‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienneChapitre 57 sur 59 · CÉLIBAT DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

CÉLIBAT DU CLERGÉ

Jésus-Christ a clairement montré sa prédilection pour la virginité, non seulement en restant vierge, mais encore en se choisissant une mère-vierge, un précurseur-vierge dans la personne de saint Jean-Baptiste, et en donnant des marques particulières d'affection à saint Jeanl'évangéliste, parce que, comme saint Augustin le témoigne, cet apôtre fut choisi vierge, et qu'il est toujours demeuré vierge.

Non seulement Notre-Seigneur a manifesté tant qu'il était sur la terre, une prédilection marquée pour les vierges, mais il montre encore les mêmes préférences pour eux dans le ciel; car les cent-cinquante-quatre mille qui ont été choisis pour chanter les nouveaux cantiques, et qui suivent l'Agneau partout où il va, sont tous vierges, comme saint Jean le témoigne. (Apocal., xiv.)

L'Apôtre des Gentils nous assure qu'il a vécu dans le célibat, et il recommande aux autres cet état : « Je dis aux non-mariés, et aux veufs, il est bon pour vous de demeurer comme je suis \ »

Il n'est rapporté nulle part,dansrEcriture,que les apôtres aient été mariés, si on en excepte saint Pierre. Saint Jérôme dit que s'il y en eut dans ce cas, ils se séparèrent certainement de leurs femmes après avoir été appelés à l'apostolat. Saint Pierre lui-même, après sa vocation, ne continua pas à vivre avec son épouse, comme on peut l'inférer de ses propres paroles : « Voilà que nous avons tout quitté pour vous suivre ^ »

Dans ce tout on peut certainement comprendre la société de son épouse ; car il n'aurait pu que difficilement dire avec vérité qu'il avait tout quitté, s'il n'avait pas laissé sa femme.

Notre Sauveur, immédiatement après, place les épouses parmi ces choses chères, dont l'abandon pratiqué volon-^

1 I Corint., VU, 8.

2 s. Matth., XIX, 27.

tairement et par amour pour lui, donnera droit à la récompense du ciel \

Saint Paul déclare « qu'un évêque doit être sobre, juste, saint, continent '. » Ecrivant à Timolliée, qu'il avait consacré évêque, il dit: « Soyez le modèle des fidèles... dans la charité, dans la foi, dans la chasteté \ » Dans un autre endroit il énumère la chasteté parmi les vertus qui doivent orner le ministre chrétien : « En toutes choses, montrez-vous comme les ministres de Dieu dans la plus grande patience... dans la chasteté \ » Quoique le célibat ne soit pas positivement imposé par notre Sauveur, il nous est cependant si fortement recommandé par lui et par ses apôtres, à la fois et par la parole et par l'exemple, que l'Église s'est crue obligée de le prescrire par une loi.

La discipline de l'Eglise défendant aux prêtres de se marier après leur ordination a été portée dès le commencement. Saint Jérôme fait remarquer « que les évêques, les prêtres et les diacres sont choisis parmi les vierges ou les veufs, ou au moins parmi ceux qui restent constamment chastes après avoir été élevés au sacerdoce'.» Il écrit à Jovien : a Vous admettez sûrement qu'il ne peut être évêque celui qui aurait des enfants durant l'épiscopat; car s'il est convaincu sur ce point, on ne le jugera pas comme mari, maisconmie adultère^ » Et il ajoute ensuite: « C'est ce que font les Eglises d'Orient, d'Egypte et du siège apostolique, qui prennent leur clergé parmi les vierges; ou s'ils ont des épouses, ils cessent dés lors de vivre comme des hommes mariés '. »

1 s. .Matlh., XIX, 29.

« Tite, l, 8.

^ Timothée, IV, 12.

♦ II Coriut., VI, 4-6.

• Epitre à Pamiuach.

^ Advers. Jovini. lib. I.

' Advers. ViyilanU.

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Saint Epiphane déclare que « celui qui mène la vie du mariage n'est pas admis par l'Eglise à Tordre de diacre, de prêtre, d'évêque et de sous-diacre \ »

Dans la primitive Eglise et dans les premiers temps, à cause de la rareté des vocations parmi les non-mariés, on admettait les hommes mariés aux ordres sacrés ; mais on leur prescrivait, comme nous l'apprenons par différents canons, de vivre séparés de leurs femmes après leur ordination.

On se relâcha, il est vrai, dans une certaine limite, de cette discipline en faveur d'une portion du clergé de l'Eglise orientale; on permit aux prêtres de vivre avec leurs femmes s'ils les avaient épousées avant leur ordination. Il est bon de savoir que les prêtres non-mariés d'Orient sont tenus en bien plus haute estime par le peuple que ceux qui le sont.

On ne saurait nier cependant qu'à certaines époques de l'histoire de l'Eglise, particulièrement dans les périodes de sociétés troublées, il n'y ait eu trop d'exemples de la violation du célibat par les clercs. Mais les infractions répétées d'une loi n'établissent pas sa non-existence. Aussi souvent que la voix de l'Eglise a pu se faire entendre, elle s'est élevée fortement contre la transgression de la loi de la chasteté sacerdotale.

