‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienneChapitre 8 sur 59 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La sainteté est encore une marque de la yéritable Eglise, car dans le Credo nous disons ; « Je crois la sainte Eglise catholique. »

Toute société a une fin spéciale. Celle-ci est instituée pour entretenir des relations commerciales entre ses membres ; celle-là est organisée pour procurer leurs intérêts temporels ; une troisième a plus spécialement le but de faire des recherches littéraires. L'Eglise catholique est une société fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la sanctification de ses membres. Voilà pourquoi saint Pierre appelle les chrétiens de son temps « une race choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple d'acquisition * » .

Les exemples de notre divin Fondateur Jésus-Christ, les sublimes leçons de la morale qu'il nous a enseignée, les sacrements qu'il a institués, tout a pour fin notre sanctification. Tout converge vers notre âme comme autant de rayons divins pour l'éclairer et l'enflammer par le feu sacré de la dévotion.

Quand l'Eglise nous parle des attributs de Notre-

1 s. Pierre, II, 9.

/lO LA FOI DE NOS Pi: RE S.

Seigneur, de sa justice, de sa miséricorde, de sa sainteté et de sa véracité, elle ne se propose pas seulement de vanter ses perfections divines, elle nous exhorte encore à les imiter et à devenir, comme lui, justes, bons, saints et fidèles. Considérez le sublime modèle qui est devant vous! Ce n'est ni un homme, ni un ange, ni un archange, mais Jésus-Christ le fils de Dieu, « qui est la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance ^ » L'Eglise met son image sur nos autels, nous avertissant de « contempler et d'agir selon le modèle qui nous a été montré sur la montagne- ». Et, de cette hauteur, Jésus semble nous dire : « Soyez saints, car, moi, le Seigneur votre Dieu, je le suis ^ » « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait \ » « Marchez à la suite de Dieu comme ses enfants les plus chéris ^ »

Nous sommes appelés à mener une vie sainte, non seulement parce que Jésus-Christ est saint, mais encore parce que nous portons son doux et vénérable nom. On nous nomme chrétiens. C'est un nom que nous n'échangerions pas contre les titres retentissants de Prince ou d'Empereur. Nous sommes fiers, et à bon droit, de ce titre de chrétien; mais nous nous souvenons que des obligations correspondantes s'y trouvent attachées. Ce n'est pas un vain nom : il renferme au contraire de magnifiques significations; car un chrétien, comme le mot l'indique, est un serviteur, un disciple du Christ, un disciple qui marche sur les traces de son divin maître, en observant ses commandements, qui reproduit dans sa vie le caractère et les vertus de son divin exemplaire. En un mot le chrétien est un autre Christ. Il y aurait donc contradiction dans les termes, si le chrétien n'avait de commun avec son maî-

1 Hébreux, I, 3,

2 Exode, XXV, 40.

^ Lévit, XIX, 2.

'^ s. Matth., V, 48.

* Ephésiens, V, I.

S-UNTETK DE T/ÉGLISE. 41

tre que le nom. Le disciple doit se modeler sur le maître, le soldat sur le chef, les membres sur la tête.

L'Eglise porte constamment ses enfants à la sainteté en retraçant à leurs yeux l'incarnation, la yie et la mort de notre Sauveur. Quoi de plus fort pour nous faire mener une vie sainte que le spectacle de Jésus né dans une étable, vivant obscurément à Nazareth, mourant sur une croix afin que son sang pût nous sanctifier! S'il envoie des apôtres prêcher l'Evangile dans tout l'univers, si des temples sont bâtis en son nom sur toute laiirre, si des missionnaires sont envoyés jusqu'aux extrémités du globe, ce sont là autant de moyens de faire de nous des saints. « Dieu, dit saint Paul, en a établi plusieurs apôtres, d'autres prophètes, d'autres évangélistes, d'autres pasteurs et docteurs, pour la perfection de ses saints, pour l'achèvement de son ministère, pour l'édification du corps du Christ, jusqu'à ce que nous nous rencontrions tous dans l'unité de la foi et dans la connaissance du fils de Dieu dans l'homme parfaite »

La loi morale que l'Eglise inculque à ses enfants est le plus haut et le plus saint étendard de perfection qui ait été donné à un peuple et qui présente les plus forts stimulants à la vertu.

