L*AMOUR DU PROCHAIN
profit exceôsif et ruineux pour celui qui le paye, puisqu'elle déclare ailleurs que toute iniquité est abominable aux yeux du Seigneur ;
« En conséquence de ces principes , le grand Sanhédrin » en vertu du pouvoir dont il est revêtu , et afin qu*aucun Hébreu ne puisse à Tavenir alléguer Tignorance de ses devoirs religieux en matière de prêt à intérêt envers ses compatriotes , sans distinction de religion ;
o Déclare à tous israélites , et particulièrement à ceux de France et du royaume dltalie , que les dispositions prescrites par la décision précédente sur le prêt officieux ou à intérêt d'Hébreu à Hébreu, ainsi que les prindpes et les préceptes rappelés par le texte de TÉcriture sainte sur cette matière, s'étendent tant à nos compatriotes, sans distincûon de religion , qu'à nos coreligionnaires ;
«Ordonne à tous, comme précepte religieux, et en particulier à ceux de France et du royaume dltalie , de ne faire aucune distinction à Tavenir, en matière de prêt , entre concitoyens et coreligionnaires , le tout conformtoent au statut précédent;
a Déclare en outre que quiconque transgressera la présente (Mrdonnance viole un devoir religieux , et pèche notoirement contre la loi de Dieu;
a Déclare enfin que toute usure est indistinctement défendue, nonseulement d'Hébreu à Hébreu et d'Hébreu à concitoyen d'une autre religion, mais encore avec les étrangers de toutes les nations, regardant cette pratique comme une iniquité abominable aux yeux du Seigneur ;
« Ordonne également, le grand Sanhédrin, à tous les rabbins, dans leurs prédications et leurs instructions, de ne rien négliger auprès 4e leurs C(Nreligionnaires pour accréditer dans leur esprit les maximes contenues dans la présente décision^ »
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Nos devoirs de citoyen , nos obligations envers l'État et le gouvernement ont encore été nettement formulés par les décisions sanhédrînales de 1807. Il y est dit:
« Le grand Sanhédrin , pénétré de Futilité qui doit résulter pour kf israéiites d^une déclaration authentique qui fixe et détermine leurs obligations, comme membres de TÉtat auquel ils appartiennent, et voulant que nul n'ignore quels sont à cet égard les principes que ki docteurs de la loi et les notables dlsraël professent et prescrivant à leurs coreligionnaires , dans les pays où ils ne sont point exclus de tons lès avantages de la société civile, spécialement en France et dans le royaume dltaKe ;
«c Déclare qu'il est de devoir religieux pour tout israélite né et étové dans un Etat, ou qui en devient citoyen par résidence ou autrement, conformément aux lois qui en déterminent les conditions, de regarder ledit État comme sa patrie ;
«c Que ces devoirs, qui dérivent de la nature des choses, qui soot conformes à la destination des hommes en société , s'accordent, par cela môme , avec la parole de Dieu ;
«Daniel dit à Darius ce qu'il n'a été sauvé de la fureur des lions qœ c pour avoir été également fidèle à son Dieu et à son roi » (chap. VI» V.23);
a Jérémie recommande à tous les Hébreux de regarder Babykwe comme leur patrie, a Concourez de tout votre pouvoir, dit-il, à son « bonheur. » (Jér., chap. XIX.) On lit dans le même livre le serment qoe fit prêter Guedalyaaux israéiites: a Ne craignez point, leur dit41,de
c servir les Chaldéens; demeurez dans le pays; soyez fidèles au roi c de Babylone, et vous vivrez heureusement. » {Ibid,, chap. XL, v. 9);
a Crains Dieu et ton souverain», a dit Salomon (Prov., chap. XXIY, T. 21);
ce Qu^ainsi tout prescrit à Tisraélite d*avoir pour son prince et ses lois le respect , rattachement et la fidélité dont tous ses sujets lui doivent le tribut ; que tout Toblige à ne point isoler son intérêt de Tintérét public ; ni sa destinée, non plus que celle de sa famille, de la destinée de la grande famille de FÉtat; qu-il doit s*alfiiger de ses revers, s'applaudir de ses triomphes, et concourir par toutes ses focultés au bonheur de ses concitoyens ;
