations du culte qu'on ne pouvait plus s'empêcher, dans la nouvelle situation, de considérer comme indispensablement nécessaires ; tandis que d'autres exigences de réforme se produisant impétueusement autrefois en vue d'obtenir à leur aide des concessions civiles et légales, ne pouvaient plus se présenter maintenant. C'est ainsi que la lutte sur le domaine religieux s'était transformée en une trêve si-
UC JUDAÏSBffi DE L'AVENOU 42S
lencieuse et en partie i^orée. Hais cette mspensioA d'armes produisait-elle la paix ?
Si sotts le mot paix nous comprenons Tétat où chacun des piotis belligérants se trouve désormais dans la possession tranquille et joyeuse de ce qu'il a conquis , soit par un arrangement intervenu entre les combattants et contenant la reconnaissance des conquêtes des deux partis et de leurs droits, soit au moins par un compromis formel y nous ne pouvons appeler une heureuse paix rétat de choses tel que nous l'apercevons aujourd'hui , notamnient en Allemagne, au sein du judaïsme, sous le rapport religieux.
Examinons les choses de plus près.
A part ceux qui attendent, dans leur sentiment inté-* rieur , avec confiance et conviction , la marche progressive de l'esprit religieux dans l'homme, et qui n'ont jamais méconnu et ne méconnaissent le grand avenir du judaïsme, et travaillent sans cesse à ce but par leur conduite religieuse (et leur nombre , Dieu merci , est assez considérable) ; à part ces hommes , deux agglomérations ou opinions (nous ne les appelons pas partis) qui ont assez gagné en étendue , s^offirent maintenant à notre attention.
Nous voyons d'abord ceux qui, appartenant en marjeure partie à la vieille génération , sont encore attachés à ce qui est ancien et observent personnellement et avec exactitude toutes les observances religieuses héréditaires. Mais sont-ce encore les anciens 9 même de la dernière période? Ceux-ci, profondément convaincus de l'éternité et de l'invariabilité des usages religieux, même les moins essentiels, entourèrent presque d'un mur chinois leurs enfants et protégés, afin qu'ils ne fussent pas
426 Vr PARTIE. PASSÉ Sr AVENIR B^ISRAEL.
atteints du poison des innovations ; tandis qne nos anciens à nous, à côté de lenrs protestations de ferme attachement à la religion paternelle et de lenr rigonrease observation de ses préceptes , passent avec indifférence snr la non-observation même des cérémonies les plus essentielles de la part de leurs familles. Les premiers ne tenaient pas seulement à Texercice , mais aussi à la €€fmais$ance de la religion , selon la vieille mamime : mm 7^ rrvm 7^ m fc Sans connaissance de la divine doctrine 9 point de crainte de Dieu. » C'est pourquoi leur principal soin était de procurer à leurs enfonts Tinstruction dans les livres et annales de la religion, de sorte que y si tous ne devenaient pas des théologiens , aucun d'eux ne restât au moins ignorant (p^n a) dans les choses religieuses.
Mais comment se comportent , à part de louables exceptions , ceux qui se disent aujourd'hui n anciens croyants? » N'est-il pas des fils de parents orthodoxes que l'on occupe exclusivement, après leur treizième année, de leur vocation civile, sans leur continuer, dans leurs moments de loisir, l'enseignement des saintes Écritures, des doctrines ou de l'histoire du judaïsme? D'où viendront aux générations futures de l'amour et de l'attachement pour la religion héréditaire , si on ne songe pas à la leur faire connaître ? « Vous l'inculquerez à vos enfants w (T^ani tarûïoi) est pour cela une des lois les plus essentielles du Mosaïsme. Il est de ces Israélites qui avouent dans leurs inconséquences, <( qu'ils savaient bien que leurs enfants et petits-enfants ne marcheraient pas dans leur chemin , mais qu'ils n'avaient point de moyens d'empêchement à leur disposition ; c'est pourquoi ils voulaient eux-mêmes rester pieux et observer
exactement toutes choses comme expiation de Tavenir. » Les meilleurs de cette catégorie parlent sans doute encore de la confiance en Dieu y qui ne laissera pas tomber le judaïsme dans Tavenir; lynt li swini « Son bras aidera. » Mais eux-mêmes restent là sans mouvement et ne font rien pour cet avenir.