Les mêmes préceptes divins transmis par Moïse au peuple juif sur le mont Sinaï, les mêmes salutaires avertissements que les prophètes faisaient retentir dans la .ludée, les mêmes sublimes et consolants enseignements que Jésus donna sur la montagne, telle est encore la doctrine que l'Eglise fait entendre tous les jours de l'année. Le prédicateur catholique n'amuse pas son auditoire par des lieux communs spéculatifs, ni par des harangues politiques, ou par tout autre sujet d'utilité passagère : il prêche seulement «Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié ».

1 Ephésiens, IV, H, 13.

Ce code des préceptes divins est présenté avec plus de zèle par l'Eglise que le décalogue de nos aïeux ne le fut par Moïse quand il disait : « Les commandements que je vous intime aujourd'hui seront gravés dans votre cœur ; vous les redirez à vos enfants, vous les méditerez assis à l'ombre de vos demeures, dans les courses de la journée, en reposant et en veillant \ »

La première leçon enseignée aux enfants dans nos catéchismes du dimanche, c'est l'obligation qu'ils ont de connaître, d'aiiler et de servir Dieu, et, par suite, d'être saints. Car s'ils connaissent, s'ils aiment et servent Dieu, ils seront saints. Nous faisons pénétrer dans leurs tendres esprits cette vérité que, lors même qu'ils auraient les richesses de Grésus, la gloire de Salomon, s'ils négligent d'être saints, ils ont manqué leur vocation et sont « infortunés, misérables, pauvres, aveugles et dépouillés de tout". » « Car, que sert à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son âme ^ ? » On leur apprend que lorsqu'ils seraient, au contraire, pauvres comme Lazare et misérables comme Job dans ses jours d'infortune, ils sont certains de paraître heureux aux yeux de Dieu, s'ils vivent selon les maximes de l'Evangile.

L'Eglise excite le zèle de ses enfants pour la sainteté de vie, en imprimant dans leurs esprits la rigueur des jugements de Dieu, « qui montrera au grand jour les actions cachées dans l'ombre, et dévoilera le secret des cœurs, » et en leur rappelant les terreurs de l'Enfer et les douces joies du Ciel.

Ce n'est pas encore assez pour les catholiques d'être instruits à l'église le dimanche, mais encore on les exhorte à lire dans leurs maisons la parole de Dieu et les livres de dévotion. Les saints dont on leur retrace alors la vie par la

* Deut., VI, 6, 7.

2 Apocal.,in, 7.

3 s. Matth.,XVI, 26.

parole, leur servent comme d'étoiles brillantes sur l'océan orageux de la vie pour les conduire aux rivages de l'éternité, en même temps que l'histoire de ceux qui sont déchus de la grâce est aussi un phare qui les avertit d'éviter les rochers contre lesquels Salomon et Judas ont fait le naufrage de leurs âmes.

Nos livres de piété répondent à tous les besoins de l'âme humaine, et ils sont un principe fécond de sanctification. Peut-on lire, sans profit spirituel, des ouvrages tels que le livre presque inspiré de r Imitation de Jésus- Christ, par Thomas a Kempis; la Perfection chrétienne, ùeRodriguez; le Combat spirituel, de Scupoli; les œuvres de saint François de Sales et l'armée innombrable des auteurs ascétiques?

Vous chercherez en vain, en dehors de TEglise catholique, des écrivains que l'on puisse comparer pour l'onction et la vraie piété à ceux que je viens de nommer. Comparez, par exemple, Kempis avec le Progrès du Pèlerin, de Brunyan, ou la Vie des Saints, de Butler, avec le Livre des Martyrs, de Fox. Vous laissez Butler plein d'une dévotion douce et tranquille, pénétré d'une profonde admiration pour les héros chrétiens, dont il nous a retracé la vie ; tandis que vous abandonnez Fox avec un esprit troublé et avec un sentiment d'amère vengeance. Je ne parle pas du Livre des Prières communes, parce que la meilleure partie est traduite de notre missel. Les protestants ont aussi publié Kempis,. et parfois sous une forme mutilée. Ils ont eu grand soin d'omettre les passages qui, dans l'original, font allusion aux pratiques et aux doctrines catholiques.

