‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienneChapitre 20 sur 59 · LA PRIMAUTÉ DE PIERRE · texte numérisé non relu

LA PRIMAUTÉ DE PIERRE

L'Eglise catholique enseigne aussi que Notre-Seigneur a conféré à saint Pierre la première place d'honneur et de juridiction dans le gouvernement de toute son Eglise, et que la même suprématie spirituelle a toujours résidé dans les Papes, évêques de Rome, en leur qualité de successeurs de saint Pierre. Pour être les vrais imitateurs de Jésus-Christ, tous les chrétiens, tant laïques que prêtres, doivent donc être en communion avec le siège de Rome, où saint Pierre règne en la personne de son successeur.

Avant de prouver directement cette vérité, je tiens à établir que, dans l'ancienne loi le Grand-Prêtre désigné par le Dieu Très-Haut remplissait un office semblable à celui du Pape dans la loi nouvelle. Dans l'église Juive il y avait des prêtres et des lévites chargés de servir à l'autel ; il y avait aussi un tribunal ecclésiastique suprême ayant à sa tète le Grand-Prêtre. Toutes les controverses religieuses lui étaient dévolues. Le Grand-Prêtre jugeait en dernier ressort, et sa sentence devait être exécutée sous peine de mort.

« S'il survient une affaire embarrassée où il soit difficile de discerner entre le sang et le sang, entre une cause et une cause, entre la lèpre et la lèpre.... adressez-vous

114 LA roi DE NOS PÈRES.

aux prêtres de la race de Lévi et au juge.... et ils vous découvriront la vérité du jugement que vous en devez porter. Vous ferez tout ce qu'auront dit ceux qui président au lieu que le Seigneur aura choisi, et tout ce qu'ils vous auront enseigné, selon la loi. Vous suivrez leur avis sans vous détourner ni à droite ni à gauche. Mais celui qui s'enflant d'orgueil ne voudra point obéir au commandement du pontife, qui en ce temps-là sera le ministre du Seigneur notre Dieu, ni à l'arrêt du juge, il sera puni de mort, et vous ôterez le mal du milieu d'IsraëP. »

Ce passage montre clairement que le Grand-Prêtre avait, dans la religion juive, la plus haute juridiction en matière religieuse. Par ce moyen l'unité de foi et d'adoration était conservée dans le peuple de Dieu.

La synagogue, comme saint Paul l'atteste, était le type et la figure de l'Eglise ; « car toutes choses leur arrivaient en figure -. » Nous devons donc trouver, dans l'Eglise de Jésus-Christ, un juge spirituel exerçant la même autorité spirituelle que le Grand-Prêtre de la loi ancienne. Car si un suprême pontife était nécessaire dans la loi mosaïque pour maintenir la pureté et l'uniformité d'adoration, le même dignitaire est également indispensable de nos jours pour conserver l'unité de foi.

Tout état civil bien réglé a une tête reconnue. Le Président est la tête du gouvernement des Etats-Unis. La reine Victoria gouverne la Grande-Bretagne. Le sultan l'empire Turc. Si les nations n'avaient pas de chef autorisé pour les gouverner, elles seraient bientôt réduites à l'état de simple multitude et l'anarchie, la confusion, la guerre civile, en seraient les conséquences inévitables, comme on Ta vu dernièrement pour la France après la chute de Napoléon IIL

1 Deutéronome, XVII, 8, 13.

2 I Corint., X, 11.

PULMALTE DE PIEUUE. llo

Même dans toute famille bien réglée la paix domestique exige qu'il y ait un chef.

L'Eglise de Jésus-Christ est une société visible, c'est-àdire composée d'êtres humains. Elle se propose, il est vrai, une fin spirituelle, mais comme elle doit traiter avec les hommes, elle a besoin d'un gouvernement réglé non moins que les autres sociétés bien organisées. Notre-Seigneur a dû constituer son Eglise au moins dans ses éléments essentiels ; car ne doit-on pas lui prêter autant de sagesse qu'aux législateurs humains? Pouvons-nous supposer que, de tous les législateurs, la sagesse incarnée seule ait laissé son royaume sur la terre pour être gouverné sans un chef ?

Quelques-uns nous diront : « Nous ne nions pas que l'Eglise ait un chef. Dieu lui-même est son Roi. » C'est éluder la question. Dieu n'est-il pas le chef de tous les gouvernements ? « C'est par moi, dit-il, que régnent les rois, et que les législateurs portent leurs décrets \ » Il est le chef reconnu de notre République et de toute société chrétienne répandue sur la terre ; mais néanmoins il y a toujours un chef visible qui veille sur les destinées du pays, et qui est le représentant de Dieu sur la terre.

