‹ La foi laïqueChapitre 57 sur 111 · DÉCLARATION DE PRINCIPES · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DE PRINCIPES

que s'attribuent abusivement les religions, mais que ne comporte ni la science ni la conscience humaine, l'une el l’autre obligées de se mouvoir dans le relatif et soumises à la loi du progrès.

Loin de céder à la tentation de construire prématurément un système définitif, la Libre Pensée propose à l'humanité, comme le veut la nature des choses, de poursuivre indéfiniment le vrai par la science, le bien par la morale, le beau par l'art. Et si, à chaque moment de son développement, elle est prêle à rendre compte du résultat actuel de ses recherches, elle est aussi toujours prête à le compléter et à le rectifier en ajoutant aux découvertes d'hier les découvertes de demain.

Troisième résolution : DEUX RÈGLES DE LA LIBRE PENSÉE DANS L’ORDRE PRATIQUE OU SOCIAL.

Première règle. — La Libre Pensée ne pouvant se contenter d'opinions purement spéculalives, qui n’intéresseraient que la pensée individuelle, il Tui appartient de fournir une règle de vie aussi bien aux sociétés qu'aux individus.

Appliquée aux sociétés, elle est la méthode qui consiste à vouloir soumettre aux lois de la raison l’organisation sociale elle-même.

Une société qui s'inspire de cette méthode a pour premier devoir d'enlever à tous ses services publics (administration, justice, instruction, assistance, etc.) tout caractère confessionnel, par où il faut entendre qu'elle doit les rendre non seulement neutres entre les diverses confessions religieuses, mais étrangers et réfractaires à toute influence religieuse, rigou-

reusement exclusifs de tout dogmatisme explicite ou implicite. La laïcité intégrale de l’État est la pure et simple application de la Libre Pensée à la vie collective de la société. Elle consiste à séparer les Églises de l'État, non pas sous la forme d’un partage d’attributions entre deux puissances traitant d'égale à égale, mais en garantissant aux opinions religieuses la même liberté qu'à toutes les opinions, et en leur déniant tout droit d'intervention dans les affaires publiques.

Deuxième règle. — La Libre Pensée n'étant complète que quand elle entreprend de réaliser socialement l'idéal humain, elle doit tendre à l'institution d'un régime sous lequel pas un être humain ne pourra plus être sacrifié ni même négligé par la société, el par conséquent ne sera plus mis ou laissé par elle, directement ou indirectement, dans l’impossibilité pratique d'exercer tous ses droits d'homme el de remplir tous ses devoirs d'homme.

La Libre Pensée est donc logiquement génératrice d'une science sociale, d’une morale sociale et d’une esthétique sociale qui, en se perfectionnant par les progrès mêmes de la conscience publique, constitueront un régime de justice : la justice sociale n’est que la raison appliquée par l'humanité à son propre gouvernement.

En d'autres termes, la Libre Pensée est laïque, démocratique et soctale, c’est-à-dire qu'elle rejette, au nom de la dignité de la personne humaine, ce triple joug : le pouvoir abusif de l'autorité en malière religieuse, du privilège en matière politique et du capital en matière économique.

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