a En conséquence , le grand Sanhédrin statue que tout israélite né et élevé en France et dans le royaume dltalie, et traité par les lois des deux Ëtats comme citoyen , est obligé religieusement de les regarder comme sa patrie, de les servir, de les défendre, d*obéir aux lois et de se conformer dans toutes* ses transactions aux dispositions du Code civil;
«Déclare en outre, le grand Sanhédrin, que tout israélite appelé au service militaire est dispensé, par la loi , pendant la durée de ce service, de toutes les observances religieuses qui ne peuvent se condlier avec lui. »
Israël n'est plus dans Texil , dans les chaînes de Babylone, où le prophète lui recommandait cependant a de bâtir des maisons , de planter des jardins , de se marier, de consolider la famille 9 de contribuer à la prospérité de la cité, de prier pour elle le Seigneur. » (Jérémie, XIX , 5-7.) Israël n'est plus assis sur des rivages ennemis, où il suspendait ses harpes aux branches des saules, pleurait et s'écriait : «(Comment puis-je chanter TÉternel sur une terre étrangère!» (Psaumes, CXXXVII.) Israël, dans beaucoup de contrées du globe, a trouvé une patrie où il peutchanter son Dieu dans des temples splendides et honorés, vivre librement d'une vie matérielle et spirituelle, heureuse et élevée , embrasser dans ses semblables des concitoyens, des frères, qui le protègent et l'aiment, développer sous les rayons du soleil toutes ses forces et
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toutes ses facaltés, déposer dans un sol ami et affectueax tous les germes de son bonheor et de son avenir. Combien doit-il là contribuer à la prospérité de la cité , au bien-être du peuple , à la grandeur et à la gloire du pays!
Nous avons des prescriptions religieuses nombreuses sur Tamour de la patrie, qui est encore au-dessus de l'amour du prochain , puisque le salut de la société entière y est vivement intéressé et en dépend en quelque sorte. La patrie , c*est la grande famille à laquelle chacun de nous , qui sommes ses membres et ses enfants , doit le dévouement le plus entier, Taffection la plus profonde , ses biens , ses forces , sa vie. Nous devons surtout respect, obéissance et fidélité au chef de cette famille, au souverain , qui a reçu la mission et le pouvoir de faire régner la justice et le bon droit , de maintenir intactes les lois morales et sociales qui sont la sécurité des hommes et le bonheur des nations. Le souverain , qui règne selon ces lois , qui est le père , le protecteur, la providence de son peuple , qui obéit à cette parole divine : n Maison de David, rendez justice de grand matin , sauvez Topprimé des mains de son oppresseur, afin que ma colère ne s*enflamme à cause de la méchanceté de vos œuvres j> (Jérémie , XXI , 1 2) , ce souverain est réellement le représentant de Dieu sur la terre , et nous poitvons , en le voyant , réciter avec vérité cette action de grâce Israélite : « Soyez béni , Éternel , d'avoir communiqué à un mortel une partie de votre gloire. »
H Mon fils , dit rÉcriture , crains Dieu et le roi ! » (Proverbes, XXIV, 21 .) « On doit au souverain un grand respect. » (Ketouboth^ i7 a.) Et comme tous les devoirs envers l'État sont obligatoires , Maïmonide ajoute avec
raison : « Il faut procurer au roi du respect dans le cœur de tous les hommes ; même un prophète doit se prosterner devant lui. » (H. Melachim, II, 1, 5.) «Le roi ne peut renoncer aux honneurs qui lui sont dus. » (Ketou^ bouthf i 7 a.) « La royauté de la terre est un rayonnement de la royauté céleste.» fcwp'n'i «n'oitt l'^sjs to'n»'! nmab».. (Berachothy 58.) « Le roi est l'ombre de la Divinité sur la terre. » pxa ha*pn i^ ^bon. (Reschith chochma).
