‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 45 sur 83 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

L'Eglise catholique enseigne qu'en dehors du lieu de tourments destiné aux pécheurs, et du ciel, séjour éternel pour les justes, il y a dans l’autre vie un état intermédiaire de peines temporelles pour ceux qui ont vécu dans le péché véniel ou qui n'ont pas satisfait à la justice de Dieu pour des péchés déià pari!::1.nés. Elle nous enseigne aussi que ces âmes, tout en étant reléguées dans ce lieu mitoyen appelé Purgatoire, sont impuissantes pour elles-mêmes, mais qu'elles peuvent être secourues par les suffrages des fidèles vivants sur la terre. L'existence du Purgatoire implique naturellement le dogme corrélatif de l'utilité des prières pour les morts; car ces âmes qui y résident n’ont pas encore atteint le terme de leurs travaux. Elles sont encore exilées du ciel ; elles ont encore besoin de la clémence divine.

N'est-il pas étrange que cette doctrine, qui nous est si chère, ait été révoquée en doute par les novateurs du seizième siècle, surtout quand nous considérons qu'elle est clairement enseignée dans l'Ancien Testament ; qu’elle est au moins insinuée dans le Nouveau; qu’elle est unanimement proclamée par les Pères de l'Eglise ; qu'elle est contenue dans toutes les liturgies anciennes

des Eglises d'Orient et d'Occident; qu’elie est conforme aux données de la-raison et éminemment consolante pour le cœur humain ?

1° Cette doctrine est entièrement et explicitement contenue dans l’Ancien Testament; elle est mise pieusement en pratique par le peuple hébreu. À la fin d’un combat que Judas Machabée avait livré aux ennemis, il ordonna que l’on offrît des prières et des sacrifices pour ses compagnons défunts ; il prescrivit aussi une collecte et envoya douze mille drachmes d'argent à Jérusalem, afin qu'on offrit des sacrifices pour les péchés des morts, pensant justement et religieusement de la résurrection ; car s’il n’eût pas espéré que ceux qui avaient été tués ressusciteraient un jour, il eût jugé superflu de prier pour eux.... ‘C'est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs fautes (1). Ces paroles sont si pressantes que je ne pourrais, par aucun commentaire, les rendre plus claires. Toutefois, elles ont été une pierre d’achoppement pour les réformés. Voyant qu'ils ne pourraient, par aucun subterfuge, échapper à la force de ce texte, ils ont poussé l’impiété jusqu’à rejeter les livres des Machabées, comme un coupable se débarrasse d’un témoin hostile. [ls ont prétendu que les deux livres des Machabées étaient apocryphes. Et cependant ils ont la même autorité que l’évangile de saint Matthieu ou que toute autre partie de la Bible. Car, la canonicité des livres saints repose uniquement sur l'autorité de l'Eglise catholique qui les a proclamés inspirés.

En admettant, pour le moment, que les livres des Machabées ne doivent pas avoir leur place dans le canon des saintes Ecritures, personne au moins ne peut nier qu'ils ne soient de fidèles monuments k' oriques, et comme tels qu'ils ne servent à prouver isage cons-

(1) Mach., 43-46.

tamment établi parmi les Juifs d'offrir, comme parmi nous, des prières «1 + sacrifices pour les morts.

2° Quand nc re Sauveur, i: fondateur de la religion nouvelle, parut su: la terre, ïl vint pour retrancher les excroissances q: étaient ueveloppées sur le corps du code religieux des Juifs; 11 travailla à purifier la vraie doctrine de toutes les traditions humaines qui, dans le cours des temps, étaient venues s’y mêler, comme la paille se mêle au pur froment. Il condamne, par exemple, les Pharisiens de ce qu’ils défendent d'accomplir des œuvres de charité le jour du Sabbat: et, dans le trente-deuxième chapitre de saint Matthieu, il cite contre eux tout un long catalogue d'innovations dans la doctrine et dans la discipline,

Mais Notre-Seigneur a-t-il en même temps repris les Juifs parce qu’ils croyaient à l'existence du Purgatoire, ou parce qu'ils priaient pour les morts, pratique généralement admise, il le savait bien, par le peuple ? Jamais.

Au contraire, plus d’une fois, Jésus, et l'Apôtre des Gentils ont insinué la doctrine du Purgatoire. Notre Sauveur dit: ‘Quiconque aura prononcé une parole contre le fils de l’homme sera pardonné. Mais quiconque aura prononcé une parole contre le Saint-Esprit ne sera pardonné ni dans ce monde ni dans l’autre (1).”°

Quand notre Sauveur déclare que le péché contre l'Esprit saint ne sera pas remis dans l’autre vie, il nous laisse évidemnient conclure que plusieurs péchés seront pardonnés dans la vie future.

Saint Paul nous dit : ‘Que toutes les œuvres de l’homme seront manifestées’’ au jour du Seigneur. ‘‘Le feu éprouvera les œuvres de l’homme et montrera de quelle nature elles sont.’ Si ses œuvres restent, ‘‘c’est-à-dire si elles sont bonnes,’ “‘il recevra une récompense, si elles sont dévorées par les flammes,”” ‘c'est-à-dire si

(r)°S. Matth, x11, 42.

elles sont défectueuses et imparfaites,”” il aura des dommages à subir ; mais il sera sauvé, quoique par le feu(1). Son âme sera donc sauvée, mais il aura à souffrir pendant quelque temps dans les flammes expiatrices du Purgatoire.

