‹ La foiChapitre 4 sur 88 · ET LES MALÉDICTIONS \)E JÉSUS · texte numérisé non relu

ET LES MALÉDICTIONS \)E JÉSUS

malheureux, s'ils passaient un seul jour sans réciter toutes les prières de leurs manuels; mais ils passent toute leur vie sans s'inquiéter de l'esprit de prière. Us seraient abattus, désolés, pleins d'amertume envers la Providence, s'ils étaient empêchés de faire , à heure précise , l'exercice surérogatoire qui leur plaît; mais ils seraient encore bien plus abatta<^ et bien plus désolés, s'ils ne pouvaient, à telle autre heure, éviter un exercice obligatoire qui leur déplaît. Volontiers, a-t-on dit, ils adorent le Saint-Sacrement exposé ou le suivent en procession; mais ils s'irritent, lorsqu'on leur parle de se disposer à communier dignement.

Les Pharisiens se croiraient impies, s'ils n'étaient pas couverts de tel et tel insigne de piété ; et ils se regardent comme des saints, lorsque, porteurs de ces insignes, ils déchirent délicatement la réputation de leur prochain ou s'emparent finement du bien d' autrui.

C'est ainsi qu'ils renversent l'ordre des choses, traitant d'essentiel ce qui n'est que secondaire, et de secondaire ce qui est essentiel, magna parvi et vicissim pavva magni faciunL

A LE l»ilAIlISAÏSME

Ils se jettent clans la casuistique pour échapper à la morale, remplacent la conscience naturelle par la conscienciB artificielle, et oublient les principes essentiels pour les prescriptions quintessenciées.

En fait d'honnêteté, ils ne connaissent que la politesse, bien qu'ils ne la pratiquent pas toujours ; s'ils sofit des gens honnêtes, ils ne sont pas d'honnêteîï gens. Ils s'admirent parce qu'ils sont blancs, et ne voient pas que sous leur blancheur il y a une noirceur d'autant plus criminelle qu'elle est plus cachée.

Ce sont des chrétiens « comme une statue est un homme » , disait saint Grégoire de Nysse.

Ils murmurent éternellement en eux-mêmes leurs formules usuelles, et s'imaginent être les hommes les plus religieux et les plus orthodoxes de la terre, « comme s'il n'y avait pas aussi des somnambules qui bercent sur leur sein des pierres du cimetière, pensant que c'est là leur enfant endormi I » ,

Leur devise, c'est-à-dire la grande loi de leur vie pratique, c'est de sauver les apparences, de conserveries formes traditionnelles, et de traiter

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de sacrilège tout eiïort qui tendrait à les faire sortir de leur ornière, à les faire rentrer dans leur âme et dans le fond substantiel des choses , à remettre en première place la sincérité, la droiture, la loyauté, en un mot, à leur faire préférer la réalité à l'apparence, l'intérieur à l'extérieur, la conviction à la routine, la lumière aux ténèbres, la vie réelle à la mort dissimulée.

Du l'esté, qu'on juge de leur perversité par les anathèmes de Jésus- Christ.

En effet, Jésus-Christ, qui aimait à se laisser appeler l'Agneau de Dieu, qui disait de lui : « Apprenez que je suis doux et humble de cœur n , qui reflétait jusque sur son visage une douceur qui charmait les petits enfants ; Jésus- Christ, qui avait une tendresse si exquise et des larmes si compatissantes pour ses amis, des pardons si miséricordieux pour les pécheurs les plus méprisés du monde, une parole si onctueuse et une charité si divine pour toutes les faiblesses et tous les malheurs ; Jésus-Christ, cependant» s* est laissé aller contre les Pharisiens aune indignation et à des malédictions qu'il nous faut méditer sérieusemeilt, si nous vou-

6 LE PUARISAISME

Ions qu'un jour elles n'excitent aucune terreur dans notre conscience.

D'abord Jésus- Christ les signale h ses disciples :

« Les Scribes et les Pharisiens, dit-il, sont assis sur la chaire de Moïse. Observez donc et faites tout ce qu'ils vous disent; mais nedfaites pas selon leurs œuvres ; car ce qu'ils disent, ils ne le font pas.

ft Ils lient sur les épaules des hommes des fardeaux pesants et insupportables, qu'ils ne veulent pas même remuer du doigt.

« Ils font toutes leurs œuvres pour être vus des hommes, portent de plus larges phylactères et des franges plus longues.

« Ils aiment les premières places dans les festins, et les premiers sièges dans les synagogues.

« Us aiment qu'on les salue dans les lieux publics, et que les hommes les appellent maîtres.

« Pour vous, ne veuillez point être appelés maîtres; car vous n'avez qu'un maître et vous êtes tous frères. Et n'appelez père personne sur

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la terre; car vous n'avez qu'un père, qui est dans les deux. Qu'on ne vous appelle point non plus maîtres, car vous n'avez qu'un maître, le Christ.

« Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Car quiconque s'élèvera sera abaissé *, et quiconque s'abaissera sera élevé *.

« Je vous le dis, si votre justice n'abonde pas plus que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux *.

« Gardez-vous soigneusement du levain des Pharisiens^.

« Toute plante que mon Père céleste n'a point plantée, sera arrachée. Laissez-les ; ce sont des aveugles et des conducteurs d'aveugles. Or, si un aveugle conduit un aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse *. »

Puis, s' adressant directement aux Pharisiens

* Évangile selon saint Mathieu, ch xxiii, v. 2 13. » Ibid., ch. V, V. 20.

3 Ibid.^ ch. XVI, V. 6. Voir Évangile .^elon saint Marc, ch. VHi, V. 15.

« Ihid , ch XV, V. 13-15.

8 LE PIIAUISAÏSME

eux-mêmes et les regardant en face, il leur dit : « Vous vous écriez : Pourquoi vos disciples transgressent-ils les traditions des anciens ? Car ils ne lavent pas leurs mains, lorsqu'ils mangent du pain. Et vous, pourquoi transgressez* vous le commandement de Dieu, par votre tradition? Car Dieu a dit : Honorez votre père et votre mère; et quiconque maudira son père et sa mère, mourra de mort. Maïs vous, vous dîtes î . Quiconque dit à son père ou à sa mère : « Tout don que j'offre à Dieu vous est utile, » satisfait à la loi ; et cependant il n'honore point son père ou sa mère. Vous détruisez donc le commandement de Dieu par votre tradition. Hypocrites, c'est bien de vous qu'Isaïe a prophétisé, en disant î u Ce peuple m* honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi 5 et vain est le culte qu'ils me rendent, enseignant des doctrines et des ordontiances humaines \

u Hypocrites, vous savez donc juger la face du ciel, et vous ne savez pas reconnaître les signes des temps. Cette génération mauvaise et

* Evangile selon saint Mathieu^ ch. xv, v. 1-10. Voir Évan» (jile selon saint Mnrc^ cli.'vii, v. 6-14.

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