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CHAPITRE XV

Ma^b gmades abjieetlons eonlcviporiiliics.

Quelque dangereuses que soient les tentations contre la foi, qui proviennent de nos dérèglements intérieurs et privés, il en est d'autres qui ont leur cause dans les dérèglements extérieurs et sociaux, et qui frappent beaucoup plus la majorité des esprits. De nos jours, en effet, la majorité des esprits considère beaucoup plus le mal extérieur et social que le mal intérieur et privé, surtout quand ce sont les autres qui sont coupables du premier, et nous, du second. Autant on a les yeux presque fermés sur le côté intrinsèque des dogmes, autant on les tient ouverts sur l'Église, avec une tendance très-prononcée à faire retomber sur les

S72 LUS li&AXbBS OWBCnOSS COKTBMPOtuaSES

dogmes toat ce qu'on trouve de r^iréhâisible dans l'Eglise, comoie â les vérités rëvâées par Dieu cessaient d'être vraies, par cela même qu'elles sont confiées à la garde dritommes imparfaits et peccables. De même que certains esprits déclarent que là où est l'infaillibilité, Ih aussi est la sainteté, ainsi certains autres déclarent que là où n'est pas la sainteté, là non plus n'est pas l'infaillibilité. Comment, disent les premiers, celui qui est infaillible et digne d'être cru ne serait-il pas saint ? Comment, disent les seconds, celui qui n est pas saint seraitil infaillible et digne d'être cru ? Telle est la manière de raisonner d'un nombre considérable de personnes : elle vient de l'habitude que l'on a de croire à la parole de ceux qui édifient, et de tenir pour suspectes les assenions de ceux qui scandalisent.

Le monde trouve donc qu'il y a des scandales dans rÉglise, et pour cette raison il refuse de croire ses divins enseignements.

Cette objection est grave, puisqu'elle fait oeaucoup de ravages dans les âmes.

Faut-il, pour la résoudre, nier imperlurba-

blement qu'il y ait des scandales dans l'Église ? — a De nos jours vouloir nier ce qui coûte à confesser ne sert de rien ; le grand jour pénètre trop viveràent dans tous les coins et recoins du passé et du préseut, pour qu'on puisse dissi* mulér les faits, préserver les faibles de leur connaissance et propager une foi simple et naïve dans son ignorance. Puisque la vraie foi a des réponses à tout, l'état de nos esprits exige qu'on donné ces réponses h tous. L'existence du mal dans l'Église est, sans nul doute, une des mauvaises raisons qui éloignent le plus de bons cœurs ; vis-à-vis de ceux-ci, tout comme vis-à-vis des hommes instruits, il est d'une meilleure tactique d'expliquer que de pallier la douloureuse présence du mauvais jusque dans le sanctuaire ; cette énigme devient par trop navrante, pour ceux qui n*en connaissent pas lu glorieuse solution *. »

Toutefois, comme disait le pape saint Léon, en pareille matière il y a d'autant plus de dit-

* Princesse de S;iyA-WiltgeLSlein,/'^^/ife attaquée par la 'éiédisance^ p. 27', Home, 18G0.

37^ LBj: QftAXDBS OBJEGTIOX» GONTBWPOaAINES.

ficulté à parler qu il y a plus de raisoD pour ne pas se taire. C'est pourquoi nous voulons être aussi respectueux que sincère et impartial « non comme un écrivain qui critique, mais comme un apôtre qui ne se fait l'écho de robjeciion que pour mieux être l'écho de la vérité. Cette tâche, du reste, nous sera d'autant plus facile, que nous prendrons pour guide un livre récent que nous avons déjà mentionné, livre, publié à Rome même, approuvé par des théolc^iens romains , notamment par le maître du sacré Palais, et intitulé : o F Église attaquée pm* la médisance. »

Quels sont donc les griefs que l'on a contre r Église, et par lesquels on prétend justifier son incrédulité ?

r* Objection. — L'Église, dit-on» est l'ennemie du progrès ; elle n'a que des complaisances pour tout ce qui est usé, et des anathèmes pour tout ce qui est neuf et jeune. Les sociétés d'ancien régime sont l'idéal qu'elle veut maintenir, et, à l'entendre, les sociétés

modernes sont abominables et dans un véritable état de pestilence. Uineriie, l'apathie, la routine, qu'elle condamne chez les autres, sont des vertus chez elle, (.e sont là des faits quotidiens qui s'accomplissent partout , même à Rome, même à l'endroit d'où le mouvement qui réforme et régénère le monde devrait partir ; en sorte que l'Église qui devrait être à la tête de tout ce qu'il y a de grand, de noble, de vital, est aU contraire traînée à la suite des société» civilisées, comme une ennemie de la civilisation, qui ne se résigne que par contrainte à l'accepter. Autant donc l'Église a été utile aux nations barbares, autant elle est nuisible aux nations civilisées.

Or, la civilisation ne peut pas s'abdiquer ; le progrès ne peut pas reculer sur lui-même ; ce qui est écroulé et remplacé ne peut plus reparaître. Vous nous dites que la vérité est la vie ; nous disons, nous, que la vie est la vérité ; et si vous êtes les partisans de la mort, c'est en vain que vous vous déclarez les possesseurs de la vérité* Vous voulez le duel entre vous et nous ; c'est vous qui succomberez. Ouvrez les

376 LES GRANDIES OBJECTIONS CONTSMPOnA.INES.

yeux sur le présent pour vous convaincre du sort qui vous attend dans l'avenir. Déjà, qu'est devenu votre catholicisme social ? Attendez encore quelques siècles, peut-être même quelques années, votre catholicisme individuel descendra dans le même sépulcre et dans le même oubli. Toute doctrine qui ne peut s'appliquer à tous les besoins des peuples et à toutes les formes des sociétés, ne saurait-venir de Dieu, le Père de tous les peuples et de toutes les sociétés ; elle vient des hommes, et tôt ou tard elle s'évanouit avec les générations qui l'ont produite. C'est pourquoi, au nom de la vie, nous ne ^aurions logiquement croire en vous.