Un des membres du clergé épiscopal de Baltimore m'a un jour avoué que ses livres favoris de dévotion étaient nos livres classiques de piété. En disant cela, il payait un tribut gracieux et mérité à la supériorité de la littérature sacrée et catholique.

L'Eglise ne nous donne pas seulement les plus pressants motifs, mais elle nous offre les plus puissants moyens de sanctification. Elle nous les fournit dans la prière et dans les sacrements. Elle nous exhorte à de fréquents rapports avec Dieu par la prière et la méditation ; cette obligation est si rigoureuse à nos yeux que nous nous regarderions, et à bon droit, comme coupables de manquement grave à notre devoir si nous négligions, pendant un temps considérable, la pratique de la prière du matin et du soir.

La plus abondante source de grâce se trouve dans les sept sacrements de l'Eglise. Notre âme est, aux fonts baptismaux, baignée dans le précieux sang de Jésus-Christ, d'où nous sortons (créatures nouvelles). Nous sommes alors et dans le même instant incorporés à Jésus-Christ, devenant « l'os de ses os et la chair de sa chair » ; « car, dit l'Apôtre, tous ceux qui ont été baptisés dans le Christ ont revêtu le Christ \ » Et comme le Saint-Esprit reste toujours uni au Christ, nos corps deviennent le temple de l'Esprit de Dieu et nos âmes son sanctuaire. « Le Christ a aimé l'Eglise et s'est livré pour elle afin de la sanctifier, la purifiant par les eaux régénératrices dans le verbe de vie, pour la faire paraître devant lui pleine de grâce, n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais étant sainte et immaculée \ »

Dans la confirmation, nous recevons de nouvelles grâces et une nouvelle force pour lutter contre les tentations de la vie.

Dans l'eucharistie, nous sommes nourris du pain vivant qui est descendu du ciel.

Dans la pénitence, nous sommes purifiés des souillures que nous avons contractées après le baptême.

Sommes-nous appelés au saint ministère ou à l'état de mariage, nous trouvons dans les sacrements de Tordre et

1 Galates, HI, 27.

2 Ephés., V, 25, 27.

SAINTETE DE L EGLISE. 4o

du mariage de nombreuses grâces correspondant au genre de vie que nous avons embrassé.

Pendant notre dernière maladie, nous sommes consolés par l'extrême-onction, dans laquelle nous trouvons le divin secours nécessaire pour nous fortifier et nous purifier avant de quitter ce monde.

En un mot, l'Eglise, comme une mère vigilante, nous accompagne du berceau à la tombe, nous fournissant à chaque pas la médecine de vie et d'immortalité.

Gomme l'Eglise offre à ses enfants les plus forts motifs et les plus puissants moyens d'atteindre à la pureté de vie, elle recueille aussi les fruits les plus abondants de sainteté. Dans chaque âge et en tous pays, elle est la mère féconde des saints. Nos annales ecclésiastiques ne se bornent pas aux noms des douze apôtres. Elles sont ornées de la liste des martyrs héroïques « qui furent lapidés, sciés et livrés à la mort par le tranchant du glaive \ » des confesseurs sans nombre, des ermites qui ont tout quitté pour Jésus- Christ, des vierges sans tache qui ont conservé leur chasteté par amour pour le royaume des cieux. Tous les jours de l'année sont consacrés dans nos martyrologes à honorer la mémoire d'un grand nombre de saints.

Et, de nos jours, dans les cinq parties du monde, à tous les âges de la vie, l'Eglise continue de former des saints dignes des premiers siècles de l'ère chrétienne.

Si nous cherchons des apôtres nous en trouvons d'éclatants dans les évêques de la Germanie, qui déploient maintenant en prison et dans l'exil un héroïsme tranquille digne de Pierre et de Paul.

Ghaque année on nous rappelle les tortures des missionnaires catholiques qui meurent pour la foi en Ghine, en Gorée et dans les autres parties des pays infidèles.

