LA NEUTRALITÉ LAÏQUE
SÉANCE DE CLOTURE DU XXV° CONGRÈS DE LA LIGUE DE L'ENSEIGNEMENT A BIARRITZ
(1°* novembre 1905.)
Sur la première question, celle des patronages, M. Edouard Petit a eu le courage de nous présenter les choses comme elles sont. Il a cru que l'heure était venue de dire à nos amis el à nos adversaires toute la vérité, et elle est grave.
3attue sur le terrain de l'école proprement dite, l'Église ou si vous voulez la Réaction, car c'est tout un, s'esl transportée sur un autre terrain. C'est sur les alentours el les accessoires de l'école qu'elle porte aujourd'hui tout son effort. Le patronage est un des modes d'action particulièrement choisi et étudié par les adversaires pour détruire demain l'œuvre d'hier, pour — c’est une expression que j'ai le droit d'employer, puisque je emprunte au clergé de Paris et à un document public — pour éliminer de l'esprit même de nos élèves « le virus laïque ».
M. Edouard Pelit sans passion, sans un mot d'injure, met en lumière l'importance considérable de cette campagne admirablement menée; il en
LA NEUTRALITÉ LAÏQUE. 209 montre, par des chiffres, les conséquences possibles, conséquences morales, sociales et politiques.
Et il conclut qu'il n’y a rien à opposer à cette propagande sinon une propagande aussi vigoureuse. Nous n'avons qu'à nous organiser, nous laïques, pour faire, par foi sociale, ce que les autres font par foi religieuse.
Et il dit aux républicains : « Vous voulez défendre l'école laïque, combattre les influences hostiles qui cherchent à miner son œuvre? Très bien. Il y a un moyen très simple, elil n'y en a qu'un : enrèlez-vous comme de simples volontaires dans Lous les organismes postscolaires et extrascolaires, qui doivent être en quelque sorte les contreforts de l'école et prolonger la tutelle de la République sur ses pupilles. »
Voilà comment nous sommes des Jacobins et des sectaires! Nous sommes heureux de faire constater devant vous, Monsieur le Ministre, que ces Jacobins commencent par demander la liberté pour tous, pour les patronages des adversaires comme pour les leurs, qu'ils ne comptent pour remporter la victoire que sur un dévouement égal et, si possible, supérieur, de la part des républicains .
Sur la seconde question — la neutralilé scolaire — pourquoi le Conseil général a-L-1l mis ce sujet à l'ordre du jour? Notre Conseil général n'a pas de secret. C'est une assemblée qui pourrait délibérer dans une maison de verre : elle ne demande qu’à être vue, entendue el jugée par tous les hommes de bonne foi.
Pourquoi donc parler de la neutralité scolaire? Précisément parce qu’elle à aujourd'hui Lrop d'amis,
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surtout des amis nouveaux qui nous inquiètent. Les mêmes hommes que nous avons tous connus il ÿ a vingt ans, protestant violemment contre la neutralité scolaire quand elle a été introduite dans nos lois, les mêmes hommes quin'y voulaient voir qu'un attentat contre la liberté, contre la religion, contre les pères de famille, ce sont eux aujourd'hui qui se retournant vers l'instituteur, vers l'institutrice, leur disent d'un air très entendu ettrès sentencieux : « N'oubliez pas qu'il y a une loi qui vous impose la neutralité, soyez neulres, mes bons amis! » Ils veulent dire : « soyez nuls! »
C'est sur ce malentendu voulu qu'ils espèrent fonder d'habiles opérations de stratégie politique.
Nous ne voulons pas nous y prêter, Monsieur le Ministre.
Aulant nous comprenons, comme le bon sens l'indique, la nécessité de la réserve qu'avaient en vue les républicains sous le nom de neutralité, autant nous proleslons contre la fausse neutralité qui réduirait l'école à un état d'effacement, d'impuissance et d'insignifiance que nous ne saurions accepter pour elle.
On voudrait — el la question se trouve aujourd'hui posée, par des incidents de Lout ordre — on voudrait lacilement ou explicitement, faire admettre que l'école el l'instituteur opéreront dans ce pays à peu près comme s'ils n'y étaient pas ou n'y élaient rien. L'inslituteur s'arrangerait de manière à ne blesser personne, à ne contredire rien en ayant soin de ne rien dire, à ne heurter aucune opinion en se gardant d'en avoir une, bref, à ne jamais prendre parti, à se conduire — passez-moi le mot — comme ce personnage de la comédie : « Messieurs, ami de