Cette interprétation ne m'est pas particulière, C’est le cri unanime de la chrétien‘é, Et quels sont ceux qui ont déplacé les limites de la f . chrétienne respectées par le temps, en rejetant la doctrine du Purgatoire? Des hommes d’Eglise mécontents, impatients de tout joug religieux, venus sur la scène du monde seize cents ans après la fondation du christianisme. Jugez vous-même, lecteur, quel est celui qu’il vous faut suivre. Si vous vouliez connaître le vrai sens d’une question vitale touchant à la Constitution, ne suivriez-vous pas la décision d’un Story, d’un Jefferson, d’un Marshall, d’un Taney, jurisconsultes et hommes d'Etat, reconnus comme les vrais commentateurs de ja Constitution ? Ne préféreriez-vous pas leur opinion à celle des démagogues politiques qui n’ont pour eux ni le savoir, ni l’autorité, ni l’histoire, mais qui ne cherchent qu'un avantage personnel? Les mêmes motifs qui vous portent à rejeter l’opinion de politiques ignorants et à embrasser celle d’éminents jurisconsultes, en ce qui concerne la Constitution, vous portent à écarter les nouveautés des réformateurs religieux, et à suivre le sentiment unanime des Pères en ce qui concerne le Purgatoire,

3° Je voudrais mettre sous vos yeux de longs extraits des écrits des Pères du premier âge de l'Eglise, se rapportant au sujet qui nous occupe; mais je dois me contenter de vous citer quelques-unes des plus éclatantes lumières des premiers siècles chrétiens.

Tertullien, qui vivait au second siècle, nous dit que ‘l'épouse fidèle priera pour son mari défunt, surtout à l'anniversaire du jour où il est tombé dans son dernier

{i) Corint., 1, 13, 14, 15.

sommeil. Si elle y manque elle a répudié son mari aussi bien que le lieu où il repose (1).”’

L’historien Eusèbe (quatrième siècle), en décr vant les funérailles de Constantin le Grand, nous dit que le corps du prince bien-aimé fut placé sur une grande bière, et que les ministres de Dieu et la multitude du peuple, avec des larmes et des cris, offraient des prières et le saint sacrifice pour le repos de son âme. L’historien ajoute qu’on le fit pour se conformer au désir du monarque religieux, qui érigea une grande église à Constantinople en l'honneur des apôtres, afin qu’après sa mort les fidèles pussent se souvenir de lui (2). Saint Cyrille de Jérusalem écrit au quatrième siècle: ‘Nous faisons mémoire des saints Pères, des évêques et de tous ceux qui sont morts parmi nous, croyant que nos supplications seront d’un grand secours pour leurs âmes, tandis que le saint et terrible sacrifice est offert.” Il répond par un exemple à ceux qui pourraient doute de l'efficacité de la prière pour les morts. ‘Si un roi, dit-il, avait banni une personne pour une offense, et que ses parenis, après avoir tressé une couronne, la lui er:3sent offerte en faveur de celle qui mérite la venge: ce, ne croyez-vous pas qu'il se relâcherait de sa sévérité ? Ainsi en offrant une couronne de prières en faveur de ceux qui sont morts, nous obtiendrons pour eux le pardon, par les mérites de Jésus-Christ (3).”

Saint Ephrem, au même siècle, dit: ‘‘Je vous en conjure, mes frères, et mes amis, au nom du Dieu qui m'ordonne de vous quitter, souvenez-vous de moi dans vos assemblées de prière. Ne m'’ensevelissez pas avec des parfums. Ne les offrez pas à moi, mais à Dieu. Ensevelissez-moi tandis que je suis accablé de douleur, avec des lamentations, et au lieu de vos parfums assistez-

(1) De la Monogamie, n. x.

(2) Eusèbe, B. 1V, C. 71.

(3) Catéch., n. 9, 10, p. 328.

moi de vos prières, car les morts bénéficient des prières des saints qui vivent sur la terre.”

Saint Ambroise (au même siècle) nous dit au sujet de la mort des empereurs Gratien et Valentinien: ‘Vous serez heureux (Gratien et Valentinien), si mes prières peuvent vous être de quelque utilité, aucun jour ne se passera ici dans le silence, jamais dans mes prières je ne vous oublierai, aucune nuit ne s'écoulera sans entendre répéter votre nom dans les prières. Dans tous les sacrifices que j'offrirai, je ne vous oublierai pas.” A la mort de l’empereur Théodose, il compose la prière qui suit: ‘‘Donnez un parfait repos à votre serviteur Théodose, ce repos que vous avez préparé pour vos saints, Que son âme retourne vers son origine, elle n’y sentira plus l’aiguillon de la mort... Je l’aimais, voilà pourquoi je le suivrai même dans la terre des vivants. Je le suivrai partout, et par mes larmes et par mes prières, je l’entraînerai sur la montagne du Seigneur où il y a la vie éternelle, où la corruption n’est plus et où il n’y a ni soupirs, ni afflictions (1).”’

Saint Jérôme qui vivait à la même époque, dans sa lettre de condoléance à Pammachius sur la mort de son épouse Pauline, écrit: ‘D'autres jettent des roses et des violettes sur les tombeaux de leurs épouses, notre Pammachius répand sur les cendres vénérées de Pauline les parfums de l’aumône (2)."°

Saint Jean Chrysostome dit: ‘Ce n’est pas sans de graves motifs que les apôtres ont ordonné de faire mention des morts dans les terribles mystères, persuadés qu'ils en retireraient un très grand fruit (3).”

