LE SACREMENT DE CONFIRMATION
Les mains des évêques épiscopaux sont paralysées par Tacte de suicide des réformateurs, qui refusent positivement toute efficacité au rite qu'ils administrent.
CIIAl'lTllE XXI
LA SAINTE EUGHAIUSTIE
Parmi les différents dogmes de l'Eglise catholique, il n'en est pas qui repose sur une autorité plus grande, que celui de la présence réelle de Jésus-Christ dans la sainte Eucharistie. Les passages du Nouveau Testament qui se rapportent à ce sujet sont si nombreux et si clairs, que je suis embarrassé pour fixer mon choix, et que je trouve difficile de les réunir tous dans l'espace de ce court chapitre.
Les évangélistes ne se sont jamais appesantis sur les mêmes mystères de la religion. Ils ont eu plutôt pour but de se suppléer l'un l'autre, de telle sorte que l'un mentionne ce que l'autre aura omis ou légèrement touché dans sa course rapide. Mais à l'endroit de la sainte Eucharistie, les écrivains sacrés suivent une méthode sensiblement différente. Nous trouvons que les quatre évangélistes, réunis à saint Paul, ont écrit d'une manière si explicite et si abondante sur ce sujet, qu'un seul suffirait amplement pour prouver le dogme, sans les prendre collectivement.
Ces cinq auteurs inspirés ont donné le poids de leur témoignage individuel à la doctrine de l'Eucharistie, parce qu'ils ont prévu (ou plutôt le Saint-Esprit parlait
par eux) que ce grand mystère, qui exige un si grand exercice de la foi, et qui ordonne de plier notre « intelligence sous Tobéissance du Christ ^ » rencontrerait de l'opposition, dans le cours des temps, de la part de ceux qui osent rapetisser ainsi la parole infaillible de Dieu à la taille de leur jugement propre soumis à l'erreur.
Je choisirai trois classes d'arguments, pris dans le Nouveau Testament, qui démontrent suffisamment la présence réelle du Christ dans le Saint-Sacrement : la première a trait à la promesse de l'Eucharistie ; la seconde à son institution; la troisième regarde son usage parmi les fidèles.
Je commence par les paroles de la promesse. Tandis que Jésus prêchait sur les bords de la mer de Galilée, une multitude de peuple le suivait, comme d'habitude, attirée par les miracles qu'il accomplissait, et par les paroles de salut qu'il faisait entendre. Voyant que le peuple n'avait pas de nourriture, il multiplia cinq pains et deux poissons, si bien qu'ils purent fournir aux besoins de cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants.
Notre-Seigneur jugea le moment favorable, pour parler du sacrement de son corps et de son sang qu'il devait distribuer, non à quelques milliers, mais à des millions d'âmes; non dans un seul lieu, mais partout; non à une seule époque, mais tous les jours jusqu'à la fin du monde. « Je suis, dit Jésus à ses auditeurs, le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts... Je suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement : et le pain que je donnerai, c'est ma chair, pour le salut du monde. » Les Juifs disputaient entre eux disant : « Comment peut-il nous donner sa chair à manger? » Alors Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis : à
1 Corint., X, 5.
moÎDS que vous ne mangiez la chair du Fils de l'homme, et que vous ne buviez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage*. »
Si vous aviez été parmi les auditeurs de notre Sauveur en pareille circonstance, n'auriez-vous pas été porté, par la noble simplicité de ses paroles, à croire qu'il parlait vraiment de son corps et de son sang? Son langage, en effet, n'est pas susceptible d'une autre interprétation.
Quand notre Sauveur dit aux Juifs : « Vos pères, qui ont mangé la manne, sont morts... Mais celui qui mange ce pain (eucharistique) vivra toujours,» il voulait évidemment affirmer la supériorité de la nourriture qu'il nous donnait, sur la manne qui avait été donnée aux enfants d'Israël.
Si l'Eucharistie n'était que du pain et du vin commémoratifs, au lieu d'être supérieure à la manne, elle lui serait inférieure; car la manne était une nourriture surnaturelle, céleste, miraculeuse, tandis que le pain et le vin sont une nourriture naturelle et terrestre.
