LA REINE MARIE D’ANGLETERRE
nouveau composé par son père dans un moment de passion et modifié par elle-même. Assurément l’introduction violente de ce nouveau Credo est plus odieuse que le maintien rigoureux de la foi professée depuis longtemps par la nation entière.
Marie insista donc pour conserver l’ordre de choses déjà établi, Elisabeth voulait au contraire le détruire.
4° La sœur aînée défendait, répandait, ce qu’elle savait être la doctrine immuable et infaillible de Jésus- Christ; la sœur cadette propageait ses propres doctrines ou des opinions nouvelles et plus ou moins incertaines de son père.
5° Marie n’avait aucun motif privé ou personnel de persécuter les protestants; l’hostilité d’Elisabeth contre les catholiques venait de sa haine contre le pape qui l'avait déclarée illégitime. La justification de sa légitimité dépendait du succès de la nouvelle religion qui avait sanctionné le divorce de son père avec Catherine.
6° Il en résulte, selon la remarque de Macaulay, que Marie fut sincère dans sa religion; qu’Elisabeth ne l’a pas été. ‘‘N’ayant aucun scrupule de se conformer à l'Eglise romaine, quand cette conformité était nécessaire à sa propre sûreté, elle conserva, jusqu’au dernier moment de sa vie, des penchants pour ia plupart des doctrines et des cérémonies’ de cette église; elle la soumit donc à une persécution bien plus odieuse que celle dont sa sœur accabla les protestants, Marie ne fit rien pour sa religion qu’elle ne fût prête à le souffrir pour elle. Elle croyait sincèrement que c'était nécessaire pour le salut. Elisabeth, dans ses opinions, n'a été qu'à demi protestante. Elle confessait, quand cela lui paraissait bon, qu’elle était complètement catholique... Que peuton dire pour la défense d’un législateur qui se montre tout à la fois indifferent et intolérant (1) ?”’
(1) Revues des Mémoires de Nares, par lord Burghley.
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Un gentilhomme intelligent de la Caroline du Nord me disait un jour avec malice: Que pensez-vous de la sanguinaire Marie? Connaissez-vous, lui répondis-je, les cruautés de sa sœur contre les catholiques ? I1 m'’assura n’avoir jamais lu que cette femme, modèle de douceur, eût persécuté ses sujets pour des motifs de religion. Je fus surpris de cette réponse, jusqu’à ce qu'il m'apprît que toute sa bibliothèque historique se composait d’un seul ouvrage: Histoire de la Réforme, par d’Aubigné. Comme on le sait, cet auteur très partial a prudemment supprimé, ou délicatement effleuré les peccadilles d’Elisabeth parce que, dit-il, elles n'’entraient pas dans son plan.
Combien n’y en a-t-il pas qui, comme notre jeune homme de la Caroline du Nord, ont été familiarisés dès leur enfance avec le nom de Smitfield et n'ont jamais entendu celui de Tyburn!