Saint Augustin, qui vivait au commencement du cinquième siècle, rapporte que lorsque sa mère fut sur le point de mourir, elle lui fit cette dernière demande :

(1) Voyez, la foi des Catholiques, vol. III, p. 156. (2) Ibid., p. 177.

(3) Ibid., vol. II.

‘Laisse ce corps où tu voudras, que ce soin ne te trouble jamais. Je ne te demande qu’une chose, c'est de ne m'oublier jamais à l’autel du Seigneur partout où tu seras (1).”’

Ce fils dévoué prie pour l'âme de sa mère dans le langage le plus passionné. ‘O Dieu de mon cœur, ditil, je vous supplie pour les péchés de ma mère, Exaucez-moi par le mérite des blessures qui sont restées suspendues sur le bois... Qu'elle soit en paix avec son époux. Faites, Seigneur, que vos serviteurs mes frères, que je défends par la voix, par le cœur et par la plume, toutes les fois qu’ils liront ces paroles, se souviennent à l’autel de Monique votre servante...” Ce n'est là qu’un faible écho de la voix unanime des Pères touchant la salutaire pratique des prières pour les morts.

Vous voyez à présent que cette dévotion n’est pas une invention moderne, mais une doctrine universellement défendue dans les premiers et les plus purs âges de l'Eglise.

Vous voyez que la prière pour les morts n'est pas une dévotion cauteleusement recommandée par un écrivain obscur et visionnaire, mais un acte de religion prêché et inculqué par les grands docteurs et les Pères de l’Eglise, qui sont les propagateurs reconnus de la religion chrétienne.

Vous les voyez également inculquant cette doctrine non comme un principe froid et abstrait, mais comme un acte de piété journalier, qu’il faut placer dans les exercices ordinaires de dévotion.

Ils priaient pour les morts le matin et le soir, dans l'office du jour, au sacrifice de la Messe. Ils demandaient les prières de la paroisse pour les âmes des défunts dans les offices publics du dimanche. Dans les monuments élevés aux morts et conservés jusqu’à nos jours,

(1) Confessions, liv. 1x.

on voit des épitaphes demandant instamment les prières des vivants pour leurs âmes. Qu'il est consolant, pour nos cœurs catholiques, de voir qu’une dévotion si douce pour les âmes affligées soit en même temps si fermement appuyée sur la tradition des âges!

4° Que la pratique de prier pour les morts descende des apôtres, les liturgies de l’Eglise le prouvent jusqu’à l'évidence. Par liturgie on entend le formulaire autorisé du culte public contenant les prières approuvées par l'Eglise. Le Missel ou livre de messes, par exemple, que vous voyez sur nos autels, contient une partie de la liturgie de l’Eglise catholique. Les principales liturgies sont: celle de saint Jacques, apôtre, qui fonda l'Eglise de Jérusalem; celle de saint Marc, l'évangéliste, fondateur de l'Eglise d'Alexandrie, et celle de saint Pierre, qui fonda l'Eglise de Rome. Ces liturgies portent le nom de ceux qui les ont romposées. Il y a encore les liturgies de saint Chrysostome et de saint Basile, qui ont été surtout formées sur le modèle de celles de saint Jacques.

Toutes ces liturgies, sans exception, contiennent des prières pour les morts, et leur conservation providentielle sert à défendre victorieusement la vénérable antiquité de la doctrine chrétienne à cet égard.

Les Eglises d'Orient et d'Occident étaient heureusement unies jusqu’au quatrième et cinquième siècle, quand les hérésiarques Arius, Nestorius, Eutychès jetèrent des millions d’âmes en dehors de l’unité. Les partisans de ces sectes étaient appelés du nom de leurs fondateurs, Ariens, Nestoriens, Eutychéens, et depuis ce jour jusqu’à présent ces deux derniers corps ont formé des communions distinctes, séparées de l'Eglise catholique dans l’Orient, comme les églises protestantes le sont dans l'Occident. L'Eglise schismatique grecque, dont l’Eglise gréco-russe est un rejeton, a rompu l’union avec le siège de Rome au neuvième siècle.

Tout en quittant l'Eglise catholique, les sectes d’Orient ont conservé les vieilles liturgies, dont elles se servent encore, comme je vais vous le démontrer.

Pendant mon séjour à Rome, lors du concile œcuménique, j'ai consacré une grande partie de mes loisirs à examiner les différentes liturgies des églises schismatiques d'Orient. J'ai trouvé dans toutes des formules de prières pour les morts presque identiques à celles au missel romain. ‘‘Souvenez-vous de vos serviteurs qui sont devant vous, avec le signe de la foi et qui reposent en paix. À ceux-là et à tous ceux qui reposent en Jésus-Christ, donnez-leur, nous vous en supplions, le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de IÀ paix, par le même Jésus-Christ, Notre-Seigneur.”

Non content d'étudier leurs livres, j’ai interrogé les patriarches et Its évêques orientaux en communion avec le siège de Rome, appartenant aux rites arménien, chal-

déen, copte, maronite et syriaque, ils m'ont assuré que les chrétiens schismatiques, parmi lesquels ils vivent, ont, sans exception, des prières et des sacrifices pour les morts.