Les interprètes les meilleurs et les plus dignes de foi des paroles du Sauveur sont certainement la multitude, et les disciples qui l'écoutaient. Ils entendaient tous ses paroles dans le même sens que l'Eglise catholique. Ils croyaient que notre Sauveur parlait littéralement de son corps et de son sang. Les évangélistes nous disent que les Juifs « discutaient entre eux en disant : Gomment peut-il nous donner sa chair à manger? » Et même ses disciples, tout en évitant le langage irrespectueux de la multitude, laissaient percer leur doute sous cette forme plus radoucie : « Cette parole est dure, et qui peut l'écouter^? » Ils furent
1 s. Jean, VI, 48-56.
2 s. Jean, VI, 61.
tellement choqués par la promesse de notre Sauveur qu'après cela « un grand nombre de ses disciples s'en allèrent et ne revinrent plus ^)) Ils montraient évidemment par leurs paroles et leur conduite, qu'ils comprenaient que Jésus avait parlé littéralement de sa chair; car s'ils avaient interprété ses paroles dans un sens figuratif, ils ne les auraient pas trouvées dures, et ils n'auraient pas été portés à abandonner leur maître.
Mais, me dira-t-on peut-être, les disciples et les Juifs qui entendaient notre Sauveur l'ont mal compris, prenant ses paroles dans un sens littéral, tandis qu'il leur avait parlé dans un sens figuratif. Il est facile de réfuter cette objection. Sans doute, il est arrivé assez souvent que notre Sauveur a été mal compris par ses auditeurs. En pareilles circonstances, il a toujours pris soin d'éloigner de leur esprit la fausse impression qu'ils avaient reçue, en établissant le vrai sens dans un langage simple. Ainsi, par exemple, ayant dit à Nicodème que si un homme ne renaît il ne peut entrer dans le royaume des cieux, et, ayant remarqué que sa pensée n'avait pas été bien comprise par ce disciple, notre Sauveur ajouta : « A moins qu^un homme ne renaisse de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume des cieux ^ » Et de nouveau, comme il mettait en garde ses disciples contre le levain des Pharisiens, trouvant qu'ils avaient donné un sens erroné à ses paroles, il ajouta aussitôt qu'ils avaient à se prémunir contre « la doctrine des Pharisiens ^ »
Dans la circonstance actuelle, notre Sauveur change-t-il son langage, quand il voit que ses paroles sont prises au sens littéral ? Dit-il à ses auditeurs qu'il a parlé dans un sens figuré? Adoucit-il le ton de ses expressions? Loin de là. Au lieu de tempérer la force de ses paroles, il reprend
1 s. Jean, VI, 67.
2 S. Jean, lU.
3 S. Matth., XVI,
ce qu'il a déjà dit, et dans un langage bien plus emphatique : « En yérité, en vérité, je vous le dis, à moins que vous ne mangiez la chair du Fils de l'homme et que vous ne buviez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. »
Quand notre Sauveur vit les Juifs et plusieurs de ses disciples l'abandonner, se tournant vers les douze qu'il s'était choisis, il leur dit vivement : « Voulez-vous aussi vous retirer? » Et Simon-Pierre de répondre : « A qui irons-nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle 1 »
A votre tour aussi, mon cher lecteur, vous devez choisir. Répondrez-vous comme les Juifs, ou comme les disciples de peu de foi, ou comme Pierre? Ah ! que quelques-uns disent avec les Juifs sans foi : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger?» Que quelques autres redisent avec les disciples incrédules : « C'est une dure parole, et qui peut l'entendre? » Mais dites avec Pierre : « Seigneur, à qui irons-nous ? Vous avez les paroles de la vie éternelle^ I »
Jusqu'ici je me suis appesanti sur les paroles de la promesse. Je vais maintenant donner les paroles de l'institution, qui sont rapportées à peu près dans les mÔQies termes par saint Matthieu, saint Marc, et saint Luc. Dans l'Evangile selon saint Matthieu nous lisons le récit suivant: « Tandis qu'ils étaient à table, Jésus prit du pain, le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant: Prenez et mangez : ceci est mon corps. Prenant ensuite le calice, il rendit grâces, le leur donna en disant: Buvez-en tous, car c'est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour beaucoup, pour la rémission des péchés ^ »
Comparez, je vous prie, le dernier texte de la promesse avec celui-ci. Quel rapport intime ils ont l'un avec l'autre; ils sont comme les deux anneaux d'une chaîne I Avec
1 s. Jean, VI, 68, 69.
