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CHAPITRE XIX

LA GRACE. — LES SACREMENTS. — LE PÉCHÉ ORIGINEL. — LE BAPTÊME. — SA NÉCESSITÉ. — SES EFFETS. — MANIÈRE DE BAPTISER

La grâce est un secours surnaturel que Dieu nous accorde, par les mérites de Jésus-Christ, pour notre salut. Il est appelé surnaturel, parce que personne par ses propres forces ne peut l'obtenir.

Sans le secours de la grâce divine, nous ne pouvons ni concevoir ni accomplir rien d'utile pour la sanctification de nos âmes. « Par nous-mêmes, dit l'Apôtre, nous sommes incapables de rien penser, mais notre sufQsance vient de Dieu \ » « Car c'est Dieu qui opère en nous à la fois et le vouloir et le faire ^ » « qui conduisent au salut. » «Sans moi, dit notre Sauveur, vous ne pouvez rien \ »

Mais pour que la grâce puisse efficacement nous aider, il nous faut coopérer avec elle ou au moins ne pas lui résister.

On obtient surtout la grâce par la prière et par les sacrements. Un sacrement est un signe sensible institué par Jésus-Christ , ayant la vertu de conférer la grâce à nos âmes. Trois choses donc sont nécessaires pour un sacre-

* n Gorinthe, HI, 5.

2 Philippe, U, 13.

3 Jean, XV, 5.

ment: un signe visible, une grâce invisible et rinstitution de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Ainsi, dans le sacrement de baptême, nous avons le signe extérieur qui consiste dans l'effusion de l'eau, et dans la formule des paroles prononcées; la grâce ou sanctification qui est communiquée à l'âme: « qu'on vous baptise... et vous recevrez le don de l'Esprit saint *, » et la volonté de Jésus-Christ qui a dit: « Enseignez toutes les nations; baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit ^ »

Notre Sauveur a institué sept sacrements dont voici les noms: le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'extrême-onction, l'ordre et le mariage, dont je parlerai séparément.

Au témoignage des saintes Ecritures, l'homme avait été créé dans un état d'innocence et de sainteté : après avoir passé sur celte terre le nombre d'années qui lui aurait été fixé, il était destiné, sans passer parla mort, à être transporté dans les cieux, dans la société éternelle de Dieu. Mais par suite de sa désobéissance, il est tombé de ce haut état de sainteté ; son âme a été viciée par le péché; il a été soumis à la mort, aux différents maux de l'âme et du corps et il a perdu le droit à Vhérii^gQ céleste, La faute d'Adam ne s'est pas arrêtée à sa personne, elle a été transmise à toute sa postérité, avec sa longue suite de misères qui en ont été la dure conséquence. C'est ce qu'on appelle péché originel, parce qu'il vient de ceux qui les premiers nous ont engendrés. « Ainsi donc, dit saint Paul, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par lui la mort ; ainsi la mort est passée à tous les hommes par celui dans lequel tous ont péché \ » Dans un autre endroit il

1 Act., II, 38.

2 s. Matth., XXVin, 19.

3 Livre de la Sagesse, II, 23.

* Rom., V, 12.

LE PECHE OKIGINEL. 273

nous dit que « nous sommes, par nature, enfants de colère \ » « Qui peut, dit Job, rendre pur ce qui a été conçu par une semence impure, » ou comme la version des Septante s'exprime: « Il n'est personne exempt de faute, fût-ce même l'enfant dont la vie ne serait que d'un jour ^ » Un enfant d'un jour ne peut avoir commis aucun péché actuel, la faute doit donc provenir de l'offense originelle d'Adam. « Voilà, dit David, que j'ai été conçu dans l'iniquité, et c'est dans le péché que ma mère m'a conçu ^ » L'Ecriture nous dit encore que Jérémie et Jean-Baptiste furent sanctifiés avant leur naissance ou purifiés du péché. A cette période de leur existence, ils étaient certainement incapables de péché actuel. Ils avaient donc été purifiés de la souillure originelle. Ces passages montrent clairement que nous avons tous hérité de la faute de nos premiers parents, et que nous sommes nés ennemis de Dieu. Il n'est pas moins certain que ces textes s'appliquent à tous les membres de la famille humaine, à l'enfant d'un jour aussi bien qu'à l'homme et à l'adulte.

Cependant, en dehors même de la lumière de nos saintes Ecritures, nous n'avons qu'à jeter un regard sur nous, pour être convaincus que notre nature a subi un terrible choc. Gomment pouvons-nous expliquer et les misères etles infirmités de notre corps, et l'aveuglement de notre entendement, et la perversité de notre volonté, — inclinée vers le mal plutôt que vers le bien, — la violence de nos passions qui sont constamment en guerre dans notre cœur? La doctrine catholique explique bien cet état anormal.