Quand est-ce, je vous le demande, que les sectes orientales ont commencé à adopter la pratique catholique des prières pour les morts? É!ies ne peuvent pas l'avoir reçue depuis le neuvième siècle, car l'Eglise grecque s’est alors séparée de nous; elle rompit toutes relations avec nous depuis ce temps, à quelques exceptions près, jusqu’au douzième siècle; elles ne peuvent pas en avoir adopté la pratique depuis le quatrième et le cinquième siècle d'autant que les Ariens, les Nestoriens et Eutychéens n’ont point eu de rapports avec Rome depuis ce temps. Elles ont donc reçu comme nous cette doctrine des apôtres. Si des hommes, vivant en différentes contrées, boivent un vin ayant même saveur, même goût, même couleur, ils peuvent en conclure que le vin est le produit de la même espèce de raisins.

Ainsi nous concluons que cette rafraîchissante doctrine de l’intercession pour les morts a sa racine dans l'arbre apostolique de la science sacrée, planté par notre Sauveur.

5° Je vous ai déjà parlé de la dévotion de l’ancienne Eglise juive pour les âmes des défunts. Vous ignorez peut-être que les Juifs conservent encore, dans leur liturgie, la pieuse pratique de prier pour les morts. C'est pourtant ce qui a lieu. Au milieu de leurs pérégrinations et des vicissitudes de leur vie, quoique démembrés et dispersés, comme un troupeau sans pasteur, sur toute la surface du globe, les enfants d'Israël n'ont jamais oubfié ni négligé le devoir sacré de prier pour les morts.

Ne voulant pas l'affirmer sans en faire voir l’évidence, je me suis procuré, d’un Juif converti, un livre de prières approuvé par l'Eglise juive, d'où j'ai extrait la formule suivante prescrite dans les funérailles : ‘Frère défunt, puissiez-vous trouver les portes des cieux ouvertes, voir la cité de paix, les habitations de salut et rencontrer les anges, fidèles serviteurs, se hâtant de venir au devant de vous, Que le grand prêtre debout vous reçoive, reposez enfin dans la paix et réveillez-vous dans la vie. Puisse le repos du céleste séjour être le lot, la demeure et le lieu tranquille de l'âme de notre frère défunt (puisse l'esprit du Seigneur le conduire en Paradis) lui qui est sorti de ce monde sur l'ordre de Dieu, le Seigneur des cieux et de la terre. Que le suprême Roi des rois le couvre de l'ombre de ses ailes. Qu'il le ressuscite à la fin des temps, qu’il lui donne de se désaltérer au torrent de ses délices (1).”°

Je suis heureux de dire que les plus avancés et les plus éclairés des membres de l’Eglise épiscopale retournent avec empressement à la foi de leurs pères en ce qui

(1) Livre de Prières juives, édité par Isaac Leeser.

concerne la prière pour les morts. Un de mes amis, jadis membre ecclésiastique distingué de l'Eglise épiscopale, aujourd’hui converti, me disait qu’un grand nombre d’ecclésiastiques protestants de cette contrée et particulièrement d'Angleterre, croient à l'efficacité de la prière pour les morts, mais que, pour des motifs bien connus, ils sont très réservés dans l'expression de leur foi. Il me convainquit aisément de la vérité de ses assertions en ce qui concerne surtout l'Eglise d'Angleterre, par l’envoi de six livres différents publiés à Londres, traitant tous le sujet du Purgatoire, Ces livres sont imprimés sous les auspices de l'Eglise protestante épiscopale; ils contiennent tous des prières pour les morts et établissent, sur des principes catholiques, l’existence d’un lieu intermédiaire après la mort, et le devoir de prier pour nos frères défunts (1).

En résumé, nous voyons la pratique des prières pour

les morts confirmée par les anciens Juifs, et par la svnagogue de nos jours. Nous la voyons proclamée d'âge en âge par les Pères de la chrétienté. Nous la voyons incorporée à toutes les anciennes liturgies de l'Orient et de l'Occident. Nous la voyons défendue avec zèle par l'Eglise russ d'aujourd'hui, et par cette immense famille de chrétiens schismatiques répandus en Orient. Nous vovons enfin que c’est une dévotion embrassée par deux cent millions de catholiques, aussi bien que par une portion respectable de l'Eglise épiscopale,

Ne serait-ce pas, mon ami, le comble de la témérité et de la présomption de préférer votre opinion à ce poids immense de sainteté, de science et d'autorité? Ne serait-ce pas une impitté de demeurer isolé, bouche close, tandis que le monde chrétien fait retentir un incessant De protundis pour ses frères défunts ? Ne serait-ce pas

(1) Vovez le Chemin de la sainteté, De Rivington, de Londres; Trésor de dévotions, ibid.: Catéchisme de théologie, Masten, Londres.

froideur et insensibilité de ne pas prier pour des frères défunts à cause d’un préjugé qui n’a aucun fondement dans l’Ecriture, dans la tradition, ni dans la raison elle-même ?

