ET L^ESPRIT DE JOIE
sûrement; s'il nous conduit dans des sentiere plus sauvages, c'est pour que le terme soit plus ravissant. Ne nous rangeons point parmi les découragés ; mais soyons de ceux qui croient, qui espèrent, qui aiment envers et contre tout, et qui, sur les ruines mêmes de leurs rêves les plus chers, restent înébranlablement fidèles à cette voix de Dieu, que les âmes intrépides entendent toujours : « Pax vobis^ que la paix soit avec vous ! »
Toutefois, il ne suffit pas de savoir que Tesprit du christianisme véritable, sans bannir la souffrance, est cependant un esprit de confiance et d'allégresse ; il faut encore savoir la manière de le mettre en pratique sans l'exagérer et d'en user sans en abuser. H le faut d'autant plus que^ selon le beau mot de saint Augustin, la joie doit mettre notre âme en ordre *, et qu'elle est loin d'aboutir toujours à ce résultat. Habituellement, en effet, la joie, au lieu de nous porter vers Celui de qui nous la tenons, reste profané elle-même et nous laisse absorbés dans notre propre satisfaction. Ne serait-ce point pour
* « Délectatio ordinet animam. r*
cette raison que Dieu nous en donne si peu ? Que la joie donc» au lieu de nous déprinner dans Tégoïsme, nous élève, et sachons devenir meilleurs en devenant plus heureux.
Saint Paul nous en indique le moyen, lorsqu'il nous dit de nous réjour dmis le Seigneur. Cette parole est profonde dans sa simplicité, et il importe de la bien comprendre.
Il y a des esprits qui s'imaginent que la sainteté consiste d'abord à faire le vide* de toutes les choses créées, ensuite à se précipiter à cœur perdu dans ce vide, parce que, pensent-ils, Dieu, étant l'Être inôréé, ne saurait se trouver dans les êtres créés.
C'est une grave erreur. Le créé est l'œuvre de r Incréé, et, étant son œuvre, il est réellement, dans une mesure plus ou moins parfaite, son vestige et son image. Donc toute créature de Dieu, pour imparfaite et pour infime qu'elle soit, est une participation de la vérité infinie, une participation de la beauté infinie, une participation de la bonté infinie, c'est-à-dire une participation de Dieu. Dès lors, pourquoi faudrait-il, pour être saint, fuir cette créature? Sa
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nature aurait-elle été changée par le péché? Mais la doctrine chrétienne nous affirme qu elle a été maintenue et qu elle reste une participation de Dieu. Si donc la créature, même après le péché, est encore substantiellement une participation de Dieu, nous pouvons chercher Dieu en elle. Or, c'est d'abord cette acceptation de tout ce qui est créé comme étant l'œuvre de Dieu; puis cette recherche de Dieu dans tout ce qui est créé, qui nous mènent à la véritable sainteté.
Mais de même que Dieu est à la fois la souveraine perfection et la souveraine félicité, ainsi la véritable sainteté est aussi la véritable joie. Le mot de saint Paul : « Réjouissez-vous dans le Seigneur, » signifie donc : Ne séparez rien de Dieu, mais mettez Dieu en toute chose et toute chose en Dieu ; et de la sorte tout ce qui vous adviendra, en vous perfectionnant, vous rendra heureux, et, en vous rendant heureux, vous perfectionnera. Vous jouirez de tout, et tout vous sanctifiera, car tout existe pour les él{xs^%mnia propier electos.