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LA NEUTRALITÉ LAÏQUE

tout le monde! » Avec une telle réserve il ne resterait plus de cet homme, de cet éducateur, de ce citoyen, rien qu'un distributeur automatique de lecons de calcul et d'orthographe.

Eh bien, ces instituteurs, dont beaucoup sont ici devant vous, Monsieur le Ministre, n'acceptent pas ce rôle, ils ne veulent pas acheter à ce prix une sécurité facile.

Ils savent très bien le danger de l’enseignement moral et civique dont ils sont chargés. Ils savent qu'ils sont, non seulement comme on le disait tout à l'heure, les propagateurs, mais j'oserais dire, en reprenant un vieux mot des révolutions d'Italie, les « propugnateurs » de l'idéal laïque : vieux mot dont la langue d'aujourd'hui reproduit le sens en les appelant « des militants ». Ils militent, en effet, pour Ja République, et nul n'ignore ce qu'il leur en coùle. Mais en dépit de toutes les atlaques el de toutes les injures auxquelles ils sont en butte, ils ne demandent pas à en êlre préservés : ils ne demandent qu'a continuer, à faire leur devoir et tout leur devoir.

En conséquence, la Commission, d'accord avec le Conseil général, propose avant Lout que la neutralité ne soil pas un prétexte pour énerver el annihiler l'influence légitime que l'école laïque doit avoir dans un pays républicain.

Nous n'acceplons pas que l'école soit neutre au sens absolu et Lotal de ce mot, qui sert une insoutenable exagération. Dites qu'elle ne doit pas être une école de combat, mais accordez-nous que l'école fondée par la République est une école de défense et d'action républicaines.

Non, sans doute, elle ne sera pas une école de

haine, de lutte, une école de polémiques; elle ne

pourra, sous aucun prétexte, à aucun moment, se

laisser envahir par les débats électoraux, par les

compétitions locales des partis, par toutes les discussions qui doivent se passer ailleurs que chez elle.

Qu'est-ce à dire, sinon qu'il faut définir le mot

« neutre » par le mot « laïque »? L'école n’est pas neutre tout court, elle l’est dans la mesure où elle peut l'être en restant laïque d'esprit, laïque de méthode, laïque de doctrine.

Il faut qu'il soit bien entendu que ce n'est pas seulement du droit personnel du professeur et de sa liberté civique qu'il s'agit. Il s’agit de son droit et de son devoir de parler haut et ferme au nom de la raison, de ne jamais consentir à baisser pavillon par ordre devant une autorité quelconque.

C'est en ce sens, Monsieur le Ministre, que nous vous demandons d'étudier — car nous savons que ces questions ne se résolvent pas d'un trait de plume voques.

les moyens de couper court à ces équi-

L'école est véritablement un instrument de progrès : dès lors elle à une couleur, une tendance; dès lors ne nous flattons pas qu'elle passe inaperçue et inoffensive : elle exprimera toujours quelque chose, elle inspirera toujours quelque chose, à savoir tout au moins l'amour de la République, et le respect de la souveraineté de la Raison.

J'ai assez vécu pour avoir vu trois âges d'hommes, comme le héros du vieil Homère. Lisez : trois générations d'instituteurs.

Trois types du même homme : — celui de la fin de l'Empire et du commencement de cette République jusqu’à la chute de l'Ordre moral; — celui

qui entra dans la carrière avec les lois Ferry; — et celui d'aujourd'hui, j'allais dire de demain.

Rassurez-vous : je ne vais pas vous en faire le portrait en pied. Je n'oublie pas à quelle place j'écris, el je n'envisagerai mes trois pédagogues que dans leurs rapports avec la politique.

Pour le premier des trois, la politique élait chose très simple.

Au village comme à la ville, le maître d'école élait par définition et par destination, le serviteur de l'autorité : il ne prèchail pas seulement la soumission, il était la soumission fait homme, Curé,

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