‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienneChapitre 18 sur 59 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

L'Eglise, comme nous l'avons vu, est le seul maître divinement institué pour nous transmettre la révélation.

L'Ecriture est le grand dépôt où se trouve contenu le Verbe de Dieu. L'Eglise en est par conséquent la gardienne autorisée et l'interprète infaillible. Car cette mission de guide infaillible était inutile, si chaque individu avait pu interpréter la Bible par lui-même.

Que Dieu n'ait pas voulu établir la Bible comme règle de foi d'un chrétien, indépendamment de la vivante autorité de l'Eglise, c'est ce que nous allons essayer de prouver dans ce chapitre.

Aucune nation n'a eu un plus grand respect pour la Bible que le peuple juif. La sainte Ecriture était son orgueil et sa gloire. C'était son chant national en temps de paix, sa méditation et son secours dans les tribulations et dans l'exil. Les Juifs, cependant, ne songèrent jamais à terminer leurs querelles en faisant un appel privé à la parole de Dieu.

Toutes les fois qu'une dispute religieuse survenait dans le peuple, elle était tranchée par le grand-prêtre et par le sanhédrin, tribunal composé de soixante-douze juges civils et ecclésiastiques. La sentence du grand-prêtre et

des juges ses associés devait être exécutée sous peine de mort. « Si vous voyez, est-il dit au Deutérononie, qu'il y a une matière difficile et douteuse dans le jugement... vous irez au prêtre de la race lévitique et au juge... ils vous montreront le vrai jugement... Vous suivrez leur sentence, vous n'irez ni à droite ni à gauche... Mais celui qui refusera d'obéir au commandement du prêtre... mourra, et vous ferez disparaître le mal d'IsraëP. »

Par cette déclaration si claire, vous voyez que Dieu ne renvoie pas les Juifs, pour terminer leurs querelles, à la lettre de la loi, mais à l'autorité vivante du tribunal ecclésiastique, qu'il avait expressément établi pour ce dessein.

Voilà pourquoi les prêtres étaient tenus d'avoir une connaissance profonde de la sainte Ecriture, parce qu'ils étaient les dépositaires de la loi de Dieu et ses interprètes auprès du peuple. « Les lèvres du prêtre garderont la science, et le peuple cherchera la loi dans sa parole, parce qu'il est l'ange (ou le messager) du Seigneur des armées". »

De fait, un très petit nombre des enfants d'Israël, si l'on en excepte les prêtres, avaient en leur possession les livres divins. Les saints manuscrits étaient rares et précieux. Quels moyens Dieu prend-il pour que son peuple ait l'occasion d'entendre les Ecritures? A-t-il commandé de multiplier les livres saints? Non; mais ilsiordoiiiié aux prêtres et aux lévites de se partager les différentes tribus, afin que tous puissent être en état de communiquer au peuple la connaissance de la loi. Il était défendu aux Juifs de lire certaines parties de la Bible avant l'âge de trente ans.

Notre Sauveur a-t-il rompu avec cette tradition, quand il est venu sur la terre? A-t-il dit aux Juifs de se guider

^ Deutéfonome, XVH, 8 et suiv, ^ Mnl.ic, H, 8.

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eux-mêmes dans l'étude de l'Ecriture? Non, certes; il leur commande d'obéir aux maîtres reconnus, quelque peu édifiante que puisse être leur vie privée. Jésus alors dit aux multitudes et à ses disciples : « Les scribes et les pharisiens sont assis sur le siège de Moïse : tout ce qu'ils vous diront, observez-le ^ »

Notre-Seigneur, il est vrai, a dit dans une occasion : « Approfondissez les Ecritures, puisque vous pensez trouver en elles la vie éternelle. Elles me rendent témoignage ^ » On cite triomphalement ce passage comme un argument en faveur de l'interprétation privée. Il ne prouve cependant rien de semblable. Quelques commentateurs anciens et modernes mettent le verbe à l'indicatif : « Vous scrutez les Ecritures. » En tous cas, notre Sauveur parle ici de l'Ancien Testament, parce que le Nouveau n'était pas encore écrit. Il s'adresse non pas à la multitude mais aux pharisiens, qui étaient les docteurs de la loi ; et il leur reproche de ne pas admettre sa divinité : « Vous avez, leur dit-il, les Ecritures dans les mains. Pourquoi ne me reconnaissez-vous pas pour le Messie, puisqu'elles témoignent que je suis le fils de Dieu ? » Il les renvoie aux Ecritures comme à un livre où ils trouveront la preuve de sa divinité, et non comme à une source d'où ils devaient tirer toutes les connaissances en ce qui concerne les vérités de la révélation.

En outre il no fait pas reposer la preuve de sa diviniti' sur le seul témoignage de l'Ecriture car il l'a établie:

1'' Par le témoignage de Jean-Baptiste (V. 33) qui disait: « Voici l'agneau de Dieu; voici celui qui efface les péchés du monde. » Voyez aussi saint Jean, i, 3i.

2'' Par les miracles qu'il a opérés (V. 38).

3° Par le témoignage de son Père qui disait (V. 37) :

1 s. M;ilLl).,XXIll, 2,3.

2 s. Jcau, v, ar-.

« C'est moa fils bien-aimé en qui j'ai mis toutes mes complaisances, écoutez le. » (Saint Matthieu, in, 16. Saint Luc, IX, 35.)

4" Par les Ecritures de l'Ancien Testament ; comme s'il leur disait: « Si vous ne voulez pas accepter ces trois preuves qui sont très concluantes, au moins vous ne pouvez rejeter le témoignage des Ecritures, dont vous êtes si fiers. »

Enfin, dans tout ce passage, notre Sauveur explique le sens des saintes Ecritures. Ainsi donc, leur véritable sens n'est pas laissé au hasard à l'interprétation de tout lecteur. C'est donc changer gravement le texte sacré, que de voir dans ces paroles la défense de l'interprétation privée des Ecritures. Notre Rédempteur, en abolissant la loi ancienne et en lui substituant son Eglise, voulait-il que son Evangile fût répandu par la profusion de la Bible ou par la voix vivante de ses disciples ? Voilà tout le nœud de la question. Je réponds que c'est par la prédication seule qu'il voulait convertir les nations : c^est en effet par ce seul moyen qu'elles l'ont été. Aucune nation n'a été convertie par l'agence des Sociétés Bibliques.

Jésus lui-même n'a jamais écrit une ligne ; il n'a jamais commandé à ses apôtres d'écrire une parole^ ou de faire circuler les écritures déjà existantes.

En les envoyant dans leurs courses apostoliques il leur dit: « Allez enseigner toutes les nations ^ » «Prêchez l'Evangile à toute créature \ » « Celui qui vous écoute m'écoute \ » Et nous voyons que les apôtres se conforment rigoureusement à ces instructions.

Des douze apôtres, des soixante-douze disciples et de tous ceux qui ont suivi les premiers Notre-Seigneur^ huit

' Il faut en exceptev saint Jean que Notre-Seigneur porta à écrire l'Apocalypse, I, H.

2 s. Matth., XXVIII, i9.

^ s. iMarc, XVI, iîî.

* S. Luc, X, IG.

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