De même, l'Eglise, outre son chef invisible qui réside dans les cieux, doit avoir un chef visible sur la terre. Le corps et les membres de l'Eglise sont visibles ; pourquoi la tête ne le serait-elle pas? L'Eglise sans un chef suprême serait comme une armée sans général; un vaisseau sans capitaine ; un troupeau sans pasteur ; un corps sans tête.

Les communions chrétiennes séparées de l'Eglise catholique nient que Pierre ait eu une autorité supérieure à celle des apôtres, et voilà pourquoi ils rejettent la suprématie du Pape.

L'absence, chez les Protestants, d'un chef visible divi-

* Prov., VllI, lu.

niment institué, est pour eux une cause infinie de faiblesse et de dissensions. — C'est une barrière iafranchissable contre tout espoir de réunion entre eux, parce qu'ils demeurent sans un centre commun de ralliement, sans base solide d'union, et se trouvent placés dans l'état malheureux de schisme.

Au contraire, l'existence d'un juge suprême des controverses dans l'Eglise catholique est le secret de son admirable unité. C'est la clef de voûte qui relie et soutient l'arche impérissable de la foi.

Par le seul fait d'un chef suprême dans l'Eglise juive; parce qu'une tête est nécessaire au gouvernement civil, à la famille, aux corporations ; par le seul fait surtout, qu'un chef suprême est indispensable au maintien de l'union dans l'Eglise, tandis que son absence conduit inévitablement à l'anarchie, nous sommes forcés de conclure, en dehors même de l'évidence positive, que, pour l'établissement complet de son Eglise, il devait entrer dans l'esprit du divin législateur, de mettre à sa tête un Primat, investi d'un pouvoir judiciaire suprême.

Pouvons-nous aussi établir par une preuve sensible, que Jésus-Christ a institué un chef suprême dans son Eglise? Pour ceux, du moins, qui lisent les Ecritures avec l'œil simple d'une pure intention, ils ont, à cet égard, l'évidence la plus entière. Selon nous, le Nouveau Testament n'a établi aucune doctrine, s'il ne parvient à prouver à tout lecteur sincère que notre Sauveur a donné à Pierre plein pouvoir de gouverner l'Eglise. Dans ce chapitre je parlerai de la Promesse, de l'Institution et de l'exercice de la Primauté de Pierre, telle qu'elle est rappelée dans le Nouveau Testament. Le chapitre suivant sera consacré à montrer sa succession à perpétuité dans les Pontifes Romains.

Promesse de la Primauté. — Notre Sauveur, dans une circonstance, demandait à ses disciples : « Que pensent les

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hommes du Fils de l'homme ? » Ils répondirent : « Les uns disent que vous êtes Jean-Baptiste; d'autres Elie; d'autres Jérémie ou un des Prophètes. Mais vous, reprend Jésus, qui pensez-vous que je sois ? » Pierre comme toujours est ici le chef, l'orateur, l'organe du collège Apostolique. « Vous êtes, répondit-il, le Christ fils du Dieu vivant. Et Jésus ajouta : Vous êtes heureux Simon, fils de Jean, parce que la chair et le sang ne vous l'ont pas révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi je vous dis que vous êtes Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et que les portes de l'Enfer ne prévaudront jamais contre elle. Je vous donnerai les clefs du royaume du Ciel, tout ce que vous lierez sur la terre le sera dans le Ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le Ciel \ » Nous trouvons ici Pierre confessant la divinité de Jésus-Christ et comme récompense il reçoit la promesse de la Primauté.

Notre Sauveur, par ces paroles « Vous êtes Pierre » fait clairement allusion au nom qu'il donnait à Simon, en le recevant au nombre de ses disciples (saint Jean, I, 42). Il révèle maintenant les motifs de ce changement de nom, qui était de nature à faire pressentir l'honneur que Jésus allait lui accorder, en le nommant Président de la république chrétienne. Dieu changea le nom d'Abram en celui d'Abraham, quand il le choisit pour être le père d'une grande nation.

Le mot Pierre, dans la langue syro-chaldaïque parlée par notre Sauveur, signifie Rocher. Cette phrase peut se tourner ainsi : « Tu es rocher et sur ce rocher je bâtirai mon église, » Tous les commentateurs protestants respectables ont eux-mêmes abandonné l'hypothèse absurde et ridicule d'attribuer le mot rocher à un autre qu^à Pierre. La phrase, en effet, ne comporte pas d'autre cons-

^S. Matth.,XVI, 13-19.

truction, à moins qu'on ne révoque en doute le bon sens de notre Sauveur et sa science grammaticale.

