CHAPITRE XIV
TenUilloiis contre lu fol et moyens de résistance.
I. — a Une seule philosophie est debout ; dix huit siècles Tout si peu usée, que c'est à peine si l'humanité commence à la comprendre : c'est la doctrine de Celui qui seul a pu dire aux hommes : Si vous vous tenez à ma parole, vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira*. »
L'avenir de la foi, loin d'être sombre et triste, est donc, comme nous l'avons montré, plein de lumière et d'espérance. Toutefois des obstacles s'opposent à la diffusion de cette lumière et à la réalisation de cette espérance : ce sont les ten-
• M. Ed. La1)0»il.nye, Études morales et politiques^ 3* ('dit.
talions dont nous sommes à chaque instant assaillis et quelquefois ébranlés.
Enti*e les différents règnes de la nature il existe à la fois les harmonies les plus singulières et les oppositions les plus vives : la terre qui nourrit les plantes par ses sucs, les brise par ses torrents et ses orages ; les plantes qui entretiennent les animaux» les font quelquefois périr; les animaux qui servent l'homme, lui nuisent en maintes circonstances; l'homme»^ son tour, Hent, dans les deux éléments qui le constituent si harmonieusement, des révoltes de l'un contre l'autre. Il en est de même entre l'âme et Dieu, soit dans Tordre naturel, soit dans l'ordre surnaturel : au milieu du plus parfait accord éclatent souvent les luttes les plus terribles. Ces luttes viennent de ce que notre nature finie, tout en étant un vestige et même une image de k nature infinie de Dieu, n'est capable ni de la coiuprendre ni de se comprendre elle-même.
Notre nature, en effet, l'enferme en elle-même trois sources de tentations contre la foi en Dieu : le désordre de l'imagination, le désordre du cœur et le désordre de l'esprit.
Si la Fable nous raconte qu Enée, lorsqu'il descendit aux enfess, fut arrêté par mille monstres imaginaires qui Teffrayèrent d'abord, rhiS"toire nous apprend que le chrétien, lorsqu'il élève son âme vers le ciel, est arrêté également par mille formes chimériques, qui ne sont que des ombres inventées par le travail de notre imagination. S*il se laisse entraîner par elles, il arrive bientôt, de rêve en rêve, à une multitude innombrable de demi-pensées qui le charment tout d'abord, qui lui font peur ensuite, et qui fmissent par ébranler sa foi. Et cet ébmnler ment est d'autant plus facile qu'il n'a ea Iuh même rien de sérieux à quoi il puisse se prendre, et que sa foi, au lieu d'êti^e une adhésion éclai-r rée et ferme de son esprit à la parole de Dieu, n'est que l'impression vague d'une imagination sentimentale et mélancolique.
Il faut donc fuir avec le plus grand soin cette somnolence rêveuse du faux mysticisme, cette légèreté intellectuelle qui ne se plaît que dans l'indécision de la pensée, cette tendance à intro-^ duire dans le ciel le plus serein des nuages sur lesquels on commence par se bercer et qui ne
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tardent pas à produire des orages. On Ta dit avec raison, la foi \icnt dans Fàme qui sonlTrc, tandis que le doute s'approche de Fàine qui rêve.