Si votre frère vous quitte pour traverser l'immense Atlantique, la religion et l’amitié vous portent à prier pour lui pendant son absence. Si le même frère traverse la sombre mer de la mort pour arriver aux rivages de l'éternité, pourquoi ne prieriez-vous pas pour lui? Quand il traverse l'Atlantique, son âme captive dans la chair est loin de vous; quand il traverse l'Océan de la mort, son âme débarrassée des liens du corps s'est enfuie loin de vous. Quelle différence y a-t-il en ce qui concerne le devoir qui vous est imposé de prier? Car qu'est-ce que la mort? Une simple séparation de l'âme et du corps. Le corps meurt sans doute, mais l’âme vit, se meut et conserve son être;”” après comme avant la mort elle continue à penser, à se souvenir et à aimer. La puissance ct la miséricorde de Dieu ne s’'étendentelles pas en deçà du tombeau comme au delà (1) ? Qui mettra des limites à l'empire de Dieu et lui dira: Tu viendras jusque là et tu n’iras pas plus loin? Deux mille ans après la mort d'Abraham Notre-Seigneur dit : “Je suis le Dieu d'Abraham, d’Isaac et de Jacob.” I] n'est pas le Dieu des morts mais des vivants.

S'il y a avantage à prier pour notre frère vivant, pourquoi n’y aurait-il pas avantage aussi à prier pour lui maintenant qu’il n’est plus dans la chair? Lorsqu'il était vivant vous ne priiez pas pour son corps, mais pour son âme.

Si l’un de vos frères meurt avec quelques légères fautes sur sa conscience, une impatience, par exemple, une

parole inutile, convient-il qu’il aille dans les cieux avec cette tache? Non, la sainteté de Dieu le défend, car

(2) S. Marc, xnr, 26, 27.

‘‘rien d'impur n’entrera dans le royaume des cieux(1)." Le condamneriez-vous, pour ces légères transgressions, à d'éternels tourments avec les adultères et les homicides? Non, la justice et la miséricorde divines le déferdent. Ainsi donc, le bon sens réclame un lieu intermédiaire pour purifier l'âme, jusqu'à ce qu'elle soit digne de jouir de la société de Dieu et des saints. Dieu ‘“‘rendra à chacun selon ses œuvres :”” à ceux qui sont purs et sans tache, un bonheur sans fin ; aux âmes souillées de moindres fautes, un lieu de purification teniporaire.

J'ai vu une pieuse fille servir avec une fiévreuse sollicitude, sur son lit de douleur, un père tendrement aimé. Elle veilla avec anxiété, pendant plusieurs jours, à ses côtés. Elle mouillait légèrement ses lèvres brûlantes, rafraîchissait son front enflammé par la fièvre, et levait sa tête languissante sur l’oreiller. Tout changement dans le malade en bien ou en mal apportait dans son cœur ou un rayon de soleil, ou les ténèbres de la tristesse, C’est son amour filial qui les faisait naître. Son père mourut et elle accompagna ses restes jusqu'au tombeau. Quoique protestante, tandis qu’elle se tenait auprès de la bière, elle brisa les chaînes qu'une religion cruelle avait élevées, à son préjudice, autour de son cœur, et s’élevant au-dessus de sa secte elle s’écria: Seigneur, avez bitié de son âne! C'était la voix de la nature et de la religion.

Oh! loin de nous une religion qui établirait un éternel divorce entre les vivants et les morts. Quelle consolation pour un catholique, de penser qu’en priant pour ses amis défunts ses prières ne sont pas en contradiction, mais en parfait accord avec la voix de l'Eglise, et que lorsque, comme Augustin, il veille au chevet d’une mère mourante, il peut, comine ce grand docteur, con-

{t) Apocal., xxxt, 27.

RARE: hi * Piles

tinuer après sa mort le même office de piété pour son âme, en priant pour elle! Quelle joie de songer que l'anneau d'or de la prière nous unit toujours à ceux ‘‘qui dorment dans le Seigneur,'’ et que nous pouvons toujours leur parler et prier pour eux!

Tennyson exprime un sentiment tout catholique lorsqu'il met sur les lèvres de son héros, qui vient de terminer sa course, les paroles suivantes adressées à son compagnon, sir Bedivere :

‘J'ai vécu tous les jours de ma vie, puisse-t-il, en luimême (Dieu), purifier tout ce que j'ai fait; mais pour toi, si tu ne devais plus revoir les traits de mon visage, prie pour mon âme. La prière opère bien plus qu'on ne le pense dans ce monde. Ainsi lonc, que les sons de ta voix s'élèvent pour moi jour et nuit en flots pressés comme les eaux d’une fontaine, En quoi les hommes valent-ils mieux que les animaux qui mènent une vie inconsciente et sans ennuis, si connaissant Dieu, ils n'élèvent pas des mains suppliantes pour eux et pour leurs amis ? Toute la vaste étendue de l'univers est retenue captive aux pieds de Dieu par des chaînes d'or (Æ$

Oh! c’est cette pensée qui dérobe à la mort son aiguillon et rend les séparations des amis tolérables. Si vos amis défunts n’ont pas besoin de prières, elles ne sont pas perdues, mais semblables à la pluie absorbée par le soleil et redescendant en fécondes rostes sur nos champs, elles seront absorbées par le soleil de justice, et elles retomberont en rafraîchissantes rosées de grâces sur votre tête: ‘‘Jetez votre pain sur les eaux courantes ; car après de longs jours vous le retrouverez 4h”

(1) Mort d'Arthur.

(2) Ecclés., x1, 1.

Un homme jouit de la liberté religieuse quand il possède le droit absolu d’adorer Dieu selon le Dictamen et le jugement d’une droite conscience, et de pratiquer une forme de religion plus en rapport avec ses devoirs envers Dieu. Tout acte diminuant la liberté de conscience est justement désigné sous le nom d’intolérance religieuse. Cette liberté religieuse est le droit inviolable de tout homme parce qu’il correspond à un devoir très certain que Dieu ‘‘1i a imposé.

