‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 58 sur 83 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Notre Sauveur a doïné la communion sous les deux espèces du pain et du vin, à la dernière Cène, à ses apôtres. Les évêques et les prêtres qui célèbrent nos saints mystères sont obligés de communier sous deux espèces excepté le Vendredi-Saint. Cependant, tous les prêtres, de quelque rang qu’ils soient, le Pape compris, ne reçoivent que le pain consacré, à moins qu’ils ne célèbrent eux-mêmes.

L'Eglise nous enseigne que Jésus-Christ est contenu complètement et tout entier sous chaque espèce, de telle sorte que celui qui communie sous l’espèce du pain ou du vin ne reçoit pas un sacrement mutilé ou un sacrement divisé, mais participe à tout le sacrement aussi complètement que s’il recevait les deux espèces, Ainsi le laïque qui reçoit le pain consacré, participe aussi abondamment au corps et au sang de Jésus-Christ, que le célébrant qui reçoit les deux éléments consacrés.

Notre-Seigneur dit: ‘‘Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si un homme mange de ce pain, il vivra à jamais, et le pain que je vous donnerai, c’est ma chair, pour la vie du monde... Celui qui me mange vivra par moi. Celui qui mange ce pain vivra toujours (1).”

D'après ce passage, il est évident que quiconque communie sous l'espèce du pain communie à la chair vi-

(1) S. Jean, vi, 141 et suiv.

vante de Jésus-Christ inséparable de son sang, et qui, à cause de son état glorieux, ne peut être divisée, car ‘Jésus-Christ, une fois ressuscité, ne meurt plus (1). Notre-Seigneur, dans ses paroles, ne parle point du calice sacramentel, mais seulement du pain eucharistique, auquel il attribue toute l'efficacité attachée à la communion, même sous les deux espèces, c’est-à-dire l’union avec lui, la vie spirituelle, le salut éternel,

Saint Paul, écrivant aux Corinthiens, dit: ‘‘Quiconque mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur dignement sera coupable du corps et du sang du Sauveur (2). L’Apôtre déclare nettement ici que par une participation indigne à la Cène du Seizneur, soit sous l'espèce du pain, soit sous l'espèce du vin, nous profanons tout à la fois le corps et le sang de Jésus- Christ, Comment pourrait-il en être ainsi si Jésus-Christ n’était pas complètement renfermé sous chaque es; ce ? L’Apôtre affirme avec tant de force la doctrine catholique que les traducteurs protestants ont falsifié ce texte en le rendant ainsi : ‘Celui qui inangera ce pain et boira ce calice,”’ substituant le mot et à la conjonction ou, contrairement à l'original grec d’où la version catholique a été exactement tirée.

C’est encore une doctrine reçue par les Pères, que l’Eucharistie est contenue dans toute son intégrité, soit dans le pain, soit dans le calice consacrés. Saint Augustin, dont l'autorité peut être citée entre toutes les autres, dit ‘‘que chacun reçoit le Christ Seigneur tout entier sous chaque espèce (3).

Luther lui-même, après sa révolte, était si clairement convaincu de cette vérité qu'il fut l’avocat inflexible de la communion sous une espèce. ‘Si un concile, dit-il, imposait ou permettait les deux espèces, nous n’y ac-

(1) Rom., vr, 9.

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quiescerions nullement; mais en dépit du concile et de ses décrets, nous ne mettrions en usage qu’une espèce, mais jamais les deux (1).”?

Leibnitz, l’'éminent théologien protestant, fait observer ‘‘qu'on ne saurait nier que le Christ ne soit entièrement reçu, en vertu de la concomitance, sous chaque espèce, ni que sa chair soit séparée de son sang (2).”

Puisque la même vertu est contenue dans le sacrement, administré sous l’une ou sous l’autre espèce, les fidèles ne gagnent rien à le recevoir sous deux espèces, comme ils ne perdent rien à le recevoir sous une seule. Nous ne trouvons nulle part, il est vrai, des textes où notre Sauveur exige que la communion soit administrée aux fidèles sous les deux espèces: il a voulu que cette matière fût réglée par la sagesse et la discrétion de l’Eglise, comme il l’a fait pour la manière d’administrer le baptême.