Le désordre du cœur est plus dangereux encore que celui de l'imagination. Si Ton commet des fautes, rien, en effet, n'est plus naturel que de mettre la vertu en suspicion ; si l'on manque de principes, on aime à professer qu'il n'y a pas de principes ; si l'on se sent l'âme basse, on s'applique à tout abaisser. Si l'on trouve dans la foi une lumière qui met à jour ses défauts ou ses vices, on cherche à l'éteindre en niant que ce soit une lumière. D'autres fois, on pousse l'amour propre et le désir de se faire remarquer, jusqu'à douter des vérités auxquelles croit le commun des hommes ; on fait le fier, on fait le brave, et Ton appelle cela, selon le mot de Pascal, avoir secoué le joug. C'est ainsi que les pas* siotts déréglées obscurcissent et même ruinent la foi, que toute faute grave dans l'ordre pratique a son contre-coup dans l'ordre spéculatif, et que le mal du cœur remonte à la tête. « Si la gtVnnétrie, disait Làlmitz, s'opposait autant à
nos passions et à nos intérêts présents que la morale, nous ne la contesterions et ne la violerions guère moins, malgré toutes les démons trations d'Euclide et d'Archimède qu on traiterait de rêveries et qu'on croirait pleines de paraiogismes. » Dès lors, qu'y a-t-il d'étonnant si la répugnance pour la morale fait rejeter la foi? « Les vérités de la foi sont chastes, dit Bossuet; elles ne prennent pas dans des cœurs immondes. »
Cependant, il faut le reconnaître, il y a des hommes qui n*ont à se reprocher ni le désordre de r imagination ni celui du cœur, ei qui cependant ressentent de violentes tentations contre la foi, éprouvent même des difficultés insurmontables à croire sérieusement, (les tentations et ces difficultés viennent du désordre de l'esprit.
Ce désordre de l'esprit peut être triple. L'esprit, en effet, peut être grossier, paresseux, ou mal éclairé.
Les esprits grossiers sont ceux qui savent à peine surnager au-dessus de la matière, qui ne comprennent bien que ce qui se voit, se touche,
35à TENTATIONS CONTRE LA FOI
se palpe, qui végètent t^re à terre dans les préjugés de la vie la plus inférieure, et qui considèrent avec un regard à demi hébété tout ce qui est quelque peu suprasensible. De tels esprits existent en nombre considérable ; on en trouve même dans les positions les plus élevées et sous des formes presque délicates, Lorequ'on leur parle des vérités surnaturelles, ils écoutent et regardent comme ces aveugles qui ouvrent de grands yeux fixes et immobiles, mais qui ne voient pas, parce que la pellicule matérielle qui recouvre leurs yeux, si mince et si légère qu'elle paraisse, est un obstacle suffisant pour intercepter la lumière.
D'autres esprits, parfaitement perspicaces, sont paresseux et inattentîfs. Aujourd'hui ils écoutent, comprennent et sont persuadés ; demain ils n'écoutent plus, ne comprennent plus et ne sont plus persuadés. Ils passent de la certitude au doute et du doute à la certitude avec une égale facilité, flottant, comme des enfants, à tout vent de doctrine.
Enfin d'autres, perspicaces et sérieux, se placent à un point de vue qui les éclaire mal. lis
regardent la religion dans ce faux jour qui emjiêch» les meilleui^s yeux de découvrir quoi que ce. soit dans les meilleurs tableaux; ou, s'ils distinguent quelque chose*, ce quelque chose est tellement confus, tellemenl informe, qu il serait insensé de lui accorder la moindre valeur. Combien d'esprits sincères et même appliqués confondent les dogmes avec les expli^ cations des dogmes, les symboles de la foi avec les traités de la théologie, la parole de Dieu avec le commentaire des hommes, le divin avecThumain, l'Église infaillible avec l'Église faillible? Combien, en vertu de cette confusion, de ce faux jour, ne pouvant déterminer leur conscience à accepter l'humain, rejettent le divin ! Telles sont les principales tentations qui surgissent du fond même de notre nature.
IL — Voyons maintenant les moyens que Dieu a mis à notre disposition pour en triompher.
Les tentations qui viennent de la vivacité et des rêveries de l'imagination, se dissipent par le mépris. Une ân^e sérieuse, en effet, ne corn-
356 TENTATIONS CONTRE h\ FOI
l)at pas contre de tels enneinis. Ce sont des conceptions creuses et sans consistance, qui s'évanouissent d*ellcs-mêines, lorsqu'on les abandonne à leur propre faiblesse. Toute leur force n'est autre que l'attention que nous leur accordons. Si donc nous voulons nous en délivrer , passons au travers de leur tourbillon comme on passe au travers d'uu tourbillon de poussière, les yeux fermés et sans plus d'inquiétude. Il ne faut point traiter ces dénions de l'imagination comme on chasse des bêtes féroces, mais, selon le mot de saint François de Sales, comme de petits renardeaux qui se glissent insensiblement dans notre vigne fleurie '. h Ayez le courage grand et de longue haleine, écrivait ce saint évêque, ne le perdez pas pour le bruit, et surtout es tentations de la foy. Nostre ennemy est un grand clabaudeur, ne vous en mettez nullement en peyne ; car il ne vous sçauroit nuire, je le sçai bien. Mocquez-yous de luy, et le laissez faire. Ne contestez point, mais faites-
< Saint François de Suies, Traité de Vamour de Dieu^ 1. IV, ch. 1".