2 s. Matth., XXVI, 26, 28.
quelle fidélité Jésus a rempli la promesse qu'il avait faite I Pourrait-on exprimer cette pensée avec des termes plus clairs : « Ceci est mon corps ; ceci est mon sang? »
Pourquoi l'interprétation catholique est-elle rejetée par les protestants? Est-ce que par lui-même le texte est obscur et ambigu? Point du tout; mais parce qu'ils ne comprennent pas comment Dieu peut opérer un miracle aussi étonnant, que celui de donner son corps et son sang en nourriture spirituelle.
Faut-il mesurer le pouvoir de la miséricorde divine à la faible règle de l'entendement humain? N'est-il permis au Très-Haut de faire que ce que nous pouvons concevoir par notre raison? Faut-il déclarer une chose impossible parce que nous n'en pouvons voir la possibilité?
Dieu n'a-t-il pas créé le ciel et la terre de rien par le seul fiat de sa parole ? Quel mystère pourtant ! Ne tient-il pas le monde suspendu dans l'espace ? Ne transforme-t-il pas la faible tige en un grain substantiel ? N'a-t-il pas nourri plus de cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons? Quel mystère I N'a-t-il pas fait pleuvoir la manne du haut des cieux pendant quarante ans, pour nourrir les enfants d'Israël dans le désert? En Egypte n'at-il pas converti les rivières en fleuves de sang, et aux noces de Gana changé l'eau en vin ? Ne fait-il pas tous les jours des âmes pieuses les temples du Saint-Esprit? Aurons-nous la témérité d'afQrmer, au mépris de la déclaration expresse du Seigneur, que Dieu, qui opère toutes ces merveilles, est incapable de changer le pain et le vin en son corps et en son sang pour en faire la nourriture de nos âmes?
C'est, me dites-vous, un mystère au-dessus de notre compréhension. C'est un mystère cependant. Toute religion qui rejette une vérité révélée parce qu'elle est incompréhensible, renferme en elle-même des germes de dissolution, et s'éteindra dans le rationalisme. Le mystère
ne nous enveloppe-t-il pas de tous côtés? Ne sommesnous pas un mystère à nous-mêmes ? Expliquez-moi comment l'âme anime et pénètre tout le corps, comment la main se meut au commandement de la volonté. Expliquez-moi le mystère de la vie et de la mort ?
L'Ecriture n'est-elle pas remplie demystères? Ne croyezvous pas à la Trinité, ce mystère non seulement au-dessus, mais en apparence, contre la raison? N'admettez-vous pas l'Incarnation, — que le faible enfant de Bethléem était Dieu? Je comprends que les rationalistes niant tout ce qui est surnaturel, rejettent la présence réelle ; mais que des chrétiens n'acceptent pas l'autorité de la Bible, c'est pour moi inexplicable.
Ceux qui rejettent l'interprétation catholique expliquent-ils de manière à se satisfaire eux-mêmes ce texte : « Ceci est mon corps?» Hélas I c'est ici que leur embarras commence. Quelques années seulement après que les premiers réformateurs eurent rejeté la doctrine catholique de l'Eucharistie, on n'avait pas donné moins décent significations différentes à ces paroles : « Ceci est mon corps. » 11 est plus facile de détruire que de rebâtir.
Laissez-moi ajouter quelques preuves en faveur de l'interprétation catholique ou littérale. Pour nous conformer à une règle généralement admise dans l'interprétation de la sainte Ecriture, nous devons toujours donner aux paroles leur sens littéral, à moins qu'un motif spécial ne nous oblige à leur prêter un sens figuratif. Dans l'exemple présent, bien loin d'être obligés de donner aux paroles citées plus haut un sens figuratif, toutes les circonstances rapprochées du moment où elles ont été prononcées, nous imposent le devoir strict de les interpréter dans leur sens le plus littéral.
A qui notre Sauveur adresse-t-il ces paroles ? A quel moment et dans quelles circonstances les a-t-il prononcées ? Il s'adressait à ses quelques disciples qu'il avait choisis, à
LA SATNTE EUCHARISTIE. 299
qui il avait promis de parler désormais, non en paraboles ou dans un langage obscur, mais avec des paroles pleines de simplicité et de vérité. Il les prononça la nuit qui précéda sa Passion. Quand est-ce qu'un homme emploie un langage plus clair que sur le point de mourir?
