Journal Officiel du 10 février
2. Il s'agissait de la possibilité de remplacer dans les écoles publiques congréganistes une adjointe décédée par une institutrice laïque,
cette combinaison fût approuvée : il s'agissait d'autoriser la congrégation, qui n'avait pas de sujels, à se servir d'institutrices laïques...
Ce n'est pas seulement dans les écoles commuuales congréganistes, c’est dans les écoles libres actuellement existantes qu'on trouverait des exemples de cette juxtaposition, qui n'a produit, en général, ni perturbation ni désordre quelconque.
Ce que les congréganistes ont fait parfois spontanément, quel inconvénient y a-t-il à les autoriser à le faire toutes les fois qu'elles le jugeront à propos, plutôt que d'abandonner l’école?
S'il leur convient de s'accommoder de ce régime de laïcisation partielle, M. Ferrouillat avait raison de le demander, quels graves inconvénients y voiton, et pour qui? Pour qui redoute-t-on ce mélange, ce contact? Est-ce pour elles qu'on craint? Est-ce pour les institutrices laïques?
Ce n’est pas évidemment pour les congréganistes que ceux qui s'occupent de leurs intérêts pourraient avoir des craintes sérieuses,
Ah! je comprendrais que de ce côlé de l'Assemblée (l'orateur désigne la gauche) on se préoccupat du danger qu'il y aurait de placer une jeune fille, au sortir de l’école normale, pour ainsi dire en plein couvent, en pleine communauté religieuse; je comprendrais que cela pût les inquiéter, Mais ils peuvent se rassurer : quand une institutrice à reçu dans l’école normale une véritable et solide éducation, elle a la pleine possession de sa conscience et de son intelligence, on peut la laisser aller partout avec confiance, même au milieu des congréganistes.
M. Paris. — Sa verlu n'y courra pas de grands dangers.
For LAÏQUE. o
j 1 4 34 LA FOI LAÏQUE. { M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — Et sa
foi n'en courra pas davantage.
M. Burrer. — Quelle foi?
M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — La foi des institutrices laïques... la foi qui leur fait aimer. et honorer leurs fonctions, monsieur le sénateur, celle qui leur fait comprendre leurs devoirs et qui les rend capables, à leur manière, de dévouement; oui, de dévouement : car ni la foi, ni le dévouement : ne sont le monopole d'aucune église.
Le dévouement n'est pas une fleur de morbidesse mystique qui ne puisse croître qu'à l'ombre des cloîtres. C'est une fleur humaine parfaitement vivace, qui pousse en pleine terre, qui peut se développer sous tous les climats.
Sachons honorer le dévouement, quelque part qu'il se manifeste, aussi bien sous lhabit laïque que sous l’habit congréganiste.
C'est parce que telle est ma pensée que je ne considère nullement comme un danger, ni comme une difficulté, ni même comme un inconvénient, le mélange qui paraît alarmer l'honorable M. Delsol.
Je ne le crois pas inquiétant pour les laïques, et je ne vois pas pourquoi il le serait pour les congréganistes. Car enfin, combien n’a-t-on pas répété depuis quelques jours qu'on ne demandait pour les congréganisies, qu'une seule chose : d'être traités comme les autres, qu'on ne revendiquail pour eux rien de plus que le droit commun. Eh bien, le droit commun, le voilà pour eux; ne pourraient-ils pas le supporter pendant cinq ans ?
IH n'y a pas là d'impossibilité. Qu'il y ait un moment de surprise, je veux bien l’'admettre, mais il n'y aura rien de plus.
EL ce moment de surprise passé — et il sera très court — peut-être, pour les uns et les autres, ce rapprochement aura-t-l plus d'un avantage... Si l'on veut sérieusement la paix comme on l'a tant et si bien dit, je ne serais pas étonné que ce fût là un moyen de l'obtenir, et que précisément pendant cet intervalle de cinq ou de dix ans, quinze peut-être pour certains départements, le fait de vivre en commun en tant qu'institutrices, le fait de se voir, de se mieux connaître et de se mieux comprendre fit quelque bien aux unes et aux autres.
J'estime assez les unes et les autres pour oser l’espérer.
Si c'est l'intérêt et le droit du congréganiste considéré isolément qui vous touche, cet intérêt et ce droit sont respectés : le maître congréganiste sera, pour la première fois depuis cinquante ans, sur le pied d'égalité parfaite avec le laïque. Il exercera dans les mêmes conditions exactement. Il n’y aura plus nulle différence entre eux : de quoi se plaindrait-11?
Si ce n’est pas du congréganiste individuellement, mais, en réalité, de la congrégation que l'on se préoccupe, je l'avoue, il en sera autrement. La congrégation peut se trouver lésée sans que le congréganiste le soit aucunement. Eh bien, si la congrégation estime qu'il y a plus d'inconvénients pour elle à accepter ce partage qu'à renoncer à tout, elle renoncera à tou.
M. Bzavier. — Voilà l'objectif.
M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — Ah!
Messieurs, ce qu'on propose là aux instituteurs congréganisies, si on Pavail proposé pour les instituteurs laïques lors de la réaction qui a suivi la
loi de 1850, si on avait proposé de ‘transformer leurs écoles en écoles congréganistes graduellement, partiellement, si on leur avait donné des délais, si on leur eût permis d'attendre qu'ils eussent atteint le temps de services requis pour la retraite, si l'on avait procédé lentement, avec humanité vis-à-vis de leurs personnes, ils auraient accepté avec empressement, ces instituteurs pour lesquels on s’est montré si dur pendant les années qui ont suivi le coup d'État.
M. BerTHeLor. — C'est comme ce qui se passe en Belgique!
M. LE COMMISSAIRE DU (GOUVERNEMENT. — On ne
l'a pas fait; nous le faisons, nous l’offrons du moins et sans avoir la prétention de rien offrir là ni d’extraordinaire, ni de dérisoire.
Nous ne demandons même pas aux congrégalions d'imiter la conduite des associations laïques enseignantes en pareil cas...
Quand une associalion laïque enseignante a achevé son œuvre, généralement elle se retire, elle s'efface, elle disparaît.
Quand une congrégation, une association religieuse enseignante s'est fondée pour créer une œuvre et qu'elle a produit du bien, je suis le premier à le reconnaître, ce bien peut durer, mais les congrégations durent encore plus longlemps.
M. BLavier. — Tant mieux!
M.LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — Sans en demander autant aux congrégations, ne peut-on pas du moins attendre de ce dévouement qu'on leur attribue et que nous ne suspectons pas, qu'elles consentent sinon à abdiquer et à se fondre dans la masse de la nation, du moins à vivre pour quelques