luy la nique ; car tout cela n'est rien. 11 a bien crié autour des saintz et fait plusieurs tintamarres ; mais quoy pour cela ? les voyla logés à la place qu'il a. perdue, le misérable * I »
Si les tentations viennent davantage de la sensibilité, comme cela arrive la plupart du temps chez les personnes pieuses, que consume l'impatience de jouir de Dieu et qui veulent trouver sur la terre les joies du ciel, il faut attacher plus d'importance à cette sensibilité et h cette impatience qu'aux tentations qui en proviennent. Ici la modération dans le sentiment et la résignation à la volonté de Dieu sont les meilleurs remèdes.
tt II faut en ces tentations, dit encore saint François de Sales, tenir la posture que l'on tient en celle de la chair : ne disputer ni peu ni prou ; mais faire comme faysoient les enfans d'Israël des os de l'Agneau Pascal, qu'ilz ne s'essayoient nullement de rompre, mais les jettoient au feu. II ne faut nullement respondre.
^ Saint François de Sdiles^ Lettres spirituelles, lettre xxiv*} t. X, p. 117 Voir Lettre xxxvii% p. 153
ni faire gemblant d' entendre ce que l'ennemy dit. Qu'il clabaude tant qu'il voudi*a à la porte, il ne faut pas seulement dire : Qui va là? Il est vray, ce me dirés-vous ; mais il m'importune, et son bruit fait que ceux de dedans ne s'entendent pas les uns les autres à deviser. C'est tout un ; patience : il se faut prosterner devant Dieu et demeurer là devant ses pieds : il entendra bien par cette humble contenance que vous estes sienne, et que vous voiUés son secours, encor que vous ne puissiés pas parler. Mais sur tout tenés-vous bien fermée dedans, et n'ouvrés nullement la porte, ni pour voir qui c'est, ni pour chasser cet importun : en fin il se lassera de crier et vous laissera en paix K
« Après ce remède je vous en donne un autre. Les tentations de la foy vont droit à l'entendement, pour l'attirer à disputer, à resver et songer là-dessus. Sçavés-vous ce que vous ferés pendant que l'ennemy s'î^rause à vouloir
* Saint François de Sales , Lettres spirituelles^ lettre XII* & saiDto (Chantai, t. X, p. 59.
escalier Tintellect ? Sortes par la porte de la volonté, et luy faites une bonne charge. C'est à dire, comme la tentation de la foy se présente pour vous entretenir: Mais comment se peut faire cecy ? mais si cecy ? mais si cela ? faites qu'au lieu de disputer avec Tennemy par le dis* cours, vostre partie affective s'eslance de vive force sur luy, et mesrae joignant à la voix inté-^ rieure Textérieure, criant : Ha ! traistre, ah I malheureux, tu as laissé F Église des Anges, et tu veux que je laisse celle des Saints ! Desloyal, infidèle, perfide, tu présentas à la première femme la pomme de perdition, et tu veux que j'y morde ? Arrière^ â Satan, Il est escrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu, Non, je ne disputeray point, ni contesteray. Eve voulant disputer se perdit ; Eve le fict, et fut séduicte. Vive Jésus, en qui je croy ! Vive TÉglise, à laquelle j'adhère ! et semblables paroles enflammées *.
« Vos tentations de la foy sont revenues,
* Saint François de Salesg Lettres spirituelles, lettre xti* h sainte Chantai, t, X, |». 60.
