CHAPITRE XXIII
Le sacrifice est l'oblation ou l'offrande d'un objet sensible faite à Dieu, avec destruction ou changement de cet objets) pour montrer que Dieu est l'auteur de la vie ou de la mort. Ainsi, dans la loi ancienne, avant la venue de Jésus-Christ, quand le peuple hébreu désirait offrir un sacrifice à Dieu, on choisissait un agneau ou tout autre animal que l'on égorgeait, et dont on brûlait la chair, reconnaissant par cet acte que Dieu est le maître suprême de la vie et de la mort. Les anciens offraient à Dieu deux sortes de sacrifices, à savoir : des créatures vivantes, telles que taureaux, agneaux et oiseaux ; des objets inanimés, tels que froment, orge et en général les premiers fruits de la terre.
Tous les peuples, juifs, idolâtres ou- chrétiens, si nous en exceptons les disciples de Mahomet et les protestants modernes, ont fait du sacrifice leur acte principal d'adoration. Si vous remontez à l'origine du monde, vous trouverez que les enfants d'Adam offraient des sacrifices à Dieu : Abel, les premiers nés de son troupeau, et Gaïn, les fruits de la terre \
1 Genèse, IV.
Quand Noé et toute sa famille eurent été sauvés du déluge qui avait couvert la surface de la terre, son premier acte, en sortant de l'arche, après que les eaux eurent disparu, fut d'offrir des holocaustes au Seigneur, pour attirer ses faveurs sur ses enfants et pour le remercier de l'avoir conservé \ Abraham, le père de la race juive, offrait, sur son ordre, des victimes au Très-Haut ^ Nous lisons que Job avait l'habitude d'offrir des holocaustes au Seigneur, pour attirer les faveurs de Dieu sur ses enfants, et pour obtenir le pardon des péchés qu'ils pouvaient avoir commis\
Lorsque Jéhovah livra à Moïse, sur le mont Sinaï, les tables de la loi, il donna à son serviteur les plus minutieux détails concernant les cérémonies à observer dans les sacrifices qu'on aurait à lui offrir. Il prescrivit l'espèce de victimes qu'on devait lui immoler, les qualités des prêtres qui devaient servir à l'autel, le lieu du sacrifice et la manière dont on devait offrir les victimes. Depuis, les prêtres juifs avaient l'habitude de tuer tous les jours deux agneaux en sacrifice au Seigneur \ En agissant ainsi, ils figuraient le grand sacrifice de la loi nouvelle, dans lequel nous offrons chaque jour au Très-Haut sur l'autel «l'agneau de Dieu qui ravit les péchés du monde. »
En un mot, dans les calamités publiques, — soit que leurs ennemis les menaçassent, soit qu'ils fussent sur le point de livrer bataille, soit que la peste ou toute autre épidémie les visitât, — les Juifs recouraient à Dieu par des sacrifices solennels : comme l'Eglise catholique de nos jours, ils avaient des sacrifices non seulement pour les vivants, mais encore pour les morts. Nous lisons en effet dans les saintes Ecritures, que Judas Macchabée ordonna
1 Genèse, Vm.
a Ibid.y XV.
3 Job, 1.
* Nombres, XXVIII.
qu'on offrît le sacrifice pour l'àme de ses soldats qui avaient été tués dans la bataille \
Nous voyons aussi que les sacrifices existaient non seulement parmi les Juifs, qui adoraient le vrai Dieu, mais aussi parmi les païens et les nations idolâtres.