Ces paroles : « Ceci est mon corps; ceci est mon sang, » formaient un nouveau dogme de foi que tous devaient croire, et des préceptes nouveaux que tous devaient rigoureusement observer. Ce furent les dernières paroles et comme le testament de notre Sauveur bien-aimé. Quel langage doit être plus clair que celui qui renferme un article de foi ? Quelles paroles doivent être plus exemptes de métaphore et de figures que celles qui mettent une loi nouvelle en vigueur ? Mais surtout, où trouverez-vous des paroles plus claires et moins ornées que celles qui expriment les dernières volontés ?
Si nous expliquons ces paroles dans leur sens clair et naturel, c'est-à-dire catholique, on ne saurait trouver un langage à la fois plus simple et plus intelligible. Si nous nous éloignons de l'interprétation catholique, il est impossible de leur donner une signification raisonnable.
Arrivons maintenant à la troisième classe des textes tirés de l'Ecriture, se rapportant à l'usage ou à la réception de ce sacrement parmi les fidèles.
Quand Jésus, comme vous le savez, eut institué l'Eucharistie, à la dernière cène, il ordonnaàses disciples età leurs successeurs, de renouveler jusqu'à la fin des temps, en mémoire de lui, le rit sacré qu'il venait d'accomplir. Ce que j'ai fait, à votre tour faites-le « en mémoire de moi \ »
Nous avons les moyens les plus certains de connaître quelle a été la doctrine des apôtres envers l'Eucharistie, en examinant ce qu'ils ont fait en mémoire de Notre-
* s. Luc, XXII, 19.
Seigneur. N'ont-ils distribué que du pain et du vin aux fidèles? ou ont-ils consacré, comme ils le croyaient, le corps et le sang de Jésus-Christ? S'ils ont cru, s'ils ont professé ne donner que du pain et du vin en mémoire de la cène du Sauveur, l'interprétation catholique croule entièrement. Si, au contraire, nous trouvons que les apôtres et leurs successeurs, du premier siècle jusqu'au neuvième, ont fait profession de consacrer et de distribuer le corps et le sang du Christ, et de le faire par la vertu du commandement de leur Sauveur, l'interprétation catholique est seule admissible.
Que saint Paul soit notre premier témoin. Songez pour un moment que vous êtes un membredela primitive Eglise réunie à Gorinthe. On lit une lettre de l'apôtre saint Paul, dans laquelle se trouvent les paroles suivantes : « N'est-il pas vrai que le calice de bénédiction que nous bénissons est la communion du sang de Jésus-Christ? et que le pain que nous rompons est la communion du corps du Seigneur?... Car c'est du Seigneur que j'ai reçu ce que je vous ai enseigné, à savoir : que le Seigneur Jésus, dans la nuit même qu'il fut livré, prit du pain et rendant grâces le rompit en disant : « Prenez et mangez. Ceci est mon corps « qui sera livré pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. » Prenant de même, après le souper, le calice il dit: «Ce « calice est la nouvelle alliance en mon sang. Faites ceci en « mémoire de moi toutes les fois que vous le boirez. » Car quiconque mangera ce pain et boira ce calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Que l'homme s'éprouve d'abord, et qu'alors seulement il mange de ce pain et boive à ce calice. Car celui qui mange et boit indignement, mange et boit son jugement, ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur^. »
Saint Paul pouvait-il exprimer plus clairement qu'il l'a
1 I Corint., X, 16, et XI, 23, 29.
fait, sa croyance à la présence réelle ? L'Apôtre affirme nettement que le calice et le pain que lui et les apôtres ses confrères bénissent, est la participation au corps et au sang de Jésus-Christ. Et assurément personne ne pouvait le dire, en mangeant un pain ordinaire. Remarquez ces paroles de l'Apôtre : Quiconque recevra ce sacrement indignement « sera coupable du corps et du sang du Seigneur. » Quel crime détestable ! Car ces paroles signifient que ceux qui reçoivent le sacrement indignement, seront coupables du péché de haute trahison, celui d'avoir répandu en vain le sang de leur Seigneur. — Gomment serait-on coupable d'un crime aussi énorme, si l'on n'avait pris dans l'Eucharistie, qu'un peu de pain ou un peu de vin? Un homme sera-t-il accusé d'homicide, en cette république, pour avoir exercé une violence sur la statue ou sur le portrait du gouverneur? Certainement non. De même saint Paul serait-il assez peu raisonnable pour déclarer un homme coupable d'avoir foulé aux pieds le sang de son Sauveur, en buvant d'une manière indigne un peu de vin en mémoire de lui.