écrit-il un autre jour; et encor que vous ne leur répliquiés pas un seul mot, elles vous prèssent. Vous ne leur répliqués pas, voyla bon, ma fille ; mais vous y pensés trop, mais vous les appréhendés trop ; elles ne vous feroyent nul mal sans cela. Vous estes trop sensible aux tentations. Vous aymés la foy, et ne voudriés pas qu'une seule pensée vous viast au contraire ; et tout aussitost qu'une seule vous touche, vous vous en attristés et troublés. Vous estes trop jalouse de cette pureté de foy ; il vous semble que tout la gaste. Non, non, ma fille; laissés courir le vent, et ne pensés que le frifilis des feuilles soit le cliquetis des armes.
« Dernièrement, j'estois auprès des ruches des abeilles, et quelques-unes se mirent sur mon visage : je voulus y porter la main et les oster. Non, ce me dit un paysan, n'ayés point peur, et ne les touchés point, et elles ne vous piqueront nullement; si vous les touchés, elles vous mordront. Je le creus; pas une ne me mordit. Croyés-moy, ne craignés-point ces tentations, ne les touchés point, elles ne vous offen-
seront point; passés outre, et ne vous y amusés point*.»
Pour aider à la pratique de la patience et du calme les âmes ainsi tentées, saint François de Sales donne deux excellents conseils.
Le premier est d'éviter la peur. « La peur, dit-il, est un plus grand mal que le mal. Non, ne craignes point ; vous marchés sur la mer entre les vents et les flots, mais c'est avec Jésus. Qu'y a-t-il à craindre là? Mais si la peur vous saisit, criés fort : 0 Sauveur, sauvés-moy. Il vous tendra la main; serrez- la bien, étaliez joyeusement. Bref, ne philosophez point sur votre mal, ne répliquez point, allez franchement. »
Le deuxième conseil est de penser souvent que nous ne sommes sur la terre que dans notre première existence, qu'au ciel toutes les obscurités disparaîtront, que dès lors ici-bas notre grand devoir est la patience. « Nous sommes comme le coral, qui, dans l'Océan, lieu de son origine, est un arbrisseau pasle-verd, foible,
* Saint François de Sales, Lettres spintH€Ues\ letlro xxii*, p. 107-108.
fléchissant et pliable ; maya étant tiré boi s du fond de la mer, comme du sein de sa mère, il devient presque pîeiTe, se rendant fernie et impliable, à mesure qu'il change son verd blafastre en un vermeil fort vif. Car ainsy, estans encor emmy la mer de ce monde, lieu de nostre naissance, nous sommes sujetz à des vicissitudes extrêmes, pliables à toutes mains : à la droite de ramoul* céleste par Tinspiration, à la gauche de l'amour terrestre par la tentation ; mays si une fois tirés hots de cette mortalité, nous avons changé le pasle-verd de nos craintives espérances au vif vermeil de Tasseurée jouissance, jamais plus nous ne serons muables, aios demeurerons à tous-jours arrestés en Tamour éternel*. »
Ailleurs saint Pi^atiçois de Sales insiste sur celte mémo idée par une autre comparaison non moins charmante* « Pour un remède doncqueSj dit-^il, puisque VoUs n'avefc pas encore vos aisles pour voler^ et que votre propre
^ SaÎQt François de S ales^ Traité de V amour de Dieu^ 1. IV ch. I .