Permettez-moi maintenant d'appeler votre attention sur la convenance et les avantages du célibat des prêtres.

1° Le prêtre est le représentant de Jésus-Christ. Il continue Tœuvre commencée par son divin Maître. C'est son devoir de prêcher la parole de Dieu, d'administrer les sacrements et surtout de consacrer le corps et le sang du Christ, et de le distribuer aux fidèles. Ne convient-il pas qu'un maître chaste soit servi par des ministres chastes?

Si les prêtres juifs qui devaient offrir à leur tour le

1 Hœres., 59, G. 4.

sacrifice des animaux dans le temple, étaient alors obligés de se séparer de leurs femmes, les prêtres de la nouvelle loi ne devront-ils pas pratiquer la chasteté continuelle, eux qui offrent tous les jours le sacrifice de l'Agneau immaculé?

Si l'on ne permit à David et à ses compagnons de manger le pain de proposition qu'après avoir déclaré que les trois jours précédents ils s^étaient abstenus de leurs femmes \ combien purs d'âme et de corps ne doivent pas être les prêtres qui participent tous les jours au pain vivant, dont le pain de proposition n'était que la figure? Si sur le mont Sinaï on défendit aux Hébreux de s'approcher de leurs femmes les trois jours qui devaient précéder la réception de la loi ^ cette obligation ne devient-elle pas plus rigoureuse pour tous ceux dont le devoir est de prêcher la loi en tous temps ?

Thorndyke, un éminent ecclésiastique prolestant, dans son ouvrage intitulé Justes poids et mesures, fait la remarque suivante : « La raison d'une seule épouse pour le clergé est fermement établie, par les Pères et les canons de l'Eglise, sur le précepte de saint Paul défendant à l'homme et à la femme de se séparer, à moins que ce ne soit pour un temps, afin de vaquer à la prière. (I Gorinth.,vii,5.) Les prêtres et les diacres doivent toujours être prêts à célébrer les mystères de l'Eucharistie, que l'on doit fréquenter sans cesse ; mais si les autres sont tenus de s'abstenir de l'usage du mariage pour un temps, les ministres du Seigneur y sont donc obligés toujours ^ »

2° Les écrivains se demandent souvent quelle est la cause secrète du succès merveilleux qui accompagne le développement de l'Eglise catholique en tous lieux, mal-

1 I Rois, XXL

2 Exode, XIX.

3 Essais, p. 239.

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gré les plus vives oppositions. Plusieurs Fattribuent à sa parfaite organisation ; d'autres, à la prévoyante sagesse de ses premiers pasteurs. Sans vouloir dédaigner tous ces auxiliaires et d'autres encore, j'incline à croire qu'après Dieu, l'Eglise n'a pas de force plus puissante que le célibat de son clergé. Le prêtre non marié, comme saint Paul le fait remarquer (IGorinth., vu), est libre de donner tout son temps au Seigneur sans le diviser ; il peut consacrer tous ses soins non à un ou à deux enfants, mais à tout le troupeau qu'il a engendré à Jésus-Christ par l'Evangile ; tandis que le ministre marié se trouve divisé entre les soins de sa famille, et les devoirs qui le lient à la communauté. « Une seule femme, dit Bacon, convient bien aux hommes d'église, car la charité arrosera difficilement une terre s'il lui faut auparavant remplir un étang \ »

3^ Le monde jusqu'ici a été converti par des prêtres non mariés, et c'est par eux seulement qu'il continuera à l'être. Saint François Xavier et saint François de Sales n'auraient pas implanté la foi dans le cœur de tant de milliers d'àmes, s'ils avaient été accompagnés dans leurs travaux par leurs femmes et leurs enfants. De tous les diamants qui ornent le diadème du prêtre, il n'en est pas de plus précieux et de plus indispensable aux yeux du peuple que le joyau incomparable de la chasteté. Sans ce joyau, la voix d'un Hyacinthe « devient comme un airain sonnant ou une tymbale retentissante. » Avec lui, le plus humble missionnaire gagne le cœur des multitudes.

Tout le monde connaît les nombreuses conversions' opérées par saint François Xavier dans le Japon, au seizième siècle. De nombreuses années s'étaient écoulées depuis la mort de saint François, quand un vaisseau français put pénétrer dans les ports du Japon ; un chrétien du pays, nommé Pierre, ayant appris que des prêtres français

* Essais, p. 17.