Réponse. — « Le Christianisme étant divinement progressifs puisqu'il conduit le genre humain de la terre au ciel, l'Église fait contrepoids à cette impulsion ; kmmemmeni conservatrice par nature, par essence, elle empêche les sociétés de se précipiter dans le chaos, en renversant ce qui pouvait durer encore ou ce qui doit durer toujours, pour adopter hâtivement toutes les nouveautés avant d'en avoir éprouvé la valeur réelle.

a Les incrédules et même beaucoup de croyants déplorent hautement la tendance retardataire de rKglise ; ils déblatèrent contre le rôle conservateur qui lui est assigné et qu elle assume constamment, dans le jeu des révolutions et des évolutions qui ont marqué Thistoire des nations chrétiennes. Ils se plaignent amèrement de cet esprit, sans se demander si le but de la Providence, en partageant ainsi les tâches, n'a peut-être pas été de donner aux nations le rôle d'une initiative virile? si en récriminant contre l'Église, ils ne lui denaandent point d'être ce qu'elle n^est point appelée à être, de faire ce qu'il ne lui appartient pas de faire ?

« L'Église, infaillible dans les dénominations qu'elle adopte, s'est appelée notre Mère; nous devons donc croire qu'elle en a le caractère. Or, si on ne s'attend pas à voir une mère « à la tête » de la carrière de ses fils, on n'est pas autorisé à exiger de l'Église qu'elle se mette toujours « à la tête » de la civilisation des peuples. Ceux-ci ont à se procurer eux-mêmes leur prospérité, l'augmentation du bien-êtic de la

famille humaine, le progrès de ses connais-

378 LBS GRAllDttB OBlEGTlONS GONTEMPORAJNËî^.

sauces, le perfecUoimemeDt de son organisation intérieure , l'amélioration des rapports internaûonaax. L'Église n'est pas plus obligée de remplacer les sociétés dans de telles tâches, qn'nne mère ne remplace ses fils dans les besognes analogues de la vie privée. C'est à eux de travailler à la sueur de leur front, pour en aroir le mérite et en obtenir la récompense. L'Église n'est pas plus destinée à faire l'office des sociétés, qu'une mère n'est destinée à faire l'office de ses enfants *, n

« L'Ég&e qui n'est pas appelée à inciter et à stimuler l'activité des sociétés, ne saurait même les suivre dans toutes Ieui3 tentatives d'innovations et d'inventions^ car sur dix dé* couvertes, sur cent essais, sur mille tentatives, il en est à peine une que le temps con^cre comme un vrai progrés, comme une améliora'^ lion réellement profitable, un perfectionnement durable, une nouvelle vérité acquise désormais aux conquêtes de l'esprit humaine Or, l'Égnse ne saurait, comme les nations,

* Princesse de Sayn-Witlgenstein, V Église attaquée par ta médisance, p. ^3-44.

LE9 (}RA!ID«8 OBJECTIONS fiONTËMPOIlAixNES. *379

dire un jour pour se dédire le lendemain, juger et puis «e déjuger, approuver et puis désapprouver, permettre et ensuite défendre *. » (f Le Christianisme étant essentiellement progressif, mais l'Église naturellement conservatrice, l'esprit chrétien progressif lui assimile tout ce qui est bon et profitable à la vie de» peuples, l'esprit ecclésiastique conservateur rejette au dehors tout ce qui lui est hétérogène. Il se dégage de la doctrine évangélique une quantité de conséquences sociales et pratiques, dont les premières manifestations sont empreintes de rudesse et d'une tendance excessive, dont les scories souvent répulsives contrastent avec le pur flot de certaines notions antécédentes, ce qui fait méconnaître la noble origine^ le fond chrétien^ juste et raisonnable^ que peuvent avoir ces nouveautés. Mais quand le temps est venu, l'Église élimine ces scories fantastiques ou re* butantes, elle écarte ce qu'il y a dans ces formes d* antihumain , par là d'antichrétien, d' antidivin, de mauvais ; puis elle reconnaît ce

* Princesse de Sayn-Wlttgenstein, l'Eglise attaquée par la médisance, p. 53. '

qui est d'elle, ce qui est conforme aux besoins propres à des sociétés informées par l'Évangile, c est-à'dire, ce qui dans les nouveaux besoins soriaux^ ce qui dans les nouvelles aspirations des peuples^ provient de sentiments nés de la morale chrétienne, développés par des conceptions chrétiennes *. »

Quant au gouvernement des Papes a on peut» dit Tauteur romain que nous citons, lui repro* cher comme à tout autre de faire et de laisser faire un certain nombre de choses regrettables, de n*en pas faire et de n'en pas laisser faire un plus grand nombre encore de désirables ; car, s'il y a des abus, il pèche encore plus souvent par incurie, par laisser-aller, par excès d'in* dulgence, de bonhommie, maintenant les principes avec une fermeté qui quelquefois devient une raideur intraitable, et se résignant trop facilement à voir leur application négligée, oubliée , dédaignée , et même publiquement enfreinte ou méprisée *. »

* PHucese de Sayn-Wittge;:slein, VÉylise attaquée par h Méiiimnce, p. 60.