Tout chef, tout gouvernement d'un État est , d'après les enseignements de notre religion , l'objet particulier de la divine sollicitude. « Il ne retire point son attention au juste, et il est assis avec les rois sur le trône. >» nxi Kwi ft'oba. (Job, XXXVI, 7.) «Le cœur du roi est une eau courante dans la main de l'Éternel ; il le dirige de quel côté qu'il veut. » (Proverbes, XXI, 1 .) « La royauté n'ordonne rien sur les hommes qui ne lui ait été inspiré d'en haut.» (Midrasch Koheleth sur Proverbes, X, 11.) Notre religion nous dit encore :
« On doit considérer la loi de l'État comme loi divine. » w^i KTittitt^i Kî'i'i. {BabaKamaj 112.) «Que la crainte du souverain soit toujours en vous. » (Sebachim^ 19 b.) « Je vous recommande d'observer les ordres du roi! » (Ecclésiaste, VIII, 2.) «Priez pour la prospérité de Tautorité, car si n'était sa crainte, l'un dévorerait l'autre. » {Abothy III, 2.) « Même dans votre intérieur ne maudissez pas le roi.» (Proverbes, X, 20; Exode, XXII, 27.) «Moïse rendit des honneurs au roi, et cela sur l'ordre du Seigneur; il en fut de même de Joseph. Jacob rendit des honneurs à son propre fils exerçant le pouvoir royal. (Genèse , XLVIII, 2); de même Elie courant devant Achab (I Rois , XVIII , 46) ; de même Chanania, Mischaël et Asaria; de même Daniel. » {Uechilta, chap.
13.) David, poursuivi et traqué par Saûl, qui voulait sa mort, surprit son ennemi dans une grotte et pouvait se venger et faire cesser ses malheurs ; mais il dit : « A Dieu ne plaise que je fasse cela à mon seigneur, à l'oiDt de l'Éternel, que je porte la main sur l'oint de l'Éternel! » (I Samuel, XXIV, 7.)
<( Il est défendu de se soustraire au payement des im^ pots. )) wan rw m*nanb ^tjgk. (Baba Kama, 112.) «Il est défendu de recourir à une ruse pour échapper au payement du péage, de l'octroi, etc.; quiconque se soustrait à ce devoir viole la loi divine qui dit : — « Tu ne dérobe- <( ras pas » ; car il vole le trésor public , et il n'est point de différence entre un gouvernement israélite et un gouvernement païen. » (Choschen Hamischpatj 369,6.) (( Il faut considérer l'employé du roi comme le roi luimôme.)» ^iaa ^bn 'la:?. (Schebouothy 44.) « Le Très-Saint (béni soit-il !) a imposé à Israël le serment de ne point désobéir aux peuples.» bbi5>h tm^va trmn ô^i». (Ketoubotk^ 111 a.)
L'histoire de tous les temps et de tous les empires rend ce témoignage aux Israélites , qu'ils ont toujours été des citoyens paisibles, fidèles, dévoués , n'épargnant ni leur sueur, ni leur or, ni leur vie , quand il s'agit de rendre aerviceà leur pays, au gouvernement, de contribuera sa puissance et à son bonheur. Les Israélites , plus que tentes les autres races humaines, s'attachent avec toutes les forces de leur âme au sol qui les a vus naître , à la terre où reposent les ossements de leurs pères, à la chaumière où ils ont reçu là dernière bénédiction de leur mère et le premier sourire de leur enfant. Même en ÉgyP^^' <l^s ^^ P^ys àe l'esclavage qt de la torture, il
fallait , au jour de la délivrance , forcer les Hébreux à partir! (Exode, XII, 33, 39.)
Et encore aujourd'hui, dans les pays, les moins tolérants, les israélites, exclus des bienfaits de l'égalité devant la loi , humiliés par mille tracasseries légales ou sociales, sont cependant les sujets les plus utiles et les plus actifs quand il s'agit des intérêts généraux de l'État, les plus dévoués et les plus charitables quand il s'agit de secourir des concitoyens qui souvent les méprisent et les repoussent. Ils versent leur sang généreux sur les champs de bataille, souvent pour une cause dont le triomphe perpétue leurs souffrances et leurs malheurs... Mais en France , dans notre chère et magnanime patrie , nous sommes fiers de le dire , on voit tous les jours comment nos coreligionnaires savent se rendre dignes de leur glorieuse émancipation , payer en amour et en sacrifices , à leurs frères d'autres cultes et à leur gouvernement , le brillant et divin soleil de liberté et de justice qui, éclairant de si vives et de si splendides clartés la France, son peuple et son avenir, jette aussi de célestes rayons dans le temple de notre Dieu !
Et rÉternel , s'associant à notre gratitude , bénit la Franee et tous les pays qui lui ressemblent par la justice, car il a dit à Abraham : a Je bénirai par toi toutes les générations de la terre ! »