Voyons maintenant l'autre opinion, qui s'est surtout emparée d'une grande partie de la jeune génération. Là, à^ôté de la pratique du réformisme le plus avancé, nous trouvons cependant peu des principes qui avaient servi de point de départ aux réformateurs d'autrefois. Se contente-t-on de simples recherches sur certaines doctrines et cérémonies ? L'un ou l'autre a-t-il seulement des doutes sur l'âge ou l'origine de telle ou telle tradition et sur le précepte qui en découle? Ou bien se livre-t-on même à des méditations sur les principes fondamentaux de la religion , dans le but d'arriver par le doute à la vérité , par la recherche à des convictions d'autant plus profondes, comme à peu près aux temps du grand Maïmonide, de Levi ben Gerson et même de Mendelssohn? Oh! non, ce ne serait pas en vérité un mauvais signe, ce serait plutôt une consolidation du judaïsme, qui ne place point une foi aveugle à la tête de ses dogmes , ainsi que nous le verrons plus bas. Ce n'est pas la méditation, mais la non-méditation , l'indifférence des intérêts les plus hauts et les plus importants de la religion qui dégénère chez beaucoup en apathie, que nous avons à déplorer, et c'est vers ce côté que nous devons diriger notre attention.
Si nous donnons la parole à quelques-uns, notamment aux plus intelligents de ce groupe , nous les entendons exposer leur manière de voir à peu près en ces
4S8 IV* PÀRTIB. -^ PASSÉ ET ATENIR D'ISRAEL.
tennef : <( NonHBeiileiient la majeure partie des pré*ceptes sur les cérémonies du culte sont incommodes on inexécutables daàs les circonstances actuelles» mais aussi des réformes, quelque avancées qu'elles soient , ne senrent de rien , ne sont tout au plus que des palliatif. Tout rédifice religieux n'a point pour nous de base solide. Le judaïsme avait sans doute une signification tant que les hommes croyaient encore k un dieu personnel. Aujourd'hui cette erreur ost vaincue; la tâche du judaïsme, ainsi que celle de toutes les religions nées depuis , est remplie. Cest dans l'homme qu'on trouve le vrai Dieu; le culte de l'humanité , voilà la seule religion de l'avenir, etc.»
Des apparitions analogues se produisent également au sein d'autres religions. Là aussi le soi-disant rationalisme du dernier siècle, qui avait, sinon en totidité, du moins sous plusieurs rapports, de l'analogie avec le réformisme dans le judaïsme, s'est retiré en arrière ; tandis que deux opinions contradictoires, le principe du dogme orthodoxe et la tendance qui , ïïon-seulement nie entièrement toute croyance positive, mais s'intitule ouvertement panthéiste, sont en présence et se disputent le terrain.
Nous dépasserions de beaucoup la limite de cet article si nous voulions pénétrer la cause de ces apparitions, rechercher pourquoi dans l'action du développement de l'esprit humain elles devaient se produire justement de nos jours, et jusqu'à quel, point, selon les lois du mouvement historique , elles sont destinées à faire place à une phase plus élevée dans l'avenir social. Nous avons seulement à examiner les manifestations du genre de celles que nous avons exposées plus haut, comment elles se produisent aussi dans les temps modernes au sein du
judaïsme » pour jeter quelque luœière sur tout ee qu'il j a en elles d'inadmissible » de c^eux et de superficiel.
Si nous remontons au commencement des méditations humaines sur les objets qui sont en dehors de npuSt il se trouve qu'on a d'abord dirigé le regard sur ce qu'on avait sous les yeux. On se voyait soinaiéme , on voyait autour de soi les hommes et les choses , les apparitions diverses de la nature » etc. Bientôt on ne se contentait plus d'une simple contemplation , on méditait sur la nature des choses. Le désir de savoir augmenta; on voulait rechercher aussi l'origine des choses^ ce qu'il y avait avant que les hommes et les objets autour de nous fussent créés f quel était leur auteur. Gomme on avait procédé en partant d'un objet réel (concret), matériel, — oa avait devant les yeux des choses visibles, présentes, et on voulait connaître quelque chose d'invisible , d'indéfini , — il fallait naturellement rencontrer des difficultés pour expliquer clairement et nettement l'origine des objets palpables et tombant sous les sens , par quelque chose d'incorporel et de pur esprit. Tous les essais de démontrer rigoureusement ce qui se trouve en dehors de l'entendement humain (le transcendatU) devaient échouer du moment qu'ils voulaient dépasser les limites posées à la conception de l'homme. <( Mon visage, dit Dieu, ne peut être vu » ('«^'» «V '»3fii) , c'est-à-dire en partant du point de la contemplation , de l'entendement humain (de .ce qui est cQucret), tu ne pourras arriver à la connaissance de mon être (qui est abstrait), a Quiconque veut voir quatre choses : ce qui est en haut , ce qui est en bas, ce qui était avant (avant la création du monde) et ce qui sera après , ne vaut pas plus que s'il n'était pas né. )> (Mischna "Aa^iii^a, II, 1.) C'est-à-dire celui qui prétend
expliquer ce qui est abstrait , transcendant , par ce qui est concret » dépasse les bornes qui lui sont posées dans cette vie , et ne marche pas au but pour lequel il est venu au monde.