LES anANDES OBJECTIONS CONTEMPORAINES. 381

a Le gouvernement romain, assurent ses antagonistes, se laisse envahir par une inertie, une apathie, une impéri tie , qui sentent la moisissure, font vaciller les piliers de rédifico comme s'ils étaient vermoulus, sans que ces inconvénients soient d'aucun avantage pour quoi que ce soit. Leur existence n'est nullement nécessaire, dit-on avec une grande appa* rence de raison, pour maintenir les eflets vraiment utiles et salutaires de l'esprit conservateur. Au contraire, un gouvernement sans énergie plaide mal pour les principes et les formes qu'il représente,

« Devant ces observations, le mieux n'est-il pas d'avouer simplement que de tels maux, non moins regrettables que d'autres, sont l'effet de la fragilité humaine des membres qui composent un gouvernement. Il en fut toujours ainsi. Pourquoi? Pour exercer la foi des fidèles. Seulement ne l'oublions pas : cette inertie apparente de l'Église, cette apathie, cette impéritie, tout en s'étendant et se prolongeant au delà des bornes nécessaires, trouvent pourtant et toujours une fin qui met fin

aux abus dont l'Égltse est attaquée» non à l'Église elle-même ^ »

u A Rome, comme ailleurs, les individus restent faillibles de tous points, mais plus qu'ailleurs ils redoutent de iaillir en principe, ce qui imprime à toutes leurs décisions ce caractère de lenteur et de maturité qui permet à l'Église de résister à tant de maux sans jamais recourir à des expédients éphémères, sans chercher des issues indignes de sa grandeur et de sa majesté, sans se compromettre dans des essais qui n'aboutiraient à rien de satisfaisant. Il en résulte que Rome est un ensemble, dont les conson* nances harmonieuses ne s'établissent qu'après toutes choses... Il a pu arriver que l'Église n'ait point fait tout ce qui eût été à faire, qu'elle n'ait point été au delà du strict nécessaire; mais elle a toujours fait ce qu'il était indispensable de faire, et n'est jamais restée en deçà du strict nécessaire. Le passé garantit l'avenir. Ses retards proviennent de ce qu'il lui importe de n'abandonner les formes connues et usitées, les

* Princesse de Sayn-Wittgensteio, l'Église attaquée par la médisance^ p . 89.

LES QRANUES OlUËCTJONii CONTEMPORAINES. 383

coutumes impossiblefi désormais^ qa*au moment opportun. Qui ne sait F immense place réservée à. ce mot d! opportunité ^ dans toutesles décisions de rÉglise ? Personne ne l'ignore : l'opportunité entre pour les neuf dixièmes dans la réussite de toutes les grandes choses *. «

Enfin, admettant en principe la continuelle nécessité d'une réforme dans l'Église, la prin* cesse de Sayn-Wittgenstein s'exprime ainsi ; a Dans l'Église, les vérités révélées et les grâces sacramentelles on t un caractère divin , immuable, éternel. Mais l'Église renferme d'autres éléments qui participent à la nature de tout ce qui est terrestre, et sont soumis à cette détérioration, lente ou subite, qui ne permet d éviter la mort que par la transformation» De tels éléments vieillissent dans [Église comme ailleurs; ils veulent aussi être renouvelés^ et ils le sont effectivement dans l'Église comme ailleurs. Quand le moment arrive où ces éléments humains doivent enfin être régénérés, et prendre des formes en harmonie avec l'esprit des géné-

* Princesse de Sayn-Wittgenstein, VÈglise attaquée pttt' la médisance, p. 80-81.

0^!i LES IFRANDBS OBJECTIONS CONTEMPORAINES.

rations et des mœurs plus récentes ; quand le moment vient où il faut les adopter avec ampleur^ radicalement, foncièrement^ la Providence envoie des hommes supérieurs aux petits défauts que nous avons mentionnés, qui, tout en connaissant à fond les choses anciennes, les aimant, les respectant, n'y touchant qu'avec précaution, savent néanmoins discerner et arracher les mauvaises herbes prêtes à tout envahir. . . C'est ainsi que le moment où l'Église se retrouve en bonne entente avec les sociétés, ne peut jamais manquer d'arriver *. »

Ainsi donc, en résumant cette réponse, et sans vouloir accepter toute la différence que l'on semble mettre entre le Christianisme comme principe de progrès et X Église comme force conservatrice, nous pouvons maintenir ce qui suit :

Le Christianisme, ayant pour but de conduire l'humanité, non à un terme limité, mais à la substance même de l'Infini, est essentiellement une doctrine de progrès.

* Princesse de Sayo-Wittgenstein, P Église attaquée par la médisance^ p. 87-88.

Poussé par lui, mais entraîné par son ardeur fébrile, le monde moderne se précipite sur le chemin du vrai et du bien, avec une passion si aveugle qu il court sans cesse le risque de tomber dans les abîmes d'erreur et de mal qui bordent le chemin.

En face de ce péril, 1* Église, voulant d'autant plus le conjurer qu elle aime davantage Thumanité, ne fait que modérer cette ardeur déréglée. Elle paraît hostile au piogrès ^ elle n'est hostile qu'aux imprudences dangereuses des sociétés échevelées. Elle semble ne pas vouloir marcher, et ce sont ses accusateurs qui courent comme des insensés. Soyez moins précipités, leur dit-elle, et je serai moins lente, (^e sont vos défauts qui sont la cause des miens ; il est nécessaire que j'en aie quelques-uns, non pour vous irriter, mais pour vous empêcher d'en avoir davantage. Dès que vous vous modérerez, je m'activerai moi-même ; dès quti vous reculerez vers moi, je m'avancerai vers vous; dès que vous.travaillerez à votre réforme, je travaillerai à la mienne.

Tel est le véritable état de la question.

Or» en vérité, y a-t-il là Tombre d'une raison suffisante pour rejeter la foi en Jésus-Christ et en sa doctrine ? Quel homme impartial oserait Taffirmer et le soutenir ?

