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LA LIBERTÉ DE LA PERSONNE HUMAINE

Libres penseurs — républicains — socialistes : sont-ce trois groupes distincts, correspondant à des tendances différentes? Non. Ce sont les formes et les noms de la même doctrine envisagée à trois points de vue qu'il est impossible de ne pas aborder tour à tour.

Quelle est l'idée commune servant de base à ce triple programme ?

C’est celle qui a inspiré la Déclaration des Droits de l’homme, celle qui s'énonce dans la première ligne de cet immortel document : « Tous les hommes naissent el demeurent libres el éqaux en droits ». En d'autres termes, c'est l'affirmation de la personne humaine. Liberté, dignité, responsabilité, inviolabilité égale de toute personne humaine, elle est bien la grande nouveauté caractéristique de la Révolulion française, comme aussi de la Révolution américaine.

Du moment qu'une société arrive à comprendre qu'elle à pour parties intégrantes el pour éléments constilulifs les individus — dont chacun est un

1. Annales de la jeunesse laïque, 2° année, n° 25, juin 1904. | fl ;

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ayant-droit que tous les autres ensemble ne peuvent supprimer — aussitôt se fait jour une conception de la vie humaine — individuelle et collective — qui transforme, ou plutôt qui bouleverse Loutes les anciennes croyances morales el religieuses, politiques el sociales. ’

1. — 11 faut que la personne humaine soil libre : ce commandement s'adresse d'abord à la personne elle-même. .

Est-ce un droit, est-ce un devoir qui se trouve ainsi proclamé? L'un et l’autre tout ensemble. Un droit, car il faut qu'elle puisse s'opposer à toute contrainte, à toute entrave qui la priverait du plein exercice de ses facultés. Un devoir, car elle-même ne peut pas plus annihiler sa liberté que la laisser annihiler par autrui. Toute servitude est un crime de lèse-humanité, sans en excepter la servitude qui se croit volontaire.

L'homme est fait pour penser, pour aimer, pour vouloir. Si on le force ou s'il se force à ne pas penser, à ne pas aimer, à ne pas vouloir ou à ne le faire que par procuration et sur l'ordre d'autrui, c'est une personne humaine mutilée; ce n’est plus l'homme s’épanouissant selon sa nature, c'est l'homme réduit à la passivité animale.

La première forme de la liberté humaine, c'est donc la liberté de l'esprit. I faut faire usage de sa raison el de sa conscience pour avoir droit au nom d'homme libre. Qui a peur d'en user avoue qu'il a peur d'être homme. Il peut décorer celte disposilion du nom qu'il voudra, Pappeler foi, piété, dévolion, sentiment religieux, lumière surnaturelle, grâce divine, peu importe, Le fait est là : il n'ose pas être homme, être libre, être soi, c'est-à-dire un

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