l'idéal
terre. Celui qui, étant sorti de lui-même par la pensée, s'est élevé jusqu'à Jésus-Christ, n'a rempli que la première et la plus douce moitié de son travail. 11 faut encore qu il en redescende, mais qu'il en i^edescende sans le quitter, qu'il le ramène avec lui dans les détails pratiques de la vie et jusque dans les devoirs les plus Immbles de chaque jour et de chaque heure. Telle est la grande difficulté de la vie chrétienne. Il est facile, en eflet, de faire entrer le fini dans l'infini, le moins dans le plus : mais est-il facile de faire pénétrer l'infini dans le fini? Il est facile de nous retrancher en Dieu, d'établir notre vie dans la sienne ; car alors, c'est lui qui, pour ainji dire, nous cède le terrain, et nous qui l'occupons : mais est-il facile d'établir la vie de Dieu dans la nôtre, c'est-à-dire sa pensée infinie dans notre pensée finie, son amour incommensurable dans notre amour égoïste, sa volonté sainte dans notre volonté rebelle, ses actes parfaits dans nos actes imparfaits, suivant ce mot de saint Paul : « Je vis, non pas moi, mais le Christ en moi » ?
Suflit-il d'avoir, comme dit saint Grégoire de Nysse, « les ailes vigoureuses de l'aigle, afin de
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traverser ces toiles d'araignée qu'on appelle les choses humaines et de les briser par le seul mouvement de notre vol rapide * » ? Malheureusement les choses humaines ne sont pas tou* jours des toiles d'araignée, mais quelquefois des mailles de fer. Malheureusement encore^ nous devons moins les briser que passer à travers : il est facile de rompre, il est difficile de dénouer. Les détails de la vie sont inévitables ; ils viennent donc de plus haut que nous : alors, de quel droit les briser? Du reste, détruire n'est pas vaincre. Si donc nous voulons triompher des mille petites difficultés de la vie, ne cherchons ni à le§ détruire ni à les fuir ; nous ne pouvons ni l'un ni l'autre : mais pénétrons-les de la divine présence de Celui qui nous les impose. De cette façon tout s'embellira, parce que tout se colorera de Jésus-Christ; et notre vie, quelque ordinaire qu'elle puisse nous paraître, deviendra semblable à ces paysages simples qu'on regarde toujours avec transport, lorsque le soleil les transfigure de ses rayons.
Pour rendre pratique cette science si iuipor-
- In Psalm.^ tract. I, c, vin.
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tante de la compénétration de rbumain par le divin, efforçons-nous simplement de n'accomplir nos actes les plus minimes qu'avec de grands sentiments. Quand on est grand soi-même, on grandit ce qui est autour de soi : « La grandeur, a dit une femme célèbre, est partout pour ceux qui portent cette faculté en eux-mêmes ; et ce n'est pas une illusion qu'ils nourrissent, c'est une révélation de ce qui est en réalité dans la nature d'une manière plus ou moins exprimée. »