II* Objection. — Vous affirmez que TÉglisc accepte les hotnmes supérieurs^ que la Pro* vidence lui envoie pour transformer le passé et arracher les mauvaises herbes prêtes à tout en-vahir. N'est-ce pas le contraire qui est vrai? UÉglise n'ace(Nrde-t-elle pas ses faveurs aux intelligences vulgaires qui se contentent de la servir sans l'éclairer, et ne va-t-elle pas jusqu'à persécuter les hommes généreux qui appellent de leurs vœux la transformation du passé et qui se dévouent à préparer le triomphé du Christ dans les siècles futurs? L'ancienne Synagogue tuait les prophètes qui lui apportaient une idée nouvelle, et r%lise, que faitelle des siens? Jérusalem, Jérusalem , qu(P fitcidis propheias!.,. Et dès lors, comment s'attacher à l'Église ? Si Dieu est charité aussi os^sentiellement qu'il est vérité, comment cixnre qu'il soit présent comme vérité, là où il

LES GRANDES OBJBCnONS 00NTBMP0RA.INE8. 387

est ab&ent comme charité ? Dieu ne se divise pas ; et quand les hommes veulent le diviser, il se retire tout entier. Vous n'êtes point charité, donc vous n*êtes point vérité.

Réponse. — a L'Eglise, ayant un caractère esBentiellement conservateur, se tmuve toutnaturellament portée à faire cas de ce4ix qui aiment les choses déjà établies, de ceux qui en écartent avec soin tout changement^ de eaux qui sa complaisent à maintenir ce qui fut« pour cela seul que cela fut.«. Aussi les homto^ qui dans l'Église appartiennent à ce qui en tout temps s'appelle la nouvelle géaâ^ation ; ceux qui dans son sein représentent les besoins et les droits des temps contemporains, non moins valides pour le présent et l'avenir que ceux des temps antérieurs pour le passé ; ceux qui prennent à tâche de trouver les joints par lesquels les principes de tous les siècles peuvent s'incarner dans les formes du siècle présent ; ceux-là doivent abdiquer d'avance toute idée de « faire carrière , » abandonner tout espoir d'être comptés parmi les conseillers e); Jes sages. Il

38S LES enANDE» odjectioxs contemporaines.

lear convient même de renoncer ;l s* en tendre louer et vanter K »

« A partir de la fin tragique de Pie VI, les papes, suivant d'autres errements que leurs illustres prédécesseurs du seizième, du dix-septième, du dix-huitième siècle, préférèrent récompenser le mérite obscur d'un matelot vigilant attaché à la barque de saint Pierre, accomplissant exactement son devoir à la manœuvre quotidienne, que le génie d'un Christophe Colomb découvrant par ses intuitions uu continent inconnu, et faisant cadeau à l'ancien monde d'un monde nouveau * ! »

« Par un triste effet des complications de la vie humaine, les hommes de génie s'emportent, en rencontrant ces défiances et ces obstacles à ce qu'ils sentent intérieurement être le rayon d'une lumière céleste. Dans leur exaspération, ils se livrent à des témérités qui provoquent des sévérités exagérées à leur tour. D'où il résulte, entre les besoins de ces intelligences su-

> Princesse de Sayn-WittgensteiD, r Église attaquée par ta médimnce^ p. 96-97 .

« /6ïV/., p. 103 10/^.

LRS GRANDES OBJECTIONS GONTEMPORAINER. 389

périeures et les craintes des hommes au pouvoir, un conflit qui se renouvelle régulièrement et se renouvellera encore bien des fois. Plus le génie est génie, et plus il devance son époque; plus les contemporains sont ainsi distancés, et plus ils ont besoin de temps pour comprendre les œuvres produites par le génie, c est-à-dire, pour rejoindre les jalons lancés par lui dans les champs de l'avenir... Le génie de l'initiative est toujours et partout accueilli à son début, avec un sourire sc/eptique et méprisant, avec une hostilité envieuse et hargneuse, au profit des médiocrités commodes qui ne gênent personne, qui flattent tout le monde, directement parce qu elles sont de nature rampante, indirectement parce que le contact de la nullité ne donne jamais le sentiment embarrassant d'une infériorité relative *. »

u Ces hommes spécialement doués pour imprimer un nouvel élan à leur temps, non contre Dieu , mais avec Dieu , par sa volonté et pour ses desseins ; ces hommes aident les sociétés ,

* Princesse de Sayn-WittgeDStein, VÉglise attaquée par la médisance, p. Ii2 et 113.

300 J.KS ORANDEft OBJEGTIOlIff CONTBXPORAI^B<.

chacun pour leur part, à monter de cercle en cercle, non sans recul et retour partiel en arrière, mais par un mouvement toujours ascendant, comme celui d'une spirale, vers un état de civilisation morale, intellectuelle, sociale, politique, qui rendra le genre humain de plus en plus digne de ce moment béni où il n'y aura (ju'un troupeau et un pasteur *. »

On le voit, la princesse de Sayn-Wittgenstein accorde que les hommes de progrès sont loin d'être protégés dans l'Église, et en cela elle n'a point mérité d'être contredite par les tbéolo^ giens romains. Puis, après avoir constaté ce fait , elle l'explique par le caractère conservateur de l'Église.

« Il ne peut en être autrement, dit-elie, et ii faut qu'il en soit ainsi. Si l'on veut devancer les anciens, on doit savoir accepter le rôle des « postes perdus, k de ceux qui, dans les grands moments de la guerre, dévouent leur vie à des coups certains pour ouvrir une voie, faire une trouée, livrer passage au gros de l'armée. Pour

• Mncease ^ Sayn-WiKgenstelo, i'igHse atta^^uée par h wt^/m#«<y», p. 108-109.

peu qu'on ait alors l'ingénuité de désirer une récompense en ce monde, au lieu de vivre dan» la sérénité des serviteurs de Dieu, on usera ses jours dans les amertumes d'une ambition déçue ; amertume d'autant plus incurable, qu'elle est mêlée à de pieux devoirs, à de bonnes inten'» tions , à de bons désirs, à des idées justes, » Tel est le sort de « quiconque prend souci d'être un vrai chrétien, un enfant, non un mercenaire de l'Église, et cherche à exécuter ses 'pieux desseins *. »

« Pourra-t-il jamais en être autrement, soit à Rome, soit ailleurs? A juger froidement cette question si ardue et si pleine de douleurs, il faut répondre courageusement : Non. Dans la règle, il en sera d'ordinaire ainsi. Tous les services i^ndus à l'Église et "^ * société par l'initiative du génie, en dehorj^^ battues,

des ornières déjà tracées, sa*j-ont toujours nécessairement méconnus de leurs contemporains... Cela fait partie de ces afflictions d esprit dent parlait le grand Ecclésiaste, lorsque se retour-

* Princesse de Sayn-Wittgenstein, VÈ^lise attaquée par in médisance jf p. 97.

