‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 22 sur 83 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Perpétuité ou durée jusqu'à la fin des temps, voilà une des marques les plus frappantes de l'Eglise, Par perpétuité, on ne veut pas dire que le christianisme, sous une forme ou sous une autre, doive toujours exister, mais que l'Eglise doit toujours persister dans son intégrilé, revêtue de toutes les prérogatives que Dieu lui a données dès le commencement, Car, si l'Eglise venait à perdre un de ses caractères essentiels, comme l'unité et la sainteté que Notre-Seigneur lui a données dès les premiers jours de son existence, on ne pourrait pas la dire perpétuelle, parce qu'elle cesserait d'être la même institution.

La durée sans fin de l'Eglise du Christ est fréquemment prédite dans les saintes Ecritures. L'ange Gabriel annonce à Marie que le Christ ‘‘ régnera sur la maison de Jacob à jamais et que son règne n'aura pas de fin (1). Notre-Seigneur dit à Pierre: ‘Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'Enfer ne prévaudront point contre elle (2). Notre- Seigneur bien-aimé montre clairement ici que l'Eglise est destinée à être toujours assaillie, sans avoir à craindre d'être submergte.

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Dans les dernières paroles de notre Rédempteur, que nous a conservées l'évangile de saint Matthieu, la même prédiction est fortement répétée, et la raison de l'indéfectibilité de l'Eglise pleinement exprimée: ‘Allez, enseignez les nations... Considérez que je suis avec vous tous les jours, mème jusqu'à la consommation du mon. de (1). Cette parole renferme trois enseignements importants: 1° la présence du Christ avec son Eglise : ‘‘Considérez que je suis avec vous ;"” 2° sa présence cons. £ tante sans en excepter un seul jour : ‘‘Je suis avec vous tous les jours; 3° sa présence continuelle jusqu'à la fin du monde, et, par conséquent, la durée éternelle de l'Eglise, ‘même jusqu'à la consommation du monde."

Il en résulte que l'Eglise doit avoir existé dès le commencement; que depuis sa première origine le souffle de sa vie n’a pu être interrompu un seul instant ; qu'elle n'a jamais été séparée de Jésus-Christ, et qu'enfin elle durera jusqu’à la consommation du monde et des siècles.

Aucune communion chrétienne ne peut raisonnable. ment revendiquer ces droits à la perpétuité, puisque, comme nous l'avons montré dans le chapitre précédent, elles sont toutes d'origine récente (2).

L'indestructibilité de l'Eglise est vraiment merveilleuse, et elle doit exciter l'admiration de tout esprit réfléchi, quand nous considérons le nombre, la variété, la puissance formidable des ennemis contre lesquels elle a eu à lutter dès les premiers jours de sa naissance. Ce seul fait suffit pour mettre en lumière le rayon de la divinité qui a été imprimé sur son front.

L'Eglise a été constamment engagée dans une double lutte, l’une intérieure, l’autre extérieure:

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(1) S. Matth., xvit, 20.

(2) Si l'on en excepte quelques sectes orientales remontant au sixième et aü neuvième siècie.

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PERPÉTUITÉ DE L'ÉGLISE rÉ contre les paiens et les infidèles: Ja seconde contre le schisme et l'hérésie fomentés par ses enfants rebelles,

Depuis le jour de la Pentecôte, jusqu'à la victoire de Constantin le Grand sur Maxence, pendant un espace de deux cent quatre-vingts ans, l'Eglise a subi une suite de persécutions sans égales, par leur atrocité, dans les annales de l'histoire, Toutes L 5 tortures que la cruauté a pu employer ont été mises en usage pour détruire les derniers vestiges du christianisme, Christiani ad leones! Les chrétiens aux lions! tel était le cri du peuple.

On les revétait de peaux de bêtes féroces et, dans cet état, on les exposait à l: Jent des chiens furieux, On les récouvrait de poix, on y mettait ensuite le feu, afin de s'en servir comme de flambeaux dans les rues de Rome, Pour justifier de telles atrocités et pour étouffer tout sentiment de compassion, les persécuteurs accusaient leurs innocentes victimes des crimes les plus affreux,

Pendant trois siécles, les chrétiens furent obligés d'adorer Dieu dans le secret de leurs chambres, où dans les catacombes de Rome. Ces souterrains subsistent encore COMME un témoignage permanent, soit du courage indomptable des chrétiens, soit de l'atrocité de leurs tourments.

