AVANT DE RECOURIR AU MONOPOLE
— défenseur de la personne humaine quand elle ne peut se défendre elle-même — de prendre les mesures qu'il juge nécessaires pour empêcher l’oppression de cette personne par d’autres. Si donc telles circonstances se présentaient où il fallût recourir au monopole, non seulement je ne nie pas à priori le droit d'État, mais je m'engage à voter avec vous cette mesure extrême le jour où 1l sera établi que toutes les autres ont échoué. Seulement, pour soutenir qu'elles ont échoué, il faudrait d’abord les avoir appliquées. On ne se résigne à tenter le remède héroïque qui peut tuer. le malade qu'après avoir épuisé les moyens normaux.
« Vous voulez supprimer l'enseignement clérical? Vous vous indignez qu'il y ait encore un million et demi d'enfants instruits par les congrégations, plus quarante ou cinquante mille instruits par les prêtres?
« Que faut-il faire? Mais, apparemment, retirer aux congrégations enseignantes l'autorisation officielle dont elles sont pourvues, retirer aux prêtres le droit d'enseigner autre chose que la religion, droit que leur a conféré la loi Falloux.
« Avez-vous pris celle double mesure? Avez-vous abrogé la loi Falloux et supprimé l'enseignement congréganiste? Non. Commencez par là. EL je suis bien tranquille : quand vous aurez fait cette réformelà, il n'y aura plus personne en France parmi les républicains pour réclamer le monopole.
« Mais, dites-vous, les congrégalions, même dissoutes, trouveront le moyen de renaître; l'Église, même séparée de l'État, imaginera des formes toutes nouvelles pour garder la direction des esprits.
CON Se ARE CO
« Admettons-le si vous voulez. Ni vous ni moi ne pouvons devinér quelles seront ces formes inédites. Pouvons-nous légiférer d'avance contre l'inconnu ? N'avons-nous pas assez à nous défendre contre les dangers connus el pressants? L'adversaire réel, 1l est là devant nous. Ce n’est pas telle ou telle croyance, telle forme du sentiment religieux, c'est quelque chose de beaucoup plus concret et plus palpable. L'adversaire, c'est un organisme corporatif, armé de lois d'exception, de titres légaux et de faveurs privilégiées, puissamment constitué en pleine France, au grand jour, au nom de la loi. C'est l'organisme des congrégations enseignantes avec une armée de soixante mille personnes dévouées corps et âme au prosélytisme clérical.
« Une loi l'a fait, il faut qu'une loi le défasse.
« Voilà la tâche d'aujourd'hui. À chaque jour la sienne : demain nous aviserons à celle de demain. »
Voilà donc, mon cher directeur, à quoi se réduit ma prétendue défection. Aux raisons de fond que joppose toujours au monopole, j'ai ajouté celle-ci : même s'il faut un jour en venir au monopole, ce ne pourra être qu'après que lon aura vu les effets de certaines lois que le monopole même ne dispenserail pas de voter. EL suivant moi, le premier effet de ces lois sera de faire évanouir le projet de monopole
d'État. à peu près comme nous avons vu s'évanouir celui du fameux stage scolaire qui eut, il n'y a pas si longtemps, son heure de popularité.
Veuillez agréer, etc.