39J LES CnAXDRS OIUECTIUNS CONTEMPORVINES.

uanl de toutes parts j il vit que sous le soleil la course n'est pas confiée aux agi/es, ni la guerre afix valeureux; que le pain nest point réservé aux sages f ni la richesse aux savants^ ni le succh aux grands artistes^ mais c*est la chance qui décide de ces choses. Le roi- philosophe constatait une des plus tristes infortunes inhérentes à la marche, à la nature actuelle des choses d'icibas *.^ >.

A cette réponse, qu'il nous soit permis d'ajouter une obsei*vation. Sans doute, dans l'univers matériel , la vie ne s'entretient que par la mort, et c'est aussi une des conditions du monde moral actuel, que quelques hommes soient victimes pour que le plus grand nombre ne le soit pas. Néanmoins , si ks âmes et par conséquent les sociétés dbivei^j^ fOgresser, il est certain que le mal moral doit^^inuer proportionnellement. Si la liberté humàkiiii doit s*améliorer sur la terre, il est également certain que les conditions dans lesquelles se pratique le bien doivent perdre de plus en plus de leur violence, la violence dans

^ Princesse de Sayn-VViltgon&teio, V Église aUaquée par in médUance, p. 112, 113-116'

LES GRANDES OBJECTIONS CONTEMPORAINES. o93

Tordre moral n'étant fotidée que sur Fimperfection de la liberté.

Donc on peut légitimement espérer que plus la justice et la charité se développeront dans le monde, plus le fait que tous les cœurs honnêtes déplorent deviendra rare; et qu'un jour Tesprit de justice et de charité régnera dans l'Eglise d'une manière suffisamment parfaite, pour que ce fait soit rendu impossible.

En attendant ce progrès si désirable, il faut remarquer, d'abord , que les persécutions que l'on reproche à l'Église résultent des conditions d'imperfection dans lesquelles l'Église, comme l'huinanité, est placée, plutôt que de l'Église elle-même; ensuite, que, s'il y a faute dans de telles persécutions, cette faute ne doit pas être imputée à l'Église proprement dite, mais seulement à quelques hommes qui dans l'Église abusent tristement de leur autorité ou de leur influence.

Quoi qu'il en soit, la foi divine peut-elle être logiquement ébranlée par suite de ces persécutions et de cet esprit de parti? Il faudrait pour cela que les vérités révélées par Dieu fussent

39^ LES URANDES OBJECTIONS CONTEMPORAIXES.

absolument dépendantes des péchés de quelques hommes. Or, quel est l'homme impartial qui oserait Talfirmer et le soutenir? La grâce de Dieu n'est certainement point nvec les hommes iniques ; mais qui ne sait que des lèvres impures peuvent répéter, elles aussi , la parole même de Dieu ?

III* Objection. — Mais, alors même qu'il n'y aurait, entre l'enseignement des vérités de foi et la violation de la justice et de la charité, que des rapports suffisamment indécis pour que ces vérités fussent conservées dans toute leurpnreté, il ne saurait en être ainsi entre l'enseignement de ces mêmes vérités et la haine de la science: cjur la vraie foi et la science sont strictement enchaînées. Autant vous, catholiques, vous croyet avoir raison « lorsque tous dîtes que celui qui rio]e la foi viole du même coup la vraie 5acieîioe, autant nous , incroyants, nous sommes <Uns le xTfti « lorsque nous disons que celui qui Wcs<ïe la science blesse également la vraie foi. CV. t4>us les jours, ne bIes9ei*Tons pas la science? ï>o niey-wnis }\as les découvertes les plus pod-

ti ves ? ne vous opposez- vous pas à la diffusion des lumières? ne persistez- vous pas à maintenir vos vieilles méthodes de raisonnements àpriori^ vos éternels jeux de mots, vos subtilités ridicules dans les questions que vous estimez les plus graves, vos théories scolastiques qui font sourire tous les vrais savants qui n'ont pas besoin d'être de votre avis pour vivre? Gomment donc voulez-vous qu'avec un esprit sincère et une conscience loyale nous allions à vous? Nous ne consentirons à un rapprochement que lorsque vous aurez accepté franchement les démonstrations de nos sdences. Mais, malheureusement pour vous, loreque vous aurez accepté ces démonstrations, c'en sera fait de vos doctrines et de vos vérités de foi.

Repotise. — Premièrement, nous avouons , avec les catholiques les plus autorisés, et même avec les chefs de l'Église, qu'il y a une grande amélioration à introduire dans les sciences sacrées, c'est-à-dire dans les commentaires et les explications scientifiques des vérités de foi.

Mais nous maintenons qu'aucune des vérités

^$96 LOS iiR.\>n)ES OBJECTIONS CONTEMPORAINES.

de foi proprement dites, considérée en ellemême, ne contredit ni la philosophie « ni l'histoire, ni les sciences les plus exactes, et que toutes les lumières de l'ordre naturel, loin d'éteindre celles de l'ordre surnaturel, les font resplendir davantage, lorsque les unes et les autres sont exposées dans leur véritable jour.