Jésus, notre Seigneur, n'a fondé qu'une Eglise et il a voulu la fonder, la bâtir sur Pierre. Dès lors, toute église qui ne reconnaît pas Pierre comme son fondement, n'est pas l'Eglise de Jésus-Christ et ne peut par conséquent rester debout, car elle n'est pas l'œuvre de Dieu. C'est évident. Plaise à Dieu que tous voient la vérité telle quelle est, avec des yeux exempts de tout préjugé.

Il continue : « Et je vous donnerai les clefs du royaume du Ciel. » Autrefois, et particulièrement chez le peuple Juif, les clefs étaient l'emblème de la juridiction. Dire qu'un homme avait reçu les clefs d'une cité, c'était dire qu'il en avait été nommé le gouverneur. Au livre de l'Apocalypse, notre Sauveur dit : « qu'il a les clefs de la mort el de l'Enfer \ » Ce qui signifie qu'il a tout pouvoir sur la mort et sur l'Enfer. Défait, même aujourd'hui, est-ce que la présentation des clefs ne réveille pas parmi nous l'idée d'autorité? Si le maître d'une maison, en l'abandonnant pour la saison d'été, dit à un ami : « Voilà les clefs de la maison, » cette simple déclaration, sans le moindre mot d'explication, ne réveille-t-elle pas cette idée : « Je vous donne tout contrôle dans ma maison, vous pouvez admettre ou refuser qui vous plaira. Vous me représentez en mon absence? » Appliquons le même sens aux paroles de notre Rédempteur. Quand il dit à Pierre : « Je vous donnerai les clefs, » il veut faire entendre : je vous donnerai l'autorité suprême sur mon Eglise, qui est la citadelle de la foi, ma Jérusalem terrestre. Vous et vos successeurs, vous serez mes représentants visibles, jusqu'à la fin du monde. Rappelez-vous que ces paroles ont été adressées à Pierre seul, et non à d'autres apôtres.

Accomplissement de la promesse. — La promesse que

1 Révél., I, 18.

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notre Rédempteur avait faite d'établir Pierre le chef suprême de son Eglise, est exécutée dans le passage suivant : « Jésus dit à Simon-Pierre : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci? 11 lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis. 11 ajouta : Simon, fils de Jean, m'aimes-tu? Pierre répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Pais mes brebis. Pour la troisième fois, Jésus lui demande : M'aimes-tu? Et Pierre continue de répondre : Seigneur, toutes choses vous sont connues; vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Pais mes agneaux \ »

Ces paroles furent adressées par Notre- Seigneur à Pierre après sa résurrection. Tout le troupeau lui est confié sans exception ni limite. Pierre n'a pas seulement juridiction sur les agneaux, — la portion la plus faible et la plus tendre du troupeau, — celle qui représente les fidèles; mais encore sur les brebis, c'est-à-dire sur les pasteurs eux-mêmes, qui tiennent à l'égard de leurs églises la place des brebis à l'égard des agneaux. Une portion du troupeau est confiée aux autres pasteurs; à Pierre, le troupeau tout entier. Jésus, en effet, n'a jamais dit à un apôtre niàunévêque ce qu'il a dit à Pierre: Pais tout mon troupeau.

Lecteur impartial, ne vous flattez-vous pas d'appartenir au troupeau de Jésus-Christ? Oui, me direz-vous. Recevez-vous votre nourriture spirituelle de Pierre, et de son successeur? Entendez-vous la voix de Pierre, ou vous êtes-vous égaré dans la bergerie des étrangers qui méprisent cette voix? Pesez bien cette grave question. Si en effet Pierre a reçu le pouvoir de nourrir les agneaux du troupeau de Jésus-Christ, ceux-ci doivent écouter sa voix.

' s. Jean, XXI, 15-17.

Exercice de la primauté, — - Dans les Actes des Apôtres, la seule partie des Ecritures où l'on rapporte les actions accomplies avant l'ascension de Notre-Seigneur, saint Pierre nous apparaît comme Saûl au milieu des tribus, dépassant de la tête et des épaules ses frères, pour la part importante qu'il prend dans tout l'exercice du saint ministère.

