‹ La foi de nos pères, ou, Exposition complète de la doctrine chrétienne [microforme]Chapitre 57 sur 83 · RENE SR DEN EEE · texte numérisé non relu

RENE SR DEN EEE

Comparez, je vous prie, le dernier texte de la promesse avec celui-ci. Quel rapport intime ils ont l'un avec l’autre; ils sont comme les deux anneaux d’une chaîne! Avec quelle fidélité Jésus a rempli la promesse qu’il avait faite! Pourrait-on exprimer cette pensée avec des termes plus clairs: ‘Ceci est mon corps; ceci est mon sang ?””

Pourquoi l'interprétation catholique est-elle rejetée par les protestants? Est-ce que par lui-même le texte est obscur et ambigu? Point du tout; mais parce qu'ils ne comprennent pas comment Dieu peut opérer un miracle aussi étonnant, que celui de donner son corps et son sang en nourriture spirituelle.

Faut-il mesurer le pouvoir de la miséricorde divine à la faible règle de l’entendement humain? N'est-il pgrmis au Très-Haut de faire que ce que nous pouvons concevoir par notre raison? Faut-il déclarer une chose impossible parce que nous n’en pouvons voir la possibilité ?

Dieu n’a-t-il pas créé le ciel et la terre de rien, par le seul fiat de sa parole ? Quel mystère pourtant! Ne tientil pas le monde suspendu dans l’espace ? Ne transformet-il pas la faible tige en un pain substantiel? N’a-t-il pas nourri plus de cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons ? Quel mystère! N'a-t-il pas fait pleuvoir la manne du haut des cieux pendant quarante ans, pour nourrir les enfants d’Israël dans le désert? En Egypte n’a-t-il pas converti les rivières en fleuves de sang, et aux noces de Cana changé l’eau en vin? Ne fait-il pas tous les jours des âmes pieuses les temples du Saint-Esprit? Aurons-nous la témérité d’affirmer, au mépris de la déclaration expresse du Seigneur, que Dieu, qui opère toutes ces merveilles, est incapable de changer ie pain et le vin en son corps et en son sang pour en faire la nourriture de nos âmes ?

C'est, me dites-vous, un mystère au-dessus de notre compréhension, C'est un mystère cependant. Toute religion qui rejétte une vérité révélée parce qu'elle est incompréhensible, renferme en elle-même des germes de dissolution, et s’éteindra dans le rationalisme. Le mystère ne nous enveloppe-t-il pas de tous côtés ? Ne sommes-nous pas un mystère à nous-mêmes? Expliquezmoi comment l'âme anime et pénètre tout le corps, comment la main se meut au commandement de la volonté ? Expliquez-moi le mystère de la vie et de la mort ?

L’Ecriture n'est-elle pas remplie de mystères? Ne croyez-vous pas à la Trinité, ce mystère non seulement au-dessus, mais en apparence, contre la raison ? N’'admettez-vous pas l’Incarnation, — que le faible enfant de Bethléem était Dieu? Je comprends que les rationalistes, niant tout ce qui est surnaturel, rejettent la présence réelle ; mais que des chrétiens n’acceptent pas l’autorité de la Bible, c’est pour moi inexplicable.

Ceux qui rejettent l'interprétation catholique expliquent-ils de manière à se satisfaire eux-mêmes ce texte : “Ceci est mon corps ?”’ Hélas! c’est ici que leur embarras commence. Quelques années seulement après que les premiers réformateurs eurent rejeté la doctrine catholique de l’Eucharistie, on n'avait pas donné moins de cent significations différentes à ces paroles: ‘Ceci est mon corps.” Il est plus facile de détruire que de rebâtir.

Laissez-moi ajouter quelques preuves en faveur de l'interprétation catholique ou littérale. Pour nous conformer à une règle généralement admise dans l’interprétation de la sainte Ecriture, nous devons toujours donner aux paroles leur sens littéral, à moins qu’un motif spécial ne nous oblige à leur prêter un sens figuratif. Dans l’exemple présent, bien loin d’être obligés de donner aux paroles citées plus haut un sens figuratif, toutes les circonstances rapprochées du moment où elles

ont été prononcées, nous imposent le devoir strict de les interpréter dans leur sens le plus littéral.

A qui notre Sauveur adresse-t-il ces paroles ? À quel moment et dans quelles circonstances les a-t-il prononcées ? Il s'adressait à ses quelques disciples qu’il avait choisis, à qui il avait promis de parler désormais, non en paraboles ou dans un langage obscur, mais avec des paroles pleines de simplicité et de vérité. Il les prononça ‘la nuit qui précéda sa Passion. Quand est-ce qu'un homme emploie un langage plus clair que sur le point de mourir ?

