‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 51 sur 83 · LA REINE MARIE D’ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LA REINE MARIE D’ANGLETERRE

jamais, à ma connaissance du moins, accusés de complicité dans ce massacre odieux.

Au contraire ils firent de très grands efforts pour arrêter les progrès des assaillants, pour empêcher l’effusion du sang, et pour protéger la vie des fugitifs. Plus de trois cents calvinistes furent soustraits au glaive des assassins en se réfugiant dans le palais de l'archevêque de Lyon. Les évêques de Lisieux, Bordeaux, Toulouse et autres villes, accordèrent la même protection à ceux des hérétiques qui vinrent chercher un abri dans leurs palais.

Ainsi nous voyons que l'Eglise a été tenue dans une tranquille ignorance de cette scène violente; elle ne l’a connue que par le bruit soudain qui en a'été la conséquence. Comme son divin époux qui se montre sur les eaux soulevées par la tempête, elle se présente seulement pour leur dire: ‘‘Calmez-vous, rentrez dans le silence.”

N'êtes-vous pas obligé, nous dit-on, d'admettre que Marie, reine d'Angleterre a persécuté les protestants du royaume britannique? Je réponds à cette question: D'où vient que les catholiques reçoivent de continuels reproches pour les perséculions accomplies sous le règne de Marie, tandis qu'on élève à peine la voix pour condamner les amendes, les confiscations et les morts légales infligées aux catholiques de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, pendant l'espace de trois cents ans — depuis l'Eglise d'Angleterre, en 1534, jusqu'au temps de l'émancipation catholique ?

Elisabeth a plongé les mains dans le sang des catholiques, des puritair:, et des anabaptistes, Pourquoi ces cruautés sont-elles ou passées sous silence ou justifiées, ou expliquées, pendant que celles de Marie forment le

refrain de toutes les histoires à l’usage des enfants? Est-ce parce que la persécution devient un droit quand les catholiques sont victimes ; ou bien s’attend-on, comme c’est depuis longtemps pratiqué, à ce qu’ils soient insensibles aux mauvais traitements ?

Si nous pesons dans la balance d’une impartiale justice les règnes des deux sœurs, nous sommes forcés de porter contre Elisabeth un verdict beaucoup plus sévère.

1° Marie n’a régné que cinq ans et quatre mois, ie règne d’Elisabeth a duré quarante-quatre ans quatre mois ; la plus jeune sœur tint donc le sceptre de l’autorité à peu près neuf fois plus longtemps que son aînée ; d'autre part, le nombre des catholiques qui ont souffert pour la foi durant la longue administration d’Elisabeth a, depuis, surpassé on peut le dire sans crainte de se tromper, dans une proportion très considérable, les victimes du règne de Marie. Hallam affirme que : ‘‘le chevalet resta rarement oisif dans la tour pendant les dernières années du règne d’Elisabeth (1) ;’’ et les premiers mois de son règne ont été souillés par un intolérable décret (2).

2° L'acte le plus inexcusable qui souille le règne de Marie à été, au jugement de ses critiques, l’exécution de Lady Jeanne Grey. Mais Lady Jeanne était coupable de haute trahison puisqu'elle a usurpé le trône d’Angleterre, qu’elle occupa durant neuf jours.

Elisabeth fit mettre à mort sa cousine Marie, reine d’Ecosse, après un long emprisonnement, et sous l’accusation fausse, insoutenable, d’avoir aspiré au trône d'Angleterre.

3° La reine Marie s'appuya, pour l'exercice de son zèle, sur l'antique religion de ses pères, et sur la foi établie en Angleterre depuis près de mille ans.

Le zèle d’Elisabeth fut mis au service d’un Credo

(1) Histoire constitu‘ionnelle d'Elisabeth, chap. III. (2) Voyez Lingard, vol. vi, p. 244-5.

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