Un homme jouit de sa liberté civile quand il est à l'abri des volontés arbitraires des autres, et quand il est gouverné par des lois équitables établies pour le bien général de la société.

Lorsque, d'accord avec ses concitoyens, il observe les lois de l'Etat, si on lui impose quelque restrictic 1 exceptionnelle dans l’exercice de ses droits comme citoyen, chaque fois on empiète sur sa liberté civile. J’avance ici cette proposition que j'espère prouver avec une évidence historique, que l'Eglise a toujours éte un ardent promoteur de la liberté religieuse et civile, et que toutes les fois que des empiétements sur ces droits sacrés de l’homme ont été accomplis par des meinbres professant a foi catholique, cette injustice, bien loin d’avoir été sanctionnée par elle, a été commise en violation directe de son autorité.

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L'Eglise professe cette doctrine que toutes les fois qu’un honime par sa volonté libre, est déchu de la grâce, il doit, par sa libre volonté, y retourner. Conversion et coaction, voilà deux termes qui ne peuvent jamais s'unir.

Toujours on a admis comme une maxime et comme un principe iraportant, promulgué par les Souverains Pontifes et par d’autres prélats, qu'aucune violence, qu'aucune influence illégitime ne peuvent être exercées par les princes ou par les missionnaires, dans leurs efforts pour convertir les âmes à la foi de Jésus-Christ,

Saint Augustin et ses compagnons qui furent envoyés par le pape saint Grégoire le Grand en Angleterre, pour la conversion de cette nation, eurent le bonheur de baptiser, dans la vraie foi, le roi Ethelbert et plusieurs de ses sujets. Ce monarque, dans la ferveur de son zèle, eût désiré que tous ses sujets suivissent immédiatement son exemple. Les missionnaires l’avertirent qu’il eût à s'abstenir scrupuleusement de toute violence pour réaliser la conversion de son peuple, parce que la religion chrétienne devait être librement embrassée.

Le pape Nicolas I* dissuada autrefois Michel, roi des Bulgares, d'employer la force et la contrainte dans la conversion des idolâtres, Le quatrième Concile de Toléde, d’une grande autorité dans l'Eglise, ordonna qu’on ne contraignît personne à professer, contre sa volonté, la foi chrétienne. Il est bon de se rappeler que ce concile était composé de tous les évêques d’Espagne, qu'il fut tenu dans un temps et dans une contrée où l'Eglise avait presque un pouvoir illimité, et au milieu d’un peuple représenté comme le plus fanatique et le plus intolérant de toute l’Europe.

Il n’est peut-être pas un seul homme qui ait mieux personnif - l’âge où il vécut, que saint Bernard, l'illustre abbé de Clairvaux: il fut l’ornement de l'Eglise au

moyen âge. Sa vie est comme un diapason qui nous donne exactement le ton et le degré de tolérance qui prévalut en ces iours. Ayant appris qu’un prédicant fanatique avait poussé le peuple à des actes de violence contre les Juifs et contre les ennemis du christianisme, saint Bernard éleva contrc lui sa voix éloquente, et délivra ce peuple persécuté du danger auquel il était exposé.

Pour ne pas vous citer d’autres exemples, permettezmoi de vous rappeler la belle lettre adressée par Fénelon, archevêque de Cambrai, au fils du roi Jacques II d'Angieterre.

Cette lettre ne reflète pas seulement les sentiments de son propre cœur, maïs elle formule surtout les décrets de l’Eglise dont il était un des plus beaux ornements. ‘Avant tout, écrit-il, ne forcez jamais vos sujets à changer de religion. Aucun pouvoir humain ne peut atteindre l’asile inviolable de la libre volonté du cœur. La violence ne peut jamais persuader les hommes; elle sert seulement à faire des hypocrites, Accordez la liberté civile à tous, non en approuvant toutes choses comme indifférentes, mais en tolérant avec patience tout ce que le Très-Haut tolère, et en essayant de convertir les hommes par une douce persuasion (1).”?

Il est vrai cependant, que l’Eglise catholique ne s’épargne aucune peine, ne s'arrête à aucun sacrifice afin d'amener le genre humain à embrasser sa foi ; autrement elle serait infidèle à sa mission.

Mais elle dédaigne l’emploi d’une illégitime influence, dans ses efforts pour convertir les âmes.

Tout le monde sait que les avantages supérieurs des pensionnats de femmes établis dans notre contrée, ont déterminé un grand nombre de nos frères séparés à envoyer leurs filles dans ces institutions. On sait aussi

(1) Vie de Fénelon.