Si la science , prise dans son acception rigoureuse , a trouvé ici son terme, il est, d'un autre côté , des hommes qui soutiennent d'être arrivés plus sûrement à des résultats dans l'intérieur de cette ligne , dans la nature même , dans les apparitions diverses , dans l'adoption d'êtres privilégiés , et d'y avoir trouvé ce qui est divin. De là polythéisme et anthropomorphisme seloû leura divers degrés 9 depuis le fétichisme jusqu'à Fadoration d'un Dieu unique mais avec une forme corporelle. Comme la raison ne commandait pas ici ^ mms qu'elle avait plutôt cédé son trône à l'imagination et à . d'autres facultés de l'âme , une autre autorité suprême y la croyance subjective y a dû être prépondérante. Cette croyance s'approche plus ou moins de l'intelligence naturelle de l'homme y qui ne se laisse pas uniquement enchaîner par les sens , selon les degrés de culture que l'espèce humaine avait parcourus. Plus cette intelligence s'éloigna de cette croyance, plus devint fort, chez les esprits indépendants, le désir de recommencer l'essai d'arriver à la connaissance de ce qui est éternel (absolu) par la propre méditation , par des démonstrations rationnelles , et de reprendre de nouveau le procès de la raison. De là les conflits, se renouvelant presque dans tous les siècles,, entre la foi et la science , ou , en d'autres termes , entre la religion et la philosophie. Les prémisses des deux manières de voir étant différentes, — là, rechercher l'infini dans le fini, ici, faire entrer dans la nature quelque chose d'inexplicable et le croire , — elles ne pouvaient
LE JUDAÏSME DE L'AVENIR • 43 i
jamais se fondre dans une fusion suprême , mais elles devaient , plus le combat était violent , se diviser davantage par des antithèses plus contradictoires. Cependant les deux tendances , envisagées dans leur conséquence la plus extrême , sont-elles réellement conformes à la nature ? L'homrme doit-il se fatiguer à approfondir et à pénétrer, par la raison finie , ce qui est impénétrable : l'absolu? D'un autre côté, doit-il se soumettre aveuglément à une croyance que la raison et l'intelligence ne peuvent pas toujours reconnaître ?
Mais , en vérité , cette formidable discordre ne naquit que parce que des deux côtés on était parti de fausses suppositions. Là, dans le domaine -de la recherche, on avait placé l'homme trop haut, on le croyait capable de démontrer Dieu par la seule raison; ici, dans le règne de la foi , on ne l'estimait pas assez , on exigeait de lui le renoncement à toute réflexion personnelle au profit de certains dogmes à accepter avec croyance. Il est cependant encore un autre mobile qui vit dans l'homme , qui lui fait connaître son Créateur, et que les deux extrêmes n'avaient pas aperçu. Le Dieu de bonté qui nous a placés dans ce monde ne veut être ni prouvé philosophiquement ni cru aveuglément. Son existence est la cause de tout ce qui est ; voilà ce que nous sentons en nousmêmes , voilà ce qui domine notre sentiment , la saine raison de l'homme (niawK'nn niteioia) l'enseigne ainsi et non autrement ; c'est le produit de la nature spirituelle de l'homme. Nous arrivons à Dieu, non par la méditation , mais parce que nous méditons ; nous ne pourrions pas diriger notre regard vers le ciel , nous ne pourrions pas nous élever à quelque chose en dehors de ce monde, si l'Esprit primitif n'en avait mis le besoin en nous et ne
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nom avait commumqnë une ëtiacelle de sa lumière. Nous voudrions appeler cela la {Mreuve psychologique de Texistence de Dieu , s'il pouvait seulement être question ici de preuve.