Les douze premiers chapitres des Actes sont consacrés à saint Pierre, et à quelques-uns des apôtres ; les autres nous racontent souvent les actions de l'Apôtre des Gentils. Dans ce court fragment historique, comme dans les Evangiles, le nom de Pierre est mis en évidence en mille endroits.

Dans rénumération générale, son nom est toujours cité le premier, comme celui de Judas Iscariole l'est invariablement le dernier \ Saint Matthieu appelle toujours Pierre le premier des Apôtres. Pierre n'est ni le plus ancien par l'âge, ni le premier par l'élection ; son frère aîné, André, ayant été choisi avant lui. Le sens de cette expression veut donc dire que Pierre a été le premier par le rang et l'honneur, mais aussi par l'autorité.

Saint Pierre est le premier des apôtres qui ait opéré un miracle ". Il est le premier à s'adresser dans Jérusalem aux Juifs^ tandis que ses frères les apôtres se recueillent autour de lui. C'est dans cette circonstance qu'il convertit trois mille âmes^

Saint Pierre est le premier à faire des conversions parmi les Gentils dans la personne de Corneille et de ses amis.

Quand il faut donner un successeur à Judas, Pierre parle seul. Il indique aux apôtres et aux disciples qu'ils ont le devoir de choisir celui qui doit succéder au traître,

1 s. Math., X, 2; S. Marc, m, 16; S. Luc, VI. 14; Actes, I, 14.

2 Actes, m.

3 Actes, IL

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Les apôtres acquiescent en silence aux instructions de leur chef ^

Dans le concile apostolique de Jérusalem, saint Pierre est le premier dont on rappelle le sentiment. Avant son discours « il y avait une grande discussion. » Quand il eut fini de parler, la multitude entière garda un profond silence ^

Saint Jacques et les autres apôtres se rangent à l'avis de saint Pierre sans proférer un mot d'opposition.

Saint Jacques est jeté en prison par Hérode, et peu après décapité. Cest un des trois apôtres les plus favorisés. Il était cousin de Notre-Seigneur et frère de saint Jean. Cependant les fidèles ne firent pas d'extraordinaires efforts pour l'arracher à la mort.

Pierre est mis en prison vers le même temps. Toute l'Eglise se soulève. Des prières pour sa délivrance montent vers le Ciel, non seulement de Jérusalem mais de toute la famille chrétienne répandue sur la terre ^ L'armée du Seigneur peut supporter la perte d'un chef particulier dans la personne de saint Jacques, mais elle ne peut se résoudre à perdre celui qui a le commandement général. Les ennemis de l'Eglise avaient espéré que la mort du premier Pasteur amènerait la destruction du troupeau. Voilà pourquoi ils redoublaient de fureur contre le prince des apôtres. Aujourd'hui encore les ennemis de cette même Eglise dirigent tous leurs traits contre le Pape, son successeur. Cette conduite ne proclame-t-elle pas éloquemment l'autorité supérieure de Pierre? De fait, Pierre paraît d'une manière si éclatante à chaque page, que non seulement sa primauté doit être admise^ mais qu'elle force tout lecteur impartial à l'accepter.

Quelles sont les principales objections dirigées contre

* Actes, I.

2 Actes, XV.

^ Actes, XII.

la primauté de Pierre? Elles se ramènent, on peut le dire sans restriction, aux trois suivantes : 1° Notre-Seigneur a réprimandé saint Pierre ; 2° saint Paul a critiqué sa conduite non sur un point de doctrine, mais de discipline; l'Apôtre des Gentils blâme saint Pierre de s'être séparé un moment des païens convertis, de peur de scandaliser les juifs nouveau-convertis ^ ; 3° la suprématie de Pierre est en contradiction avec la souveraineté de Jésus-Christ.

Pour moi, je ne vois pas comment ces objections infirment les titres de Pierre. Jésus n'était-il pas supérieur à Pierre? Un maître ne peut-il réprimander son disciple sans lui ravir ses prérogatives?

Et pourquoi saint Paul ne pourrait-il critiquer la conduite de saint Pierre, sans mettre en question l'autorité de son supérieur? Est-il inouï que des ecclésiastiques d'un rang inférieur aient fait des remontrances au Pape? Saint Bernard, simple religieux, a écrit un ouvrage dans lequel, avec une liberté tout apostolique, il donne des conseils à Eugène III et le prévient contre les dangers auxquels l'expose sa haute position. Y eut-il jamais homme plus soumis à un pape que ne fut Bernard à un aussi grand pontife? Notre gouvernement ne peut-il faire de remontrances sur la conduite du président sans diminuer son autorité?