Parmi les confesseurs de l'Eglise on compte encore ces

1 Hébreux, XI^ 37.

prêtres pieux qui, abandonnant leur maison et rompant les liens de famille, vont, chaque année, porter au loin l'évangile dans les pays étrangers. Tout leur avoir se borne à quelques livres de dévotion et à leurs modestes habits.

Qui ne connaît ces vierges consacrées, ces sœurs de différents ordres qui, dans toutes les cités de la chrétienté, retirent, tous les jours, des femmes dégradées d'une vie de honte et d'ignominie pour les soumettre à la douce influence de la religion ; arrachent au péché et à la mort spirituelle et temporelle les enfants abandonnés, les rendent pieux et en font des membres utiles à la société. Devenues pour eux plus que des mères, elles les délivrent, ces pauvres enfants, de l'ignorance, et font pénétrer dans leurs esprits la connaissance et l'amour de Dieu. Nous pouvons aussi montrer un nombre incalculable de saints, même parmi les laïques. J'ose afîlrmer, que dans toutes les sociétés du monde catholique, on trouve des hommes et des femmes qui montrent une piété fervente et un zélé qui les rendent dignes d'être nommés après les A^ine, les Aquila, les Pviscille du Nouveau Testament. Ils n'attirent pas cependant l'admiration du public, parce que la vraie piété n'aime pas l'ostentation ; elle cherche plutôt une vie « cachée avec le Christ en Dieu \ »

N'allez pas croire qu'en proclamant la sainteté de l'Eglise, je vais essayer de prouver que tous les catholiques sont saints. Je confesse avec douleur que la corruption de la morale se rencontre souvent parmi les catholiques pratiquants. Nous ne pouvons ignorer que beaucoup d'entre eux, loin de vivre conformément aux enseignements de l'Evangile et de l'Eglise, donnent par leur conduite de douloureux scandales. « Il faut qu'il y ait des scandales, mais malheur à ceux par qui ils viennent. » J'avoue pareillement que le péché des catholiques est aux

^ Colossien?, Ul, 3.

yeux de Dieu plus énorme que celui de leurs frères séparés, parce qu'ils abusent de grâces plus nombreuses et plus excellentes.

On devrait bien se mettre dans l'esprit que ni Dieu ni l'Eglise ne forcent la conscience de personne. Dieu dit à tous par la bouche de ses prophètes : « Considérez que j'ai mis devant vous la voie de la vie et de la mort. » (Jérémie, xxi, 8.) Mais c'est à nous de choisir. Il est facile d'expliquer comment il se fait qu'un si grand nombre de membres scandaleux s'attachent toujours à la robe de l'Eglise leur mère spirituelle, et pourquoi elle-même ne les rejette jamais ni ne les désavoue pour ses enfants.

L'Eglise est animée de l'esprit de son fondateur Jésus- Christ. « Il est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, il est venu pour appeler non les justes, mais les pécheurs à la pénitence ^ ; » il a été l'ami des publicains et des pécheurs afin d'en faire les amis de Dieu ; de leur côté, ils s'attachent à lui parce qu'ils le savent plein de pitié pour eux.

L'Eglise marchant sur les traces de son divin époux ne répudie jamais les pécheurs : elle ne les sépare pas du troupeau, quelque graves ou notoires que puissent être leurs fautes morales ; non qu'elle approuve leurs péchés, mais parce qu'elle désire les relever. Elle n'abandonne aucun de ses enfants au désespoir, au contraire elle s'efforce d'adoucir leurs passions, si elle ne peut autrement réformer leur vie.

Pleine de respect pour les paroles de son Maître « l'Evangile est annoncé aux pauvres ^ » l'Eglise, a une tendre compassion pour les victimes de la pauvreté qui a son genre particulier de tentations et d'infirmités. Aussi les pauvres s'attachent à l'Eglise comme ils s'attachaient à notre Maître durant sa vie mortelle.

1 Timot., 1, is.

^ s. Matlh., XI, 5.