De même , nous n'arrivons pas à Dieu par la seule croyance , mais parce que nous croyons en lui , parce qu'il a mis en nous cette susceptibilité de sentiment pour ce qui est au-dessus de nos sens , parce que nous éprouvons si fortement les effets, pleins de félicité, de la conviction de son existence; voilà pourquoi il est, il règne dans la suprême sagesse et la suprême bonté. De cette manière la science et la foi se rencontreront amicalement, se donneront la main harmonieusement, et, réunies ensemble , elles seront les plus fortes eolonees de l'ordre moral du monde. Mais où est un lien solide qui puisse réconcilier ces sœurs autrement ennemies , et les maintenir dans une vraie concorde ? Ou , pour parler sans .image, où trouvons-nous la base positive que les deux , la foi et la science , ont exprimée en commun par une seule formule, qui les soutient et les conserve ? C'est le judaïsme ! Le judaïsme , depuis sa naissance au temps patriarcal jusqu'à son développement le plus avancé, a toujours représenté la présupposition de l'existence de Dieu comme l'embryon de notre connaissance, la communauté de la science et de la foi comme principe fondamental de ses doctrines. Sa mission est donc, à l'avenir aussi , de réunir avec la palme de la paix ces deux génies hostiles l'un à l'autre , mais si bienfaisants à l'humanité.
La légende raconte qu'Abraham , déjà dans sa tendre enfance, avait reconnu le Créateur (iK*nin ton). Les livres mosaïque disent : <( Reconnais aujourd'hui et prends
bien à cœur que l'Éternel Dieu est au ciel et sur là terre. » (Deut., IV, 39.) Les docteurs delaMischna disent : û Les vivants sont là pour reconnaître et pour proclamer que Dieu est le Créateur et le juge du monde.)» (Aboth., IV, 29.) LaGuemara s'exprime ainsi : « Grande est (le mérite de) la connaissance , elle se trouve entre les deux noms de la Divinité; c'est-à-dire par la connaissance on est vraiment capable de concevoir les diverses qualités (noms) de Dieu. » (Berachoth, 33.) Maïmonide commence son Code par ces paroles: «Le fondement de tous les fondements et la colonne de toute la sagesse est de reconnaître qu'il est un auteur de tout ce qui existe. » Cependant, sous cette connaissance on ne comprend pas un simple et stérile travail de la raison , mais bien une entière pénétration de cette vérité, sa fusion dans l'esprit et dans le cœur, tellement qu'elle grandit en quelque sorte avec l'homme et devance l'accomplissement de tous les devoirs. (Voy. Hasdai Kreskas, Or Adonai, introduction.) (*) Partout où, en parlant des vérités éternelles, il est question de foi (emunah)^ on y
(<) C'est peut-être aussi le sens de la maxime de Hillel : ib *^aK l'^fi^ &k "h ^n. Hillei, comme plusieurs docteurs de la Mischna (par exemple, R. lehouda), comprit sous *^^vt le moi universel ^ Tabsolu, Dieu (yi'D bsn )'tiO "^SK dk). Il voulait ainsi dire ici : Si Dieu n'est pas mien tout à fait , si je ne suis pas complètement pénétré de lui, qui est avec moi alors? (c'est-à-dire je me trouve alors dans Tétat désolant d'être sans Dieu) "^3^ TV2 *^»:Db *^aKtt9D1. Et si je rapporte ce Dieu seulement à moi (si je fais descendre i*Élre immortel de son universalité pour en faire un Dieu privé), quel Dieu sera-ce alors? '^lr\'^l^ "T^^^f l^i DM1. Si non à présent (c'est-à-dire si l'existence de Dieu n*est pas le commeijcement et la base de toute recherche), quand après? (Âi-je une fois foulé le sentier de la recherche philosophique, j'arrive difficilement au résultat sans cette présupposition directe.) Déjà Samuel Usida, d'après le Soliar^ rapporte à Dieu le *^» dans la sentence ci-dessus.
comprend justement que le cœur et le sentiment s'ouvrent complètement à ces vérités et en soient remplis, (n^ rtm»; voy. Bachia, Hobai halebabot, schaar hayichud.)
