‹ La foi et l'intelligence de Louis VeuillotChapitre 6 sur 11 · AMOUR DE L'EGLISE · texte numérisé non relu

AMOUR DE L'EGLISE

Et cette foi absolue et inébranlable dont Veuillot est si fier, qui pé-

nètre toute son intelligence ei élève et transforme toute sa vie, c’est l'Eglise qui la lui a donnée, c’est l'Eglise qui la lui conserve, c’est l'Eglise qui la défend pour lui, dans d’incessants combats, auxquels elle lui fait l’honneur et le plaisir de l’associer. Aussi quel attachement inébranlable et quelle confiance absolue il garde à l'Eglise, quel amour passionné et généreux il lui porte !

Sur ce sujet de l'Eglise, Veuil.ct ne tarit pas de protestations enïilammées, que l’on sent sortir tout ardentes de son coeur.

“L'Eglise est ma Mère et ma Reine, écrit-il. C’est à elle que je dois tout, lui devant la connaissance de la vérité ; c’est par elle que j'aime, c’est par elle que je crois, elle seule j'espère tout ce que je veux espérer : homme, la miséricorde divine ; citoyen, le salut de la patrie... L'Eglise est mon parti et même ma patrie. C’est elle qui m’a fait connaître mes devoirs d’homme et de citoyen, qui a éclairé mon esprit, qui a fortifié mon coeu*, qui m'a révélé ma voie et ma destinée.

Tant que je n’ai pas connu sa loi, j'ai véritablement ignoré pourquoi j'étais sur la terre, je n’ai su ri ce que je devais aimer, ni ce que je devais combattre. Ainsi je doi: tout à l'Eglise et je prétends n’être point IST TE

On connaît l’autre page, vérita-

ble cri d'amour et d’indignaion, où éclate toute l’âme du vaillant soldat.

“L'Eglise m'a donné la lumière et la paix. Je lui dois ma raison et mon coeur ; c’est par elle que je sais, que j’admire, que j'aime, que je vis. Lorsqu'on l'attaque, j’ai les mouvements d’un fils qui voit frapper sa mère. J'essaye d’arrêter la main parricide, j'essaye de la meurtrir, je conserve de son crime

un ressentiment profond. C’est le plus insensé des crimes, le plus ingrat, le plus cruel ! Certes ! je n’ai le malheur de haïr aucun homme.

Mais l’oeuvre à laquelle beaucoup d'hommes se condamnent et dont je vois tous les jours des effets irréparables, je la hais. Je la hais d’une passion que rien s’épuise, que rien n’endort, qui, malgré m:oi, quoi que je fasse, éclate en àpres gémissements.”?

Dans l’âpreté de ce gémissement et nous dirions presque de ce rugissement, il y a sans doute lardeur irréductible du soldat de la vérité, mais il y a aussi l’amour puissant dont cette indignation n’est que leffet trop légilime.

C’est parce qu’il aime l’Eglise gardienne de la foi et de la verité, conditions du salut des âmes et des nations, qu'il Combat pour eile si ardemment, c’est parce qu’il voit conjurés et soulevés contre elle Les ennemis de Dieu, organisés en école ou en parti et se faisant des armes de tout, qu’il ne peut retenir contre leurs menées la clameur de son indignation.

FLEAU DES DOCTRINES

D'ailleurs, lorsque Veuillot dénonce, avec tant d’insistance, le fléau des doctrines fausses, il n’obéit pas seulement à une conviction personnelle, qu’il a acquis” en reprenant chaque jour contact avec les ennemis, aux premiers rangs de lincessante bataille, où il a vu de ses yeux, entendu de ses oreilles que, plus encore que le désordre dans les moeurs et dans la soriété, c’est l’erreur et le mensonge que s’eforcent de répandre ceux qui combattent le catholicisme, il çense comme l'Eglise, qui a toujours déployé son plus grand zèle :t sa

plus grande vigueur pour repousser l’hérésie.

Sur l'existence et l’organisation redoutable des prédicants de lerreur et du mensonge, le gran lutteur catholique pensait comme le grand docteur Léon XIII, qui a écrit cette terrible sentence :

“Le péché contre le Saint-Esprit, le péché de celui qui par m:lice combat la vérité et s’en détourne, s’est tellement multiplié de nos jours qu’il semble que nous ssvons arrivés à cette époque perverse prédite par saint Paul, où les hommes aveuglés par un juste jugement de Dieu, regarderont comme vrai ce qui est faux, et croironi au Prince de ce monde, qui est menteur et père du mensonge, conme s’il était le docteur de la vérité.”

En estimant que l'erreur systématisée et onganisée en sectes co;nbatives est le plus dangereux de tous les fléaux menaçant la soriété, Veuillot pensait comme le grand sociologue Le Play, qui n’a pas craint de dire que c’est l'erreur plus encore que le vice qui à perdu les nations tombées dans une «bsolue décadence, et qui ajoutait, en 1871, l'erreur nous a plus dévorés que ne nous dévorent les communistes et les Prussiens. La clairvoyance de Veuillot le faisait r'enser comme tous ceux qui observent et raisonnent attentivement, et notamment comme M. de Marcère, ancien ministre de la troisième république française dont il a écrit en partie l’histoire et qui n’a pas hésité à déclarer que la mal qui ron-

ge la France consiste dans les fausses doctrines, l'abandon des

traditions nationales et les ab urations plus ou moins officiellzs et complètes de l'esprit chrétien. Le même historien ne craint pas d’ajouter que le plus grand tort des

Français a été dans le péché d’ignorance et dans la légèreté d'esprit avec laquelle ils ont subi des influences funestes et accepté des enseignements corrupteurs.

L'amour de Veuillot pour l'Eglise et son attachement à la foi sont donc motivés non seulement par leur vérité, leur beauté et leur bienfaisance propres, mais aussi par la malfaisance criminelle et mortelle de l’erreur, dont il a vu et prévu les funestes méfaits. Sur ce point encore, l’infatigable apologiste a pensé comme Pie X, qui a dit : “la grande charité c’est de dire aux hommes la vérité, la vérité dort ils ont si grand besoin.”

Page 1