Nous savons d'un autre côté, que les pécheurs coupables de grands crimes, réprouvés par la décence publique, sont virtuellement rejetés des communions protestantes. Les pauvres, si l'on en croit la presse, ont raison de se plaindre qu'ils ne sont l'objet d'aucun soin dans l'Eglise protestante. Un gentleman m'a assuré n'avoir jamais vu un pauvre entrer dans une église voisine de sa résidence.

Ces pécheurs et ces victimes de la pauvreté ainsi rejetés ou bien abandonnent complètement le christianisme, ou bien, trouvent un refuge dans le sein de leur vraie mère, l'Eglise catholique, qui, à l'exemple de son divin époux, revendique les afiligés comme son plus cher héritage. Les paraboles qui figurent cette Eglise et que Notre-Seigneur a employées, nous enseignent clairement que les bons et les mauvais seront réunis dans l'Eglise aussi longtemps que durera sa mission terrestre. Le royaume de Dieu est comme un champ dans lequel l'ivraie est mêlée pour grandir avec le grain, jusqu'au temps de la moisson \ Le royaume de Dieu est comme un filet où sont enfermés les bons et les mauvais poissons jusqu'à l'heure de la séparation -. L'Eglise est encore une grande maison ^ où l'on trouve non seulement des vases d'or et d'argent, mais des vases de bois et d'argile.

Les Pères reproduisent l'enseignement des saintes Ecritures. Saint Jérôme dit : « L'arche de Noé était une figure de l'Eglise. Gomme toutes sortes d'animaux s'y trouvaient renfermés, de même dans celle-ci il y a des hommes de toute race et de tout caractère. Gomme on y voyait le léopard et le chevreau, le loup et l'agneau, dans l'Eglise aussi on trouve les justes et les pécheurs ; ce sont les vases d'or et d'argent mêlés à ceux de bois et d'argile^»

IS. Mat th., XUI, 24, 37.

2 Idem, xni, 47. 3Timot.,H, 20.

'* Dialog, contra Lucif.

Saint Grégoire le Grand écrit : « Parce que dans (l'Eglise) les bons sont mêlés aux mauvais, les réprouvés aux élus, c'est à bon droit qu'on la compare aux Vierges sages et aux Vierges folles \ »

Ecoutez saint Augustin : « Rappelez-vous l'aire qui contient la paille et le froment ; les filets où sont enfermés les bons et les mauvais poissons ; l'arche de Noé où il y avait les animaux purs et les animaux impurs, et vous verrez que l'Eglise depuis le moment actuel jusqu'au jour du jugement ne contiendra pas seulement les moutons et les bœufs, c'est-à-dire les pieux laïques et les saints prêtres, mais encore les bêtes des champs. Les bêtes des champs ce sont les hommes qui trouvent leur charme dans les plaisirs charnels, le champ c'est la voie large qui conduit à la damnation ". »

Les rares scandales qu'on rencontre dans les membres de l'Eglise ne diminuent ni n'affaiblissent en rien ses droits à la prérogative de la sainteté. Les taches du soleil ne troublent pas sa beauté. Les souillures de quelques membres ne ternissent pas davantage le vif éclat de celle qui « apparaît pure comme l'étoile du matin, belle comme la lune, brillante comme le soleil ^ » L'ivraie qui grandit avec le bon grain n'altère en rien la beauté des moissons jaunissantes. La sainteté de Jésus n'a pas été atteinte par la présence de Judas dans le collège apostolique. La corruption morale de quelques disciples ne saurait non plus ternir la sainteté de l'Eglise. Saint Paul appelle l'église de Gorinthe une réunion de saints \ quoiqu'il réprouve bon nombre de scandales qui s'y trouvent ^

On ne peut nier que la corruption de la morale n'ait

* nomél.,XII, inEvang, s/rti^sar, vm.nMS.

=^ Corint., VI, 9.

'^ I Corint., 1.

^ ICormt., V.

50 LA FOI Di: NOS PERES.

prévalu, au seizième siècle, sur une assez grande étendue pour rendre nécessaire une réforme générale, et que le relâchement de la discipline n'ait envahi le sanctuaire luimême.