Bien plus, de celte seule circonstance, je tire avec évidence la conclusion que saint Pierre a eu la primauté. Saint Paul rapporte comme digne d'être citée, Taction par laquelle il a résisté en face à Pierre. Pensez-vous que le souvenir de cette action méritât d'être conservé, si Paul avait fait des remontrances à Jacques, à Jean et à Barnabe? Non certes. Si un frère réprimande son frère, le fait n'est digne d'aucune attention. Au contraire, si un fils fait des remontrances à son père, ou un prêtre à son évêque et

1 Galates,II, 11.

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en face, nous comprenons que le fait mérite d'être mentionné. Ainsi, quand saint Paul s'humilie jusqu'à nous dire qu'il a reproché à saint Pierre sa conduite, il le mentionne comme l'exercice extraordinaire de la liberté apostolique, et nous laisse naturellement conclure que Pierre élait son supérieur.

Dans la même épître aux Galates, saint Paul insinue clairement la prééminence de saint Pierre. « J'allai, dit-il, à Jérusalem pour voir Pierre, et je restai avec lui quinze jours \ » Saint Jean Ghrysostome, saint Jérôme et saint Ambroise nous disent que ce ne fut pas une visite de pure cérémonie, mais que saint Paul, dans ce voyage, avait pour but de protester de son respect et de son obéissance envers le chef des apôtres.

Il en est d'autres qui, en dépit des déclarations de Notre- Seigneur, nient la puissance de Pierre. Pour eux, obéir à Pierre c'est désobéir à Jésus-Christ, et reconnaître Pierre comme le rocher sur lequel l'Eglise est bâtie, c'est rejeter notre Sauveur. Bien loin de là, nous reconnaissons Jésus- Christ comme « la pierre angulaire fondamentale » et comme le divin architecte de l'Eglise.

Le meilleur témoignage de soumission à Jésus ne consiste pas seulement à l'adorer, mais encore à vénérer les représentants qu'il s'est choisis. Quelqu'un viendra-t-ilme dire que ma soumission au délégué du gouvernement, est un acte do rébellion contre le gouvernement lui-même ! Le chef de notre pouvoir exécutif aurait peu de confiance dans le citoyen qui viendrait lui dire': « Gouverneur, je vous honore personnellement, mais je méprise les ordres de votre représentant. »

On donne à saint Pierre le nom de premier évêque de Rome, parce qu'il a transféré son siège d'Antioche à Rome, où il a souffert le martyre avec saint Paul.

^ Galates, I, 18.

Nous ne sommes pas surpris que le scepticisme moderne qui rejette la divinité du Christ, et nie même l'existence de Dieu, mette en doute le fait de la vie et de la mort de saint Pierre à Rome.

L'objection commune alléguée pour contester cet événement, d'ailleurs bien prouvé, s'appuie sur le livre des Actes des Apôtres qui ne mentionne ni les travaux de Pierre ni son martyre à Rome. Pour les mêmes raisons, nous devrions nier que saint Paul ait été décapité à Rome, que saint Jean soit mort à Ephèse et que saint André ait été crucifié. Les Ecritures se taisent sur ces faits historiques et pourtant personne ne les nie.

L'autorité de la première épître de saint Pierre, le témoignage de ses successeurs immédiats sur la chaire de Rome, les aveux de plusieurs commentateurs protestants, tout concourt à fixer le siège de Pierre à Rome.

« Babylone » d'où Pierre écrit sa première épître, est entendue par les savants commentateurs protestants et catholiques, comme désignant la ville de Rome. Le mot Babylone signifiait symboliquement la corruption qui régnait alors dans la ville des Césars.

Clément, quatrième évêque de Rome, dont saint Pierre parle en des termes élogieux; saint Ignace, évêque d'Antioche qui mourut en 105; saint Irénèe, Origène, saint Jérôme, Eusèbe le grand historien, et d'autres écrivains tout à fait dignes de foi, attestent la résidence de Pierre à Rome, tandis qu'aucun écrivain ecclésiastique n'a jamais contredit le fait.

Jean Calvin un témoin hors de soupçon. Cave critique anglais très instruit, Grotius et d'autres écrivains protestants distingués, n'hésitent pas à se faire sur ce point l'écho de la grande voix de la tradition catholique.

Désormais aucun fait historique ne pourra échapper aux traits de l'incrédulité, si la résidence de saint Pierre, et son glorieux martyre dans Rome sont révoqués en doute.

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