Il est vrai que notre Rédempteur a dit: ‘‘Buvez-en tous.”” Toutefois, rappelons-nous que ces paroles n’ont pas été adressées au peuple en général, mais uniquement aux apôtres, qui, seuls, en pareille circonstance, reçurent l’ordre de consacrer son corps et son sang en mémoire de lui. Nous ne sommes pas plus autorisés à conclure que les fidèles sont tenus de boire au calice, parce qu’il aété ordonné aux apôtres de le faire, que nous ne pouvons supposer que les laïques ont le pouvoir ou la faculté de consacrer le pain et le vin, parce que le pouvoir de le faire a été conféré aux apôtres pendant la dernière Cène.

Il est encore vrai que Notre-Seigneur dit au peuple: ‘A moins que vous ne mangiez la chair du Fils de l’homme et que ,ous ne buviez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous.” Cet ordre est exécuté à la lettre par les laïques lorsqu'ils participent au pain consacré

(1) De formula misse.

(2) Systema theolog., p. 250.

où, comme nous l’avons vu, se trouve, dans toule son intégrité Jésus-Christ Notre-Seigneur. Si donc notre Sauveur a dit: ‘Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle.”’Il a dit pareillement : ‘‘Le pain que je vous donnerai, c’est ma chair pour le salut du monde.”

Il me semble que l'accusation portée contre nous de rejeter le calice consacré est maladroitement présentée par les docteurs protestants, qui enlèvent toute vertu intrinsèque au sacrement, en ne donnant à leurs disciples que du pain et du vin. La différence entre eux et nous se ramène à ce point: c’est que, sous une espèce, nous donnons toute la substance, tandis que sous les deux nos adversaires, de leur propre aveu, n’en présentent que l’ombre.

En examinant l’histoire de l’Eglise sur ce sujet, nous trouvons que, jusqu’au douzième siècle, la communion a été quelquefois distribuée sous une espèce, quelquefois sous une autre, communément sous les deux.

1° Saint Luc nous dit que les nouveaux convertis de Jérusalem ‘‘persévéraient dans la communion du pain (c’est ainsi que parfois on appelait familièrement l’Eucharistie) et dans la prière (1).”’ Et encore il parle ailleurs des disciples chrétiens réunis à Troade un dimanche ‘‘pour rompre le pain (2).”’ Par ces différents passages, nous sommes autorisés à conclure que les apôtres, de temps en temps, distribuaient la communion sous la seule espèce du pain, parce qu’on ne parle nullement du calice.

C'était certainement l’usage de nr. porter aux malades que l’hostie consacrée. À coup sûr, s’il est une circonstance dans la vie où l’on ne doit rien négliger de ce qui est nécessaire au salut, c’est aux approches de la mort. Eusèbe nous dit que le vieillard Sérapion ne reçut que

(1) Actes, 11, 42°.

(2) Ibid., xx, 7.

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le pain consacré des mains du prêtre. Et dans la vie de saint Ambroise, on nous dit qu’à sa dernière maladie on ne lui donna qu’une hostie consacrée.

Au temps des persécutions, on permettait aux chrétiens, aux confesseurs de la foi relégués dans les prisons, aux voyageurs dans leurs courses, aux soldats marchant au combat, aux ermites vivant dans le désert, de conserver avec eux le pain consacré et de s'en nourrir, comme Tertullien, Cyprien, Basile, Ambroise et les autres Pères de l'Eglise le témoignent.

De plus, dans la messe des Présanctifiés, célébrée dans l’Eglise latine le Vendredi-Saint seulement, et dans l'Eglise grecque tous les jours du carême, excepté le samedi et le dimanche, le prêtre officiant ne reçoit que le pain consacré (1).

Dans toutes ces circonstances, les communiants n’ont jamais douté q'r'ils n'aient reçu la sainte Cène dans toute son intégrité. Et, à coup sûr, les Pères de I£ foi, qui étaient si consciencieux, eussent plutôt privé de la sainte Hostie leurs ouailles, que de leur livrer un sacrement mutilé.

2° Aux premiers jours de l'Eglise, on avait l'habitude de donner la sainte communion aux enfants sous la seule espèce du vin. Le prêtre plongeait son doigt dans le calice consacré et le présentait pour être sucé à l’enfant. Cette coutume existe encore aujourd’hui parmi les chrétiens schismatiques de tous les rites orientaux. Parfois, l’Hostie consacrée est détrempée dans le calice et donnée ensuite à l'enfant (2).