Quelque confuses, imparfaites ou erronées qu'aient été chez les peuples païens les notions de la divinité, ils retenaient assez des vestiges de la tradition primitive, pour se croire dans l'obligation rigoureuse d'apaiser la colère et d'invoquer les bénédictions de la divinité par des victimes et par des sacrifices. Plutarque, un historien ancien qui vivait au second siècle, dit des peuples païens : « Vous trouveriez plutôt des villes sans murailles, sans littérature, sans les arts et les sciences d'une vie civilisée, qu'une ville sans prêtres, sans autels, et privée de sacrifices offerts aux dieux. »
Les Indiens de notre contrée avaient l'habitude d'offrir des sacrifices au Grand-Esprit, comme le Père Jogues et d'autres missionnaires de cette époque nous l'apprennent. Tous ces anciens "sacrifices n'étaient que des figures du grand sacrifice de la loi nouvelle ; ils tiraient de lui toute leur efficacité, comme la loi ancienne a été la figure de la nouvelle loi de grâce. Et parce que les anciens sacrifices n'étaient que l'ombre et la figure, ils étaient imparfaits et insuffisants. « H est impossible, dit saint Paul, que leurs péchés soient remis par le sang des taureaux et des boucs. Voilà pourquoi lorsque Jésus entre dans le monde il dit : « Vous n'avez voulu ni des sacrifices ni des oblations, mais vous m'avez adapté un corps. Les holocaustes pour le péché ne vous ont pas plu. Alors j'ai dit : Me voici ^ » Gomme s'il disait : <r Le sang des bœufs et des boucs ne sufiQt plus pour apaiser votre vengeance et pour les
MIMacch.,XII, 43.46.
2 Hébreux, X, 4, 7,
purifier de leurs péchés ; voilà pourquoi je viens m'offrir moi-même en holocauste favorable pour les péchés du monde. »
Le prophète Isaïe déclare que les sacrifices juifs ont déplu à Dieu, et qu'ils doivent être détruits : « Dans quel dessein, dit le Seigneur par son prophète, m'offrez-vous la multitude de vos victimes?... Je ne désire plus les holocaustes de béliers... ni le sang des veaux, des agneaux et des boucs sauvages... Ne m'offrez plus de sacrifices : ils sont inutiles ^ »
Dieu, en rejetant les oblations juives, a-t-il voulu en même temps abolir les sacrifices? Nullement. Au contraire, il prédit clairement, par la bouche de son prophète Malachie, que les immolations des Juifs seront remplacées par une victime innocente qu'on n'offrira plus sur un seul autel, comme cela se pratiquait à Jérusalem, mais dans toutes les parties dumonde connu. Ecoutez les magnifiques paroles que ce prophète adresse aux Juifs: « Je ne me suis plus réjoui en vous, dit le Seigneur des armées, et je ne recevrai plus de présent de vos mains. Car depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, mon nom est grand parmi les Gentils : en tous lieux on offre à la gloire de mon nom une oblation pure; car mon nom est grand parmi les Gentils, dit le Seigneur des armées ^ » Le prophète prédit ici clairement qu'une oblation pure et sainte sera offerte à Dieu, non par les Juifs, mais par les Gentils ; non seulement à Jérusalem, mais dans tous les lieux, du levant au couchant. Ces paroles prophétiques ont dû se réaliser. Où tKOuverons-nous l'accomplissement de cette prophétie?
Nous pouvons diviser les habitants de l'univers en cinq différentes classes de peuples, professant diverses formes de religion : les païens, les juifs, les mahométans, les
1 Isaïe, I, 11, 13.
2 Malachie, l, 10, 11.
protestants et les catholiques. Chez lequel de ces peuples trouverons-nous l'oblation pure dont nous parle le prophète? Ce ne sera pas parmi les nations païennes : elles adorent les faux dieux; elles ne peuvent donc avoir un sacrifice agréable au Très-Haut. Ce ne sera pas chez les juifs : ils ont cessé leurs sacrifices, et du reste la parole du prophète ne s'applique plus aux juifs, mais aux Gentils. Ce ne sera pas non plus dans les sectes protestantes, car elles ont toutes répudié explicitement le sacrifice. Ce n'est donc que dans l'Eglise catholique que cette glorieuse prophétie se réalise ; car partout où vous irez, vous trouverez la pure oblation offerte sur les autels catholiques. Si vous passez d'Amérique en Europe, en Océanie, en Afrique, en Asie, vous rencontrerez nos autels élevés, et nos prêtres qui réalisent tous les jours les paroles du prophète en offrant « la pure oblation » du corps et du sang du Christ.
Cette oblation de la nouvelle loi est communément appelée la Messe. Ce mot, les uns le font dériver de ce terme hébreu Missach (Deut., xvi) qui signifie libre oblation. D'autres le tirent du mot Missa que le prêtre est dans l'usage de prononcer, quand il annonce à la réunion que le sacrifice est terminé. C'est une expression marquée d'un caractère indélébile dans notre langue, et nous la trouvons incorporée dans des mots tels que ceuxci : Candle-mas (Chandeleur), Micha'él-mas (la Saint- Michel), Martin-mas (la Saint-Martin) et Christ-mas (Noël).