impuissance met une biarrière à vos efforts, ne vous débattez point, ne vous empressez point pour voler, ayez patience que vous ayez des aisles pour voler comme les colombes. Je crains infiniment que vous n'ayez un petit trop d'ardeur à la proye, que vous ne vous empressiez et multipliez les désirs un petit trop dru. Vous voyei la beauté des clartés, la douceur des résolutions ; il vous semble que presque vous les tenez, et le voisinage du bien vous en suscite un appétit de mesme, et cest appétit vous empresse et vous fait eslancer, mais pour néant, car le maistre vous tient attachée sur la perche ou bien vous n'avez pas encore vos aisles^ et cependant vous amaigrissez par ce continuel mouvement du cœur» et allanguissez continuellement vos forces. Il faut faire des essais, mais modérés, mais sans se débattre, mais sans s'eschauffer. . . Cest empressement doncques est un défaut en nous, et c'est je ne sçay quoi qui n'est pas satisfait, car c'est utl défaut de résignation» Vous vous résignez blen^ mais c'est avec un mais^ car vous voudriez bien avoir cecy et celât et vous vous débattez pour l'avoir. Un
simple désir n'est pas contraire à la résignation, mais un pantelement de cœm*, un débattement d'aisles, une agitation de volonté, une multiplication d'eslancemens, cela indubitablement est faute de résignation *. »
Quant aux tentations qui viennent des désordres du cœur, elles ne sauraient être vaincues ({ue par l'abolition de ces désordres, parce que la seule chose qui puisse triompher du vice et de ses pernicieux résultats, c'est la vertu. Pour être un véritable croyant, il faut être un honnête homme. Or l'honnête homme est celui qui cherche sincèrement la vérité, quelle qu'elle soit, qui aspire au bien dans toute la loyauté de sa conscience, qui aime avec un cœur noble tout ce qui exprime la beauté, qui poursuit l'infini en toutes choses comme l'idéal substantiel de toute vie raisonnable, et qui, voyant sa petitesse en face de ce Dieu infini, Fadore et le prie. L'honnête homme est aussi humble et pur. 11 est humble, parce qu'il est sincère avec lui et avec les autres hommes. II est pur, parce qu'il
^ Saiot François de Salc8, Lettres spirituelles.
sait que, jusque dans la vie corpoi^elle, l'âme doit régner.
Enfin, les tentations contre la foi qui ont leur cause dans le désordre de Tesprit, doivent être combattues de la manière qui suit.
Ou elles sont vagues, ou elles sont précises.
Si elles sont vagues, c'est-à-dire, si elles portent sur la foi en général, sans attaquer aucun point spécial et sans s'appuyer sur aucun motif particulier, il faut simplement passer outre avec dédain, parce qu'un esprit raisonnable ne saurait s'arrêter à une objection qui ne peut ni s'affirmer avec netteté ni se prouver avec logique.
Si, au contraire, elles sont précises et portent sur un point spécial, il faut les regarder en face : c'est ainsi, et non en les fuyant, qu'on dissipe les fantômes, même ceux qu'enfante la faiblesse de la raison.
Mais de tels fantômes ne se chassent quelquefois que par un travail opiniâtre. Le moyen, en effet, de résoudre toutes les difficultés de ce genre, c'est de distinguer les vérités de foi des
doctrines enseignées par les hommes ; car, lors-
que cette distinction est parfaiteineht claire, on s* aperçoit vite que la force de toutes les objections n*attaquê le sens d'aucune vérité de foi proprement dite, mais seulement telle ou telle explication donnée par des docteurs essentiellement faillibles. Or, qui ne voit toutes les études que nécessite une telle distinction ? Si déjà dans la primitive Église saint Paul croyait devoir recommander à Timothée « de fuir les fables ineptes et les contes de vieilles * n et de dégager ainsi la vraie doctrine révélée de tous les commentaires Insensés dont elle était l'objet^ de combien de difficultés un tel travail ne doit-il pas être rempli après dix-huit siècles, surtout dans un temps comme le nôtre, où Tesprit de parti a tant d'intérêt à faire passer ses propres opinions pour des vérités de foi, et où» pour atteindre ce but inique, il ne recule ni devant l'altération de l'histoire ni devant la fausse interprétation de la doctrine !