étaient à bord, voulut mettre leur foi à l'épreuve, en leur posant ces trois questions : « Êtes-vous les disciples du grand Père de Rome? Honorez-vous Marie, la Vierge sainte? Avez-vousdes femmes? » Les prêtres français ayant satisfait leur interrogateur sur ces points, surtout sur le dernier, Pierre et ses compagnons se jetèrent aux pieds des missionnaires en s'écriant avec joie : « Grâces, grâces 1 Ils sont vierges et les vrais disciples de notre apôtre François \ »

Un écrivain contemporain a finement observé, que « peut-être les plus ardents admirateurs des rites de l'hyménée admettraient gaiement qu'ils ne peuvent concevoir saint Paul ou saint Jean, partant pour un voyage de noces, accompagnés des jeunes beautés d'Athènes ou d'Ephése, et des gracieuses fiancées qu'ils seproposaientde parer. Ils sentiraient que le christianisme lui-même ne peut survivreàunetellevision. L'imagination ne pourrait dépeindre, dans sa plus sauvage humeur, le majestueux adversaire de l'empereur arien, Athanase suivi d'une maîtresse dans sa fuite sur le Nil, ni saint Jean Ghrysoslome escorté dans ses courses à travers la Phrygie par l'épouse de son cœur ornée d'une couronne de fleurs. Elhelbcrt serait-il devenu chrétien si saint Augustin lui eut présenté son épouse et ses demoiselles d'honneur- ?d Nous apprenons souvent que des évêques et des prêtres non mariés donnent leur vie pour la foi en Chine, en Corée et sont jetés dans les prisons d'Allemagne. Mais l'on attend encore ces sacrifices héroïques de la part d'hommes qui goûtent les joies domestiques, et sont chargés du soin d'une épouse et de plusieurs enfants.

Saint Paul n'autorise-t-il pas le mariage du clergé quand il dit : « N'avons-nous pas le pouvoir de mener partout

1 Annales de la Propagation de la Foi, Mars 1808.

2 Murshall, Comedy of convocation.

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une femme, qui soit notre sœur, comme le font les autres apôtres^? » Le texte protestant a mal traduit ce passage en y substituant le mot épouse au lieu de femme. Il est évident que saint Paul ne parle pas ici de son épouse, puisqu'il n'en avait pas ; mais il fait allusion à ces pieuses femmes qui suivaient volontairement les apôtres, et les servaient dans leurs courses apostoliques.

On nous objecte encore que l'Apôtre semble exiger qu'un évêque ne soit « le mari que d'une femme^ »

Le contexte ne peut évidemment signifier qu'un évêque doit être marié pour la raison déjà donnée que saint Paul lui-même ne l'a jamais été. Le sens de ce texte, comme toute la tradition en témoigne, signifie qu'un homme, qu'un chrétien ne saurait être choisi pour Tolfice d'évêque s'il a été marié plus d'une fois.

En ces jours il n'était pas toujours possible de trouver pour l'épiscopat un homme non marié. Voilà pourquoi l'Eglise a été souvent forcée de choisir des hommes mariés, mais toujours avec cette réserve qu'ils n'eussent jamais à contracter de nouvelles noces. Ils étaient obligés cependant, s'ils n'étaient pas veufs, de vivre séparés de leurs femmes. D'autres allèguent contre le célibat des prêtres ces paroles de saint Paul : « Dans les derniers temps, plusieurs s'éloigneront de la foi, s'attachant aux esprits de l'erreur... défendant de se marier\ » Mais ce passage se rapporte aux Ebionites, aux Gnostiques, aux Manichéens, qui enseignaient positivement que le mariage est criminel.

L'Eglise catholique, au contraire, soutient que le mariage n'est pas seulement un état licite pour ceux qui sont appelés à l'embrasser: mais que c'est encore un sacrement, et que dans la vie conjugale, on peut atteindre

1 I Gorint., IX, 5.

2 I Timothée , III, 2.

3 I Timothée. IV, 1-3.

au plus haut degré de sainteté. Plusieurs vont jusqu'à dire que la continence est impraticable. Nos frères séparés •dans le ministère sont si portés vers les femmes, que peutêtre ils révoquent en doute la possibilité, aussi bien que le privilège pour le prêtre de vivre seul. Par une semblable assertion ils attaquent la sagesse de Jésus-Christ et de ses apôtres, qui ont vécu dans cet état et l'ont recommandé aux autres. Ils calomnient les prêtres et les religieuses consacrés et, sans le vouloir, ils mettent en doute la pureté de leurs sœurs non mariées, de leurs filles et de leurs fils. Que d'hommes et de femmes dans le monde qui passent bien des années et parfois toute leur vie dans l'état do célibat I Qui osera accuser d'incontinence une telle multitude? Pourra-t-on se plaindre de la sévérité de la loi sur le célibat ecclésiastique, lorsque ceux qui en acceptent les obligations s'y soumettent volontairement après un mûr examen?

Enfin on ne saurait s'élever contre le célibat et dire qu'il viole le précepte divin « croissez et multipliez; » car, ce commandement n'oblige pas toutes les personnes en Age de se marier d'entrer réellement dans le mariage; s'il en était autrement, tous les célibataires et toutes les filles seraient coupables de la violation de cette loi. Le nombre des femmes et des hommes consacrés à Dieu ne forme qu'une fraction imperceptible de la famille humaine, leur proportion dans les Etats-Unis, par exemple, n'étant que d'un sur quatre mille environ. Cependant c'est un fait incontestable que la population s'accroît davantage dans les pays où le clergé catholique exerce la plus forte influence; car les époux sont frappés de cette idée, que le mariage n'a pas été institué pour la satisfaction de la chair, mais pour la procréation et pour l'éducation chrétienne des enfants.

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