Etudiez également ces paroles : « Celui qui mange et boit indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur. » Celui qui communie d'une manière indigne, accusé de ne pas reconnaître ou de ne pas discerner dans l'Eucharistie le corps du Seigneur, s'il n'avait devant lui que du pain et du vin? Ainsi donc si les paroles de saint Paul sont prises dans le sens figuratif, elles sont exagérées, torturées, forcées dans les termes, elles restent sans signification et sans vérité. Mais si on les prend littéralement, elles sont pleines de sens, d'une signification terrible, elles sont l'éloquent commentaire des paroles que j'ai citées des Evangélistes.
Les Pères de l'Eglise, sans exception, reproduisent le langage de l'Apôtre des Gentils, en proclamant la présence
réelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie. J'ai compté les noms de soixante-trois Pères, et éminents écrivains ecclésiastiques enseignant avec éclat entre le premier et le sixième siècle, et tous proclament la présence réelle, — les uns en exposant le mystère, les autres en remerciant Dieu pour ce don inestimable, d'autres en exhortant les fidèles à le recevoir dignement. Dans cette armée de témoins, je n'en puis choisir que quelques-uns, et je les prends au hasard.
Saint Ignace, disciple de saint Pierre, parlant d'une secte appelée gnostiques, dit : « Ils s'abstiennent de l'Eucharistie et de toute prière, parce qu'ils ne confessent pas que l'Eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus- Christ. »
Saint Justin, dans une apologie à l'empereur Antonin, écrivait au second siècle : « Nous ne recevons pas ces choses comme un pain et une boisson ordinaires. Mais comme Jésus-Christ notre Sauveur a été fait chair par la parole de Dieu, on nous a appris que l'Eucharistie est à la fois la chair et le sang du mihne Jésus incarné. »
Origéne (au troisième siècle) écrit : « Si vous montez avec le Christ pour célébrer la Pâques, il vous donnera ce pain de bénédiction qui est son propre corps, et il vous accordera son propre sang. »
Saint Cyrille de Jérusalem (au quatrième siècle) dit, dans les instructions qu'il adresse aux catéchumènes : « Ayant lui-même déclaré que ceci est son corps, qui osera en douter? Ayant dit lui-même : Ceci est mon sang, qui osera le révoquer en doute et dire : Ceci n'est pas son sang? Il a autrefois, à Cana, changé l'eau en vin qui a quelque rapport avec le sang ; et il ne mérite pas créance quand il a changé le vin en sang? » Ne semble-t-il pas qu'il argumente contre les incrédules modernes?
Saint Jean Chrysostome, qui mourut au commencement du cinquième siècle, prêchant sur l'Eucharistie : « Si
VOUS étiez, dit-il, incorporels, il vous accorderait ces mêmes dons incorporels sans les couvrir. Mais puisque l'âme est unie au corps, il nous accorde, sous des choses perceptibles aux sens, d'autres choses qui doivent être saisies par l'entendement. Combien, de nos jours, disent : «Que ne pouvons-nous voir le maintien de Jésus, son visage, ses vêtements, sa chaussure ?» Le voilà, vous le touchez, vous le mangez I
Saint Augustin, s'adressant aux nouveaux baptisés, leur dit : c( Je vous ai promis un discours dans lequel je devais vous développer le sacrement de la table du Seigneur, que vous contemplez à l'instant même, et dont vous avez été rendus participants la nuit dernière. Le pain que vous voyez sur l'autel, après avoir été sanctifié par la parole de Dieu, devient le corps du Christ. Ce calice, après avoir été sanctifié par la parole de Dieu, devient le sang du Christ. »
Mais pourquoi multiplier les autorités? A l'heure actuelle, toutes les communions chrétiennes, les protestants exceptés, répandues dans l'univers, professent la croyance à la présence réelle du Christ dans le sacrement.
Les Nestoriens et les Eutychéens, qui se sont séparés de l'Eglise catholique au cinquième siècle, admettent la présence corporelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie, Telle est la foi de l'Eglise grecque qui, depuis mille ans, a brisé l'union avec nous, aussi bien que de l'Eglise russe actuelle. Telle est la doctrine des Cophtes schismatiques, des Assyriens, des Chaldéens, des Arméniens, et, en résumé, de toutes les sectes orientales qui ne sont plus en communication avec le siège de Rome.