Ces paroles: ‘‘Ceci est mon corps; ceci est mon sang,’”” formaient un nouveau dogme de foi que tous devaient croire, et des préceptes nouveaux que tous devaient rigoureusement observer. Ce furent les dernières paroles et comme le testament de notre Sauveur bien-aimé. Quel langage doit être plus clair que celui qui renferme un article de foi? Quelles paroles doivent être plus exemptes de métaphore et de figures que celles q mettent une loi nouvelle en vigueur? Mais surtout, où trouverez-vous des paroles plus claires et moins ornées que celles qui expriment les dernières volontés ?

Si nous expliquons ces paroles dans leur sens clair et naturel, c’est-à-dire catholique, on ne saurait trouver un langage à la fois plus simple et plus intelligible, Si nous nous éloignons de l'interprétation catholique, il est impossible de leur donner une signification raisonnable,

Arrivons maintenant à la troisième classe des textes tirés de l’Ecriture, se rapportant à l’usage ou à la réception de ce sacrement parmi les fidèles.

Quand Jésus, comme vous le savez, eut institué l’Eucharistie, à la dernière cène, il ordonna à ses disciples et à leurs successeurs, de renouveler jusqu’à la fin des temps, en mémoire de lui, le rite sacré qu’il venait d’ac-

complir, Ce que j'ai fait, à votre tour faites-le ‘‘en mémoire de moi (1).”

Nous avons les moyens les plus certains de connaître quelle a été la doctrine des apôtres envers l'Eucharistie, en examinant ce qu'ils ont fait en mémoire de Notre- Seigneur. N'ont-ils distribué que du pain et du vin aux fidèles ? ou ont-ils consacré, comme ils le croyaient, le corps et le sang de Jésus-Christ ? S'ils ont cru, s'ils ont professé ne donner que du pain et du vin en mémoire de la cène du Sauveur, l'interprétation catholique cruule entièrement. Si, au contraire, nous trouvons que les apôtres et leurs successeurs, du premier siècle jusqu’au neuvième, ont fait profession de consacrer et de distribuer le corps et le sang du Christ, et de le faire par la vertu du commandement de leur Sauveur, l’interprétation catholique est seule admissible.

Que saint Paul soit notre premier témoin. Song.

pour un moment que vous êtes un membre de la primitive Eglise réunie à Corinthe. On lit une lettre de l’apôtre saint Paul, dans laquelle se trouvent les paroles suivantes: ‘‘N'est-il pas vrai que le calice de bénédiction que nous bénissons est la communion du sang de Jésus- Christ ? et que le pain que nous rompons est la communion du corps du Seigneur?... Car c'est du Seigneur que j'ai ce que je vous ai enseigné, à savoir : que le Seigneur Jésus, dans la nuit même qu'il fut livré, prit du pain et rendant grâces le rompit en disant: ‘Prenez et ‘‘mangez. Ceci est mon corps qui sera livré pour vous. ‘Faites ceci en mémoire de moi.” Prenant de même, après le souper, le calice il dit : ‘Ce calice est la nouvelle ‘alliance en mo: sang. Faites ceci en mémoire de moi “toutes les fois que vous le boirez.”’ Car quiconque mangera ce pain et boira ce calire du Seigneur indignement, sera coupab'e du corps et du sang du Seigneur.

(1)2S.1Euc, xan, 19

Que l'homme s'éprouve d'abord, et qu'alors seulement il mange de ce pain et boive à ce calice, Car celui qui mange et boit indignement, mange et hoit son jugement, ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur (1).

Saint Paul pouvait-il exprimer plus clairement qu'il l’a fait, sa croyance à la présence réelle ? L'Apôtre affirme nettement que le calice et le pain que lui et les apôtres ses confrères bénissent, est la participation au corps et au sang de Jésus-Christ. Et assurément personne ne pouvait le dire, en mangeant un pain ordinaire. Remarquez ces paroles de l’Apôtre : Quiconque recevra ce sacrement indignement ‘‘sera coupable du corps et du sang du Seigneur.’ Quel crime détestable! Car ces paroles signifient que ceux qui reçoivent le sacrement indignement, seront coupables du péché de haute trahison : celui d’avoir répandu en vain le sang de leur Seigneur., — Comment serait-on coupable d’un crime aussi énorme, si l’on n'avait pris dans l'Eucharistie, qu'un peu de pain ou un peu de vin? Un homme sera-t-il accusé d’homicide, en cette république, pour avoir exercé une violence sur la statue c:: sur le portrait du gouverneur ? Certainement non. De même saint Paul serait-il assez peu raisonnable pour. déclarer un homme coupable d'avoir foulé aux pieds le sang de son Sauveur, en buvant d’une manière indigne un peu de vin en mémoire de lui ?