Le sacrifice de la messe est la consécration du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, et l'oblation de ce corps et de ce sang à Dieu, par le ministère du prêtre, pour perpétuer le souvenir du sacrifice de Notre- Seigneur sur la croix. Le sacrifice de la messe est le même que celui de la croix, tous les deux ayant la même victime et le même grand prêtre : — Jésus-Christ.
La différence se trouve uniquement dans la manière dont l'oblation est faite. Jésus-Christ s'est offert sur la
croix d'une manière sanglante, tandis que sur l'autel il s'offre d'une manière non sanglante. Sur la croix il a gagné notre rançon, tandis que dans le sacrifice eucharistique le prix de cette rançon est appliqué à nos âmes. Ainsi toute l'efficacité de la messe dérive du sacrifice du Calvaire.
C'est la nuit qui précéda sa passion, queNotre-Seigneur Jésus-Christ institua le sacrifice de la nouvelle loi. « Jésus, dit saint Paul, dans la nuit où il fut livré, prit du pain et, rendant grâces, le rompit et dit : « Prenez et mangez, ceci est mon corps qui sera livré pour vous. Faites-le en mémoire de moi. » De même prenant le calice après le repas il dit : « Ce calice est le nouveau testament en mon sang. Faites-le, toutes les fois que vous boirez, en mémoire de moi. Car toutes les fois que vous mangerez de ce pain et que vous boirez à ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne ^ »
Par ces paroles, nous voyons que le but principal que notre Sauveur s'est proposé, en instituant le sacrifice de l'autel, a été de nous rappeler à tout instant ses souffrances et sa mort. Il voulait que la scène du Calvaire se déroulât devant nos yeux comme un panorama et que nos cœurs, notre mémoire et notre intelligence fussent remplis du souvenir de sa passion. Il savait bien que c'était le meilleur moyen de gagner notre amour et d'exciter dans nos âmes la douleur, la contrition du péché. Voilà pourquoi il a voulu, que dans toutes les églises du monde, oh dressât un autel, monument commémoratif de sa miséricorde envers son peuple, comme autrefois les enfants d'Israël élevèrent un monument en passant le Jourdain, pour rappeler la miséricorde de Dieu envers son peuple de prédilection. Voilà pourquoi la messe est vraiment le mémorial de la passion de Jésus-Christ.
^ I Corint., XI, 23-26.
Pour obéir aux ordres du Seigneur, l'adorable sacrifice de l'autel a été renouvelé tous les jours dans l'Eglise, depuis la mort de notre Sauveur jusqu'à présent,et il sera continué jusqu'à la fin des temps.
Au livre des Actes nous lisons que tandis que Saul et les autres apôtres servaient « ou pour emprunter le sens du texte grec sacrifiaient » au Seigneur et jeûnaient le Saint-Esprit leur dit : « Séparez-moi Saul et Barnabe. » Saint Paul dans son épître aux Hébreux fait de fréquentes allusions au sacrifice de la messe. « Nous avons un autel auquel ne peuvent participer ceux qui servent au tabernacle \ » L'Apôtre déclare ici ouvertement que l'Eglise chrétienne a ses autels aussi bien que la synagogue juive. Un autel suppose nécessairement le sacrifice, sans lequel il n'aurait pas de signification^ l'Apôtre remarque pareillement que le sacerdoce de la loi nouvelle a été substitué à celui de la loi ancienne^ Or le principal office du prêtre a toujours été d'offrir le sacrifice. Le prêtre et le sacrifice sont aussi intimement liés que le juge et le tribunal.