Mais comment cette réforme de la morale devait-elle être accomplie ? serait-ce par une force intérieure à l'Eglise ? Je réponds que le vrai moyen de l'opérer était de combattre Tiniquité dans TEglise elle-même. Toutes les armes que les hommes pouvaient employer en dehors de rÉglise pour déclarer la guerre au vice devaient être beaucoup plus efficaces entre ses mains, et sous l'autorité de TEglise. Les vraies armes d'un apôtre ont été, dans tous les temps, les vertus personnelles, la prière, la prédication et les sacrements. Tout génie réformateur trouvait ces armes au sein même de l'Eglise.

Elle possède, à tous les âges, non seulement les principes d'une vie immortelle, mais encore tous les éléments de réforme et tous les moyens de sanctification. Avec les moyens que j'ai indiqués, elle corrigea les abus du premier siècle. Avec ces mêmes moyens, elle se mit à l'œuvre avec une volonté droite et bonne et opéra la réforme au seizième siècle : Elle fut la seule réformatrice spirituelle et efficace de cette époque.

Qu'a été le concile de Trente, si ce n'est un grand tribunal de réforme? Beaucoup de ses décrets avaient pour but de corriger les abus qui s'étaient glissés dans le clergé et parmi les fidèles, et nous recueillons même aujourd'hui les fruits salutaires de sa législation.

Saint Charles Borromée, le neveu d'un pape régnant, a été le plus grand réformateur de son siècle. Toute sa carrière épiscopale a été consacrée à redresser les mœurs du clergé et du peuple. Barthélémy, archevêque de Braga, en Portugal, a prêché, dans les grandes villes comme dans les plus petites, une incessante croisade contre l'iniquité. Saint Ignace de Loyola, saint Alphonse et leurs compa-

SAINTETJ^ DE L EGLISE. 51

gnons ont été dans l'Europe, des réformateurs illustres et ils ont vu leurs efforts couronnés de succès. Saint Philippe de Néri a été appelé l'Apôtre de la Rome moderne, à cause de ses heureux succès pour détrôner le vice dans cette ville. Tous ces apôtres catholiques prêchaient autant par leurs paroles que par leurs exemples.

Comment comparer Luther, Calvin, Zwingle, Knox et Henri YIII, à ces pieux et saints réformateurs, au point de vue du caractère moral et des fruits de leurs travaux ? La vie privée de ces chefs de la Réforme a été souillée par la cruauté, la rapine et la licence. Et comme résultat de leur propagande, l'histoire rappelle des guerres civiles, du sang répandu, d'amères luttes religieuses et le démembrement de la chrétienté en des milliers de sectes.

Au lieu de seconder l'autorité légitime, pour l'aider a éteindre les flammes que les passions des hommes avaient allumées dans la cité de Dieu, ces hommes sans foi fuyaient loin des citadelles qu'ils avaient fait vœu de défendre. En rejoignant les ennemis, ils avaient hâte d'attiser le feu, et d'augmenter la commotion. Ils renversaient tous les autels, sur lesquels ils avaient naguères sacrifié en qualité de prêtres consacrés \ Ils sanctionnaient la rébellion en minant le principe de l'autorité.

Quelle noble occasion ils ont perdue de gagner pour eux-mêmes une gloire immortelle et devant Dieu et devant les hommes ! Si, au lieu de lever l'étendard de la révolte, ils avaient livré la guerre à leurs passions, s'ils avaient combattu avec les réformateurs catholiques, contre l'impiété, ils seraient aujourd'hui salués comme les vrais soldats de la croix. Ils seraient vénérés parles papes, par les évêques, par le clergé et par les honnêtes gens. Ils seraient aujourd'hui honorés sur nos autels, et auraient une place mar-

' Luther, Zwiagle et Kûox avaient été ordonnés prêtres. Calvin avait f'iit (les étutlco pour être prêtre, toutefois il ne reçut jamais les ordres sacrés.

5â LA 101 DE NOS PKHES.

quée dans nos temples à côté des Charles Borromée et des Ignace de Loyola. Au lieu d'une armée de chrétiens divisés, nous contemplerions une chrétienté unie, se répandant d'une manière irrésistible, de nation en nation, pour amener tous les royaumes à la connaissance de Jésus- Christ.

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