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que si vive est l'affection de ces jeunes personnes pour leurs maîtresses religieuses, si pure est l’atmosphère qu’elles respirent dans ces maisons de science, qu’elles ont souvent demandé à embrasser une religion qui nourrit ainsi la piété, et produit des fleurs d’un parfum si doux et si délicat, Les religieuses tirent-elles avantage de cette influence pour la cause du prosélytisme catholique? Nullement; si discret, si réservé est le regard qu’elles plongent dans les consciences religieuses de leurs élèves, qu’elles consentent rarement à laisser baptiser les jeunes filles confites à leurs soins, à moins d'avoir obtenu préalablement le libre consentement de leurs parents ou de leurs tuteurs, et après les avoir instruites dans toutes les doctrines de l'Eglise,

L'Eglise cependant est intolérante en ce sens qu'elle ne veut jamais confondre la vérité avec l'erreur : elle ne peut admettre qu’un homme soit, en conscience, libre de rejeter la vérité quand ses droits ont été victorieusement vengés dans son esprit. Un grand nombre de protestants semblent avoir été troublés par des arguments comme ceux-ci :

Les catholiques sont aujourd’hui très portés à proclamer la liberté de conscience, parce qu'ils sont en minorité,

Quand ils seront assez heureux pour avoir la haute main par le nombre et par le pouvoir, ils détruiront cette liberté, parce que leur foi leur apprend à ne tolérer d'autre doctrine que celle des catholiques. 11 faut donc absolument les empêcher d'obtenir un semblable avantage. Dans tout ceci, il y a une grande erreur qui provient de ce qu'on ne connaît pas la doctrine catholique dans toute son étendue, Je ne la détruirai pas moi-même de peur qu’elle paraisse arrangée pour la circonstance.

Je citerai le grand théologien Becanus qui exposa la doctrine des écoles catholiques au moment où la lutte entre catholiqu s et protestants était très vive.

Il dit que la liberté religieuse doit être tolérée par un chef d'Etat quand celui-ci et la communauté auraient grand peine à la réprimer. Le chef de l'Etat doit faire une convention pour assurer à ses sujets la liberté dans les matières religieuses,

Quand une fois la convention est faite, on doit rigoureusement l’observer dans tous les points, comme on le fait pour tous les contrats légitimes (1). C’est la vraie doctrine de l’Eglise catholique, sur ce point d’accord avec Becanus et tous les autres théologiens catholiques ; si bien que dans le cas où les catholiques obtiendraient la majorité dans une société qui possède déjà la liberté de conscience garantie à tous par la loi, leur religion les obligerait à respecter des droits ainsi acquis par leurs concitoyens. Quel danger y aurait-il, dans ce cas, pour les protestants, à ce que les catholiques obtiennent la majorité ? Leurs appréhensions sont le résultat de craintes vaines, que tout esprit honnête ne peut plus longtemps conserver,

L'Eglise a non seulement respecté la conscience des peuples pour embrasser la religion de leur choix, mais c'le a encore défendu leurs droits civils et leurs libertés contre les empiétements des souverains temporels.

Une des erreurs populaires qui se sont emparées des esprits à notre époque, c’est que jadis l'Eglise s'est liguée avec les princes pour opprimer le peuple, C’est une basse calomnie qu’une connaissance superficielle de l’histoire ecclésias ‘que dissiperait bientôt. Pour dire vrai, les plus implacables ennemis de l'Eglise ont été les princes de ce monde, et même ceux que l’on a appelés chrétiens,

La lutte entre l'Eglise et l'Etat n’a jamais cessé, car l'Eglise a senti que c'était de son devoir, dans tous les âges, d’élever la voix contre les mesures despotiques et arbitraires des princes, Et, comme le disait fort bien, il

(1) Becanus: de Virtutibus théologicis, C. xvt. Quæstio 1, n° 2.

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ÿ à quarante ans, un journaliste américain et protestant (1), ce fut une bénédiction de la Providence qu’il y eût un pouvoir spirituel sur la terre qui pût s'élever, comme un mur d’airain, contre la tyrannie des princes de ce monde et leur dire: ‘Vous viendrez jusqu'ici et vous n’irez pas plus loin, et là vous briserez les flots mugissants de vos passions ;””’ un pouvoir qui leur fît entendre ce que Jean-Baptiste dit à Hérode: ‘‘Cela ne vous est point permis;”” une puissance qui pût lever contre eux le doigt du reproche, quand même le glaive menacerait sa tête, et qui leur fît entendre ce que Nathan disait à David: ‘Vous êtes cet homme, — Tu est ille vir.”’ L'Eglise disait aux princes que si le peuple a ses devoirs, il a ses droits ; que si le sujet doit rendre à César ce qui lui appartient, César doit aussi rendre à Dieu ce qui est à Dieu.

Bien plus, l'Eglise, tandis qu’elle poursuivait sa divine mission de conduire les âmes à Dieu, a toujours été le défenseur des droits du peuple.

Saint Ambroise, archevêque de Milan, nous fournit un exemple frappant des efforts vigoureux faits par l'Eglise catholique pour venger les intérêts des citoyens contre l'oppression des gouverneurs,

Une partie du peuple de Thessalonique avait commis un outrage contre j’autorité légitime de l'empereur Théodose, L’offense de ces citoyens était, il faut l'avouer, des plus répréhensibles; mais l’empereur réprima l'insulte par des représailles odieuses et sans proportion avec l’offense, à ce point qu’elles ont imprimé à son caractère, d’ailleurs excellent, une tache indélébile. On convoque les habitants dans le dessein apparent de ‘es faire assister à une course de chars: à un signal donné, les soldats se précipitent sur le peuple, et ils comprennent, dans un massacre confus, hommes,

(1) D' Brownson, qui était alors protestant.

femmes et enfants, jusqu’au nombre de sept mille. Peu de temps après, l’empereur se présenta à la cathédrale de Milan, mais l’intrépide prélat lui dit que ses mains étaient encore inondées du sang de ses sujets, et il lui défendit l’entrée de l'église, jusqu'à ce qu’il eût fait, autant qu’il était en lui, réparation au peuple affigé de Thessalonique.