Secondement, nous avouons qu'il y a dans rÉglise un parti qui a peur de la science ou qui se conduit comme s'il en avait peur; un parti qui s^qipose à la dififasion des lumières natui^Ues, qui nie les découvertes soit de l'histoire, soit de la géologie, qui prétend que tous les enseignements de la scolastique sont la plus pure vérité, et que depuis saint Thomas d'Aquin la théologie n'a plus aucun progrès à faire.

Mais nous maintenons que ce parti de l'obscurantisme n'est point l'Église elle-même ; et nous pensons avoir déjà démontré*, que, si quelques savants ont eu à souffrir de la part du parti obscnranUste, la raison et la science

* Voir en • auriiculier le« chapitres i\% x* et xi*.

;,ES ÛRANDKS OUJECTIONS CONTEMPORAINES. 397

ont toujours été honorées par tout ce qu il y a eu de plus grand dans l'Église.

Citons encore la princesse de Sayn- Wittgenstein :

«Que les croyants le reconnaissent donc; leur véritable intérêt leur commande de sortir de leur indifférence hautaine, pour rendre justice à tous les efforts de l'esprit humain, même lorsqu'il est fourvoyé sur les voies de l'erreur ! Quand la valeur scientifique et artistique des œuvres qui contiennent des vérités naturelles, partielles mais neuves, et d'une influence incalculable pour l'avenir du genre humain, sera appréciée comme elle le mérite par des apologistes chrétiens, alors leur voix plus autorisée à se faire écouter par les ennemis de Dieu, plus en état de leur opposer des arguments tirés de leurs propres arsenaux, ne rencontrera certainement dans l'Église et ses représentants suprêmes, qu'une charité encourageante... Quiconque a la moindre connaissance de notre temps, quiconque a fait une comparaison superficielle seulement, entre notre siècle et les précédents, reconnaît l'inévitable nécessité pour

39H I.K« «mi^DK* <#WliCn05- •>ji?rTE-i(7«wuJSE*w

ÏVH catholiques de modifier leurs

dans renseignement, dans Fexpositîoa, dus

Targumentation, dans la prédicatioo, dans la

réfutation, dans la polémique... En procédanl ainsi, les croyants modernes fermeront la bouche à la médisance, lorsqu'elle reproche aux catholiques de suivre un penchant que la foi ne dissipe pas toujours : celui de mépriser ce r}u*on ignore. Ils fermeront aussi la bouche aux calomniateurs qui les accusent de n'avoir ni assex de bonne foi pour honorer les grands hommes, ni assez d'intelligence pour comprendre les grandes choses que la Providence l'ait naître et prospérer en dehors de FÉglise. Tristes reproches, tristes accusations! Elles n'atteignent pas TÉglise, mais elle l'outragent, on faisant retomber sur elle la responsabilité (l'une certaine ignorance relative et d'une injustice accidentelle qui ne viennent pas d'elle, mais qui malheureusement éloignent d'elle. On attribue à la mère les défauts des enfants, et cola aussi est injuste K »

* l'Kf/hsif tttiuqiéée pat' la médùattce, p. 127-129; Romeé

Los GRANDES OBJfBCTfONS CONTEMPORAINES. 399

IV Objection. — Autant les sociétés modernes réclament la science, autant elles réclament la liberté. Personne ne leur arrachera du cœur cette double aspiration, disons plus, ce double besoin. Or, l'Église n'est-elle pas l'ennemie de la liberté? N'a-t-elle pas autrefois protégé les tyrans, et aujourd'hui encore, aujourd'hui plus que jamais, n'exerce-t-elle pas chez elle cet absolutisme qui partout s'écroule? Si l'Église agit de la sorte au nom de Jésus- Christ, n'est-ce pas parce que les dogmes de la foi lui en donnent le droit? et par conséqaent, la liberté que nous, incroyants, nous proclamons au nom de la justice humaine, ne nous imposet-elle pas le devoir de repousser à jamais votre foi et vos dogmes?

Réponse. — Premièrement , comme nous avons avoué qu'il y a dam l'Église le parti de l'obscurantisme, ainsi nous avouons qu'il existe aussi le parti de l'oppression j et de la pire des oppressions, celle qui tyrannise la pensée et la conscience.

Voici, sur ce point, les paroles textuelles de

U90 LE:> UaAXDES Oai£CTlO!fS CONTEMPORAD(£S.

l'auteur itNnain que nous avons pris pour guide : • Ces confusious entre la haine que Fabsolutisme doit inspirer à tout noble cœur, et celle que de nobles cœurs ont vouée à r%lise en croyant voir en elle le suprême soutien du despotisme, sont loin d'avoir cessé. L'Église étant composée d'hommes comme les autres, ces hommes doivent nécessairement participer aux défauts de leurs temps comme à ses qualités. Il s'est donc vu, chose triste à dire, que les hommes d'Église se sentant opprimés par la domination arbitraire d'une force supérieure, ont à leur tour essayé parfois de gouverner, non-seulement par la persuasion et la douceur, mais aussi par la compression. Ce fut de toutes les calamités, que les monarcliies absolues inoculèrent à l'Église, la plus désolante sans nul doute. Il était encore^ préférable de rencontrer desévëques pontifiant, bottés, éperonnés cqmme cela se faisait au moyen âge, que de les voir déplorablement pi'éoccupés d*introduire dans leurs administrations les mortelles habitudes d'une bureaucratie sans flamme intellectuelle, sans cœur et sans entrailles! Mais si les in-

LES (ÎRANDES OBJEGTrONS OONTEMPORAINEH. ' 401

croyants ont raison de tressaillir d'horreur devant ridée d'un sacerdoce métamorphosé en une sorte de police sacrée dans le département des consciences, comme cela se pratique en Russie, les croyants doivent être convaincus que cette propension au despotisme, trop facile, hélas ! à contracter pour tous ceux qui gouvernent d'une façon quelconque^ étant parfaitement^ essentiel* lement contraire à F esprit du christianisme et de la religion^ un tel mal ne peut être que transitoirement imposé à l'Église *. »

Mais, comme il vient d'être dit, ce parti de l'oppression n*a jamais été l'Église de Jésus- Christ.