Saint Paul, après David, appelle Jésus « le prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech\ » il est appelé prêtre parce qu'il offre le sacrifice; prêtre éternel parce que son sacrifice n'aura pas de fin : selon Vordre de Mekhisé" dech parce qu'il offre le pain et le vin consacrés, figurés d'avance par le pain et le vin que présenta « Melchisédecli le prêtre du Dieu Très-Haut\ »
Par ses cent voix, la Tradition proclame l'oblation perpétuelle du sacrifice de la messe, depuis le temps des apôtres jusqu'à nos jours. Si nous interrogeons les Pères de l'Eglise, eux qui ont été les sentinelles fidèles des portes des tours d'Israël, gardant avec un œil jaloux le dépôt de
1 Hébreux, XUI, 10.
2 Ibid., VII, 12.
3 PsaL, GIX, 4; Hébr.,V, 6.
* Genèse, XIV, 18.
la foi, les témoins fidèles de leur époque et les archivistes du passé ; si nous consultons les conciles généraux où s'est trouvée réunie la vénérable hiérarchie du christianisme, ils vous diront tous d'une voix, que le sacrifice de la messe a été constamment le centre de la religion et l'institution qui remonte à Jésus-Christ lui-même.
Un autre témoignage remarquable en faveur de l'institution divine de la messe nous est fourni par les Nestoriens et les Eutychéensqui se séparèrent de l'Eglise catholique au cinquième siècle, et qui existent encore en Perse et dans d'autres parties de l'Orient; ils conservent même aujourd'hui, dans leurs offices quotidiens, Foblation de la messe. Ces communautés chrétiennes n'ayant eu aucunes relations avec l'Eglise catholique, depuis le temps de leur séparation, ne peuvent en avoir reçu la doctrine du sacrifice eucharistique, elles ont donc puisé à la même source que l'Eglise, c'est-à-dire à celle des apôtres euxmêoies.
Mais, de toutes les preuves en faveur de l'origine apostolique du sacrifice de la messe la plus frappante, et la [)lus convaincante, se trouve dans les liturgies de l'Eglise. La liturgie est le rituel reçu, consacré par l'Eglise. Il comprend l'ensemble de toutes les prières autorisées pour le service divin. Ces prières, une foisfixées, demeurent invariables. Entre autres, nous avons la liturgie de Jérusalem, écrite par l'apôtre saint Jacques ; la liturgie d'Antioche, attribuée à saint Marc l'évangéliste, et la liturgie de Rome, attribuée à saint Pierre. Il y a encore d'autres liturgies attribuées aux apôtres et à leurs successeurs immédiats. Je désire appeler votre attention sur ce fait remarquable, que toutes ces liturgies quoique composées par dilTérents auteurs, à des époques diverses et en plusieurs langues, contiennent sans exception, dans un langage clair et précis, les prières que l'on doit dire à la célébration de la messe, prières qui, dans leur substance, sont conformes à celles
que nous lisons dans nos livres de piété au canon de la messe.
Nous ne pouvons évidemment expliquer cette conformité étonnante, sans supposer que la doctrine de la messe a été reçue par les apôtres, qu'elle remonte à l'unique source du christianisme, à Jésus-Christ lui-même.
Ce sont des faits de cette nature qui ont ouvert les yeux de ces éminents ministres anglais qui, durant le siècle présent, ont abandonné l'hérésie, le schisme et leurs riches bénéfices pour embrasser la foi catholique, bien qu'en suivant cette voie ils aient eu à sacrifier ce qu'ils avaient de plus cher au monde.
Le passage suivant de l'épitre aux Hébreux nous est souvent opposé comme un argument contre le sacrifice de la messe : « Le Christ... étant une fois entré dans le saint des saints nous a obtenu une éternelle rédemption, non par le sang des boucs et des taureaux, mais par son propre sang. » « Non qu'il doive s'offrir plusieurs fois, semblable au grand prêtre qui une fois seulement chaque année entre dans le saint des saints^ » Et encore : « Tout prêtre offre tous les jours un sacrifice, et souvent les mêmes victimes qui ne peuvent faire disparaître le péché; mais celui-ci offre un seul sacrifice pour le péché, et il s'assied pour toujours à la droite de Dieu ^ »
Saint Paul dit que Jésus s'est offert une fois. Comment pouvons-nous Toffrir tous les jours? Je réponds que Jésus a été immolé une seule fois d'une manière sanglante, et que c'est de ce sacrifice que l'Apôtre veut parler. Dans le sacrifice de la messe, au contraire, il s'offre d'une manière non sanglante. Quoiqu'onl'immoletouslesjours sur desmilliers d'autels, le sacrifice est le même que celui du Calvaire, ayant le même grand prêtre et la même victime. Jésus-
1 Hébr., IX, 2o.
-Ibid.yX, 11, i2.