Et Rome elle-méème, avec cette Puissance qui avait frappé d'épouvante toutes les nations, fut incapable de briser l'Eglise encore au berceau, ou d'arrêter ses progrès. En peu de temps nous voyons cet empire colossal tomber en ruines, tandis que le chef de l'Eglise porte des lois pour toute la chrétienté dans cette mème ville, d'où les Césars impériaux avaient promulgué, contre le christianisme, leurs édits Sanguinaires,

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presque disparaître les dernières traces de la vieille civilisation, Ils pillaient les villes, rasaient les églises, laissant après eux la ruine et la désolation; conquérants d'un jour ils sont cependant domptés, à leur tour, et se soumettent au joug suave de l'Evangile, Ainsi se vérifie l'assertion de l'incrédule Gibbon : ‘Les progrès du christianisme ont été marqués par deux glorieuses et décisives victoires : l'une sur les citoyens voluptueux et instruits de l'empire romain, l'autre sur les guerriers barbares de la Scythie et de l'Allemagne, qui renversèrent l'empire et embrassèrent eux-mêmes la religion des Romains (1). ;

Le mahométisme prit naissance au septième siècle en Arabie et fit de rapides conquêtes en Asie, Au quinzième siècle, Canstantinople fut prise par les sectateurs du faux prophète, qui essayèrent même de soumettre toute l'Europe à leur puissance, Sur les pressantes instances du Pape, le royaume d'Espagne et la république de Venise formèrent une ligue défensive contre les Turcs, qui reçurent une sanglante défaite à la bat-ille de Lépante, en 1571. Et si la croix a pris la place du croissant, si elle domine aujourd’hui toutes les villes d'Europe, nous devons cette précieuse bénédiction à, vigilance des Pontifes Romains.

Un autre adversaire, plus formidable et plus dangereux que ceux que je viens de mentionner, essaya de renverser l'Eglise au quatrième et au cinquième siècle, Je parle de la grande hérésie d'Arius suivie de celles de Nestorius et d'Eutychès.

L’arianisme, peu après sa naissance, se répandit rapidement en Europe, dans le Nord de l'Afrique et dans certaines parties de l’Asie, Il fut accueilli par une immense multitude, et fleurit pour un temps grâce aux soins et à la protection de plusieurs empereurs romains

(1) Décadence et chuie de l'Empire romain, xxxvu, p. 450

"1 se succédèrent sans interruption. Les évêques catholiques furent bannis de leurs sièges, des intrus ariens prirent leur place. L'Eglise, qui avait échappé à l'épée du paganisme, sembla pour un temps infectée du poison de l'arianisme, Mais après une courte carrière de prospérité, cette gigantesque secte fut affaiblie par des divisions intestines, ct finalement elle fut chassée par d'autres erreurs qui lui succédèrent. !

Vous connaissez depuis longtemp, 4 ciunde r’-olution religieuse du seizième siècle, : i « ; ‘pancii Co: me un torrent dans l'Europe du Xe çee ni, était possible, d'engloutir la bac. Pierre. Plu la moitié de l'Allemagne a su: i Martin Luther, La Suisse s'e, um ] de Zwingle. L'influence de 50: : 1 G. à Vasa a fait perdre la foi à la Suède, Le Dancim à ou au noue veau Credo, grâce aux intrigues du roi {hist à IT,

Les catholiques ont été à leur tour che Nor\wt 7e, d'Angleterre et d'Ecosse, Le calvinisme au seizième siècle, le voltairianisme au dix-huitième siècle, ont gagné tant de terrain en France, que la foi de cette glorieuse nation catholique a deux fois frémi dans la balance. Seule de toutes les nations de l'Europe du Nord, l'Irlande est restée fidèle à l'antique église.