11 faut donc lire le livre de la parole de Dieu et les livi*es des paroles des hommes : attende
» r« Kpttre à Timoihée, ch. iv, v. 7.
lectionùeçiihoHaiioniet doctvinœ ^ Il faut les lire et les comparer avec la. plus grande aWentiou, se défiant de ses propres préjugés et ne cherchant que la véritable doctrine : attende tibi et doclrinœ, insta in illis '. Il faut les méditer par de sérieuses et profondes réflexions, de manière à profiter de la vérité découverte et à édifier le prochain par le progrès de son âme : hœc meditare, in his esta^ ut p^ofeetm tuns manifestus sit Qmmbm\
Sans doute l'étude de la religion, quelque approfondie qu elle soit, ne nous conduit jamais a la pleine évidence; mais, si elle ne dissipe paa les mystères, du moins dissipe-^t*elle toutes les illusions quc^ nous nous faisons à l'endroit des mystères ; et si nous avons Tâme droite et grande, elle nous dispose à adorer Dieu dans les obscurités comme dans les clartés de sa reli^ gion, en nous persuadant que c'est une grande bonté de Dieu de nous faire arriver par des
* P^Epître à TimothéCyCh, IV, V. 13,
* Thid.^ Y. Ifi.
3 Ibid ,v. là.
obscurités quille sont que passagères à des splendeurs qui seront éternelles.
Étudier la religion est donc un devoir. Ce devoir est d'autant plus grave que Tigoorance est plus profonde et le doute plus universel. Et s'il incombe surtout aux hommes, il incombe aussi aux femmes. Quel bien une épouse ne peutelle pas faire à l'âme de son mari, une mère à celle de son fds, lorsque ce mari et ce fils trouvent dans la parole de cette épouse et de cette mère une réponse à toutes leurs difficultés! Mais aussi quel mal cette même épouse et cette même mère ne peuvent-elles pas faire, lorsqu'elles n'ont à opposer à leurs préjugés qu'une parole sans lumière ou un silence sans dignité! Ne répondront-elles pas un jour devant Dieu de tous ces loisirs qu'elles occupent si futilement, loreqn'elles pourraient les employer si utilement et si agréablement à une étude qui leur ferait vei-ser tant de larmes si douces et qui leur empêcherait d'en verser de si amères !
a C'est la règle commune, dit le P. Faber, qu une personne peu instruite ne peut atteindre à une dévotion tant soit peu élevée. Il fautordi-
ET MOYBNS 138 RÉSISTANCE. 369
nairement qu'elle ait une certaine connaissance des choses spirituelles, et même de la théologie *. . . Je crois qu une simple lecture du traité de Dieu^ malgré la sécheresse et la dureté de son langage technique, contribuerait plus à la conversion des âmes qu'une demi*douzaine de livres spirituels, fussent^ils même les plus brûlants et les plus ascétiques qui aient jamais été écrits*. »
tt J'ai toujours cru, dit Ugr Laudriot, que les femmes ne connaissaient pas assez, n'étudiaient pas assez la religion, et, pour expliquer toute ma pensée < la philosophie de la religion. On étudie l'écorce, l'extérieur, la superficie ; on sait des mots ; mais le sens vrai, mais la lumière intime, mais la sève intérieure, on l'ignore ; et je crois que c'est un malheur pour un grand nombre de femmes ^.. 11 me semble qu'il y a une grave erreur d'appréciation sur l'éducation religieuse de la femme : sous prétexte que la
* Le p. Faber» Conférences ttur les lectures^ p. 3|12. 2 Le P. Faber, Tout pour Jésus, ch. viii,p. 328.
^ Mgr Laiidriotf /« Femme forte, xxix* entretien, t. lit p. :i&3.
sensibilité domine chez elle, que le sentiment est la fleur qui se cultive spécialement dans son jardin, on a trop négligé et on néglige trop son instruction chrétienne, on ne cherche pas assez à développer son intelligence dans les questions religieuses : de là un culte que j*J^ pellerai un culte de sensiblerie religieuse, beau* coup d'exclamations, de formes, de pratiques, mais rien de sérieux au fond; c'est un vernis de superficie, c'est une décoration; beaucoup de draperies, d'ornementations extérieures, mais le sanctuaire est vide souvent *. )i
Combien il en est autrement des personnes instruites î Combien le développement de leur intelligence avive leur foi ! Combien leur piété est profonde, solide, bien réglée, pleine de cette ardeur douce et forte qui ne brise rien, mais qui triomphe de tout !
* Mgr Landrîot, la Femme forte, xxix* entretien, t. H, p, 30"»