Christ. Saint Paul veut opposer le sacrifice de la loi nouvelle à celui de l'ancienne où les victimes étaient nombreuses, et il montre aussi l'insuffisance de ces anciens sacrifices et tout le prix du nouveau sacerdoce.
Mais si le sacrifice de la croix suffit, quel besoin avonsnous du sacrifice commémoratif de la messe? Je demanderai à mon tour à un protestant, pourquoi priez-vous et allez-vous au temple? Pourquoi baptisez-vous vos enfants, pourquoi recevez-vous la communion et le rite de la confirmation? Vous me répondez que, dans tous ces actes vous vous appliquez les mérites de la Passion du Christ. Je vous dis également que dans le sacrifice de la messe, je m'applique les mérites du sacrifice de la croix, auquel la messe emprunte toute son efficacité. Jésus-Christ, par sa mort, a complètement satisfait pour nos âmes. C'est vrai; mais il ne nous a pas dispensés de l'obligation de coopérer avec lui en appliquant ses mérites à nos âmes. Quel meilleur et plus efficace moyen pouvons-nous avoir de participer à ses mérites, que l'union et l'assistance au sacrifice de l'autel où l'on rappelle à notre esprit, sous les plus vives couleurs, ses souffrances; où le Calvaire nous est représenté, où « nous voyons la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne » et où nous trouvons pour nos âmes les fruits abondants de sa passion, en buvant le même sang qu'il a répandu sur la croix?
Dans la loi ancienne, il y avait plusieurs sortes de sacrifices pour [des motifs divers. C'étaient des sacrifices de louanges et d'actions de grâces à Dieu pour ses bienfaits, des sacrifices de propitiation pour implorer sa miséricorde en présence des péchés du peuple; des sacrifices de suppUcation pour implorer sa bénédiction et sa protection. L'oblation de la messe remplit toutes ces fins. C'est en même temps un sacrifice de louanges et d'actions de grâces, un sacrifice de propitiation et de supplication. Voilà pourquoi ce livre inestimable : L'Imitation de Jésus-Christ dit
LE SACUIFICE DE LA iMESSE. 3^21
que : « lorsque le prêtre célèbre la messe, il honore Dieu, il réjouit les anges, il édifie l'Eglise, il aide les vivants, il obtient le repos pour les morts et devient lui-mêmeparticipant de tous les biens. » Pour ai^oir une idée complète du sacrifice de la messe, nous n'avons qu'à nous rappeler la victime qui s'est offerte : Jésus-Christ, fils du Dieu vivant.
l*' La messe est un sacrifice d'actions de grâces. Si tous les êtres humains de l'univers, toutes les créatures vivantes et touslesobjetsinanimésétaient réunis etprésentés àlafois en holocauste au Seigneur, ils ne procureraient pas autant de louanges au Très-Haut qu'un seul sacrifice eucharistique. Toutes ces créatures terrestres, si nombreuses et si excellentes qu'elles soient, sont finies et imparfaites ; tandis que l'oblation faite à la messe est d'une valeur infinie, car c'est Notre-Seigneur Jésus, l'agneau sans tache, fils bien-aimé dans lequel le Père a mis toutes ses complaisances, et qui est toujours exaucé « à cause de l'honneur qui lui est dû. »
Avec quel respect mêlé de terreur, et avec quel amour reconnaissant ne devons-nous pas assister à ce sacrifice I Les anges étaient présents au Calvaire ; ils sont aussi présents à la messe. Si nous ne pouvons y assister avec l'amour séraphique et la piété ravie des esprits angéliques, adorons au moins avec la dévotion simple des bergers de Bethléem, et la foi robuste des mages. Offrons au Seigneur des présents : l'or d'un cœur plein d'amour, l'encens de nos louanges et la myrrhe de notre adoration, répétant sans cesse pendant la sainte oblation ces paroles duPsalmiste : « Je chanterai à jamais les louanges du Seigneur. »
2*^ La messe est aussi un sacrifice de propitiation. Jésus plaide sans cesse notre cause, dans cette divine oblation, devant son Père céleste: « Si nous avons péché, dit saint Jean, nous avons un avocat auprès du Père. Jésus-Christ le Juste, qui s'est fait propitiation pour nos péchés; non
