AMOUR DU PAPE
C’est à Rome que Louis Veuillot recouvra, avec quelle plénitude, on le sait, la grâce de son baptême ou-
blié, de sa première communion faite sans instruction ni réflexion
suffisantes, C’est à Rome qu’il se donna à Dieu pour servir lEglise.
C’est à Rome, sous la douce bénédiction de Grégoire XVI aui lui recommanda de lire la vie des saints et qui lui prédit qu’il rendrait d’un coeur content de bons services, qu’il s’attacha pour jamais à l’integre foi romaine et à l’infaillibie papauté ; c’est au rocher et à la chaïire de Pierre, au Pape, qu’il attacha indissolubiement pour toujours son intelligence et son âme libérées de lPerreur.
Il faut voir, dans tant de pages des plus belles, avec quel amour filial p'ein de tendresse, avec quels aocents d’attachement inébranlable, avec queile fierté aussi et ‘uelle pleine sécurité, il parle de Rome et du Pape. Il Confesse qu’une force surhumaine le pousse dans la voie de l’obéissance et de l’amour
envers Rome, envers l’homme avec qui Dieu est pour toujours, l’homme qui porte la pensée de Dieu. Il faut se serrer autour du Souverain Pontife, suivre inébranliablement ses directions inspirées, affirmer avec lui les vérités qui seules sauveront et nos âmes et le monde.
Ce qu’il dit ainsi à ses frères catholiques, pour leur indiquer ile vrai terrain d’entente et d’union, il ne craint pas de l’écrire au vieux politique sceptique Thiers, après les désastres de 1871 : “Le salut de la France, Monsieur, viendra du bon Dieu par son Eglise. Le ?ape est le médecin institué par celui qui a fait les nations guérissables.
Mais Thiers ne comprenait pas, et Veuillot disait : M. Thiers n’a pas assez d'esprit pour étre catholique. C’est après un entretien avec ce même M. Thiers, que Veuillot jaissa échapper cette réflexion, aussi fière qu’humble : Ah! ma soeur, quelle supériorité de suvoir un peu de Jésus-Christ. Quell: supériorité aussi de Connaître et l’aimer le Vicaire de Jésus-Christ, comme sut le connaître et l’aimer Louis Veuillot.
Ecoutons comme il en parle :
“Nous n’avons pas à peindre un homme semblable aux autres. Celui-ci n’est pas né pour les oeuvres communes. Dans une chair soumise aux infirmités et à la mort, ïl porte comme nous un exprit exposé à l’erreur, mais non pas cerné dans toutes nos bornes et soumis à toutes nos défaillances. Dieu lui est lié par un serment éternel et l’assiste spécialement. Il est celui à qui le Sauveur a dit: Je suis avec toi. ICi la chair mortelle enveloppe plus d’immortalité qu’en nous. [l est Pierre qui ne meurt pas, assis sur le trône qui ne croule pas. Il est le représentant de
Dieu, que Dieu a placé à Rome, parce que Rome est le lieu où il plait à Dieu d’habiter ; et son histoire renferme plus d’élément divin qu'un autre. Faible, difamé, moqué, crucifié comme l’homme de douleur, invincible comme l’Homme-Dieu, dans les conditions du Calvaire, il continue l’oeuvre du Calvaire ; oeuvre incomparable, poursuivie et agrandie depuis dixhuit siècles à la face des hommes prosternés devant le miracle ou stupéfaits et furieux devant le problème. Il enseigne, il expie, il délivre, il meurt, il règne. Il porte un nom incommunicable ; il est le PAPE, le Père ! Toute langue, méême rebelle le nomme ainsi, et ne nomme ainsi nul autre.”
‘‘Rien n’est beau, dit-il en un autre endroit, rien n’est grand sur la terre comme ce seul homme désarmé Contre qui tant de puissances s'élèvent, qui les tient en échec et qui ne sera pas vaincu. Rien n’est beau comme ce spectacle de la foi dans le désastre des choses humaines ; rien, si ce n’est le spectacle de l’humilité dans cette assurance de la foi : “Si je m’appuyais en moi-même, dit le Saint-Père, je tomberaïs ; mais c’est en Dieu que je m’appuie.”
Il faut citer aussi le salut sublime adressé à Pie IX, du milieu de Paris investi et resserré par les lignes prussiennes, à l’occasion de la suspenion du Concile du Vatican.
‘“Tournons nos regards vers notre Père et notre roi qui est à Rome, vicaire de Notre Père et de no tre Roi qui est aux cieux.
“Salut à toi, vieiltard magnanime, fidèle jusqu’à la fin à Celui qui t’a envoyé et à ceux vers qui tu fus envoyé. Tu n’as trahi ni ton Dieu, ni ta mission, ni nos âmes. Nous
avons en toi la gloire du combat, l'honneur de la défaite, la dignité de la mort, la certitude de la résurrection. Notre voix, qui bientôt sera peut-être m'uette, te salue une dernière fois; nos yeux et nos coeurs te’nveloppent d’admiration, de reconnaissance et d'amour. Tu n’as pas failli, tes lèvres ne se sont pas fermées lorsqu’il fallait proclamer la vérité prescrite, tu l’as placée sur un trône où la sédition ne l’atteindra pas. Elle sera le phare de la nuit qui recommence, c’est elle encore qui abattra César restauré. Et toi aussi ,vaincu, tu restes sur ton trône, à l’abri des ignobles terreurs, et la boue humaine ne peut jaillir jusqu’à toi. Tu ne t’abaisses pas à compter avec l’insolence du vainqueur. Désolé, mais tranquille, victorieux par l’espérance de ta foi tu dis les paroles stables que tu dois dire et dans ta ville devenue le camp de lennemi, tu affiches les décrets qui marquent d’une éternelle infamie les envahisseurs. Qu'elle te regarde et qu’elle se compare à ta majesté, cette lâche cohue de rois et de chefs populaires qui se félicite de t’avoir soustrait le genre humaïn !
Elle se croit délivrée de toi mais tu as fait ce qu’il faut faire pour la vaincre, et ce que tu as fait la vaincra. Qu’elle te regarde aussi, cette Cohue de peuples qui t'a crié le Crucifige et qui ne veut d’autre roi que César ou elle-même : en vain elle cherchera la paix et l’honneur, en vain elle voudra râcler de ses membres exténués la lèpre royale et la lèpre démocratique : tu as seul fait ce qu’il faut pour la guérir de César et d'elle-même, et ce que tu as fait la guérira. Couche-toi tranquille dans la tempête, dernier soleil de notre âge, tu seras demain le soleil levant.”