Voilà pourquoi Pascal a dit avec vérité que l'homme est un plus grand mystère à lui-même sans le péché originel, que le mystère lui-même.

» Eph.,11, 3.

2 Job, XIV, 4.

3Ps.,L, 7.

L'Eglise toutefois déclare que la bienheureuse Vierge Marie a été exempte de la souillure du péché originel par les mérites de notre Sauveur Jésus-Christ, et que par conséquent, elle n'a jamais été un seul instant sous la domination de Satan. Voilà ce qu'on entend par la doctrine de rimmaculée-Gonception.

Mais Dieu^ en prononçant la sentence de condamnation contre Adam, l'a consolé par la promesse du Rédempteur à venir. « Je mettrai des inimitiés, dit le Seigneur, entre toi et la femme, entre ta race et la sienne, elle t'écrasera la tête \ »

Jésus, le fils de Marie, est celui qui a été choisi et destiné à écraser la tête du serpent infernal.

Et, « lorsque la plénitude des temps est venue. Dieu a envoyé son Fils né de la femme... afin qu'il put racheter ceux qui étaient sous la loi, afin que nous recevions l'adoption des enfants ^ »

Jésus-Christ notre rédempteur est venu purifier notre cœur de toutes ses souillures, et nous rétablir dans cette divine amitié que nous avions perdue par le péché d'Adam. C'est le second Adam qui est venu réparer l'iniquité du premier. Ce fut le privilège de notre Sauveur de prescrire les conditions par lesquelles notre réconciliation avec Dieu devait s'opérer.

Maintenant il nous dit, dans son Evangile, que le baptême est le seul moyen nécessaire établi pour enlever la tache du péché originel, c'est la seule porte qui nous donne accès dans son Eglise que nous pourrions appeler le second Eden. Nous devons nous soumettre à une nouvelle naissance avant d'entrer dans le royaume des cieux.

L'eau est l'élément propre à réaliser cette nouvelle naissance ; elle indique la pureté intérieure de l'âme, et

1 Genèse, m, 15.

2 Gai., lY, 4, 5.

LE BAPTEME. 275

le Saint-Esprit qui nous donne la vie spirituelle est son auteur.

L'Eglise nous enseigne que le baptême est nécessaire à tous, aux enfants aussi bien qu'aux adultes, et que sa doctrine repose sur les preuves suivantes :

Notre-Seigneur dit à Nicodème : « En vérité, je vous le dis, à moins qu'un homme ne renaisse de l'eau et du Saint- Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu \ »

Ces paroles embrassent toute la famille humaine, sans égard à l'âge ou au sexe, comme cela parait par le texte grec, car v.; qui est rendu par le mot homme dans notre langue, désigne le genre humain dans son acception la plus large.

Les Actes des Apôtres et les Epîtres de saint Paul qui ne contiennent pourtant que le récit abrégé du ministère des apôtres, insinuent que les apôtres ont baptisé les enfants aussi bien que les personnes adultes ; on nous dit par exemple que Lydia « fut baptisée et toute sa maison^ » par saint Paul, et que le geôlier « fut baptisé et toute sa famille \ y>

Le même apôtre a baptisé aussi « la maison d'Etienne *. »

Quoiqu'il ne soit pas expressément établi qu'il y eût des enfants dans ces familles baptisées, une présomption nous porte fortement à croire qu'il y en avait. Mais s'il reste encore un doute sur la pratique qu'avaient les apôtres débaptiser les enfants, il disparaît entièrement si on s'en rapporte aux écrivains des premiers siècles de l'Eglise, qui, en leur qualité de successeurs immédiats des apôtres doivent être considérés comme les meilleurs interprètes de leurs doctrines et de leur conduite.

Saint Irénée, disciple de Polycarpe, qui était lui^

* s. Jean, Ul, o.

2 Actes, XVI, lo.

3 /6id., XVI, 33.

* Corint., I, Ib.

même disciple de saint Jean l'Evangéliste dit « que le Christ est venu nous sauver tous par lui, tous ceux dis-je qui sont nés de nouveau (ou baptisés) en lui— les enfants, les jeunes gens et les vieillards ^ »