pour les nôtres seulement, mais pour les péchés du monde entier^ » Voilà pourquoi le prêtre, toutes les fois qu'il offre le saint sacrifice, récite cette prière à l'offertoire : « Recevez, Père saint, Dieu très haut et éternel, cette victime sans tache que moi, votre indigne serviteur, je vous offre à vous, mon Dieu vivant et vrai, pour mes péchés, mes offenses et mes négligences innombrables, pour tous ceux qui sont ici présents, et pour tous les fidèles vivants et morts, afin qu'elle puisse profiter à eux comme à moi pour la vie éternelle. »
Toutes les fois donc que nous assistons à la messe unissons-nous à Jésus-Christ, qui implore la miséricorde de Dieu pour nos péchés. Représentons-nous la messe comme un autre Calvaire, car elle Test en réalité. Comme Marie, tenons-nous debout en esprit devant la croix, que nos âmes soient transpercées par le glaive de la douleur pour nos péchés. Reconnaissons qu'ils ont été la cause do cette agonie et de ce sang précieux répandu. Suivons en esprit et par le cœur cette multitude de pénitents en pleurs qui accompagnèrent notre Sauveur au Calvaire, frappant leur poitrine et disant : « Faites miséricorde, Seigneur, à votre peuple. » Ou bien répétons cette prière qui est sortie du cœur du publicain : « 0 Dieu, soyez miséricordieux pour moi pécheur. » Quand Notre-Seigneur mourut, le soleil s'obscurcit, la terre trembla, les rochers s'entr'ouvrirent, comme pour montrer que la nature inanimée elle-même sympathisait avec la douleur de son Dieu. Et nous ne tremblerions pas pour nos péchés? Nos cœurs, quoique aussi durs et aussi froids que le rocher, ne seraient-ils pas attendris par le spectacle de notre Dieu souffrant par amour pour nous, afin d'expier nos fautes ?
3^ La messe enfin est un sacrifice de supplication: « Car si le sang des boucs et des taureaux et les cendres
* I s. Jean, II, {, 2.
des génisses qu'on jette au vent, sanctifient tous ceux qui sont souillés et purifient leur chair, combien plus le sang du Christ qui a été offert sans tache à Dieu par le Saint- Esprit, ne purifiera-t-il pas nos consciences, des œuvres mortes, pour servir le Dieu vivante Si les prières de Moïse, de David et des patriarches furent si puissantes en faveur des serviteurs de Dieu, quelle ne sera pas l'influence de l'intercession de Jésus? Si les blessures des martyrs ont plaidé si éloquemment pour nous, combien plus éloquent ne doit-il pas être, le sang de Jésus répandu tous les jours sur nos autels ? Son sang crie bien plus haut miséricorde que celui d'Abel ne criait vengeance. Si Dieu penche son oreille vers nous, pécheurs, comment pourrat-il résister à la médiation faite en notre faveur par l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde ?
« Allons donc avec confiance au trône de grâce afin d'obtenir miséricorde et de trouver grâce dans le moment opportun ^ »
1 Hébreux, IX, 13, 14.
2 Ibid., IV, 10.
CHAriTIlE XXIV
USAGE DES CÉRÉMONIES IlELIGIEUSES PIIOUVÉ PAR LA SAINE RAISON.— C0NFIR:MÉ PAR LE DIEU TRÈS-HAUT DANS L'ANCIENNE LOI. — SANCTIONNÉ PAR .lÉSUSGHRIST DANS LA NOUVELLE.
Par cérémonies religieuses nous entendons certaines actions et certains signes que l'Eglise a réglés pour céléijrcr dignement l'ofTice divin.
La vraie dévotion doit être intérieure et venir du cœur; car, « les sincères adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Le Père, en eiïet, recherche ceux qui Tadorent ainsi. Dieu est esprit, et ceux qui lui rendent leur culte doivent le faire en esprit et en vérité'. » 11 ne nous est pas permis d'en conclure que le culte extérieur doive être condanmé parce que le culte intérieur est prescrit comme essentiel. Au contraire, les rites et les cérémonies qui sont joints à l'adoration de Dieu et à l'administration des sacrements sont dictés par la saine raison, sanctionnés par le Dieu Très-Haut dans la loi ancienne, par le Christ et les Apôtres dans la loi nouvelle.