CHAriTRE XXII
Notre Sauveur a donné la communion sous les deux espèces du pain et du vin, à la dernière Gène, à ses apôtres. Les évêques et les prêtres qui célèbrent nos saints mystères sont obligés de communier sous deux espèces. Cependant le Jeudi-Saint, tous les prêtres, de quelque rang qu'ils soient, le Pape compris, ne reçoivent que le pain consacré, à moins qu'ils ne célèbrent eux-mêmes.
L'Eglise nous enseigne que Jésus-Christ est contenu complètement et tout entier sous chaque espèce, de telle sorte que celui qui communie sous l'espèce du pain ou du vin ne reçoit pas un sacrement mutilé ou un sacrement divisé, mais participe à tout le sacrement aussi complètement que s'il recevait les deux espèces. Ainsi le laïque qui reçoit le pain consacré, participe aussi abondamment au corps et au sang de Jésus-Christ, que le célébrant qui reçoit les deux éléments consacrés.
Notre-Seigneur dit : « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si un homme mange de ce pain, il vivra à jamais, et le pain que je vous donnerai, c'est ma chair, pour la vie du monde... Celui qui me mange vivra par moi. Celui qui mange ce pain vivra toujours \ »
D'après ce passage, il est évident que quiconque com-
* s. Jean, VI, 151 et suiv.
munie sous l'espèce du pain communie à la chair vivante de Jésus-Christ inséparable de son sang, et qui, à cause de son état glorieux, ne peut être divisée, car « Jésus- Christ, une fois ressuscité, ne meurt plus \ » Notre- Seigneur, dans ces paroles, ne parle point du calice sacramentel , mais seulement du pain eucharistique , auquel il attribue toute l'efiQcacité attachée à la communion, même sous les deux espèces, c'est-à-dire l'union avec lui, la vie spirituelle, le salut éternel.
Saint Paul, écrivant aux Corinthiens, dit : « Quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement sera coupable du corps et du sang du Sauveur ^ » 1/ Apôtre déclare nettement ici que pour une participation indigne à la Cène du Seigneur, soit sous l'espèce du pain, soit sous l'espèce du vin, nous profanons tout à la fois le corps et le sang de Jésus-Christ. Comment pourrait-il en être ainsi si Jésus-Christ n'était pas complètement renfermé sous chaque espèce ? L'Apôtre affirme avec tant de force la doctrine catholique que les traducteurs protestants ont falsifié ce texte en le rendant ainsi : « Celui qui mangera ce pain et boira ce calice, » substituant le mot et à la conjonction ou, contrairement à l'original grec d'où la version catholique a été exactement tirée.
C'est encore une doctrine reçue par les Pères, que l'Eucharistie est contenue dans toute son intégrité, soit dans le pain, soit dans le calice consacrés. Saint Augustin, dont l'autorité peut être citée entre toutes les autres, dit « que chacun reçoit le Christ Seigneur tout entier sous chaque espèce \ »
Luther lui-même, après sa révolte, était si clairement convaincu de cette vérité qu'il fut l'avocat inflexible de la communion sous une espèce. « Si un concile, dit-il, im-
^ Rom., VI, 9.
2 Corin., XI, 27. *
3 Aiig. de consec. dist,
posait ou permettait les deux espèces, nous n'y acquiescerions nullement; mais en dépit du concile et de ses décrets, nous ne mettrions en usage qu'une espèce, mais jamais les deux^ »
Leibnitz, l'éminent théologien protestant, fait observer « qu'on ne saurait nier que le Christ ne soit entièrement reçu, en vertu de la concomitance y sous chaque espèce, ni que sa chair soit séparée de son sang ^. » i
Puisque la même vertu est contenue dans le sacrement, administré sous l'une ou sous l'autre espèce, les fidèles ne gagnent rien à le recevoir sous deux espèces, comme ils ne perdent rien à le recevoir sous une seule. Nous ne trouvons nulle part, il est vrai, des textes où notre Sauveur exige que la communion soit administrée aux fidèles sous les deux espèces : il a voulu que cette matière fût réglée par la sagesse et la discrétion de l'Eglise, comme il l'a fait pour la manière d'administrer le baptême.
