‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienneChapitre 21 sur 59 · SUPRÉMATIE DU PAPE · texte numérisé non relu

SUPRÉMATIE DU PAPE

L'Eglise n'est pas morte avec Pierre, puisqu'elle doit durer jusqu'à la fin des temps. Toutes les prérogatives officielles conférées à Pierre ne devaient donc pas cesser avec lui, mais se transmettre à ses successeurs de généralion en génération. L'Eglise a autant besoin dans tous les âges d'un chef suprême qu'au temps même des apôtres. Bien plus, comme l'Eglise a aujourd'hui un empire plus étendu, comme elle est gouvernée par des hommes plus faibles, elle a besoin, plus que jamais, d'un pouvoir central afin de conserver son unité de foi et son uniformité de discipline.

Tous les privilèges qui ont été conférés à Pierre, et qui peuvent être considérés comme essentiels au gouvernement de l'Eglise, reviennent de droit aux évêques de Rome, comme successeurs du prince des apôtres ; au même titre que les pouvoirs constitutionnels donnés d'abord à Georges Washington, sont passés au titulaire actuel du fauteuil présidentiel.

Il est vrai, en dehors des prérogatives inhérentes à son office, Pierre possédait le pouvoir défaire des miracles et le don de l'inspiration. Le Pape ne revendique pas ces derniers dons : ils étaient personnels à Pierre et ils ne sont, en

aucune manière, essentiels au gouvernement de l'Eglise. Dieu agit envers son Eglise comme nous envers un tendre arbrisseau. Quand nous le plantons, nous l'arrosons et nous soulevons la terre autour de ses racines. Mais quand il a jeté de profondes racines, nous l'abandonnons au soin de la nature. De même, quand Jésus-Christ a tout d'abord planté son Eglise, il a nourri, il a fortifié son enfance par des dons miraculeux et extraordinaires ; mais une fois qu'elle est devenue un arbre aux proportions gigantesques, il l'a laissée au soin de sa Providence ordinaire.

De ce que je viens de dire, vous pouvez facilement conclure que les arguments en faveur de la suprématie de Pierre ont une égale force pour démontrer la suprématie des Papes.

Cependant, comme la question est d'une grande importance, j'essayerai de montrer par une évidence historique incontestable, que les papes, depuis le jour des apôtres, ont continué à exercer la suprême juridiction, non seulement dans les Eglises d'Occident, jusqu'à la Réforme, mais aussi dans les Eglises d'Orient, jusqu'au grand Schisme du neuvième siècle.

I. Prenez la question des appels. On n'en appelle jamais d'une cour supérieure à une cour inférieure, ni d'une cour à une autre d'une juridiction égale. Nous ne faisons pas appel de Washington à Richemond, mais de Richemond à Washington. Donc, si nous trouvons le siège de Rome, depuis la fondation du christianisme, accueillant et décidant tous les cas d'appel qui lui sont déférés par les Eglises d'Orient, si nous voyons que sa décision mettait irrévocablement fin aux controverses, nous serons en droit de conclure que la suprématie de Rome sur toutes les églises est un fait indéniable.

Je vais vous donner quelques exemples. Je commence par le pape saint Clément, troisième ou quatrième successeur de saint Pierre, dont saint Paul fait un magnifique

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éloge dans ses épîtres. Quelques dissensions et quelques scandales étaient survenus dans l'Eglise de Gorinlhe; le cas fut porté à la connaissance du pape Clément ; il exerça alors sa juridiction en envoyant des lettres de remontrances et de reproches aux Corinthiens. Le respect que l'on avait pour ces lettres était si grand que les fidèles de Gorinthe, un siècle plus tard, avaient l'habitude de les lire dans leurs églises. Pourquoi les Corinthiens en ont-ils appelé à Rome, si reculée vers l'Occident, et non à Ephèse si près de leur patrie, où vivait encore l'apôtre saint Jean ? Assurément parce que la juridiction d'Ephèse était particulière et celle de Rome universelle.

Vers l'an 190, la question du jour où il fallait célébrer la Pâque fut agitée en Orient et déférée au pape saint Victor P^ Les Eglises d'Orient célébraient cette fête le même jour que les juifs ; tandis qu'en Occident on la célébrait, comme on le fait encore aujourd'hui, le dimanche qui suit la pleine lune de l'équinoxe du printemps. Saint Victor, par amour pour l'unité, amène les Eglises d'Orient à se conformer à la pratique des évéques d'Occident, et ses instructions sont généralement suivies.

Denys, pontife de Rome vers le milieu du troisième siècle, apprend que le patriarche d'Alexandrie avait erré sur quelques points de foi; il demande des explications à l'évêque, qui pour obéir à son supérieur justifie promptement de son orthodoxie.

Saint Athanase, le grand patriarche d'Alexandrie au quatrième siècle^ en appelle au pape Jules P' d'une sentence injuste que des évéques d'Orient avaient portée contre \m\ Le pape annule la sentence du concile d'Orient.

Vers la même époque, saint Basile, archevêque de Gésarée, eut aussi recours, dans ses afflictions, au pape Damase.

^ Histokc ecclésiastique de Socraie, B, II, C, XV.

Saint Jean Ghrysoslome, patriarche de Gonstantinople, se tourne, au commencement du cinquième siècle, vers le pape Innocent P% pour être vengé des accusations portées contre lui par plusieurs évêques d'Orient, et par Timpératrice Eudoxie de Gonstantinople.

Saint Gyrille en appelle au pape Gélestin contre Nestorius, qui à son tour en appelle au même pape. Gyrille gagne sa cause auprès du pontife.

Théodoret, historien illustre et évêque de Gyrrhes, condamné par le conciliabule d'Ephèse en 449, fait appel au pape Léon dans le langage touchant que voici : « J'attends la décision de votre siège apostolique, et je supplie Votre Sainteté de protéger celui qui sollicite le secours de votre juste et sincère tribunal. Ordonnez que je vienne vers vous pour vous exposer mes doctrines

qui sont celles des apôtres Je vous supplie de ne

pas rejeter ma demande. Ne méprisez pas mes cheveux blancs... Avant tout, je vous conjure de me dire si je dois supporter ou non cette accusation. J'attends votre réponse. Si vous m'ordonnez de me tenir tranquille sur ce qui a été fait, je m'y résoudrai et ne troublerai plus personne. J'attendrai le jugement impartial de notre Dieu et Sauveur. Pour moi, le Tout-Puissant m'en est témoin, je ne cherche ni la gloire ni les honneurs. Je ne suis sensible qu'au scandale donné. Quelques fidèles encore faibles, surtout ceux que j'ai arrachés à plusieurs hérésies en considérant le siège qui m'a condamné, commencent à se demander si je ne suis pas un hérétique, étant par eux-mêmes incapables de discerner la vraie doctrine \ »

Jean, abbé de Gonstantinople, en appelle de la sentence du patriarche à celle de saint Grégoire, qui annule la décision du patriarche.

En 859, Photius écrivit une lettre au pape Nicolas ^^

1 Lettre 113.

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