Les anges, êtres simples et si)i rituels, rendent à Dieu une adoration purement spirituelle. Le soleil, la lune et les étoiles du lirmament payent à Dieu une sorte d'hommage extérieur. Nous lisons dans le prophète Daniel:
' s. Jean, IV, 23, 24.
USAGE DES CERE>rONlES RELIGIEUSES. 32o
a que la lune et le soleil bénissent le Seigneur, que les étoiles du Ciel le bénissent aussi ; qu'ils le louent etPexaltent dans tous les siècles^ ! » Pour l'homme, par son âme spirituelle, il participe à la nature des anges; par son corps, il participe à la nature des corps célestes. C'est donc pour lui à la fois un privilège et un devoir d'offrir à Dieu le double hommage du corps et de l'ame ; en d'autres termes, d'honorer Dieu par le culte intérieur et extérieur.
La vraie piété ne peut demeurer longtemps comprimée dans le cœur sans se manifester au dehors par des pratiques de religion, et ainsi quoique le culte intérieur et le culte extérieur soient distincts, ils sont inséparables l'un de l'autre dans la vie présente. Le feu ne peut brûler sans produire au dehors de la flamme et de la chaleur. Le feu de la dévotion ne peut non plus être entretenu au dedans sans qu'il se réfléchisse au dehors dans notre contenance, et môme dans nos discours. Il est naturel à l'homme d'exprimer ses sentiments par des signes etdes cérémonies, « car c'est de l'abondance du cœur que parle la bouche. » Et de même que le combustible est nécessaire pour entretenir le feu, de même les formes extérieures de la religion doivent mouvoir, entretenir la flamme de la charité.
Le fruit d'un arbre ne consiste pas dans son écorce, dans ses feuilles ou dans ses branches. Cependant vous n'avez jamais vu un arbre porter des fruits à moins qu'il ne soit revêtu de son écorce, chargé de branches et couvert de feuilles. Tout cela est nécessaire pour protéger le fruit. De même, quoique le fruit de la piété ne consiste pas dans les formes extérieures, cette vertu doit être entretenue par des pratiques de cette nature, sans lesquelles on la verra bientôt décroître. Il existe une relation aussi intime
* Daniel, UI, 62, 63. Quoique ce passage soit omis dans les Bibles protestantes» ou le trouve ec^ore dans leurs livres de prières.
entre la dévotion et les cérémonies qu'entre l'écorce et les fruits de l'arbre.
L'homme qui fléchit tous les jours le ganou devant son Créateur, qui récite ou chante ses louanges, qui fait dévotement le signe de la croix, qui assiste sans contrainte aux offices publics de l'Eglise, qui garde la décence extérieure dans la maison de Dieu, qui donne aux pauvres selon ses moyens, et qui s'applique à toutes les pratiques et cérémonies de la religion, sera généralement du nombre de ceux dont le cœur est uni à Dieu et qui lui offrent une sincère obéissance. Montrez-moi au contraire, un homme qui néglige habituellement ces pratiques extérieures de religion et de charité, et je vous prouverai qu'il est du nombre de ceux dans l'âme desquels le feu de la dévotion ne brûle que faiblement, s'il n'est déjà complètement éteint.
Les cérémonies de l'Eglise ne rendent pas seulement les divins offices plus solennels, elles captivent encore et fixent notre attention pour la porter à Dieu. Notre esprit est si actif, si volage, si porté aux distractions, notre imagination si capricieuse, que nous avons besoin de quelques objets extérieurs pour fixer nos pensées.
Le Dieu Très-Haut jugeait les cérémonies si indispensables au culte intérieur, que nous le voyons, dans l'ancienne loi, prescrire, avec les plus minutieux détails, les divers rites, les différentes cérémonies et l'ordre qui devaient être observés par le prêtre juif, et par le peuple lui-même dans leur culte public. Le Lévitique n'est-il aussi autre chose que le rituel de l'Eglise juive sagement élaboré?
Quoique notre Sauveur soit venu établir une religion plus spirituelle que celle des Hébreux, il ne rejette pas les formes extérieures d'adoration, lui-même avait l'habitude d'accompagner, de relever ses actes religieux par des cérémonies apparentes.