3° La communion publique, toutefois, était habituellement administrée, aux premiers siècles, sous les deux espèces, Quoi qu’il en soit, les fidèles avaient le privilège de participer au calice ou au pain, jusqu’au temps du pape Gélase, «u cinquième siècle. À partir de cette

(1) Histoire d'Alzay, vol. 1, p. 721.

(1) Denziger, Rites orientaux.

époque l’usage de recevoir Notre-Seigneur sous les deux espèces, jusque-là facultatif, eut force de loi pour les motifs suivants :

La secte des Manichéens s’aostenait de participer au calice dans l'opinion erronée que l’usage du vin était illicite. Le pape Gélase, afin de démasquer et de condamner l'erreur de ces sectaires, ne laissa plus le choix aux fidèles de participer aux saints mystères sous l’une ou l'autre forme: il prescrivit que tous communieraient sous les deux espèces.

Cette loi fut en vigueur pendant un temps considérable, mais vers le treizième siècle, pour des causes diverses, elle est tombée peu à peu en désuétude, avec le consentement tacite de l'Eglise. Le concile de Constance, réuni en 1414, porta un décret exigeant que les fidèles communiassent sous l’espèce du pain seulement. Le concile fut déterminé à prendre ces mesures par des

motifs à la fois de convenance et de religion.

L’immense diffusion de la foi chrétienne dans le monde avait reidu très difficile la tâche de présenter aux fidèles du via consacré. Cet inconvénient est à peine éprouvé par les fidèles protestants, dont le nombre est limité, et qui ne communient qu’à certains dimanches de chaque mois, Les catholiques de l’univers, au contraire, sont au nombre de deux cent vingt-cinq millions, et comme la communion est offerte à un grand nombre presque tous les jours dans la plupart de nos églises et de nos chapelles ; comme les communions annuelles, dans chaque paroisse, sont généralement le double de la population catholique, la somme totale des communions à travers le globe peut être estimée, en chiffres ronds, d'au moins cinq cents millions. Que de soins n faudrait-il pas pour nous procurer le vin d’autel nécessaire à une aussi grande multitude? Pendant mes courses de missionnaires à travers ia Caroline du Nord, j'ai souvent trouvé qu’il ne m'était pas facile de me procu-

rer une quantité suffisante de vin, pour célébrer la messe autant qu’en requiert la validité. Cet embarras se fût accru outre mesure si le calice eût été étendu aux laïques, et plus encore dans ces froides régions où la culture de la vigne est inconnue et où on ne se sert que de vin apporté de l'étranger (1).

En outre, un grand nombre de communiants éprouveraient une très grande répugnance à boire après les autres au même calice, ce qui serait inévitable si le sacrement était administré sous les deux espèces. Dans nos plus grandes églises, où l’on distribue la communion tous les dimanches à des centaines de personnes, il y aurait grand danger de répandre une partie du vin consacré et de l’exposer ainsi à la profanation.

Mais par-dessus tout, de même que l'Eglise, au cinquième siècle, par son Pontife suprême saint Gélase, prescrivit l’usage du calice afin de réprouver l'erreur des Manichéens considérant l’usage du vin comme illicite; de même, au quinzième siècle, elle a rejeté le calice pour condamner les nouveautés des Calixtains, qui enseignaient que le vin consacré était nécessaire à une communion valide. Si des circonstances justifiaient ou demandaient le changement de la discipline actuelle, l'Eglise n’hésiterait pas à rendre aux fidèles l’usage du calice.

(1) Quoique les protestants considèrent le calice comme une partie essentielle de la communion, ils ne paraissent pas, dans un grand nombre de cas, se soucier de ce qu’il contient. Je tiens de source certaine que dans une église épiscopale de la Virginie, les protestants communient avec le suc de mures noires, et non avec le vin de raisins. L’Indépendant de New-York, 21 septembre 1876, rapporte l'incident suivant : ‘““Jout récemment un voyageur angla.s rencontra une mission des Anabaptistes. au loin de Burmah, employant pour la communion la bière de Bass au lieu de vin. La bouteille mousseuse qu'on débouchait sur la table de communion ne parut pas assez convenable au visiteur qui présenta au pasteur six bouteilles de vin de Bordeaux devant servi à la confection du sarrement.”°

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