Considérons le champ de bataille maintenant que le bruit et la fumée se sont dissipés, Examinons la condition de la vieille Eglise après qu'elle est passée par ces mortels conflits, nous la voyons aujourd’hui numériquement plus forte qu'à aucune époque de son histoire antérieure. Les pertes qu’elle a subies dans le vieux monde sont plus que compensées par ses acquisitions dans le nouveau. Elle a déjà recouvré une bonne portion du terrain qu’on lui a ravi au seizième siècle. Elle compte plus de deux cent trente-six millions d’adhérents. Elle n'existe pas aujourd'hui à l’état d'institution stérile, mais dans toute l'intégrité et la plénitude de sa vie,

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avec son organisation intacte, plus unie, plus compacte et plus vigoureuse que jamais,

Ce que l’on appelle la réforme du seizième siècle a plusieurs points de ressemblance avec l'hérésie d'Ariu:, Les deux schismes ont été préparés par des prêtres impatients du joug de l'Evangile, désireux de nouveautés, sensibles à l'ambition et à la vaine gloire, Tous les deux furent nourris et secondés par les princes régnants et eurent un nombre prodigieux de prosélytes. Tous les deux, pour un temps, se sont répandus avec la force irrésistible d’un ouragan infernal, jusqu'à ce que sa fureur fût passée. Les deux hérésies se sont dans la suite fractionnées en différents corps. L'extinction du protestantisme compléterait le parallèle,

Pour cette conjoncture voici une remarque de de Maistre bien digne d'attention : ‘Si le protestantisme porte toujours le même nom, quoique sa foi ait immensément varié, c'est que son nom étant purement négatif et ne Signifiant qu'une renonciation au catholicisme, moins il croira, et plus il protestera, plus il sera Juimême, Son nom devenant donc tous les jours plus vrai, il doit subsister jusqu'au moment où il périra, comme l'ulcère périt avec le dernier atome de chair vivante qu'il a dévoré" — De Maistre: Du Pape, iv. IV, chap. IV.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets, Comme ces deux révolutions sont le fruit de la rébellion, qu'elles ont été marquées par la même vivoureuse jeunesse, par la même virilité précoce, par le même déclin prématuré, par le même démembrement des parties, nous ne sommes pas téméraires en prédisant que la dissolution qui à depuis longtemps anéanti Ja première, doit tôt ou tard détruire la seconde. Pour l'Eglise catholique, parce qu'elle est l'œuvre de Dieu, elle ‘‘renouvelle toujours sa jeunesse comme l'aigle."

Je m'adresse maintenant à tous les ennemis de l'E-

glise catholique, et à ceux qui méditent sa destruction : comment pouvez-vous espérer de renverser une institution qui, depuis plus de dix-huit siècles, a successivement résisté à tous les assauts combinés du monde, des hommes et du prince des ténèbres ? Quels moyens emploierez-vous pour en opérer la ruine ?

I. Sera-ce le pouvoir des rois, des empereurs, des premiers ministres? Ils ont en vain essayé de la détruire, depuis le temps des Césars jusqu’au chancelier actuel de l'Allemagne,

Beaucoup de personnes sont sous l'impression erronée que les têtes couronnées d'Europe ont été les invariables soutiens de l'Eglise et que, si leur protection cessait, elle disparaîtrait bientôt. L'Eglise, loin de s’appuyer sur des trônes terrestres, a compté parmi ses ennemis redoutables, à quelques honorables exceptions près, les princes chrétiens, ainsi appelés parce qu'ils étaient, de nom, enfants de l'Eglise. Ils s'irritaient contre sa discipline salutaire; ils brûlaient de secouer son joug, parce que, seule, dans les temps d’oppression, elle avait le pouvoir et le courage de réclamer les droits du peuple, et de s'opposer, comme un mur d’airain, aux empiétement de ses dominateurs. Avec une calme confiance, nous pouvons leur dire avec le Psalmiste : ‘‘Pourquoi les nations ont-elles frémi ? Pourquoi les peuples ont-ils médité de vains projets? Les rois de la terre sesont levés, les princes se sont réunis contre Je Seigneur et contre son Christ, Brisons leurs liens et rejetons au loin leur joug (1). ‘Celui qui habite dans les cieux les tournera en dérision (2).

IT. Est-ce que les immenses ressources et le pouvoir organisé des corps religieux rivaux ne parviendront pas à absorber l'Eglise et à anéantir son action ? Je n'ai garde de mépriser ce pouvoir, Pour toute force pure-

(1-2) Psal., n, 1-4.

Dares

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