Origéne, qui vivait quelques années après, écrit « que

l'Eglise a reçu des apôtres la tradition de conférer le

baptême aux enfants^ » La primitiveEglise d'Afrique nous

apporte un témoignage triomphant en faveur du baptême

^.es enfants. Saint Cyprien et soixante-six prélats suffragants,

tinrent un concile dans la ville métropolitaine de Carthage

en l'année 253. Tandis que le concile tient ses sessions, un

évêquedunom de Fidus écrit aux Pères, pour leur demander

s'il faut baptiser les enfants avant que le huitième jour

de leur naissance se soit écoulé, ou le huitième jour

d'accord avec la pratique de la circoncision. Les évêques

souscrivirent unanimement la réponse suivante : « Pour ce

qui concerne le baptême des enfants, nous avons tous

décidé que la miséricorde et la grâce de Dieu ne devaient

être refusées à aucun être vivant depuis le jour de sa

naissance. Si, aux plus grandes fautes, la miséricorde est

nécessaire, combien moins doivent être repoussés des

enfants nouveau-nés en Adam , qui ont contracté, dans

leur première naissance, la contagion de l'ancienne mort\»

Le concile d'Afrique affirme deux faits d une importance capitale: la contagion universelle par la faute d'Adam, et aussi la nécessité du baptême sans distinction d'âge. A l'occasion de celte décision je ferai deux observations:

1*^ Fidus n'interroge pas sur la nécessité du baptême des enfants, qu'il admettait, mais sur la convenance de le conférer le huitième jour, à l'imitation de la loi Juive sur la circoncision. 2*^ Les évéques assemblés en concile étaient aussi nombreux que l'épiscopat des Etats-Unis qui compte

' Livre H, Ad Ilœrcticos.

2 Epist. ad Romanos.

•^ Epist. ad Fidum.

hE BAPTEME. 277

environ cinq mille prêtres et plus de six millions de catholiques. Nous pouvons donc raisonnablement conclure que le jugement du concile d'Afrique représentait la foi de plusieurs milliers de prêtres, et de plusieurs millions de catholiques.

Saint Augustin, commentant cette décision, fait observer à bon droit que saint Gyprien et ses collègues ne portèrent pas un nouveau décret, mais maintinrent plus fermement la foi de l'Eglise. Et c'est le sentiment unanime de la tradition depuis les apôtres jusqu'à nos jours.

Il n'est pas moins ridicule qu^impie de voir au seizième siècle quelques fanatiques allemands, élever leur faible voix, contre les voix retentissantes de la catholicité tout entière, pour décrier une pratique qui a été considérée universellement comme sacrée et essentielle I

Et en jugeant les enseignements de l'antiquité apostolique d'un côté, et de l'autre ceux des anabaptistes, il n'est pas difficile de déterminer de quel côté se trouve la vérité, car que devient l'Eglise chrétienne si elle a erré sur des points aussi importants que le baptême, pendant la première période de son existence ?

Le péché originel, comme l'a dit saint Paul, est universel. Tout enfant est donc, à sa naissance, coupable du péché de désobéissance commis par Adam. Or, l'Ecriture nous dit que rien de souillé ne peut entrer dans le royaume des cieux \ Le baptême qui purifie le péché originel, est donc aussi essentiel pour les enfants que pour les hommes faits, puisque tous doivent entrer dans le royaume des cieux.

J'ai dit que la régénération est nécessaire pour tous. Mais il est important de remarquer, que si un homme se repent fortement de ses péchés, s'il aime Dieu de tout son cœur, s'il désire remplir tous les préceptes divins relatifs

* Apocalypse, XXI, 27.

au baptême, mais qu'il n'ait pas le moyen de le recevoir, ou que de bonne foi il ignore son absolue nécessité, Dieu, dans ce cas, accepte la volonté pour l'acte. Que cet homme meure dans de semblables dispositions, il est sauvé par le baptême de désir. De même, si une personne non baptisée subit volontairement la mort pour Notre-Seigneur, sa mort est acceptée comme un équivalent bien supérieur au baptême, carelle meurt non seulement sanctifiée mais elle portera la couronne du martyre. Elle est baptisée dans son propre sang. — Mais n'est-ce pas une doctrine cruelle et sans entrailles que celle qui exclut du ciel un si grand nombre d'enfants innocents, qui n'ont jamais commis un seul péché actuel? Je réponds : Dieu n'a-t-il pas déclaré que le baptême est nécessaire pour tous? Et Dieu n'est-il pas la suprême sagesse, la suprême justice et la suprême miséricorde? Je suis sûr dés lors qu'il n'y a rien de cruel ou d'injuste dans ses décrets. Le devoir de la raison consistée montrer que Dieu a parlé. Ce fait de la révélation une fois constaté, avec certitude, nos investigations doivent cesser, la foi et l'obéissance commencent, au lieu de décrier d'une manière impie les décrets -divins, écrions-nous avec l'Apôtre : « 0 profondeur des richesses, de la sagesse et de la science de Dieu ! Combien sont incompréhensibles ses jugements, et ses voies inénarrables! Qui a connu la pensée du Seigneur ? qui a été admis dans ses conseils ^ ?• Laissez-moi vous rappeler que le ciel est un bien auquel personne d'entre nous n'a ni droit ni titre naturels, il nous a été promis par la pure libéralité de Dieu. Dieu peut rejeter ou adopter celui qui lui plaît et sans injustice, il peut déterminer les conditions permettant de recevoir les dons qu'il nous offre. Si votre enfant est privé du ciel pour n'avoir pas reçu le baptême. Dieu n'est pas injuste parce qu'il ne viole aucun droit conférant à votre enfant un titre

» Rom., XI, 33-34

LE BAPTEME. 279

inaliénable. Si votre enfant reçoit la grâce du baptême, offrez-lui-en de pieuses actions de grâces.