On affecte de se scandaliser de la sentence d'excommunication portée dans certaines circonstances par l’Eglise contre les méchants. Voici un exemple de cette sévérité: qui pourrait s’en plaindre comme étant trop rigoureuse ? C'était une punition salutaire, et la seule qui pôt ramener les rois au sentiment de leurs devoirs. Le plus grand rempart de la liberté civile c’est la fameuse Magna Charta. C'est le fondement non seulement de la société en Angleterre, mais encore en Amérique. Entre autres avantages qu'elle procure, elle établit le procès par jury, le droit d’habeas corpus, et elle pourvoit à ce qu’on n’impose pas de nouvelles taxes sans représentation.

Quels ont été les auteurs de cette charte mémorable ? l'archevêque de Cantorbéry, Langton, et les barons catholiques d'Angleterre. Dans la plaine . Runnymède, en 1215, ils forcèrent le roi Jean à signer cette charte, qui porta un coup mortel à son pouvoir arbitraire, et devint la pierre angulaire du gouvernement constitutionnel.

Si je me retourne maintenant vers notre pays, c’est avec une satisfaction indicible que je vois dans les Etats de Maryland, le berceau de la liberté civile et religieuse, et ‘‘la terre du sanctuaire.” Des treize colonies primitives de l'Amérique, le Maryland est la seule qui ait été établie par les catholiques; ce fut la seule aussi qui éleva bien haut, sur ses terres libres, la bannière de la jiberté de conscience, et qui invita les opprimés des autres colonies à se réfugier sous son égide.

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De peur qu’on ne me suspecte de partialité dans mon orgueil pour la tolérance du Maryland, j'emprunterai le récit de tous les faits historiques à Bancroft, ecclésiastique protestant de la Nouvelle-Angleterre.

Léonard Calvert, frère de lord Baltimore et chef de la colonie catholique, s'étant embarqué en Angleterre sur l'Ark (arche) et la Dove (colombe), arriva sur le Potomac, terme de son voyage, en mars 1634.

“Les catholiques prirent tranquillement possession de cette petite région, et la liberté religieuse obtint droit de cité dans le modeste village qui portait le nom de Sainte-Marie.”

La fondation de la colonie de Maryland se fit sans trouble: heureusement conduite, en six mois elle se développa bien plus que la Virginie dans le même nombre d'années.

‘Mais bien plus mémorable encore fut le caractère des institutions du Maryland. Toutes les autres contrées du monde avaient des lois persécutrices; grâce à la bonne administration du gouvernement de cette province, on ne permit pas qu’un seul de ceux qui faisaient profession de croire en Jésus-Christ fût molesté sous prétexte de religion. Grâce à la munificence et à l’excessive douceur de lord Baltimore, ce qui jusqu'alors n’avait été qu’un sombre désert s’anima bientôt d’une vie surabondante, et l’activité des habitants porta ses fruits, Les catholiques romains qui se sentaient opprimés par les lois de l'Angleterre étaient sûrs de trouver un asile de paix dans le port tranquille de Chesapake; là aussi les protestants furent soutenus contre l’intolérance protestante. Tels étaient les magnifiques auspices sous lesquels le Maryland faisait son entrée dans la vie sociale. Son histoire est celle de la bienveillance, de la gratitude et de la tolérance (1).”

(1) Bancroft, Histoire des Etats-Unis, vol. 1, chap. vu.

Maryland devint le séjour du bonheur et de la liberté. La conscience y était sans contrainte. Un propriétaire doux et libéral accordait ce que la prospérité de la colonie demandait. L'union domestique, une heureuse harmonie entre toutes les branches du gouvernement, une immigration sans cesse croissante, un commerce productif, un sol fertile que le Ciel avait à profusion favorisé de rivières et de baies profondes, tout conspirait à l’heureux achèvement du tableau de la félicité coloniale. Sans cesse en éveil pour faire progresser les intérêts de sa colonie, lord Baltimore invita les puritains des Massachussets à émigrer au Maryland, leur offrant des terres, des privilèges et une entière liberté religieuse ; mais Gibbons, auquel il avait confié le mandat, était si complètement formé par la discipline de la Nouvelle- Anr'eterre, qu’il ne fit rien pour le réaliser et l'invitation fut déclinée (1).

Le z avril 1649, l'assemblée générale du Maryland inscrivit l'acte suivant, qui fera briller sur cet Etat une gloire immortelle aussi longtemps que la liberté sera chère au cœur des hommes: ‘‘Attendu que la violation de la conscience, en matière religieuse, a fréquemment eu de dangereuses conséquences pour les républiques où elle a été pratiquée, pour le plus tranquille et le plus paisible gouvernement de cette province, mais bien plus encore pour conserver l'amour mutuel et l’union entre les habitants, personne dans cette province, de quelque condition qu’il soit, professant de croire en Jésus-Christ, ne sera désormais troublé ou inquiété soit pour sa religion, soit pour le libre exercice qu'il en fera; il ne sera pas non plus contraint, par aucun moÿen, d’embrasser la croyance ou l’exercice (2) d’une religion quelconque contre son consentement.”

Bancroft accompagne ce règlement des judicieuses

(1) Bancroft, Histoire des Etats-Unis, vol. I, chap. vu. (2) Ibid.

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