Il est vrai que notre Rédempteur a dit : « Buvez-en tous. » Toutefois, rappelons-nous que ces paroles n'ont pas été adressées au peuple en général, mais uniquement aux apôtres, qui, seuls, en pareille circonstance, reçurent l'ordre de consacrer son corps et son sang en mémoire de lui. Nous ne sommes pas plus autorisé à conclure que les fidèles sont tenus de boire au calice, parce qu'il a été ordonné aux apôtres de le faire, que nous ne pouvons supposer que les laïques ont le pouvoir ou la faculté de consacrer le pain et le vin, parce que le pouvoir de le faire a été conféré aux apôtres pendant la dernière Cène.
Il est encore vrai que Notre-Seigneur dit au peuple : « A moins que vous ne mangiez la chair du Fils de l'homme et que vous ne buviez son sang, vous n'aurez
1 De formula missœ.
^ Systema theolog., p. 250.
pas la vie en vous. » Cet ordre est exécuté à la lettre par les laïques lorsqu'ils participent au pain consacré où comme nous l'avons vu, se trouve dans toute son intégrité Jésus-Christ Notre-Seigneur. Si donc notre Sauveur a dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, » il a dit pareillement : « Le pain que je vous donnerai, c'est ma chair pour le salut du monde. »
Il me semble que l'accusation portée contre nous de rejeter le calice consacré est maladroitement présentée par les docteurs protestants, qui enlèvent toute vertu intrinsèque au sacrement, en ne donnant à leurs disciples que du pain et du vin. La différence entre eux et nous se ramène à ce point : c'est que, sous une espèce, nous donnons toute la substance^ tandis que sous les deux nos adversaires, de leur propre aveu, n'en présentent que Vombre,
En examinant l'histoire de l'Eglise sur ce sujet, nous trouvons que, jusqu'au douzième siècle, la communion a été quelquefois distribuée sous une espèce, quelquefois sous une autre, communément sous les deux.
1° Saint Luc nous dit que les nouveaux convertis de Jérusalem « persévéraient dans la communion du pain, (c'est ainsi que parfois on appelait familièrement l'Eucharistie) et dans la prière ^ » Et encore il parle ailleurs des disciples chrétiens réunis à Troade un dimanche « pour rompre le pain^ » Par ces différents passages, nous sommes autorisés à conclure que les apôtres, de temps en temps, distribuaient la communion sous la seule espèce du pain, parce qu'on ne parle nullement du calice.
C'était certainement Tusage de ne porter aux malades que l'hostie consacrée. A coup sûr, s'il est une circonstance dans la vie où on ne doit rien négliger de ce qui est
« Actes, II, 42.
2 Ihid., XX, 7.
nécessaire au salut, c'est aux approches de la mort. Eusébe nous dit que le vieillard Sérapion ne reçut que le pain consacré des mains du prêtre. Et dans la vie de saint Ambroise, on nous dit qu'à sa dernière maladie on ne lui donna qu'une hostie consacrée.
Au temps des persécutions, on permettait aux chrétiens, aux confesseurs de la foi relégués dans les prisons, aux voyageurs dans leurs courses, aux soldats marchant au combat, aux ermites vivant dans le désert, de conserver avec eux le pain consacré et de s'en nourrir, comme TertuUien, Gyprien, Basile, Ambroise et les autres Pères de l'Eglise le témoignent.
De plus, dans la messe des Présanctifiés, célébrée dans l'Eglise latine le Vendredi-Saint seulement, et dans l'Eglise grecque tous les jours du carême, excepté le samedi et le dimanche, le prêtre officiant ne reçoit quele pain consacré*.
Dans toutes ces circonstances, les communiants n'ont jamais douté qu'ils n'aient reçu la sainte Gène dans toute son intégrité. Et, à coup sur, les Pères de la foi, qui étaient si consciencieux, eussent plutôt privé de la sainte Hostie leurs ouailles, que de leur livrer un sacrement mutilé.