Secondement , comme il vient également d'être dit et comme il a été plus haut démontré *, l'absolutisme tyrannique, bien moins encore dans l'ordre intellectuel et moral que dans l'ordre politique et social, n'est fondé ni sur l'Évangile ni sur la tradition vraiment catholique de rÉglise. La tradition catholique, en effet,

* L* Eglise attaquée par la médisance, p. 69*70; Romo, 18Ô9.

2 Voir le chapitre xi*.

U92 L9> GR\5DRS ORJECTIONS CO^TEMPOHAIXES.

c'est la tradition universelle de l'Église, basée sur la révélation de IMeu dont elle n'est que l'écho. Or, l'oppression , même la mieux organisée, n'a jamais été pratiquée que par des individus influents, que Ton ne saurait, sans outrager l'église, confondre avec elle.

Donc, tout en déplorant les scandales de la tyrannie autant que les scandales de la révolte, on peut s'attacher à la foi chrétienne avec un esprit vraiment catholique et un coeur sincèrement dévoué à la liberté.

V' Objection, — Toutes ces distinctions sont de la théorie. Plaçons-nous sur le terrain des faits : c'est par les fruits qu'on juge sainemmt de Tarbre. Or, si seulement nous ouvrons les yeux avec bonne foi sur l'état des nations qui sont restées fidèles à l'Église, et si nous comparons cet état avec celui des nations qui se sont séparées d'elle, ne voyons-nous pas, là, la misère et la d^radation, id, la prospérité matérielle^ la culture intellectuelle, le progrès social ? Donc la foi catholique est une cause de décadence ; et par conséquent, elle n'est pas la vérité.

LKS ORANDES OBJECTIONS CONTEMPORAINES. ^03

Réponse. «^ Tout en niant que les nations catholiques soient aussi dégradées et que les nations non catholiques soient aussi parfaites qu'on semble l'affirmer, nous avouons que les premièt^es sont aujourd'hui dans un état inférieur à celui des secondes. C'était hier le contraire ; peut-être demain sera-ce comme hier. Quoi qu'il en soit, recherchons la cause de ce qui a lieu dans le présent. Et d'abord, deman-* dons*nous si la mission dé l'Église est de ren-< dre les peuples temporeliement prospères sur la terre.

<( L'Église, dit la princesse de Sayn-^Wittgenstein, ne détermine pas les destin^ des peuples. Elle n'a pas été chargée de les faire naître, de les faire vivre, de les soutenir, d'empêcher leur dépérissement, leur affaiblissement, leurs déchirements intérieurs, ni eu Grèce, ni en Irlande, ni en Pologne ; elle n'a pu soutenir l'Espagne, ni sauver le Mexique. Pour les na» tions comme pour les individus. Dieu n'a point fait dépendre les prospérités de ce monde de la pratique des vertus surnaturelles ; pas plus- de la connaissance des vérités révélées et de leur

/H)4 LKS titlANDES OIIJUCTJONS CONTEMPORAINE.':.

acceptation par la foi, l'espérance et la chaiité, que de la connaissance de sa loi écrite, de sa loi de grâce et de raccomplissement de leurs préceptes. Ni la foi ni la vertu n'eussent eu tout leur mérite, si elles avaient trouvé leur sanction dès cette terre. Avant la venue du Christ, le peuple de Dieu fut un des plus petits et des plus faibles ; son importance ne pouvait se mesurer ni avec les grandeurs séculaires de l'Egypte, ni avec les magnificences des empires d'Orient, ni avec les splendeurs de la Grèce,* ni avec la puissance des Romains. On ne saurait non plus le comparer aux grandes nations de l'autre hémisphère : ni à l'étendue immense de la Chine, ni aux royaumes florissants de l'Inde, ni aux forces intérieures du Japon, ni même aux forces relatives des États existants au Mexique et au Pérou lors de la découverte de l'Amérique.

« Depuis Jésus-Christ les prospérités maté* rielles ont également suivi et récompensé, dans les individus et les nations, la pratique intelligente des vertus naturelles, des qualités sociales, politiques, nationales. Dieu permit à Tislamisme de gagner une prépondérance telle-

ment énoriue, que rexistence de l'Europe chrétienne en parut menacée. LaRussiese constitua^ se forma et grandit démesurément sous l'influence des lumières tronquées du Christianisme, renfermées dans le schisme. L'Angleterre et les États-Unis devinrent de plus en plus for-midables, la Suède et la Prusse de plus en plus redoutables, grâce à l'excellence de leurs gouvernements, aux capacités de leurs gouvernants et aux qualités solides de leurs populations. Dieu permet tout cela, afin que la foi et la vertu chrétienne reposent sur des espérances transraondaines*. »

Cependant cette réponse est incomplète. Bien que l'Église ait sur la terre une lin essentiellement surnaturelle, néanmoins, si elle est dépositaire d'une parole vraiment révélée et conséquemment vraiment féconde, il est manifeste que cette parole révélée et féconde doit s'exprimer par des bienfaits jusque dans l'ordre naturel. Tel est l'état normal. Si le contraire a lieu, il faut évidemment chercher la cause de cette

* V Eglise attaquée par la médisance, p. 45-40; Rom-», 18C9.

^Ô6 IX> âRJlBEilfisi OBJECTIONS CONTEMPORAINES.

anûTiDilité ou dans l'Eglise ou dans les nations ellesHnèmei.

Or, nous prétendons qae ce sont les nations déchues qui sont oonpaUes de leur déchéance, et que, si elles sont tombées, ce n'est pas parce qu'elles ont été trop '«athoUqoes, mais parce qu elles l'ont été tn^ mal.

