Action, 22 août
son panthéisme échevelé el le grand inquisiteur qui lui reproche ses blasphèmes, entre Michel Servet appelant la Trinité un « Cerbère à trois têtes » et. Calvin qui s'apprête à « venger l'honneur de Dieu », le plus religieux des deux ou plutôt le seul qui ait obéi religieusement, jusqu'à l'héroïsme, à la voix de la conscience, ce n'est pas celui qui donnait la mort, c'est celui qui la recevait pour l'amour de la vérité.
Mais que m'importe cette prétention /de l'Église
. catholique (et, par imitation, de toutes les Églises
qui ont plus ou moins pris modèle sur elle) d’être seule dépositaire du trésor religieux de l'humanité? Cette prétention-là ne me surprend ni ne m'émeut plus que toutes celles dont l'Église a déjà été déboutée au cours des siècles.
N'a-t-elle pas prétendu aussi avoir le dépôt sacré de la science, des lettres, des arts, du droit, de la morale, de l'éducation publique, de l'assistance publique? Est-ce que, chaque fois que la civilisation grandissante lui enlevait un de ses apanages, elle elle ne s’est pas écriée : « C'en est fait, il n'y aura plus de science, plus d'art, plus de morale, plus d'éducation. Car hors de moi point de salut. »
On l’a laissée crier, et la société n'a pas du tout conclu, comme l'eût voulu l'Église : « Donc détruisons l'art, la science, l'éducation, la morale ». Au contraire, la société laïque s'est appliquée à prouver que, loin de compromettre tous ces biens sacrés de l'humanité en se les appropriant, elle leur donnerait un incalculable accroissement.
Pourquoi donc, cher ami, voudriez-vous rai sonner autrement quand il s’agit du dernier de ces legs du patrimoine humain dont l'Église s'arroge la garde et la possession? Quand elle nous a dit :
« Il n’y a pas de morale sans moi », nous n'avons pas crié : « Détruisons la morale ». Nous avons répondu tranquillement : « La morale se passera de l'Église, et elle n'en vaudra que plus ».
Nous savions bien, en effet, que tout ce qu'il y a de vrai, d'humain, de raisonnable et d’'idéal dans la morale, survivrait sans peine à toutes les institutions ecclésiastiques qui S’en étaient emparées. EL nous avons, sans sourciller, laïeisé la morale et l'éducalion, après avoir laïcisé la science et la philosophie.
Continuons. Il reste à laïciser la religion, et non à la détruire. Il reste à faire dans ce domaine le même travail d'émancipation qui a transformé, en les sécularisant, toutes les branches de l’activité humaine dont l'Église eut:si longtemps le magistère incontesté,
Répudions sa tutelle despotique en matière religieuse aussi bien qu'en matière morale, esthétique ou intellectuelle. Laissons s'épanouir l'âme humaine avec la même liberté en religion qu'en morale ou en art. Elle n'a pas besoin du prêtre pour s'éprendre de l'idéal, pour adorer le beau et le bien, le vrai et le juste, pour tirer de son propre fonds cette religion dont parlait l'autre jour si dignement le Président du Conseil, à Marseille, la religion qui n'a ni autels, ni dogmes, ni miracles, n1 clergé et qui est simplement l'aspiration de l'homme vers toutes les formes de la perfection de l'esprit.
Sans doute 1l y aura des hommes, nombreux peutêtre, qui longtemps encore trouveront celte religion éthérée, trop inconsistante, trop nuageuse. Il leur faut des certitudes plus définies, des hypothèses
précises, des consolations, des espérances qui répondent mieux aux besoins de leur cœur!. ;
Et ceux-là préféreront une explication du drame de l'univers plus simple et plus concrète, avec un Dieu Créateur, la chute, la rédemption, le paradis et l'enfer. Soit. Mais cette conception même, si je ne minterdis pas d'essayer d'en désabuser les esprits capables de réflexion, du moins je n’entends ni l'interdire ni la persécuter d'aucune manière. Je n'essaierai de « détruire » cette «religion » quin’en est pas une, qu'en essayant, comme vous le voulez vous-même, cher ami, de l’élever peu à peu à un plus noble idéal, à des vues moins grossières, à un plus haut degré de désintéressement, en la spiritualisant, en l'humanisant., en la moralisant.
Ce que j'entends « détruire », ce n'est ni telle croyance, ni Lel culte, ni telles praliques, c'est une institution officielle prétendant régler ces croyances, célébrer ce culte, ordonner ces pratiques avec un privilège spécial de l'État. Ce n'est pas la religion qu'il faut détruire, ce n'est pas même l'association relgieuse : c’est l'association patronnée et patentée par l'État, entretenue aux frais des contribuables, ayant droit aux honneurs publics comme si elle remplissait un service public, mise au rang d’une institution de l'État et dotée de prérogatives qui perpéluent indéfiniment son antique magistrature souveraine sur la masse de la nation.
En cela nous sommes d'accord, n'est-ce pas? Nous le sommes encore sur le devoir pour la Libre Pensée d’être militante et de s'affirmer par la plus active propagande contre tout lappareil de