C'est le moment d'exposer en quelques mots ce que l'Eglise admet sur l'état futur des enfants qui meurent sans baptême. Quoique l'Eglise, soumise à la parole de Dieu, déclare que les enfants non baptisés sont exclus du royaume des cieux, il n'en faudrait pas conclure qu'ils sont destinés à prendre place avec les réprouvés. Jamais on n'a regardé comme condamnés au feu de l'enfer que ceux qui ont mérité la vengeance divine par leurs propres péchés.

Tout ce que l'Eglise afïîrme sur ce point, c'est que les enfants non régénérés sont privés de la vision béatifique, ou de la possession de Dieu qui constitue le bonheur essentiel des élus.

Or, entre le suprême bonheur du ciel et les tourments des réprouvés, il y a une distance immense.

Tous admettent que la condition des enfants morts sans baptême vaut mieux que la non-existence. Il est des écrivains catholiques remarquables qui vont jusqu'à affirmer que les enfants, morts sans baptême, jouissent d'un certain degré de bonheur naturel fondé sur la connaissance naturelle et l'amour des perfections de Dieu.

Par ce qui a été dit, vous pouvez voir combien est répréhensible la conduite des parents catholiques qui négligent de faire baptiser leurs enfants le plus tôt possible, exposant de la sorte leurs âmes, ainsi que celles de leurs innocents rejetons, à un malheur éternel. Combien différente était la pratique des premiers chrétiens, qui, comme saint Augustin l'atteste, accouraient avec leurs nouveau-nés aux fonts baptismaux,afin qu'ils ne fussent pas privés de la grâce de la régénération.

Si un enfant est malade, on n'épargne aucune dépense pour lui sauver la vie. Le médecin est appelé, le remède donné; la mère passera des nuits sans sommeil pour surveiller les moindres mouvements de l'enfant, elle sacrifiera

son repos, sa santé, elle fera plus, elle exposera même sa vie afin de sauver celle de l'enfant qu'elle a mis au monde. Et pourtant le bonheur surnaturel de l'enfant est trop souvent mis enpérilsans remords, par suite du retard criminel que l'on met à demander le baptême. Mais si l'on doit condamner ceux qui négligent de faire baptiser leurs enfants, que faudra-t-il penser de ces hommes plus ou moins nombreux, professant même le christianisme et qui* par principe, refusent le baptême aux petits enfants, jusqu'à ce que ceux-ci aient atteint l'âge de discrétion? Que devons-nous penser de ceux qui préfèrent leur jugement à celui des Ecritures, des premiers Pères de l'Eglise et de la pratique universelle du christianisme?

Nous pouvons sourire d'une opinion théologique quelque nouvelle et erronée qu'elle soit, tant qu'elle n'entraîne pas de dangereuses conséquences. Mais quand elle porte sur une question de vie ou de mort, combien est terrible la responsabilité de ceux qui propagent de semblables doctrines. La conduite contradictoire tenue par l'Eglise catholique ou par les anabaptistes, à l'endroit des nouveau-nés, peut être comparée à celle de la vraie et de la fausse mère qui réclamaient l'enfant au tribunal de Salomon. Le roi s'écria: « Coupez l'enfant en deux, et donnez-en une moitié à la première et l'autre à la seconde. » La prétendue mère y consentit tout de suite: Qu'il ne soit ni à vous ni à moi, dit-elle, oui, coupez-le. « Mais la femme dont l'enfant était vivant, dit au roi (car ses entrailles s'étaient émues en entendant son jugement) : Je vous en supplie, donnezlui l'enfant vivant, et ne le tuez pas. » Pendant que l'Eglise anabaptiste\eut condamner les enfants à perdre la vie spirituelle, la vraie mère, l'Eglise catholique s'écrie: Veillez sur l'enfant, pourvoyez à ce que sa vie spirituelle soit conservée, tant qu'il est dans vos mains. Qu'il soit revêtu de la robe d'innocence même par un étranger. Qu'il soit nourri sur le sein d'une marâtre : j'y consens, irvaut

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