Revenons un instant à ceux qui , après avoir parcouru la longue et ardente route de la spéculation rationnelle , se trouvent sans Dieu et sans foi , et s'imaginent être sûrement arrivés sur les hauteurs de Baal du culte deThomme. Indépendamment de tout ce que ces idées amènent de vide et de désolation dans le cœur, de sorte qu'on pourrait presque penser que les meilleurs d'entre ceux qui se font en quelque sorte une gloire de cette incroyance et ne parlent que du « souffle de l'esprit universel )) ÇWehen des Allgeistes)^ si l'on pouvait voir dans leur âme , croient en Dieu malgré eux ; indépendamment de l'abîme moral s'ouvrant devant la grande majorité qui n'est pas capable de monter sur la roide hauteur des subtilités philosophiques, et ne possède pas la force de l'âme et la fermeté de caractère de vivre comme on doit vivre dans toutes les situations et dans toutes les circonstances; indépendamment de tout cela, les phrases de la négation d'un soi-disant Dieu personnel et autres, par lesquelles ils veulent considérer le judaïsme comme écarté , n'ont aucun sens justement en ce qui touche la religion Israélite .
Ne désespérez donc pas, vous, hommes âgés ; ne vous détournez pas froidement , vous , jeunes gens ! Le judaïsme n'a pas pour rien survécu à tous les vieux peuples et à toutes les vieilles religions ; une grande tâche lui est encore réservée. L'histoire universelle montre que l'active Providence , dans les décadences et les troubles , avait aussi toujours prêt un moyen de guérison ; qu'elle
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avait créé , ou conservé sous leurs ruines , des institutions sur lesquelles Thumanité pût ouvrir les yeux et se relever de sa chute. Ainsi la naissance du christianisme, de rislamisme, de la réforme au seizième siècle, par lesquelles une grande partie des habitants du globe fut sauvée de la barbarie et reçut une impulsion spirituelle pour s'élever à des idées plus pures et à des sentiments plus nobles. Ainsi la conservation des institutions monarchiques , louées déjà par Homère dans leur forme noble ef vigoureuse , et servant jusqu'à nos jours d'ancre de salut dans la décadence politique de maints peuples. C'est ainsi aussi que le judaïsme, cette très antique institution , a la mission de montrer aux générations futures la route du Dieu vivant , perdue pour beaucoup aux temps des derniers troubles. Et est-ce chose si nouvelle, si surprenante, si invraisemblable, que le judaïsme soit appelé à jouer dans l'avenir un rôle si important ?
Si nous remontons dans le passé , nous trouvons le judaïsme, presque dans chacune des phases qu'il avait parcourues, répandre la connaissance d'une grande idée, d'un fait considérable, où l'humanité pouvait s'instruire. Nous ne pouvons qu'indiquer en ce moment ce qui doit être réservé à un développement ultérieur. Bornons-nous à une courte revue rétrospective :
1" Dans la période des patriarches, il y avait éloignement du polythéisme ; 2** dans les institutions législatives de Moïse , exposition d'une constitution bien ordonnée , basée sur l'égalité des droits de tous et l'élévation de l'opprimé, constitution qui proclamait comme chef l'Être suprême lui-même, ce résumé de toutes les perfections ; 3** à l'époque des Juges , des tribus indépendantes unies fédérativement , mais faisant naître l'héroïsme par la li-
berté intérieure ; 4" sous les rois , monarchie , souvent même despotisme , mais qui était forcé de rendre hommage au sentiment élevé et moral du peuple , se manifestant par la voix des prophètes ; '5** dans Texil et la restauration de l'État , exemple comment une vieille constitution , sans être abolie, peut, dans des circonstances nouvelles et avec une interprétation différente , gagner de la solidité et de la durée ; 6" au temps postérieur du Second temple , organisation et aussi spiritualisation des cérémonies ; 7° à l'époque talmudique, acclimatation sur tous les coins et extrémités du monde habité de ce qui, dans le principe, n'était donné que pour un seul pays, — universalité du judaïsme; 8" dans la période arabe, union de la recherche philosophique avec la religion , et fécondation de l'occident chrétien par l'esprit des païens grecs et arabes ; 9** au moyen âge , conservation de la pure doctrine de Dieu et de la plus profonde moralité au milieu de l'oppression la plus dure; 10** au dix-huitième siècle , impulsion pour la reconstitution de saines idées de la religion , même chez d'autres partis religieux , — Mendelssohn, etc.
Un haut arbre, qui a produit des fruits si beaux et si grandioses, serait-il donc destiné à périr pendant que des branches si vertes et si pleines de vie s'attachent autour de son tronc et étendent au loin leur ombre ?
Non ! les paroles du prophète s'accompliront : « Mon esprit et mes paroles ne vous quitteront jamais , ni vos enfants, ni les enfants de vos enMts. >• Le judaïsme a une mission pour V Éternité.