2° Aux premiers jours de l'Eglise, on avait l'habitude de donner la sainte communion aux enfants sous la seule espèce du vin. Le prêtre plongeait son doigt dans le calice consacré et le présentait pour être sucé à l'enfant. Gette coutume existe encore aujourd'hui parmi les chrétiens schismatiques de tous les rites orientaux. Parfois, l'Hostie consacrée est détrempée dans le calice et donnée ensuite à l'enfant ^
3° La communion publique, toutefois, était habituellement administrée, aux premiers siècles, sous les deux espèces. Quoi qu'il en soit, les fidèles avaient le privilège
1 Histoire d'Alzmj, vol. I, p. 721.
* Denziger, Rites orientaux.
de participer au calice ou au pain, jusqu'au temps du pape Gélase, au cinquième siècle. A partir de celte époque l'usagede recevoir Notre-Seigneur sous les deux espèces, jusque-là facultatif, eut force de loi pour les motifs suivants :
La secte des Manichéens s'abstenait de participer au calice dans l'opinion erronée que l'usage du vin était illicite. Le pape Gélase, afin de démasquer et de condamner l'erreur de ces sectaires, ne laissa plus le choix aux fidèles de participer aux saints mystères sous l'une ou l'autre forme : il prescrivit que tous communieraient sous les deux espèces.
Cette loi fut en vigueur pendant un temps considérable, mais vers le treizième siècle, pour des causes diverses, elle est tombée peu à peu en désuétude, avec le consentement tacite de l'Eglise. Le concile de Constance, réuni en 1414, porta un décret exigeant que les fidèles communiassent sous l'espèce du pain seulement. Le concile fut déterminé à prendre ces mesures par des motifs à la fois de convenance et de religion.
L'immense diffusion de la foi chrétienne dans le monde avait rendu très difficile la tâche de présenter aux fidèles du vin consacré. Cet inconvénient est à peine éprouvé par les fidèles protestants, dont le nombre est limité, et qui ne communient qu'à certains dimanches de chaque mois. Les catholiques de l'univers, au contraire, sont au nombre de deux cent vingt-cinq millions, et comme la communion est offerte à un grand nombre presque tous les jours dans la plupart de nos églises et de nos chapelles; comme les communions annuelles, dans chaque paroisse, sont généralement le double de la population catholique, la somme totale des communions à travers le globe peut être estimée, en chiffres ronds, d'au moins cinq cents millions. Que de soins ne faudrait-il pas pour nous procurer le vin d'autel nécessaire à une aussi grande multitude? Pendant mes courses de missionnaire à travers
la Caroline du Nord, j'ai souvent trouvé qu'il ne m'était pas facile de me procurer une quantité suffisante de vin pour célébrer la messe autant qu'en requiert la validité. Cet embarras se fut accru outre mesure si le calice eût été étendu aux laïques, et plus encore dans ces froides régions où la culture de la vigne est inconnue, et où on ne se sert que de vin apporté par l'étranger ^ É
En outre, un grand nombre de communiants éprouve- f raient une très grande répugnance à boire après les autres au même calice, ce qui serait inévitable si le sacrement était administré sous les deux espèces. Dans nos plus grandes églises, où l'on distribue la communion tous les dimanches à des centaines de personnes, il y aurait grand danger de répandre une partie du vin consacré et de l'exposer ainsi à la profanation.
Mais par-dessus tout, de même que l'Eglise, au cinquième siècle, par son Pontife suprême saint Gélase, prescrivit l'usage du calice afin de réprouver l'erreur des Manichéens considérant l'usage du vin comme illicite; de même, au quinzième siècle, elle a rejeté le calice pour condamner les nouveautés des Calirtins, qui enseignaient que le vin consacré était nécessaire à une communion valide. Si des circonstances justifiaient ou demandaient le changement de la discipline actuelle, l'Eglise n'hésiterait pas à rendre aux fidèles l'usage du calice.
* Quoique les protestants considôrent le calice comme une partie essentielle de la communion, ils ne paraissent pas, dans un prand nombre de cas, se soucier de ce qu'il contient. Je tiens de source certaine que dans une église épiscopale de la Virginie, les protestants communient avec le suc de mures noires, et non avec le vin de raisins. L'Indépendant de New-York, 21 septembre 1876, rapporte l'incident suivant : « Tout récemment un voyageur anglais rencontra une mission des Anabaptistes, au loin de Burmah, employant pour la communion la bière de Bass au lieu de vin. La bouteille mousseuse qu'on débouchait sur la table de communion ne parut pas assez convenable au visiteur qui présenta au pasteur six bouteilles de vin de Bordeaux devant servir à la confection du sacrement. »