‹ La foiChapitre 55 sur 88 · XIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XIV INTRODUCTION

matérialisé Tidée du Messie^ n'avaient plus que des espéranoes toutes terrestres et grossières^ Il en est 4e même chez ies judéo-ehrétieus de tous i^ sièeles et de tous les pays. Ils ne travaillent dans leurs eœurs qu a la pensée de sucées temporeis^ de bonheurs sensibles, d'influence mou* daine et de domination séculière. La eiel lui-ménie n*est pour eux qu'an paradis terrestre plus embelli que le premier, suis être plus idéalisé. Quand saint Jean, dans son Apocalypse dépeint la iérusaleni céleste comme une cité dont les murailles sont toutes de pierres précieuses, ils prennent cette description à la lettre ou à peu près, et se représentent Fall^^rMse du ciel comme une série non interrompue de promenades et de fêtes à teavers ces beaux palais, dans une lumière sans déclin et aux sons harmonieux d^ harpra et des lyres ; peut-être même s'aitendent-ils aussi à des festin^^ dans lesquels circuleront de

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saintes coupes, pour mieux célébrer les noces de l'Agneau^

La charité, k son tour, n*est plus un don du eâ&ur, un sentiment de délicate générosité et de noble dévouement^ nuiis seulement^ quand elle reste eneore queU qîie chose, une aumône plus ou moins parclmomeuse; a^niône faite, souvent aveo raideur^ presque toujours avec sécheresœ. Celui qui Ja reçoit sent si bien qu'elle ne tombe que des doigts^ et non du cœur^ de celui qui la donne l €ette sorte d'aumône est accompagnée de silence ou de paroles plus froides encore que le silence, et elle se concilie très-bien avec la médisance, les jugements téméraires, les désirs de vengeance^ voire même les dénigrements à demi-mot et les calomnies voilées. Une telle cha* rite n'est qu'une charilé de suriaoeet d'extérieur, qui peut concéder quelques biens matériels, nms qui laisse ïéme intecte.

D autre part, la Jeltre^ en même temps

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qu'elle matérialise la charité, soit envers Dieu, soit envers les hommes, la rapetisse. Autant Tesprit vit au large et dans les grands sentiments, autant la lettre marche d'accord avec les minuties. Ces minuties amènent les scrupules, lesquels ne sont que les petitesses de Tamour, comme la superstition n*est que la petitesse de la foi. Les superstitieux et les scrupuleux sont frères; le même poison circule dans leurs veines; il n'y a entre eux que cette difiTérenée, c'est que les premiers ont mal à la tête, les seconds au cœur.

Au contraire, pour ceux qui vivent selon Tesprit, tout se spiritualise et tout se dilate. Les signes ne sont que des signes, les symboles ne sont que des symboles, parce que, comme dit saint Paul, la foi n'est que la substance des choses qu'on doit espérer et l'argument de celles qui n'apparaissent pas'. Ils sentent que la foi

> Saint Panl, Èpitre aux Hébreux^ ch xr, v. 1

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n'est dans le temps qu'un commencement de la lumière éternelle, et comme un germe duquel doit un jour sortir la vérité épanouie. Loin de la déprimer et de la rétrécir dans des formules verbales nécessairement incomplètes, ils travaillent à Télever et à rétendre, de manière à mieux entrevoir en elle les ineffables beautés de Celui qui est sans limites. Avec Origène, ils disent du fond de leur conscience : « 11 s'agit maintenant pour nous de transfigurer l'Évangile sensible en Évangile intelligible, et dans TÉvangilc temporel de voir rÉvangile éternel. » Et avecThomassin, ils répètent ces belles paroles : c Dans notre Évangile corporel, temporel, historique, il faut savoir lire l'Évangile éternel et intelligible, qui est dans le premier comme Fesprit dans la lettre, et comme l'àme dans la chair. Voilà ce qui est nécessaire, si Tenfance doit passer, si Tes-

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