Etudiez également ces paroles: ‘‘Celui qui mange et boit indignement, mange et boit sa propre condamnation, ne faisant pas le discernement du corps du Seigneur.”’ Celui qui communie d’une manière indigne est ac. usé de ne pas reconnaître ou de ne pas discerner dans l’Eucharistie le corps du Seigneur. Comment pourrait-il l'être s’il n’avait devant lui que du pain et du vin ? Ainsi

(1) I Corint., x, 16, et x1, 23, 29.

donc si les paroles de saint Paul sont prises dans le sens figuratif, elles sont exagérées, torturées, forcées dans les termes, elles restent sans signification et sans vérité. Ma:s si on les prend littéralement, elles sont pleines de sens, d’une signification terrible, elles sont l’éloquent commentaire des paroles que j'ai citées des Evangélistes.

Les Pères de l'Eglise, sans exception, reproduisent le langage de l’Apôtre des Gentils, en proclamant la présence réelle de Notre-Seigneur dans l’Eucharistie. J'ai compté les noms de soixante-trois Pères et éminents écrivains ecclésiastiques enseignant avec éclat entre le premier et le sixième siècle, et tous proclament la présence réelle, —les uns en exposant le mystère, les autres en remerciant Dieu pour ce don inestimable, d’autres en exhortau. ; fidèles à le recevoir dignement. Dans cette armée de .emoins, je n’en puis choisir que quelques-uns et je les prends au hasard.

Saint Ignace, disciple de saint Pierre, parlant d'une secte appelée gnostiques, dit: ‘‘Ils s’abstiennent de l’Eucharistie et de toute prière, parce qu’ils ne confessent pas que l’Eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ.”

Saint Justin, dans une apologie à l'empereur Antonin, écrivait au second siècle: ‘Nous ne recevons pas ces choses comme un pain et une boisson ordinaires. Mais comme Jésus-Christ notre Sauveur a été fait chair par la parole de Dieu, on nous a appris que l’Euchsristie est à la fois la chair et le sang du même Jésus incarne.”?

Origène (au troisième siè-le) écrit: “Si vous montez avec le Christ pour célébrer la Pâque, il vous donnera ce pain de bénédiction qui est son propre corps, et il vous accordera son propre sang.

Saint Cyrille de Jérusalem (au quatrième siècle) dit, dans les instructions qu’il dresse aux catéchumènes : ‘Avant lui-même déclaré que ceci est son corps, qui

osera en douter? Ayant dit lui-même: Ceci est mon sang, qui osera le révoquer en doute et dire: Ceci n’est pas son sang ? Il a autrefois, à Cana, changé l’eau en vin qui a quelque rapport avec le sang; et il ne mérite pas créance quand il a changé le vin en sang?” Ne semble-t-il pas qu’il argumente contre les incrédules modernes ?

Saint Jean Chrysostome, qui mourut au commencement du cinquième siècle, prêchant sur l’Eucharistie : “Si vous étiez, dit-il, incorporels, il vous accorderait ces mêmes dons incorporels sans les couvrir. Mais puisque l’âme est unie au corps, il nous accorde, sous des choses perceptibles aux sens, d’autres choses qui doivent être saisies par l’entendement, Combien, de nos jours, disent : ‘Que ne pouvons-nous voir le maintien de Jésus, son visage, ses vêtements, sa chaussure ?”’ Le voilà, vous le touchez, vous le mangez !”’

Saint Augustin, s'adressant aux nouveaux baptisés, leur dit: ‘‘Je vous ai promis un discours dans lequel je devais vous développer le sacrement de la table du Seigneur, que vous contemplez à l’instant même, et dont vous avez été rendus participants la nuit dernière. Le pain que vous voyez sur l’autel, après avoir été sanctifié par la parole de Dieu, devient le corps du Christ. Ce calice, après avoir été sanctifié par la parole de Dieu, devient le sang du Christ.”

Mais pourquoi multiplier les autorités? A l'heure actuelle, toutes les communions chrétiennes, les protestants exceptés, répandues dans l'univers, professent la croyance à la présence réelle du Christ dans le sacrement.

Les Nestoriens et les Eutychéens, qui se sont séparés de l’Eglise catholique au cinquième siècle, admettent la présence corporelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie. Telle est la foi de l'Eglise grecque qui, depuis m'Île ans, a brisé l'union avec nous, aussi bien que de

l’Eglise russe actuelle. Telle est la doct ne des Cophtes schismatiques, des Assyriens, des Uhaldéens, des Arméniens, et en résumé, de toutes les sectes orientales qui ne sont plus en communication avec le siège de Rome.

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