En eCst, les nations dont il s'^t, au lieu de dx^pérer à lagiice de Dieu avec persévérance, se sont laissées aller peu i peu à la paresse, à la toqieur, a l'inertie la plus coo^>lëte. Au heu de se forùùer dans la foi en l'éclairant par la 5^îet)ce« elles se sont aflaibhes dans une ignorance qui a matérialisé et paralysé leur foi. Au Ueu de sauvegarder l'autorité par la pratique lie la ahené, elles ont par leur servilisme ram^ |\&tu tra^^sùUe à rendre cette autorité despotique; \u iîea lie comprendre toute la largeur et toute «\^t rùv^e du catholicisme, elles en ont fait une <eicie a ignorants et de fanatiqueSb D'une paît, k^r Mnesde luiunelle, augmentée encore par le c^uvu et ie Utilieu» lésa conduites à l'ignorance, c; r;i:txv:wîce à la superstition ; d'autre part, J\v^,3eiî. $i iwi2re4 en pareil cas, si di^rasé k

LES GRANDEï^ OBJECTIONS GONTBM^ORAINBS . 40^

grandir quand le caractère est servile, le» a conduites à Tamour de la domination la plus lâche. En face de cet esprit de domination âhliévangélique, la foi s'est retirée avec sçn esprit qui vivifie, ne leur laissant d'elle-même que la lettre qui tue. Telle est rhist(Mre de ces maU heureuses nations, histdre basée sur les faits les plus certains et les plus connus.

Ce n'est donc pas la foi qui a abaissé les na->* tions catholiques ; ce sont les nations catbo^ liques qui ont, au contraire, abaissé la foi. Et lorsque la foi est réduite par les petitesses et les passions des hommes à n'être plus qu'une lettre sans esprit, un recueil de formules verbales sans lumière raisonnable, ce n'est plus que le règne de la routine idiote et du fanatisme abject. De telles nations ont abusé de Dieu jusqu'à le faire à leur propre image et jusqu'à se servir de son nom pour couvrir leurs Iniquités : comment pourraient-elles n'être pas , même dans l'ordre purement naturel, les dernières des nations ?

Encore une fois, on le voit, ce n'est pas la foi qui les a tuées^ c'est la foi qui les ressuscitera.

CoNGLDSioif. — L'Église, nous dit Jésus- Christ, est semblable à un champ qui est enseméircé de bon grain et d*ivraie. Dans ce champ, le bon grain n'est pas d'un côté et l'ivraie de l'autre; mais l'ivraie est au milieu même du bon grain , m medw iritici *•

A la vue de ce mélange, nos adversaires scandalisés s'écrient : 11 y a dans l'Église des méchants, donc l'Église est méchante. Il y a dans l'Église des erreurs, donc l'Église est une erreur. Il y a dans l'Église de Tivraie, donc l'Église n'est qu'un champ d'ivraie, aux quatre coins duquel tout homme sensé doit mettre le feu.

Ce raisonnement est-il juste?

Ne devrait-on pas dire, au contraire : Il y a dans l'Église des bons et des méchants. Le mal qui s'y commet doit évidemment retomber sur les méchants, mais non sur l'Église elle-même; car, s'il retombait sur l'Église elle-même, c'està-dire sur toute l'Église, il retomberait é\ddemment sur les bons : ce qui serait une injustice. — Il y a dans l'Église des vérités et des erreurs.

> Evnngile seion saint Mathieu^ ch. xiii, v. 21

LliS GRANDES OllJECTIOXS CONTEMPORAIXEg. Û09

Les erreurs qui s'y enseignent doivent évidemment Être imputées aux hommes ignorants , mais non à rËglise elle-même ; car, si elles étaient imputées à l'Église elle-même, elles frapperaient du même coup les chrétiens instruits qui les rejettent, et surtout Dieu , qui a précisément révélé le contraire. — U y a dans l'Église du bon grain etde l'ivraie, de la vertu et du vice. Le bon grain, la vertu, vient évidemment du père de famille ; l'ivraie, le vice, de l'homme ennemi , inimicus homo hoc fecii. Celui qui accuse le père de famille est un insensé ; c'est l'homme ennemi qu il faut accuser* De même, celui qui accuse Dieu à cause des iniquités commises dans l'Église, est un insensé; ce sont les hommes ennemis, les ambitieux , les jaloux , les gens rapaces , haineux, nuisibles, dominateurs, qu'il faut détester. Les serviteurs qui proposent d'arracher l'ivraie pour ne laisser dans le champ que le bon grain , sont des serviteurs imprudents que n'approuve pas le père de famille, parce que, en voulant arracher l'ivraie, ils arracheraient en même temps le bon grain. De même, les fanatiques qui proposent d'anathématiser, de dé-

AiO L£s aa^NOEB obj étions contemporaines.

raciner et de jeter au loin ceux qui vivent dans l'erreur ou dans le péché, pour ne laisser dans l'Église que la vérité et la vertu, sant des serviteurs imprudents qui n'ont pas l'esprit de Dieu , parce que, tout en voulant purifier l'Église à leur manière, Us la détruiraient et n'en feraient qu'un champ dévasté, dans lequel, à la vérité, il n'y aurait plus de vice, mais datis lequel aussi il n'y aurait plus de vertu : esprits de destruc* tion , qui ne conçoivent que la sainteté par l'éra* dication, la sainteté par l'anathëme, la sahiteté par le feu.

Laissez, laissez le bon grain et l'ivraie croître l'un et l'autre jusqu'à la moisson; c'est alors que l'on verra la conduite de Dieu : « siniie utraque crescere mque ad messem, »

'< O hommes de peu de foi, pourquoi crai^ gnez'-vous ?... Ayez confiance^ fat vaincu le monde, »

riN

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